CHAPITRE V
Pronostic et soins post-opératoires.
Au bout de combien de temps peut-on conclure à la restauration d’un nerf suturé ?
Tout d’abord, lorsqu'on n’obtiendra aucun signe de restauration, il faudra attendre au moins deux ans avant de conclure à un résultat négatif.
Lorsque quelques signes de restauration commencent à apparaître, on ne peut pas conclure à l'avance quelle sera la durée de l’attente pour conclure à une impotence fonctionnelle définitive. Les blessés devront être examinés très souvent par les mêmes centres de réforme.
En ce qui concerne les résultats obtenus pour les sutures du médian et du cubital, si nous nous en rapportons aux statistiques publiées par les auteurs et aux réponses des blessés traités par M. le Professeur Bérard, nous voyons qu’ils ne sont pas très brillants.
Dans les statistiques de Cestan, il ne s’agit que des cas les plus simples. Les sections nerveuses avec lésions associées sont éliminées.
Lérenes
D’après cette statistique, sur sept cas de suture du cubital, il obtient un résultat nul, trois résultats vraiment bons et trois améliorations légères.
Le même auteur signale que deux cas de suture restèrent sans résultat.
Pour Sicard, il n’y aurait que 4 à 5 % de résultats favorables et encore la restauration est-elle toujours très incomplète et la récupération ne dépasse jamais les quatre cinquièmes.
Gosset donne une statistique beaucoup plus séduisante et qui ne concorde pas avec les résultats publiés en général et surtout avec les résultats recueillis par nous-même.
Voici les chiffres données par cet auteur :
Pour le médian, sur cent cas :
Amélioration nulle "7.257" 43,7 -% AE léger a eee 12,6 — importante ...... 43,7
Guérison complète ............ 0
Pour. le cubital :
Améliorationtoulle "mme 147,2" — légerer FRA Tt 36,1 — importanter 7% 8,3 ‘% Guérison complète 5..." 8,4 %
Les termes de guérison, d'amélioration légère et importante demandent une explication.
Gosset entend par guérison complète la récupération complète des fonctions du membre et le retour complet de la sensibilité.
ess PR
Par amélioration importante, il entend le retour de la presque totalité des mouvements volontaires et électriques.
Enfin, lorsqu'il y a simplement retour de la sensibilité plus ou moins étendue, retour de tonicité et de quelques contractions, soit volontaires, soit électriques, on dira amélioration légère.
Nous aurions voulu publier quelques observations concernant ces guérisons complètes, nous n’avons pu les trouver. On peut penser que, dans ces cas de guérison complète, la section avait lieu à l’avant-bras, car à ce niveau elle ne donne pour ainsi dire pas de troubles, la distribution du nerf étant en partie déjà faite.
Sur les trente-six blessés que nous avons interrogés ou examinés, nous relevons :
Pour le cubital, une seule amélioration légère ;
Pour le médian, une amélioration importante et une amélioration légère.
Dans le cas de suture des deux nerfs, nous relevons un seul cas d'amélioration importante pour les deux nerfs. Un autre nous donne une amélioration légère pour le médian, nulle pour le cubital. Enfin, un troisième donne une amélioration légère pour le cubital, nulle pour le médian. Il est vrai que dans ce dernier cas, le médian avait été anastomosé au cubital.
Nous voyons que notre statistique est moins encourageante que celle de Gosset et qu’elle se rapproche davantage du pourcentage donné par Sicard.
Aussi constatons-nous une fois de plus que les sutures du médian et du cubital sont celles qui donnent le plus de déboires au chirurgien.
Re De
Les résultats obtenus sont beaucoup moins favorables que pour le sciatique et surtout le radial. Les sutures de ce dernier nerf donnent souvent des guérisons et presque toujours des améliorations importantes.
Cependant il faudra toujours tenter la suture 1orsqu’elle sera possible, car il faut toujours faire courrir au blessé les risques d’une récupération possible.
D'ailleurs, on aidera grandement cette récupération en complétant l’intervention par une thérapeutique appropriée à chaque lésion associée. On évitera l’ankylose des petites articulations phalango-phalangiennes et métacarpo-phalangiennes en les mobilisant de bonne heure avec douceur. On fera aussi de l’électrisation d’abord .galvanique, puis galvano-faradique, du massage qui aidera à la reprise des fonctions du muscle. Dès que quelques mouvements commencent à être ébauchés, on mobilisera activement
Enfin, si le blessé ne peut récupérer complètement ses fonctions, il existe, comme pour la paralysie radiale, des appareils de prothèse qui aideront le blessé à se servir mieux de sa main.
On pourra corriger la griffe cubitale lorsqu'elle est souple, par les appareils imaginés par Gillot et Chiray. D'autre part, on pourra améliorer cette greffe en sectionnant les ligaments qui brident les tendons des extenseurs et les empêchent d'agir sur les dernières phalanges (Opération de Lefort).
Pour remédier à la paralysie du court abducteur et de l’opposant dans les paralysies du médian, J. Froment a inventé un appareil appelé le bracelet oppo-
sant, beaucoup plus commode que lappareil de Duchenne de Boulogne, qui était trop encombrant. Ce bracelet, petit et léger est très commode car il aide beaucoup à la préhension des objets en corrigeant l'attitude vicieuse du pouce, à condition cependant que l’on ait pas à faire à une lésion haute qui paralyse les fléchisseurs.