OBSERVATION VI
Hypertrophie prostatique.
Prostatectomie périnéale par voie latérale.
Homme de soixante-quatorze ans, entre service Civiale, le 30 août 1910, pour rétention d'urine complète durant depuis un mois.
Jusqu'à il y a six mois le malade dit ne jamais avoir rien constaté d’anormal dans ses mictions. Depuis ce moment il éprouve une difficulté croissante pour uriner, mais surtout ses mictions deviennent très fréquentes, huit à dix fois le jour, la nuit toutes les demiheures. Les urines sont troubles et laissent un dépôt assez épais au fond du vase. Le 2 août, pendant la nuit, rétention brusque sans cause apparente. Le malade se fait sonder. Depuis il lui est impossible d’uriner. Malgré ses efforts il n’arrive à expulser que quelques gouttes d'urine et parfois rien. Aussi doit-il continuer à se faire sonder deux fois par jour.
ANTÉCÉDENTS. — Pas de maladie vénérienne. Fluxion de poitrine à l’âge de vingt-deux ans. Depuis, jamais de maladie grave.
ExAMEN. — Bronchite chronique. Rien au cœur.
Urètre : libre à la sonde béquille n° 20. Longueur du canal est de 19 centimètres.
Vessie : en rétention. On retire 1.400 grammes d’urines un peu troubles. Lavage vésical au nitrate d'argent. Le malade ne saigne pas. On laisse la sonde à demeure. Les urines contiennent un peu d'albumine.
Prostaste : au toucher rectal est régulière, ilisse, bien limitée, non douloureuse, peu volumineuse.
Cystoscopie : vessie à colonnes. Lobe médian de la prostate très saillant.
Épreuve du bleu de méthylène, 7 septembre. Élimination régulière, soixante heures.
OPÉRATION. — 10 septembre 1910. M. Henry.
Prostatectomie périnéale par voie latérale suivant la techniquede Wilms. L'ablation est un peu pénible à cause du petit volume de la prostate, Lobe médian vésical très développé. Poids 49 grammes.
RÉSULTATS IMMÉDIArS. — 12 septembre. Pas de fièvre. Ablation des mèches. Urines encore sanguinolentes.
14 septembre. Les urines sont claires. Escarre à la fesse droite de la dimension d'une pièce de 5 francs.
15 septembre. Ablation du tube. Mise en place de la sonde à demeure. Un peu d'œdème de la verge.
19 septembre. OEdème des bourses et des pieds. Le malade, qui avait repris l'alimentation normale, est mis au régime lacté.
22 septembre. Les œdèmes ont presque disparu. Le malade se lève.
30 septembre, Frisson dans la journée. Le lendemain, température : 39 degrés; malade très oppressé. Congestion pulmonaire bilatérale. On fait appliquer des ventouses. Huile camphrée. La température reste autour de 38 degrés jusqu'au 5 octobre, où elle retombe à la normale.
6 octobre. Ablation de la sonde à demeure.
12 octobre. Le malade, qui a été un peu mouillé pendant trois Jours, est au sec. Plaie presque entièrement cicatrisée, Escarre fessière guérie.
RÉSULTATS ÉLOIGNÉS. — Le malade retient parfaitement ses urines la nuit, mais, le jour, incontinence presque complète. De plus, presque sitôt l’ablation de la sonde à demeure, le cathétérisme devient très difficile. Dilatation aux Béniqués tous les deux jours.
23 octobre. L'œdème des pieds reparaît. Les urines contiennent un peu d'albumine. On constate une petite escarre au talon droit. Le malade doit reprendre le lit et est remis au régime lacté.
4 novembre. L'escarre est guérie. Le malade recommence à se lever. |
12 novembre. Le malade quitte l'hôpital. On a passé le Béniqué 52. L'incontinence a diminué, mais, pour l’éviter complètement, le malade doit uriner toutes les heures.
Revu le 14 décembre 1910. État général excellent, mais incontinence complète. La nuit et le matin, le malade a cependant quelques mictions volontaires. Cicatrice souple. Toucher rectal indique une zone d'induration mal limitée à droite de la région prostatique. Urètre libre pour une sonde béquille n° 18. On peut injecter 300 grammes d’eau dans la vessie. Si on prie le malade d’urimer après retrait de la sonde, le jet est assez fort, mais très irrégulier. Le malade ne peut l'interrompre complètement. Malgré ses efforts, l'écoulement persiste. La sonde, introduite de nouveau, ramène un résidu de 4o grammes environ.
Revu le 15 juin 1911 (neuf mois après son opération). Bon étal général, mais le malade se plaint toujours de sa bronchite. Incontinence presque complète le jour. Cependant quelques mictions
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volontaires. Continence parfaite la nuit, mais le malade doit urimer trois fois en moyenne. Il porte toujours un appareil. Il est impossible de cathétériser le canal : aussi passe-t-on une fiiiforme qu'on laisse en place et le long de laquelle on introduit successivement des bougies n° 9, 11, 14 et 16. On peut alors faire pénétrer dans la vessie une sonde bougie n° 15, avec laquelle on injecte 300 grammes de liquide. Le malade éprouve alors un besoin très vif d'uriner. Miction volontaire une fois la sonde retirée. Un nouveau cathétérisme ramène 30 grammes de résidu. Cicatrice régulière, souple. Au toucher rectal, on ne sent plus aucune induration. Le malade «doit revenir se faire dilater.