SES COLONNES ET OBELISQUES
semblable à la colonne corinthienne, dont elle ne diffère que par l’addition des volutes ioniques au chapiteau. Le plus ancien exemple se trouve au temple de Mylasa, dans la Carie, consacré à Rome et à Auguste.
56. Colonnes monumentales. Elles sont de grandes proportions, et ont été élevées en l’honneur d’un prince ou d’un chef militaire. On connaît en ce genre la colonne dite de Pompée y à Alexandrie d’Égypte, et qu’une inscription latine annonce avoir été érigée par un préfet romain en l’honneur de l’empereur Dioclétien. Elle a 88 pieds 6 pouces d’élévation, et son fût est d’une seule pièce; il se rapproche de l’ordre ionique, et il est parfaitement profilé. Le chapiteau annonce le Bas-Empire. La colonne Trajane et la colonne Automne , à Rome, revêtues de bas-reliefs historiques, et ayant un escalier.à l’intérieur, ont servi de modèle à la colonne française de la place Vendôme à Paris.
5y. Colonnes militaires. On les trouve en France sur les anciennes voies romaines, du moins on en a recueilli plusieurs sur leurs bords, et quelquefois encore en place; une base carrée, prise dans le bloc, servait à les
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fixer en terre de mille en mille pas; la colonne s’élevait hors de terre de plusieurs pieds , et une inscription latine indiquait le nom de l’empereur qui avait fait construire ou réparer la route sous son règne. Venait ensuite l’indication numérique de la colonne, qui donnait ainsi la distance en milles de la ville où la route commençait. Les chiffres sont précédés des lettres M ou M P, milliarium, ou milliarium passuum. Quelquefois on y lit même le ncm de la ville d’où la distance était comptée. Une colonne trouvée à Saguenay en Bourgogne , sur la route de Langres ù Lyon, porte : AND. M. P. XX H, ab Aude matuno milliarium passuum 'vigecisimtim secun dura , Andematunum étant l’ancien nom de Langres. Ces colonnes milliaires marquant les distances en milles , existaient dans toutes les possessions romaines; mais dans les parties de la Gaule conquise par César, les distances étaient marquées en lieues , leugœ , sùr ces colonnes. Il y en a une à Vic-sur- Aisne , du temps de Caracalla, qui porte : AB. AVG.
SVESS. LE VG. VII, ab Augusto-Suessonum leugœ septem; Augusto-Suessonum, est l’ancien nom de Soissons, et .Vie en est éloigné de
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7 lieues gauloises, composées de i5oo pas romain chacune.
58 . Obélisques. Ils sont faits d’une seule pierre à quatre faces, ordinairement d’une longueur remarquable, quelquefois extraordinaire, et dont l’épaisseur diminue de la hase au sommet. Ils étaient placés sur un piédestal simple et carré, mais plus large que l’obélisque même. Cet ouvrage d’architecture est d’origine égyptienne; les Romains et les modernes l’ont imité, mais ils n’ont jamais égalé leurs modèles (fig. y).
Égyptiens. Les obélisques égyptiens sont ordinairement de granit rose ; des deu;x qui sont encore en place au palais de Louqsor, à Thèbes, l’un a 72 pieds de longueur, fi pieds 2 pouces de côté à la base, et doit peser 35 2,760 livres ; l’autre a 77 pieds d’élévation, y pieds 8 pouces de côté, et son poids est estimé à 5 25,236 livres. On en connaît qui ont plus de 100 pieds de longueur. Chaque face est ornée d’inscriptions hiéroglyphiques en creux , et le sommet se termine en pyramide dont les quatre côtés représentent des scènes religieuses, accompagnées aussi d’inscriptions. Les arêtes des obélisques sont fort vives et
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bien dressées, mais leurs faces ne sont pas parfaitement planes , et leur légère convexité est une preuve de l’attention que les Égyptienà apportaient à la construction de ces monumens. Si les faces étaient planes, elles paraîtraient concaves à l’œil; la convexité compense cette illusion d’optique.
Les inscriptions hiéroglyphiques sont en ligne perpendiculaire; quelquefois il n’y en a qu’une au milieu de la largeur de la face , et souvent il y en a trois ; la découverte de l’alphabet des hiéroglyphes par mon frère, a permis enfin de connaître la véritable nature et la destination des obélisques égyptiens sur lesquels on a tant écrit, et débité tant de fausses suppositions. L’inscription n’est qu’une com* mémoration du roi qui a fait construire le temple ou le palais duquel l’obélisque dépen* dait; on y indiquait encore si ce prince y avait ajouté des allées de sphinx ou de béliers, enfin l’érection des obélisques eux-mémes. Tel est le sujet de l’inscription qui est au milieu de chaque face de l’obélisque, et quoique le nom du même roi et les mêmes circonstances soient répétées sur les quatre côtés, il existe dans les quatre textes comparés
DES COLONNES ET OBÉLISQUES. 63 quelques différences, ou dans l’invocation des divinités particulières , ou dans les titres du prince, ou dans l’indication des ouvrages qu’il a consacrés aux dieux. Tout obélisque n’avait, dans sa première forme, qu’une seule inscription sur chaque face, et de l’époque même du roi qui l’avait érigé; mais un prince qui venait après celui-ci ajoutait une cour, un portique, une colonnade au temple ou au palais, faisait graver sur l’obélisque primitif, avec son nom , une autre inscription relative à ces accroissemens ; ainsi, tout obélisque orné de plusieurs inscriptions est de plusieurs époques. Le pyramidion qui les termine représente ordinairement par ses sculptures le roi qui a érigé l’obélisque, faisant diverses offrandes au Dieu principal du temple et à d’autres divinités, quelquefois aussi l’offrande même de l’obélisque. Les courtes inscriptions des pyramidions portent le nom du roi, celui du Dieu, les paroles et la réponse des deux personnages. On sait donc par ces noms les noms des rois qui érigèrent les obélisques subsistans encore , soit en Egypte , soit ailleurs. Le plus ancien est celui de Saint- Jean-dc-Latran h Rome; il porte le nom du
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roi Mœris, 5 e roi de la 18 e dynastie- égyptienne , et qui régna vers l’an 1786 avant Père chrétienne. Les deux obélisques de Louqsor, dont il a été question plus haut , ont été élevés par le roi Ramsès III , i 5 c roi de la même dynastie (vers i56i) ; on en connaît de plusieurs autres Pharaons, et rien n’égale l’effet grandiose de ce genre de monument, qui témoigne si positivement de la puissance des arts en Egypte.
5 g. Grecs. Les Grecs ne firent point d’obélisques hors de l’Égypte; les rois macédoniens ou Ptolémées , qui régnèrent dans cette contrée depuis Alexandre jusqu’ «à Auguste, y élevèrent, terminèrent ou agrandirent plusieurs nionumens, mais toujours selon les préceptes de l’Égypte. Les artistes égyptiens exécutèrent donc des obélisques pour ces princes grecs , mais ils ne s’écartèrent point , pas plus que dans les autres nionumens, des coutumes antiques. Le style et les proportions égyptiennes s’y reconnaissent toujours, et les inscriptions sont également tracées en hiéroglyphes. L’obélisque trouvé à Philae avait été érigé en l’honneur de Ptolémée-Evergète 1 1 et des deux Bérénices , ses femmes , et pljçicc
DES COLONJÎES ET OBELISQUES. 65 sur un socle portant une inscription grecque qui rapelie le motif et l’occasion de ce monument. Il est bien loin d’approcher des dimensions des obélisques pharaoniques ; son exécution n’a donné lieu d’ailleurs à aucune observation relative aux principes suivis jusque là par les artistes.
60. Romains. Après qu’ils eurent fait de l’Egypte une province romaine , ils la dépouillèrent de quelques-uns de scs obélisques Il en reste encore i3 à Rome, dont quelquesuns sont de l’époque même de la domination romaine en Egypte. Ainsi les Romains firent exécuter des obélisques en l’honneur de leurs princes; mais la matière et le travail des inscriptions les font aisément distinguer des obélisques plus anciens. L’obélisque Barberini est de ce nombre : il porte les noms d’Hadrien, de Sabine sa femme, et d’Antinoüs son favori. Il en est de même de l’obélisque de Bénévent , où se lisent les noms de Vespasien et de Domitien; ce dernier porte de plus le nom d’un Lucilius ; on lit celui de Sextus Rufus sur l’obélisque Album, et l’on connaît deux préfets romains de l’Egypte qui furent nommés ainsi : c’étaient donc ces magistrats
fi (j MOJNUMIiJNS d’aKCUITEGTURE.
qui faisaient exécuter dans ce pays, ces monumens en l’honneur des empereurs régnans , et qui les envoyaient ensuite à Rome. On a aussi les fragmens de deux obélisques de l’époque romaine, qui durent être semblables, et être élevés en pendans, à l’entrée de quelque grand édifice. Enfin les Romains essayèrent de faire des obélisques à Rome même, et tel est l’obélisque Sallustien qui estime mauvaise copie de celui de la Porte du Peuple , élevé jadis en Egypte en l’honneur du pharaon Achenchérès - Mandouéi, de la XVIII e dynastie, i55o ans avant la réduction de l’Egypte en province romaine. Les empereurs romains en Orientèrent transporter aussi des obélisques égyptiens à Constantinople ; enfin, on a trouvé aussi les fragmens de deux de ces monumens à Catane en Sicile ; l’un des d’eux, est à huit pans ou faces, mais on ignore l’époque à laquelle il peut remonter.
SECTION VL ‘
Des Pyramides.
fii. Pyramides. Plusieurs peuples anciens construisirent des pyramides. La forme en