HISTORIQUE
L’appendicite est aujourd’hui la maladie à la mode. La théorie très hardie du « vase clos » lancée par M. le professeur Dieulafoy à soulevé de longues et bien intéressantes discussions. L’appendicite est jeune, très jeune dans l’histoire de la littérature médicale, elle était bien peu connue il y a seulement sept ans de cela et presque inconnue lorsqu'elle causa la mort de Gambetta, mais elle a pris une belle place dans la clinique, et maintenant elle brille au premier rang.
Elle est question à la mode à l’Académie de médecine, à la Société de chirurgie, dans les revues, et enfin, — ce qui la consacre définitivement passagère du dernier bateau, — qu’on nous passe l'expression, — Alexandre Hepp lui a consacré une de ses Quotidiennes!
Les phénomènes morbides qui caractérisent l’appendicite sont les suivants:
Douleur fixe dans la fosse iliaque droite, précédée ou accompagnée de coliques abdominales, suivie de la for-
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mation d’une tumeur douloureuse qui aboutit plus ou moins rapidement tantôt à la résolution, tantôt à la suppuration.Mais depuis soixante ans on discute soit sur le siège intra ou extra-cœcal des lésions auxquelles ressortit ce syndrome, soit sur le nom qu'il convient de lui donner.
Nous n’entreprendrons pas de raconter la genèse de l’appendicite, comment elle a été longtemps appelée typhlite et pérityphlite, comment ces deux affections sont maintenant tombées dans un discrédit complet, même un peu trop complet au dire de bien des chirurgiens. Ce sujet serait trop vaste et notre travail est plus spécialisé.
Disons seulement que les uns rattachaient ces symptômes à une inflammation primitive du cœcum, les autres à une phlegmasie ayant son origine dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal, enfin d’autres encore à une perforation des parois du cœcum, amenant tantôt un phlegmon suppuré tantôt une péritonite. Tous, nous le voyons, entrevoyaient donc une lésion du cœcum, et nullement de l’appendice, dont, ainsi que le disait Mélier en 1827 « à l’ouverture des cadavres, on négligeait toujours de constater les lésions ».
Le premier cas d’appendicite publié date de 1813, ila été donné par Wegeler.Un jeune homme de dix-huit ans est pris de coliques légères qui persistent pendant quelques jours, puis survient une douleur vive, continue, circonscrite dans la fosse iliaque droite, augmentant à la moindre pression.
Constipation, hoquets, vomissements porracés, fécaloïdes. Le malade meurt. On trouve une péritonite généralisée, un cœcum gangrené. L'auteur ajoute : « Cette
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altération nous a paru avoir commencé par l’appendice qui était rouge, volumineux, il contenait plusieurs calculs dont le plus gros pesait un gramme. »
L'appendicite était créée.
Mais la première publication importante faite sur l’appendicite date de 1827. Le Journal général de médecine publia le mémoire de Mélier, mémoire des plus remarquables qui mérite d’être analysé.
Mélier rapporte quatre observations personnelles, les trois premières sont des exemples d’appendicite perforante avec péritonite foudroyante, la quatrième, un cas d’appendicite à rechutes. Dans les trois premiers cas, Mélier insiste sur l'existence de deux phases distinctes, l’une de coliques abdominales plus où moins vives, l’autre de douleurs fixes, localisées dans la fosse iliaque droite, suivies de tous les signes d’une péritonite aiguë: « Le malade, dit-il, en commentant sa première observation, était sujet à des coliques, il en éprouva pendant quelques jours. D'abord très fortes pendant quelques jours, elles cessèrent complètement ; on pouvait croire le malade complètement guéri. Il était dans un calme profond. Tout à coup au milieu de ce calme une douleur vivese fit sentir dans le bas-ventre, suivie des symptômes d’une péritonite aiguë, et le malade meurt en 18 heures. »
Les deux phases de l'affection : 1° phase appendiculaire ; 2° phase péritonéale, sont là nettement indiquées, et Mélier ne se trompe pas sur l'interprétation de ces accidents.
« J'explique ainsi, dit-il, les divers accidents et leur succession. Des matières fécales ne sont accumulées dans
l’appendice cœcal. Cet appendice dilaté petit à petit s’est C. OLivier. 2
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enflammé par une sorte d’engouement puis gangrené ef déchiré. Les premiers accidents, les coliques, tiennent probablement à la distension et à l’inflammation de l’appendice. Sa rupture aura donné lieu à l’épanchement qui lui-même paraît être la cause de la péritonite.
Et il ajoute, après avoir signalé la rareté de ces affections de l’appendice :
« Remarquez toutefois que les quatre observations qui font le sujet de ce mémoire ont été recueillies dans un intervalle de temps assez court,et d'eux d’entre elles par le même médecin,ce qui porterait à croire que si ces affections n’ont pas été plus souvent observées, c’est qu’on n’a pas donné assez d'attention à l’appendice, organe réputé peu important et dont à l'ouverture des cadavres on néglige de constater les lésions. »
Enfin, non seulement Mélier a exactement vu et expliqué les causes, les caractères et les conséquences de l’appendicite, mais il a encore pressenti et indiqué la possibilité du traitement chirurgical.
L'année suivante parut le mémoire de Ménière, puis le mémoire d'Albert et on perdit de vue le travail de Mélier. On ne vit et voulut voir que le cœcum. On lui créa une pathologie et une physiologie spéciales, et l’appendice continua à être un organe peu important dont à l’ouverture des cadavres on négligeait de constater les lésions.
De temps en temps paraissaient bien quelques rapports sur une perforation spontanée de l'appendice, ajoutant quelques faits nouveaux aux travaux de Wegeler et Mélier : La thèse de Bodart (1844, Paris), de Favre (Paris, 1852), le travail de Forget (Gazette médicale de Strasbourg, 1850), celui de Lendet (Arch. gén. de méd.
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1859), mais tous séparent les conséquences de ces perforations des lésions et symptômes attribués à la typhlite. La perforation n’est qu’un accident, toujours mortel, cause de péritonite généralisée.
Les chirurgiens et les médecins américains, en même temps que des chirurgiens et médecins français replacèrent la question sur le terrain où l'avait posée Mélier. Citons le mémoire de Reginal Fitz de Boston publié en 1886 dans l’AmericanJournal of medical sciences.Ce travailcontient 209 cas de typhliteet pérityphlite et 257 cas d’appendicite perforante, et Fitz montre que les symptômes sont les mêmes dans les deux ordres de faits. Il établit que la péritonite peut former une collection purulente enkystée, et conclut en faveur d’une intervention précoce.
Biermer, en 1879, avait fait à peu près la même obscrvation.
Talamon, en 1882, insiste sur l’étranglement des parois de l'appendice, cause d’une inflammation microbienne qui finirait par l’ulcérer et le perforer, opinion qui était déjà à peu près celle dernièrement présentée par M. Dieulafoy.
En 1888, Fitz dans une nouvelle publication nie l’existence de la typhlite, de la pérityphlite, 1l rapporte à l’appendicite les lésions qu’on rapportait à ces deux affections.
C’est aujourd’hui lopinion à peu près unanime des médecins français que la typhlite et la pérityphlite ne sont qu’une conséquence de l’appendicite suppurée; bien plus, elles ont presque disparu de la littérature médicale; l’appendicite reste seule aujourd’hui pour expliquer les phénomènes rapportés auparavant à la typhlite et à la
pérityphlite,