‹ Résultats de l'examen de dix mille observations de hernies, recueillies a la consultation des bandages au Bureau central du 4 février 1881 au 11 août 1884Chapitre 73 sur 84 · III. — TROUBLES FONCTIONNELS DIVERS CAUSÉS PAR LES HERNIES · texte numérisé non relu

III. — TROUBLES FONCTIONNELS DIVERS CAUSÉS PAR LES HERNIES

1° Coliques, douleurs dans la hernie. — Un certain nombre de sujets atteints de hernies ont accusé des crises douloureuses fréquentes survenant dans la hernie, ou des coliques qui en partaient et qui s'irradiaient plus ou moins dans tout l'abdomen. Ces troubles étaient manifestes chez 50 sujets masculins atteints de hernies inguinales; ces hernies étaient presque toutes volumineuses, souvent irréductibles en partie. Je les ai trouvés également notés expressément chez 26 hommes présentant des hernies épigastriques. Ils m'ont paru tout à fait exceptionnels chez les sujets porteurs de hernies crurales et ombilicales. Chez les femmes, se sont plaintes de désordres et de phénomènes douloureux de cette nature : 7 femmes atteintes de hernies inguinales, 14 de hernies crurales, 12 de hernies ombilicales, 2 de hernies épigastriques, 15 de hernies ventrales ; enfin 2 hernies cicatricielles survenues, l'une chez une opérée d'ovariotomie, l'autre au niveau d'une ancienne plaie de l'abdomen par coup de couteau.

On voit que chez les hommes les hernies inguinales et les épigastriques, chez les femmes les crurales, les ombilicales et surtout les ventrales donnent lieu à ces accès douloureux; ceux-ci ne se rattachent pas seulement au siège de la hernie, à son

volume, aux adhérences et à l'état des viscères qui y sont contenus, mais certainement aussi à une susceptibilité intestinale particulière de ceux qui en sont atteints. Il était expressément indiqué, par un certain nombre de malades, que leurs hernies prenaient un caractère douloureux aux changements de temps et surtout dans les temps humides.

2° Troubles gasti'iqttes ; dyspepsie, gastralgie. — Ceux-ci sont tout à fait particuliers aux hernies épigastriques; je les ai observés pourtant chez l'homme, sur 7 sujets atteints de hernie inguinale, chez la femme dans 1 cas de hernie inguinale, 6 de hernie crurale, 8 de hernie ombilicale, 2 de hernie ventrale.

Ils existaient chez 43 hommes et chez 7 femmes ou filles atteints de hernies épigastriques. Ces désordres, consistant principalement en une sensation de plénitude et de douleur dans la hernie et en des vomissements alimentaires, survenaient le plus souvent à la suite des repas, parfois aussitôt, tantôt une ou deux heures après. Ils se produisaient quand la hernie était dehors et ils disparai-ssaient presque toujours quand elle était réduite. Certains sujets s'en étaient plaints dès l'enfance et bien avant de remarquer l'existence d'une hernie : j'ai vu une jeune fille de dix ans, atteinte de hernie épigastrique, qui depuis plusieurs années avait des vomissements tous les matins ; elle souffrait en outre de l'épigastre quand elle. marchait. J'ai suivi quelques malades qui se plaignaient depuis longtemps de dyspepsie et de douleurs gastralgiques ; l'inspection de la région sus-ombilicale fit reconnaître une très petite hernie épigastrique, et l'application d'un bandage fut suivie d'une cessation complète et durable des accidents. Certains malades étaient obligés de se serrer le creux de l'estomac pour pouvoir manger; presque tous disaient qu'ils sentaient leur hernie plus grosse après les repas; « les vents s'y portent », « le manger y reste », « ça les étouffe quand ils ont mangé » ; telles sont les expressions dont se servaient un certain nombre de sujets pour dépeindre leurs souffrances. D'aucuns se plaignaient de ne pouvoir manger de la viande. Les vomissements étaient le plus souvent des vomissements alimentaires; un malade m'affirma avoir eu plusieurs fois des vomissements de sang quand sa hernie était dehors. Presque toujours le port régulier d'un bandage suffit à faire cesser ces accidents, et, pour le dire en passant, je ne suis pas de ceux qui pensent que l'application et le port d'un bandage sur une hernie épigastrique soit chose difficile : je pourrais citer maint exemple du contraire, mais ce n'est pas ici le lieu de le faire.

En résumé, 131 hommes et 74 femmes, en tout 205 sujets, ont accusé comme phénomènes habituels et en dehors de tout acci-

dent proprement dit, des troubles gastro-intestinaux sérieux et manifestement sous la dépendance de leurs hernies. Ce chiffre d'un peu plus de 2 0/0 représente-t il en effet la proportion des hernieux qui souffrent habituellement et beaucoup de leur hernie? Le milieu particulier où se sont recrutés les éléments de cette statistique ne permet pas de l'affirmer; mais s'il faut observer que les gens qui se présentent à la consultation des bandages sont en général durs et ne se plaignent pas pour peu de chose, on doit, d'autre part, tenir compte du peu de soins que la plupart d'entre eux avaient donnés à leur hernie, de la contention défectueuse ou même de l'absence de toute contention qui était presque la règle dans les cas de ce genre, conditions qui devaient favoriser le développement de ces accidents douloureux.

Je me borne à faire remarquer l'énorme fréquence des phénomènes douloureux dans les hernies épigastriques : sur 117 sujets masculins atteints de cette infirmité, 69 souffraient de leur hernie d'une manière notable; sur 137 individus des deux sexes ayant des hernies épigastriques, 76 étaient dans le même cas. Aussi, quoique le port d'un bandage suffise dans un bon nombre de cas à faire disparaître les douleurs et les crises gastriques que présentent ces malades, ces accidents suffisent-ils à justifier l'opération d'ailleurs facile et peu grave par laquelle on obtient la cure radicale des hernies de cette espèce.

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