TROIS ANS APRÈS LE DÉBUT DE L’AFFECTION
Les résultats obtenus après trois ans chez les enfants de moins de huit ans, même traités tardivement (obs. IL), sont excellents pour peu qu’on ait laissé se recalcifier la tête avant d'interrompre le mode de traitement choisi. Ces résultats se confirment aussi bien fonctionnellement que radiologiquement pour des enfants du même âge (obs. V) revus après sept ans.
Ceci n’a rien qui puisse nous étonner depuis qu’on connaît bien, grâce aux travaux d'INGELRANS dont la mise au point a été faite par FaIvRE en 1937, les stades de l’évolution anatomique que nous révèle la radiographie :
1° Dégénérescence de la tête, résultat d’une nécrose aseptique de la métaphyse, dont la durée serait approximativement de dix-huit mois;
2° Régénération, qui apparaît si brusquement que deux radiographies à cinq jours d'intervalle montrent une évolution telle que l’on supposerait une erreur de clichés;
3° Recalcification qui, beaucoup plus lente, dure deux à trois ans et apparaît d’abord dans la métaphyse. Il s’agit là d’une phase particulièrement délicate, où le traitement doit être maintenu malgré l’absence de signes cliniques. Nous n’en voulons pour preuve que la seule observation I qui jure par son résultat parmi celles des enfants du même àge : l’enfant, traité tard par des moyens réputés énergiques (plâtre, extension), mais à la fin de la phase
qui aurait dû être celle de la recalcification, est retrouvé porteur d’une tête fémorale toujours nécrosée, en subluxation et avec un résultat fonctionnel médiocre qui, étant donné son âge, laisse prévoir de considérables déformations ultérieures.
Les bons résultats, connus depuis longtemps des auteurs qui s’attachèrent à les colliger, sont donc dus au traitement correctement envisagé qui vise à laisser s’accomplir ces différents stades suivant le génie évolutif propre de l’affection, sans qu'aucune pression ne vienne les troubler : d’où le repos allongé. II ne nous apparaît pas que, dans les formes dont le diagnostic a pu être rapide, l’extension continue vienne apporter un appoint considérable pour un meilleur résultat ultérieur. Quant au plâtre, il donne toujours des amyotrophies préjudiciables au rétablissement fonctionnel et n’a guère été employé que face à quelque arrière-pensée de coxalgie ou, faute de mieux, chez certains enfants indociles, comme le seul moyen d'assurer la mise au repos. La recalcification générale, accompagnée des habituels facteurs de synthèse (cure marine, vitamine D, etc.), hâte l’apparition de la deuxième phase et raccourcit suffisamment la troisième. Ce sont là des points bien admis, et nos observations ne viennent que confirmer celles de WALDENSTROM, TAVERNIER, CALDWEL...
Mais les deux conditions essentielles à obtention d’excellents résultats quatre ans après le début de laffection, c’est-à-dire le diagnostic précoce et le maintien du décubitus, sont-elles toujours réalisées ? Nos observations XII et XIII font état de résultats médiocres malgré un traitement précoce, mais qui n’a pu être maintenu en raison de l’âge auquel la maladie de LEGG à apparu (onze ans et neuf ans et demi) ; le repos allongé jusqu’à quatorze ans et douze ans et demi nous pose le problème social en même temps que thérapeutique de la coxa-plana d’apparition tardive. Il semble avoir été élégamment résolu par les auteurs américains L. J. Levy et P. M. GrraRD, qui font
RS 17, deu
porter à leurs malades pendant la troisième période une semelle surélevant le membre sain, le membre malade étant soutenu la jambe en flexion sur la cuisse, et la marche s’accomplissant grâce à une béquille durant deux à trois ans; dans les 15 observations qu’ils rapportent, la proportion d'excellents résultats ainsi obtenus est de 135,3 %, les bons résultats de 53 %. Compte tenu de nos critères d'appréciation qui diffèrent, il n'en demeure pas moins que, chez les malades d’une dizaine d’années et plus, ce procédé a toutes raisons de donner des satisfactions à peu près équivalentes au «bed rest» intégral et a l’avantage de leur permettre la fréquentation scolaire normale; si ce mode de traitement ambulatoire était systématiquement appliqué, les mauvais résultats précoces (c’est-à-dire après quatre ans) ne devraient plus être le fait que d’un traitement commencé trop tard. Les deux conditions d’un excellent résultat précoce demeurent vraies : diagnostic précoce et maintien du repos de la hanche pendant au moins trois ans.
Pour la première se vérifie l'affirmation de MoucHET
« La clinique n’est rien dans l’ostéochondrite juvénile de la hanche, la radiographie est tout »; le praticien ne peut l’ignorer. Pour la seconde, il serait nécessaire de convaincre fermement les parents de ces petits malades. Encore faut-il que nous soyons persuadés de l'efficacité à longue échéance de cette inaction forcée, car ils ne manqueraient pas de nous rétorquer la parole de l'Ecclésiaste : « J’aurai le même sort que l’insensé. Pourquoi donc aurai-je été plus sage ? ».