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VI. — RESULTATS ELOIGNES SUR L'ETAT GENERAL

Nous avons vu que les résultats éloignés de la prostatectomie sur les fonctions de l'appareil urinaire étaient, dans l’ensemble, fort heureux. Par le rétablissement de la miction et de l'évacuation complète de la vessie, l’opération de Fuller-Freyer assure la désinfection de l'appareil urinaire et améliore le fonctionnement rénal, qui, à son tour, agit favorablement sur l’état général.

Le résultat sera d’autant plus appréciable, que l’opération aura été plus précoce, car les grands appareils de l'organisme ne sont pas encore profondément atteints et retirent le maximum de profits de l'intervention. On comprend- également que toutes les causes d'infection persisjante des voies urinaires et d'obstacles à la miction, ont, sur l’état général, l'influence la plus désastreuse, le prostatectomisé conservant ses lésions et y ajoutant le traumatisme opératoire, et l’affaiblissement général dû au décubitus prolongé, qui a sur les vieillards une influence toujours néfaste.

Il est donc particulièrement important de veiller à ce que la prostatectomie assure le bon drainage de la vessie, car les échecs même partiels, auraient sur des malades peu

résistants, des conséquences fâcheuses. Assurément, même si l'intervention n’a que partiellement réussi, et nous entendons par là les faits de rétention et d'infection persistantes, le prostatectomisé se trouve dans de meilleures conditions que le prostatique pour y résister ; et des soins longtemps poursuivis peuvent contribuer à améliorer l’état général.

Mais la prostatectomie n’agit pas seulement sur l’état général par le rétablissement de la fonction urinaire ; la suppression de l’adénome, tumeur toxique, a également une grande importance.

Les recherches de MM. Legueu et Gaillardot et leurs expériences sur le chien ont montré que l’adénome = une sécrétion qui, sur la circulation, a une influence hypotensive. M. Legueu émet l'hypothèse que cette sécrétion à action hypotensive est peut-être un moyen de défense de l'organisme contre l'hypertension des sujets âgés.

Quoi qu’il en soit, il est un certain nombre de symptômes toxiques qui ne sont pas améliorés par la cystostomie prolongée et sur lesquels, par conséquent, l'évacuation parfaite de la vessie et la désinfection des voies urinaires ne semblent pas agir. Seule, la suppression de la tumeur adénomateuse les fait disparaître. Bazy a également insisté sur ce fait.

L'amélioration de la fonction pulmonaire, après la prostatectomie, est surtout nette, quand il existait des troubles sous la dépendance de l’urémie. Le décubitus prolongé, nécessité par l'opération, ne paraît pas avoir sur le poumon une influence particulièrement néfaste et les prosta-

tectomisés présentent, moins que les autres malades âgés et alités, des pneumonies de décubitus. Aussi, ce n’est pas la crainte de complications pulmonaires qui doit inciter le chirurgien à faire lever précocement son opéré. Le lever précoce a beaucoup plus d’inconvénients que d'avantages ; il faut savoir être patient et ne pas aller plus vite que la nature.

Un autre avantage de la prostatectomie est d'éviter, à l'avenir, toutes les causes susceptibles de se répercuter toujours gravement sur un appareil pulmonaire sensibilisé par l’âge, et, particulièrement, elle supprime les refroidissements auxquels les prostatiques sont particulièrement sensibles, quand la nécessité d’uriner fréquemment la nuit les force à se lever.

L'amélioration de la fonction circulatoire est également le plus souvent due à la suppression des troubles d’origine rénale. L’adénomectomie par elle-même ne semble pas agir directement sur la circulation, mais le plus souvent l'hypertension, quand elle existait, peut s’améliorer. Les lésions de sclérose, si fréquentes chez le prostatique, peuvent ne plus progresser. Il y a enfin, après prostatectomie, disparition rapide, sinon immédiate, de l’éosinophilie, constante chez les porteurs d’adénome (de 3 à 25 %, d’après Morel et Chabanier).

Sur l'appareil digestif, l'amélioration est particulièrement sensible. « Les malades, jusqu'alors sans appétit, à la bouche sèche au point de rendre la mastication et la déglutition pénibles et douloureuses, aux sécrétions stoma-

cales et intestinales rares et altérées, à la constipation op'niâtre, source nouvelle d'intoxication, préséntant, en un mot, les multiples syndromes de cette dyspepsie particulière, si heureusement dénommée urinaire par Guyon, voient tous ces phénomènes s’amender... et, par voie de conséquence, leur appétit renaître. Bientôt disparaît la teinte jaunâtre des téguments, l’amaigrissement rétrocède, les forces reviennent. » (Pousson).

On peut parfois constater la disparition de certaines formes de diabète, surtout à glycosurie peu marquée.

Nous avons vu également que le prostatectomisé était le plus souvent à l’abri du développement d’une tumeur maligne dans la région prostatique.

Enfin, le sommeil étant de nouveau possible, et les préoccupations urinaires étant supprimées, l’état général se trouve encore amélioré, et l’on a pu, dans certain cas, constater un véritable rajeunissement du prostatique, que les amateurs de théories germaniques peuvent attribuer à la ligature des canaux déférents, si celle-ci a été effectuée.

La suppression de la sonde met les prostatectomisés à l'abri des infections toujours possibles, et le rein fonctionnant mieux, rend l'organisme plus résistant aux diverses affections. Nous avons suffisamment insisté, dans l’étude de l'état du rein après la prostatectomie, sur l'amélioration du fonctionnement rénal et sur ses conséquences heureuses sur l’azotémie et la constante, pour n’en plus reparler ici.

Nous avons, jusqu'à maintenant, laissé délibérément de côté l'étude des résultats de la prostatectomie sur le sustème nerveux. L'étude en est fort importante, car on

connaît quel est le retentissement sur l’état mental des affections des voies urinaires et, en particulier, de la prostate.

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