CHAPITRE XLVI
Dans quelle classe siège le mal.
On a vu la source du mal, peut-on se taire sur son siège? La réaction de l’antiquité chassa peu à peu les âmes du Christianisme. A mesure que l’esprit quitta le point de vue divin, il entra dans le point de vue humain. Malheureusement toute une classe en France est née sous cet horizon. La Bourgeoisie forme aujourd’hui toute la couvée de Voltaire. L’oubli de Dieu fit toujours place dans l’homme à la cupidité.
Cette classe, qui a l’argent à sa racine et non le sacrifice ou lepée, partout a porté avec elle l’empreinte de son origine. Cette marque lui a valu, après les Juifs, une sorte de haine des deux autres classes françaises, la noblesse et le peuple. 1789 fut son avènement comme aristocratie; 1830 l’éleva au trône; en Février, elle arrivait pour s’y asseoir exclusivement... 1
Une remarque: la noblesse a fait briller la France pendant quatorze siècles; la bourgeoisie en cinquante ans a mis la France en décadence. En outre, la classe ouvrière qui venait derrière la noblesse, put immédiatement acheter
(I) Ne confondons pas la classe moyenne, recueillant le capital, a^ec la bourgeoisie, qui a voulu faire les lois, faire les moeurs, faire les arts, et jusgti’A la Religion et la philosophie. Au reste ici, il ne s'agit pas des individus, mais de l’esprit de celle caste
et cultiver le sol ; celle qu’amène derrière elle la bourgeoisie est prête à le dévorer.
II n’est pas défendu de gagner de l’argent ; mais alors il ne faut pas se porter à la tète d’une nation. Le fondement des peuples est la vertu, celui des classes gouvernantes est au moins l’honneur; on ne peut y substituer à ce point les deux principes contraires !
La cupidité poussa la bourgeoisie jusqu a se détruire elle-même ; ses membres se devaient mutuellement leurs faillites. Par le principe de la concurrence, ils abattaient parmi eux les petits capitaux, sans voir qu’ainsi leurs rangs s’éclaircissaient. Jamais la noblesse dans ses usages, ni le peuple parmi les siens, n’offrit un tel exemple.
Une preuve que cette race était en décadence, c’est que déjà elle gâtait ses enfants. La main de l’éducation s’éloignait d’elle. Les fortes coutumes des anciennes familles netaient point là. Elle ne sut copier que leurs travers. On ne sait si 89 a été trop précoce pour la bourgeoisie, mais le fait est que son avènement l’a perdue. Au reste, elle prit la noblesse juste au moment où celle-ci se décomposait. Elle ne fit que s’y substituer. Louis XIV et Louis XV se sont continués et achevés en elle.
La Bourgeoisie perdit dès le premier jour le génie de sa mission. La personnalité humaine ne se forme que pour entrer dans la loi de l’amour. La bourgeoisie fit la révolution de 1790 pour améliorer la condition du peuple, et elle n'a jamais travaillé qu’à sa propre élévation!
Quant à l’association, elle est économiquement d’une difficulté énorme. Sans parler des embarras administratifs, il faudrait avoir sur tous les points, en tous les temps, le rapport réel entre le capital et le travail. Enfin, pour être associés, il faut surtout que les cœurs soient unis.