CHAPITRE XXV
De l’homme du Socialisme.
L’homme ne nail, comme on le voit, ni libre, ni parfait, mais en puissance de le devenir, il n’apporte que son germe. Le germe d’un pommier renferme-t-il des pommes? Oui, s’il croit, s’il résiste aux sécheresses, surtout s’il est greffé, comme nous le sommes tous par la Société , alors il donne des fruits.
L ORDRE SOCIAL
Si l’homme naissait avec une liberté toute faite1, il naîtrait avec un mérite tout fait, les socialistes auraient raison, les hommes auraient tous les mêmes droits.
Nous voyons l’enfant au maillot : voilà cependant l’homme. Les idiots, les aliénés ne sont pas devenus tels, ils sont restés tels. L’homme nait idiot; il naît sans liberté, sans volonté, sans mémoire, sans raison, sans aucune des facultés de son âme, précisément pour se devoir l’usage de sa liberté, de sa volonté, de sa mémoire, de sa raison ! De savàntes psychologies, n’ayant pas vu le premier des faits de la psychologie, nous apportent de longs chapitres intitulés: L’homme est doué de la liberté, de la raison, etc.; qu’on est tenté de s’écrier comme M. de Maistre: Où donc est l’Homme? jamais je ne l’ai rencontré !
Nous ne rencontrons que des hommes; c’est-à-dire, des êtres auxquels Dieu a donné le pouvoir de devenir des hommes. Il a mis en eux ce pouvoir d’acquérir la liberté, la volonté, la mémoire, les autres facultés, mais seulement au degré auquel ils les acquièrent ; à tel point que leur hiérarchie entre eux, au sein de la Société, vient de ce qu’ils n’ont pas tous également acquis cette liberté, cette volonté, cette mémoire, ces autres facultés.
Aussi rèclamait-on les droits de l’IIomme, au lieu des droits que méritent les hommes ! Voit-on d’où cela provenait ?
Pour l’Homme tout fait des psychologistes, il fallait une société toute faite, des terres toutes prèles, une nature qui n’eùt plus qu’à verser ses dons. Le socialisme se
[1) En ce cas, il ne serait plus libre, puisqu'il ne se devrait plus rien. Mais le libéralisme elOeure toutes les questions pour n'en comprendre aucune.
a.rsAsç. 13
construisait avec perfection sur la psychologie du rationalisme1.
La religion et l’éducation n 'étant plus la condition de l’homme, l’autorité et les lois ne furent plus considérées comme la condition de la Société. Vous créez un monde de toutes pièces, métaphysique, psychologique, morale, politique, économique, puis vous vous étonnez qu’il existe! Vous prendrez maintenant la peine de le détruire.