PATHOGÉNIE
La communication de M. le professeur Dieulafoy sur la pathogénie de l’appendice a soulevé de si interminables débats que nous ne saurions prétendre résumer toutes les opinions qui après l’éminent professeur ont été émises sur la pathogénie de l’appendicite. Rappelons la théorie de M. Dieulafoy.
« L’appendicite, dit-il, ou, si l’on préfère, les accidents appendiculaires et accidents péritonéaux résultent de la transformation d’une partie du canal appendieulaire en une cavité close dans laquelle s’élabore un foyer d'infection et d'intoxication dû à l’exaltation de la virulence des microbes emprisonnés. »
Cette obturation de l’appendice peut d’après M. le professeur Dieulafoy se produire suivant trois manières : 1° obturation par un calcul (calcul formé soit par des scybales, soit par un vrai processus de lithiase) ; 2° oblitération par tuméfaction des parois du canal appendiculâire; 3° obturation du canal par flexion, torsion, coudure
du canal. Mais toujours l’appendicite est le résultat de la fermeture du canal appendiculaire ainsi transformé en cavité close.
Il est de fait que toutes les causes autrefois invoquées pour expliquer l’appendicite, atonie de l'intestin, boulimie, colite, rigidité de la valvule de Bauhin, actinomycose, sont loin de satisfaire nos auteurs modernes. Mais cependant la théorie de M. le professeur Dieulafoy a soulevé nombre de contestations, et l’on peut dire que d’une façon générale elle n’est guère acceptée comme unique cause de l’appendicite. Sans doute aucun, nombreux sont les cas dans lesquels l’appendice, ayant son canal obturé par une des causes invoquées par M. Dieulafoy, a subi le processus morbide de l’appendicite mais ce qu'on reproche à M. Dieulafoy c’est d'avoir posé en principe que toujours l’appendicite avait pour cause la transformation de l’appendice en « vase clos ».
Car d'une part on aurait rencontré des cas dans lesquels l’appendice s'était trouvé transformé en une cavité close sans être cependant devenu le point de départ des lésions de l'appendicite, d'autre part des appendices ont été réséqués, dans des appendicites qui, non seulement n’offraient aucune trace de rétrécissement, mais présentaient même un Calibre absolument normal sans qu'on y puisse constater aucun phénomène de rétention (Brun, Société de chirurgie, à décembre 1896).
Nous citerons ainsi après l'opinion de M. Dieulafoy soutenue aussi jadis par M. Talamon, l'opinion de M. Reclus, qu’il nomme théorie de la stagnation. D’après M. Reclus la position de l’appendice par rapport au cœæcum explique à elle seule les phénomènes d’appendicite, car
Rois
il est naturel que l’appendice, ce prolongement du cæcum, soit tout à fait bien placé pour recevoir des matières fécales, qui par leur stagnation déterminent des phénomènes inflammatoires. Il compare ainsi l'organe malade à une véritable fistule borgne interne.
Disons encore que M. Poirier se rattacherait volontiers à la théorie mécanique par torsion et que M. Pozzi accepterait volontiers la théorie du « vase clos ».
Notre éminent président de thèse, M. le professeur Poncet, dans sa communication à l’Académie de médecine du 29 mai 1896, a déclaré que sur quinze résections de l’appendice pratiquées avec M. Jaboulay, il n’en a pas trouvé une seule dont les résultats soient favorables à la théorie de la cavité close.
L’occlusion temporaire ou permanente de l’appendice iléo-cœcal ne saurait être considérée comme la condition sine qua non de la colique et du phlegmon appendiculaire. Comme l’a fait remarquer M. Laveran, dit M. le professeur Poncet, les rétrécissements constatés sur les appendices enflammés sont la plupart du temps le résultat et non la cause de l'appendicite. La seule cause nettement démontrée de l’appendicite est l’infection. C'est elle qui suivant sa gravité donne à la maladie ses caractères divers.