‹ Résultats immédiats et éloignés des interventions pour ulcères gastro-duodénaux perforés (D'après les malades du service de garde de l'Hôtel-de-Dieu de Lyon)Chapitre 54 sur 65 · LA NON-ÉVACUATION DU BOUTON DE JABOULAY · texte numérisé non relu

LA NON-ÉVACUATION DU BOUTON DE JABOULAY

Normalement le bouton s’évacue aux environs du 14° jour, spontanément et sans provoquer de trouble. Cette chute s’accompagne parfois d’une hémorragie intestinale légère dont il faut connaître la possibilité pour ne pas s’en effrayer. Parfois il reste en place quelques jours de plus, sans qu’on puisse véritablement parler de rétention. Nous envisagerons dans ce chapitre les cas de non évacuation vraie, c’est-à-dire avec un retard de plusieurs mois, ou plus.

Nous en avons plusieurs observations. Dans un premier groupe, il s’agit de cas où cette rétention a provoqué des accidents qui ont amené le malade à consulter. Il s’agissait le plus souvent de douleurs assez fortes, ef surtout de vomissements. L’examen radioscopique a révélé la présence du bouton. Tel est le cas de l’observation 58, dans laquelle les phénomènes étaient si violents qu’on dut réintervenir trois mois après l’opération pour pratiquer un élargissement de la bouche, et une nouvelle gastroentérostomie à la suture. Dans l’observation 59, le malade est revu cinq mois après l’opération, souffrant après chaque repas. A Ia radioscopie, on constate que le bouton est toujours en place. L’estomac se vide par la bouche. On note que l’anse jéjunale est dilatée et fait des plis, ce qui est

l'indice de gastro-jéjunite. Celle-ci est probablement provoquée par l’irritation due au bouton. En raison des troubles provoqués, il y a certainement là indication à réintervenir pour pratiquer l’ablation de ce boution. Cette intervention n’a pas encore été faite.

Dans un deuxième groupe, il s’agit de cas où la rétention du bouton n’a provoqué aucun accident et où elle fut une découverte à l’examen radioscopique. Dans l’observation 130, on constate la rétention du bouton cinq mois après l’opération : le malade va très bien et a engraissé de 9 kilos depuis l’opération. Dans l’ob: -servation 172, le malade opéré en 1926 présente quelques douleurs gastriques plus ou moins violentes avant et après les repas. A la radioscopie, l’estomac s’évacue à la fois par le pylore et la bouche anastomotique. On constate que le bouton est resté enclavé dans l’intestin grêle. Les accidents, bénins, mais qui durent depuis cinq ans, sont vraisemblablement à mettre sur le compte de ce bouton.

En somme, nous avons constaté six cas de rétention du bouton sur 128 malades, ce qui fait un pourcentage de 4,68 %. Il faut noter que 50 % des malades n'avait ressenti aucun trouble de la persistance du bouton. Ce qu’il faut retenir au point de vue thérapeutique, c’est qu’il ne faut pas réintervenir trop rapidement dans un cas de rétention du bouton. Nous avons vu, en effet, un cas où le bouton était encore en place 36 jours après l’opération, mais avait été évacué plus tard spontanément. Cependant, dans les cas s’accompagnant de troubles sérieux, il ne faudra pas trop hésiter à réintervenir. Nous avons vu (obs. 129) que le

bouton pouvait être une cause d’irritation, provoquer de la gastrojéjunite et, peut-être même, être le point de départ d’un ulcère peptique. On pratiquera donc lablation chirurgicale du bouton, puis une nouvelle bouche anastomotique élargie à la suture.

Nous n’avons pas pu juger, les protocoles opératoires ne portant pas d'indications à ce sujet, si les cas de rétention étaient ceux dans lesquels on avait fait un surjet séro-séreux supplémentaire au catgut, dans le cas d'application imparfaite du bouton.

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