PROFESSIONS
20 OU plus
Lîalayeurs, paveurs, service de voirie, meuniers.
10 ou plus
Scieurs de bois, menuisiers, charpentiers, raKiueurs, maçons, tailleurs de pierres, couvreurs, boulangers, éhénisles, jardiniers, cultivateurs.
9 ou plus
Serruriers, apprèteiirs d'ùlollcs, calendreurs.
8 ou plus
Voituriers et charretiers.
Plombiers, parqueteurs, plafonniers, tonneliers,
layetiers.
0 ou plus
Forgerons, chandronniers, taillandiers, ferblantiers, tourneurs sur métaux, peintres en bâtimenis, cordonniers, galochiers, selliers, bourreliers, maréchaux ferrants, cochers et conducteurs de voilures publiques, imprimeurs, lithographes, graveurs, cuisiniers.
5 ou plus
'launeurs, curroyeurs, mégissiers, mécaniciens, ajusteurs, fondeurs en fonte, cuivre, bronze, limonadiers.
4 ou plus
Teinturiers, fumistes, tailleurs, coiffeurs, courtiers de commerce et placiers.
3 ou plus
Tisseurs, cordiers, industrie céramique et verriers, marbriers, chapeliers, boutonniers, pâtissiers, orfèvres, bijoutiers, horlogers, bronziers, ciseleurs sur métaux.
2 ou plus
Ouvriers de papeterie et papiers peints, parfumeurs, confiseurs, glaciers, fondeurs de caractères, relieurs, épiciers, garçons d'hôtel, concierges, bouchers.
1 ou plus
Ouvriers en produits chimiques, ornemanistes, tapissiers, pelletiers fourreurs, nourrisseurs.
Moins de un
Blanchisseurs, fabricants de fleurs arliticielles, ganiiers, fabricants d'instruments de musique, mari'hands de vins, marchands de fruits et volailles.
Les proportions indiquées dans ces tableaux ne sont nullement celles des individus atteints de hernies aux individus sains dans chaque profession. Elles ne représentent même pas d'une manière exacte la proportion relative des hernieux dans les diverses professions, car, suivant le degré d'indigence des gens qu'elles emploient, celles-ci peuvent fournir un nombre de clients plus ou moins considérable à la consultation des bandages, ou même n'en pas fournir du tout. La plupart des professions laborieuses sont néanmoins à cet égard, à peu de chose près, dans les mêmes conditions : d'ailleurs on ne peut s'empêcher d'être frappé de la suite qui existe dans la classification des métiers qui vient d'être donnée et de la concordance des résultats de notre statistique pour toutes les professions similaires.
Dans l'appréciation de ces résultats, il y a des divisions qui s'imposent : on doit tout d'abord établir une distinction entre les professions manuelles et celles qui n'exigent pas le travail manuel. Dans chacune de ces deux catégories, il faut distinguer les métiers où l'on travaille debout de ceux où l'on travaille assis. Enfin, il est certains états, comme celui de concierge, domestique, garçon de bureau, garçon de restaurant ou d'hôtel, garçon marchand de vin, qui n'appartiennent exactement à aucune de ces catégories. Cette classification n'a d'ailleurs rien d'absolu : Malgaigne, dans sa remarquable étude, à laquelle malheureusement le petit nombre des faits sur lesquels ont porté ses recherches enlève presque toute sa valeur, Malgaigne, qui avait adopté à peu près la même répartition des professions, avait fait observer qu'il y a des métiers où l'on travaille tantôt debout, tantôt assis; que dans certaines professions certains ouvriers sont toujours debout, d'autres toujours assis; enfin la division du travail fait que des ouvriers appartenant au même métier ont souvent à déployer une somme d'efi"orts bien différente et ne sont pas exposés tous aux mêmes fatigues. En tenant compte de ces desiderata inhérents à toutes les classifications, nous trouvons, en chiffres bruts, les résultats suivants pour chacune des catégories que nous venons d'établir :
Professions manuelles, li'avail debout 4403 cas
Professions manuelles, travail assis 680 —
Professions non manuelles, travail debout. 310 —
Professions non manuelles, travail assis. . . Ml — Professions intermédiaires n'exigeantaucune
attitude déterminée 174 —
Total 5678 cas
Notons aussitôt l'énorme prédominance que présentent, au point de vue des cas de hernie, les professions manuelles sur les
non manuelles, celles où l'on travaille debout sur celles où l'on travaille assis; nous allons voir ce résultat confirmé par l'examen du tableau où est établie la proportion des hernieux pour chaque profession.
Celui-ci ne nous donne aucune indication sur les journaliers et les manœuvres, sur les hommes de peine, portefaix, commissionnaires, qui occupent de beaucoup la première place dans notre classification des métiers (1604 cas sur 5678). Cette catégorie d'ouvriers, dans le dénombrement de 1886, a été répartie entre les diverses professions qui les occupent; mais l'importance du chiffre qui la représente dans mes relevés permet d'affirmer que parmi les métiers de force où l'on travaille debout, ceux qui fournissent le plus fort contingent aux hernies sont ceux où l'on soulève des poids, où l'on porte et l'on déplace des fardeaux. Cette notion ressort plus clairement encore du tableau où les professions sont classées suivant la proportion de hernieux qu'elles ont fournie au Bureau central.
Les balayeurs, paveurs, terrassiers employés au service de la voirie, sont avec les meuniers les seuls qui aient atteint et dépassé la proportion de 20 hernieux pour 1000; encore cette proportion serait-elle de beaucoup plus forte pour ces derniers, si nous avions compté parmi eux les porteurs aux farines, réunis dans mes relevés aux autres forts de la halle.
Les catégories suivantes sont toutes remplies par les professions manuelles les plus pénibles, celles où l'on travaille debout et souvent le corps penché en avant; à côté de l'industrie du bâtiment qui y tient une large place, les scieurs de bois, les menuisiers, les ébénistes, les charpentiers occupent le premier rang avec les boulangers, au-dessus des serruriers, bien au-dessus des forgerons, des mécaniciens, des tanneurs et corroyeurs. Parmi les professions qui ont fourni à cette statistique depuis 27,6 jusqu'à 5 0/00 de porteurs de hernies, on ne trouve que les cordonniers et les selliers (6,2 et 6,6 0/OOj qui n'exercent pas un métier debout.
Au contraire, les professions qui ont envoyé au Bureau central moins de 5 hernieux pour 1000 ouvriers, sont presque toutes des professions assises; quelques états où l'on travaille debout, ceux de fumiste, de coiffeur, de placier, comptent encore parmi celles qui fournissent de 4 à 5 hernieux pour 1000; puis la proportion décroit et s'abaisse des teinturiers et des tailleurs, aux industries textiles, aux chapeliers, aux bijoutiers, aux horlogers, aux orfèvres, aux ouvriers papetiers, aux relieurs, aux tapissiers, aux fourreurs. Sauf quelques exceptions, on peut observer que les métiers les moins pénibles, ceux qui exigent le moins d'efforts
Kl
musculaires, sont aussi ceux qui ont donné le plus petit nombre , de hernies.
Dans cette classilication, il est certaines oppositions qui éton- , nent au premier abord. Tandis que les scieurs de bois et les menuisiers ont fourni une proportion de plus de 14 0/00 de hernieux, que les serruriers en comptent presque 10 0/00, les forgerons et les autres ouvriers qu'emploie l'industrie du fer ne présentent que 6,8, les ouvriers des industries mécaniques, mécaniciens, ajusteurs, etc., n'offrent que 5,4 0/00 de hernieux. L'explication de cette différence est probablement dans ce fait, que les métiers qui exigent une action continue des bras, prenant un point d'appui sur le thorax immobilisé par l'effort, le corps étant en même temps dans une attitude penchée comme dans l'action de raboter, de scier, de limer, exposent davantage à la distension des régions inférieures de l'abdomen et au relâchement des orifices herniaires que certains travaux dans lesquels le développement des forces est tout aussi considérable, mais plus également réparti, et où l'attitude est droite au lieu d'être penchée.
La même remarque s'applique à l'énorme différence qu'il y a entre le chiffre de hernies que fournissent les boulangers (11,2 0/00) et celui qui s'observe chez les bouchers (2,3 0/00). Peu d'états exposent autant aux hernies que celui de boulanger, où, dans l'action de pétrir, l'effort thoracique accompagne d'une manière continue et presque rythmique l'effort musculaire des membres supérieurs, le corps étant courbé en avant. Les bouchers, au contraire, tout en développant une force considérable lorsqu'ils manient et soulèvent des quartiers de viande, un demibœuf, par exemple, conservent le corps droit, et chez eux l'effort ne se présente pas avec la même continuité.
Le métier assis qui fournit incontestablement le plus de hernieux est celui de cordonnier; on retrouve ici encore l'influence de l'effort, le corps étant penché ou courbé en avant.
Il faut signaler d'une manière toute particulière la prédisposition aux hernies que constituent les professions dans lesquelles on crie, on chante, on souffle dans des instruments; les boulangers nous en ont déjà donné un exemple; j'y joindrai les marchands des quatre saisons qui entrent pour 78 cas dans mes relevés et qui y figureraient pour un nombre bien plus élevé, si j'avais compté les femmes qui exercent cette profession en si grand nombre; les marchands ambulants (73 cas), les musiciens des rues (10 cas) prêtent aux mêmes considérations.
Parmi les professions qui ne nous ont fourni qu'une très faible proportion de hernieux, on est étonné de trouver les blanchis-
seurs; mais sur les 34 833 individus qui, d'après le recensement de 1886, gagnent leur vie dans cet état, l'immense majorité doit appartenir au sexe féminin; il n'est donc pas étonnant que le chiffre des sujets masculins atteints de hernie, rapproché de l'ensemble des individus qui exercent cette profession, donne une aussi faible proportion.
L'on peut résumer ces considérations sur l'influence de la profession en disant que les professions qui prédisposent le plus aux hernies sont celles qui nécessitent le déploiement de forces musculaires considérables associé à l'effort thoracique; que les professions debout y prédisposent davantage que celles où l'on travaille assis; que de toutes, celles qui sont à cet égard les plus défavorables sont celles où le corps est penché ou courbé en avant pendant l'effort nécessité par le travail.
Wernher, se fondant sur les relevés de Kingdon, admet, sans examen sérieux de la question, que la nature des professions n'a pas de relation avec le développement des hernies et que ce sont les métiers qui comptent le plus d'ouvriers qui envoient le plus grand nombre de hernieux aux hôpitaux. Le travail minutieux auquel nous venons de nous livrer réfute cette affirmation superficielle : l'influence de la profession sur le développement des hernies est indiscutable, et c'est un service réel à rendre aux jeunes sujets dont le ventre est faible et saillant, dont les orifices herniaires sont lâches, à ceux qui ont eu dans leur enfance des hernies ombilicales, des éventrations sus-ombilicales et même des hernies inguinales, que de les diriger vers les professions qui les exposent le moins à subir les effets de la prédisposition qui résulte de leur constitution anatomique défectueuse.