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CHAPITRE XL VII

Conditions morales de l’existence matérielle.

Les nations modernes ont été détournées de leur voie, et les âmes ont été écartées de la grande espérance. Il faudra ramener les peuples des fausses lueurs économiques qui placent le Ciel ici-bas.

Par l’imagination on peut aller très-loin ; en manquant une loi de Dieu, on peut sortir de la création! Mais en se tenant dans les faits, on voit ou il faut s’arrêter.

Sur les 72 centimes bruts que donnaient les 9 milliards et demi de la France, prélevons l’impôt, qui garantit la sûreté et la justice; prélevons la reote nette, qui garantit la charité, la science et l’art ; prélevons ce faible excédant qui, continuant le capital, garantit son mouvement à la population, et nous verrons si la nature fournil trop de matériaux pour réparer le sang qui chaque jour se décompose dans nos veines; si l’on peut en offrir le tiers au luxe et à la dépravation î Or, plus de la moitié de l’Eu-

LF CAPITAL,

rope a moins encore à donner à chacun de ses enfants. Redescendons le reste de l’échelle dans les quatre antres parties du monde, et nous dirons si la nature a été faite en vue de donner des bourgeois à la terre, ou des saints à l’Infini !

Revenant de là vers la France, supposons les deux siècles de vertus qu’il faudrait pour augmenter d’un cinquième, (selon la proportion du passé), ce capital qu’on a mis quatorze siècles à produire ; supposons en même temps que les pe.uples du Globe restés en arrière de la civilisation moderne trouvent chez eux, ce soir, un capital semblable à celui des peuples européens ; supposons, alors, que le monde entier voie augmenter chez lui d’un cinquième le chiffre d’une production aussi forte qu’en France, sans que la' population s’accroisse suivant la même proportion, et, tous frais de civilisation prélevés, il y aurait après ces deux siècles 69 ou 70 centimes nets, par jour, pour chaque tète du genre humain1; c’esj-àdire, moins du quart de la somme que voudrait aujourd’hui, dans nos villes, pour chaque tète de sa famille, l’artisan des objets de luxe.

Les sensualistes ne savaient pas qu’un jour on viendrait se heurter là !

(1) Avant Février 48, environ 70 milliards liquides, exploités par le travail de la France, ont donné au revenu environ 9 milliards et demi : soit, après les frais d'impôt et de réparation du capital, 56 c. par tète En conservant la proportion. 14 milliards ajoutés au précédent capital, soit au total, 84 milliards, donneraient, après lesdits frais, 13 c. à ajouter aux 56, soit 69 c. Remarquons que chaque famille est censée percevoir cette somme autant de fois qu'elle a de membres. Pour le père, la mère et quatre enfants, il y aurait par jour 4 fr. 14 c. Revenu égalisé, il y avait, avant Février, pour la même famille 3 fr. 36 c. par jour. Il n'y aurait guère après, revenu égalisé, que 2 fr. 40 c*.

ils ignoraient que dix- huit siècles de la civilisation et de la production les plus étonnantes qu’ait vues le monde, ne sont parvenus à donner à l'homme que quelques centimes de plus que l’Antiquité.

Ces faits donnent à réfléchir !

La Société n’échappera pas aux loix fixées à la terre. Pensons-nous que Dieu soit novice ; qu’il ait donné la loi chrétienne au monde, et qu’il ne l’y ait pas attachée? Le Globe est chargé du maintien de l’Evangile. Par la diversité de production des climats, il en appelle les enfants à se connaître et à s’aimer. Par la difficulté avec laquelle il cède ses fruits au travail, il sème la grandeur et la sainteté dans les âmes.

Aucun expédient n’inventera de la richesse. Nos véritables destinées économiques sont dans ce mot : la vertu. Elle seule peut laisser un jour à tout homme ce loisir qu’il demande pour étendre et cultiver son âme.

Il n’est au pouvoir de personne d’augmenter le revenu d’une nation. Ce fait est lié à la plus profonde loi morale, la loi du mérite, la loi de l’homme. Ne vous laissez plus surprendre à tant de projets sur le Crédit. Le bon sens dit: Où il n’y a rien, le roi perd ses droits.

On ne crée du papier que quand on n’a plus d’argent : donc il représente notre misère! On ne demande du crédit que quand on n’a plus de ressource : donc il achève ce qui reste du capital ! S’il était possible d’en créer par des lois, vous sentez que pas un peuple n’aurait péri sur la terre...

Visitez toute la terre, vous n’y trouverez pas de place préparée pour le vice; mettez le luxe sur un point, vous ferez le paupérisme sur les autres. Retournez tant et plus le sol, vous n’y rencontrerez que ces deux lois faites pour

LE CAPITAL

l’Infini : Le produit ne peut dépasser le travail, le capital ne peut dépasser la vertu. Soyez fouriéristes, communistes ; faibles hommes, allez en Algérie, en lcarie : vous trouverez la Croix partout ! Allez vite, en revenant vous rentrerez dans l’Eglise.

Voici toute votre faute : vous avez cru que l’homme était sur la terre pour jouir et non pour s’y préparer au Ciel. Persistez dans cette pensée, et vous pourrez mourir de faim. Le temps de la plénitude des peuples est venu. L’homme ne pourra faire un pas qu’en réduisant ses besoins. Le capital ne se tient debout que par la force de lame. La Religion seule peut donner du pain à toute la terre. ,

Si nous désirons vivre encore comme peuples modernes, dépouillons-nous décidément de l’antiquité. Arrachons promptement de notre pensée, de notre économique et de nos mœurs l’ulcère de la Renaissance. Nos populations se sont chrétiennement amassées, elles ne pourront païennement se maintenir. Perdous-nous de vue le miracle de notre existence? oublions-nous le grand secret de nos multitudes nombreuses? Déjà nous ne pouvons plus les porter sur nos branches...

11 n’y a qu’un bassin pour contenir les masses, l’abnégation ; il n’y a qu’un moyen de les y faire entrer, l’exemple. Or on ne contrefait pas la vertu. Sa racine est pivotante dans la profondeur de la Foi. La société moderne n’a monté jusqu’à nous que par le renoncement. Ainsi se sont empilées les masses. Cessons d’être chrétiens, les temps modernes crouleront.

Tout le relevé de la situation est en deux mots : diminution de la vertu , diminution du capital. La France n’est frappée que pour avoir manqué à la Dôu-

i. rmaç. S

leur. On vous appelle souverains : une couronne d’épines a fait plus pour l’humanité que toutes les couronnes des rois.

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