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Nous reverrons tout cela, en détail, dans le chapitre de la « Technique des résections du poignet avant OLLIER ».
Nous arrivons à une période où la résection du poignet fut à peu près délaissée en France. C’est à cette époque: que, résolument conservateurs, BONNET préconisait les méthodes non sanglantes (immobilisation et introduction des bandages inamovibles) et MALGAIGNE disait « cette résection est une opération déplorable qu’il est temps de rayer de la pratique ». Ei cela s’expliquait par les résultats telletuent mauvais et incomplets que donnaient les résections ; tout d’abord c’était une opération grave par elle-même : par suite toujours de l’absence d’asepsie et des conditions hygiéniques des anciens hôpitaux, elle occasionnait souvent la mort du malade et arrivait rarement à la guérison: de plus on attendait trop jongtemps : la plupart des chirurgiens ne faisaient que des résections tardives, on laissait suppurer les malades pendant des mois et des années avant de se décider à les opérer; enfin les procédés étaient quelque peu défectueux : trop souvent on faisait plutôt des abrasions et des raclages que de larges ablations, on oubliait ainsi des foyers cachés — le malade quittait l’hôpital quelques jours après la cicatrisation de sa plaie, mais au bout de peu de temps une nouvelle collection se formait derrière la cicatrice et tout était remis en question.
À ce moment, à l'étranger, au contraire, en faveur des résections en général, se produisait un gros mouvement qui entraîna bientôt un grand nombre de chirurgiens allemands ei anglais en particulier : FERGUSSON en Angleterre, 1853. Des succès assez brillants qu’on obtint, et qu’on oubliait d'attribuer surtout à la jeunesse des opérés, firent s’accroitre cet engouement pendant les années qui suivirent. Puis des travaux de laboratoire et d’amphithéâtre apportèrent enfin des notions précises sur la nature de la maladie : la propriété infectieuse et même infectante des productions tuberculeuses fut démontrée.
Et peu de temps après, avec LISTER, voici l’apparition
SE
d:. l’antisepsie, qui aura une si grosse influence sur le traitement chirurgical — qui va, pourrait-on dire, permettre ce traitement chirurgical.
LISTER faisait naître L’ÈRE ANTISEPTIQUE de la chirurgie avec toutes ses espérances, tous les enthousiasmes que permettait l’abord d’une articulation sans trop craindre les dangers d’infection.
On avait démontré d’autre part qu’il fallait se comporter d’une façon radicale vis-à-vis des lésions ostéo-articulaires tuberculeuses ; l’époque de généralisation et de vulgarisation de la méthode sanglante prend naissance, comprenant : des arthrectomies osseuses, quelques arthrotomies simples, mais surtout des résections. Elle rallie tous les suffrages en Allemagne et en Angleterre et est adoptée par plusieurs chirurgiens : LISTER (1867) qui obtient de beaux et nombreux succès, VOLKMANN (1897), etc, etc... En France on demeure plus réservé.
ÂApparaissent alors cependant quelques rares défenseurs de la résection, comme FoLET dans sa thèse en 1867. Mais c’est OLLIER qui réhabilite la méthode, il la rénove, i lui apporte les modifications de technique qui vont demeurer et en font une opération nouvelle.
OLLIER n’est pas un ouvrier de la première heure, et il vient d’abord sans enthousiasme à la résection, car, avant la période antiseptique, elle re lui a donné que des déboires (75 à 80 % de mortalité). Mais après, il devient favorable à cette pratique dont il entrevoit tous les bienfaits et il va édifier en queiques étapes son œuvre magistrale, orgueil de l’école de Lyon.
« Les résections articulaires, dit-il, pratiquées chez les tuberculeux peuvent donner des résultats durables; elles permettent d'obtenir une guérison locale et, aussi, d’enrayer
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les accidents généraux qui ont leur source dans l’absorption des produits des foyers tuberculeux articulaires. Si nous l’avions pratiquée très rarement, autrefois, nous avons multiplié nos opérations pendant ces dernières années et les résultats que nous avons obtenus depuis quinze ans nous font émettre une opinion diamétralement opposée à celle de MALGAIGNE : c’est pour nous une des plus belles conquêtes de la chirurgie conservatrice. »
Déjà, dès 1858, il a attiré l’attention sur l'intérêt de la conservation du périoste » dans la chirurgie osseuse. Il a complètement développé ses conceptions biologiques nouvelles dans son « Traité de la régénération des os » en 1867: première étape chirurgicale de son œuvre.
Avant lui, en effet, depuis MOoREAU, on ne songeait qu’à « enlever le mal... » « en enlevant les articulations par les incisions rendant leur abord plus facile et les découvrant le plus largement possible... » sans souci du résultat fonctionnel ou orthopédique. Il fallait avant tout « guérir » et pour cela ôter iargement. Les résultats éloignés souvent défavorables âiscréditaient ia méthode.
C’est le mérite d’'OLLIER d’avoir montré la possibilité de reconstituer une articulation serrée, de créer une néarthrose utile.
OLLIER démontre en effet que le périoste est actif par lui-même et que rien ne peut le remplacer dans le processus de la régénération des os, et il détermine les conditions anatomiques et physiologiques de cette reconstitution, montrant comment les articulations peuvent se régénérer. « Nécessité de la conservation de la gaîne péristeo-capsulaire pour obtenir des néarthroses de même type que les articulations enlevées », principe fondamental de sa nouvelle méthode sous-capsulo périostée. 11 fixe les règles de cette méthode nouvelle dans son « Traité des Résections » qui paraît en trois volumes, de 1885 à 1891 : deuxième étape chirurgicale de son œuvre.
OLLIER et ses émules ne se bornent pas à des considérations théoriques, et leur pratique donne des résultats magnifiques, résultats acquis au prix de soins consécutifs postopératoires minutieux et surtout de longue durée.
Cependant les appréciations demeurent assez pessimistes. et les partisans de la résection du poignet constituent chez ous l’infime minorité : elle ne donne pas les résultats qu’on a cru devoir en attendre et les chirurgiens abandonrent leurs interventions typiques tant prônées pour se faire les défenseurs de méthodes plus conservatrices : simples abrasions, curettages, évidements articulaires donnant comme excuse le fameux principe « la tuberculose n’aime pas le bistouri ». OLLIER attribue ces résultats peu brillants à ce que les chirurgiens ne comprennent pas sa méthoce sous-périostée, ou l’appliquent d’une façon défectueuse.
De plus, dès 1883, VERNEUIL ayant avancé, avec preuves > l'appui, que certaines opérations, partielles peu graves en apparence, pratiquées sur des foyers tuberculeux, pouvaient aggraver rapidement les lésions viscérales préexistantes et provoquer surtout l’apparition tout à fait inattendue des formes les plus graves de la tuberculose généralisée — et ajouté à cela la notion que les lésions tuberculeuses articulaires sont susceptibles de guérir spontanément par résolution ou élimination des foyers tuberculeux par suppuration, oubliant dans ce cas la longueur, le danger et l’incertitude du résultat, on se réfugie dans un traitement conservateur par excellence, un traitement d’attente sinon d’abstention en laissant agir la nature.
Quelques chirurgiens même, sous prétexte que la résecton n’enlève qu’une manifestation locale d’une infection générale et ne i’enlève même souvent que d’une manière incomplète, préconisent de préférence les amputations comme pius radicales et plus préservatrices par conséquent.