‹ Résumé complet d'archéologie. Orné de planches. Par M. ChampollionFigeac. Tome premier second Monumens d'architecture, de sculpture et de peinture, comprenant les constructions de tout genre, les statues, basrelief, ... avec une introduction historique et terminé par un vocabulaireChapitre 14 sur 37 · PYRAMIDES · texte numérisé non relu

PYRAMIDES

quelquefois un cordon forme leurs arêtes, et une niche se trouve vers leur sommet. L’ahsence des inscriptions laisse encore beaucoup de doute sur leur époque.

A l’imitation des rois, les particuliers se firent aussi des pyramides , mais portatives , c’est-à-dire ayant de i5 à 3o pouces de hauteur, avec ou sans niche, mais ornées de sujets funéraires sculptés, et d’inscriptions contenant le nom et les qualités du défunt dont elles accompagnaient la momie. On en voit de semblables dans plusieurs cabinets, et elles sont presque toutes tirées des environs de Memphis , les particuliers ayant aussi leurs chambres sépulchrales dans les montagnes de Thèbes. L’état physique de la haute et de la basse Egypte exigeait ces différences dans une contrée où , d’ailleurs , tout portait un cachet si uniforme ( Voy. au n° 75 , Tombeaux égyptiens ).

62. Etrusques. Ils construisirent aussi des pyramides. Selon Pline , le tombeau du roi Porsenna, auprès de Clusium, était formé de deux pyramides dont les sommets étaient réunis par une chaîne à laquelle pendaient

JO MORUMEK5 d’architecture.

des clochettes que le vent agitait , et dont le

son était entendu au loin.

63. Romains. La pyramide de Cestius est un ouvrage romain ; c’était le tombeau d’un septemvir épulon , qui était ainsi nommé.

Elle est en marbre de Paros ; son intérieur est une chambre ornée de belles peintures ; le pape Alexandre VII la fit restaurer.

SECTION VII

Des Théâtres y Amphithéâtres, Cirques , Hippodromes , Naumachies , Bains ou Thermes , Arcs de triomphe.

64 . Théâtres. Après les temples, les théâtres étaient, chez les Romains, les édifices publics les plus nécessaires. Mélées au culte des dieux, les représentations scéniques n’avaient rien de profane ; le peuple s’assemblait aussi au théâtre dans certaines occasions solennelles. On les consacrait ordinairement à Bacchus , parce qu’on le regardait comme l’inventeur de la comédie; du moins, c’est aux processions solennelles en l’honneur de ce dieu et de Cérès qu’on honorait par des fêtes

THEATRES, AMPHITHEATRES, etc. 7 I

joyeuses mêlées de déguisemens, qu’on rapporte son origine. Quelquefois le théâtre était

bâti dans le temple même de Bacchus. Quant

à l’Egypte, il ne reste aucune trace qui permette de lui attribuer l’usage du théâtre; la pompe des cérémonies religieuses suffisait à ses habitudes méditatives et à son esprit éminemment religieux.

65. Grecs. Les Grecs , à qui l’on doit l’invention du drame, construisirent aussi les premiers théâtres; des cabanes de branches d’arbres destinées à mettre les acteurs à l’abri du soleil, furent bientôt remplacées par des échafaudages en bois, dans les villes surtout, et enfin par des édifices remarquables par leur grandeur et leur magnificence. Ils donnèrent ainsi les premières règles à suivre dans la construction des théâtres , et leurs artistes enseignèrent à peindre et à décorer la scène. Le premier grand théâtre d’Athènes, celui de Bacchus, situé près d’un temple de ce dieu, fut creusé, au temps de Thémistocle, dans le flanc de l’Acropole, qui regarde le mont Hymète. Ceux d’Ægine , d’Épidaure et de Mégalopolis , l’emportaient sur tous les autres par leur étendue et leur ma-

72 MONUMENS d’aRCHITF.CTURI!.

gnificence. Les Grecs de l’Asie-Mineure suivirent à cet égard les exemples des Grecsd’Europe et des Siciliens. La disposition générale des théâtres était d’être construits sur la pente d’une montagne, afin de pouvoir établir plus solidement les sièges des spectateurs; les sièges de côté étaient appuyés sur une forte maçonnerie qui venait s’unir à la scène. La forme était celle d’un demi-cercle. A la base était un bâtiment transversal divisé en trois parties ; là était la scène proprement dite ; l’orchestre était placé entre elle et les gradins ; ceux-ci s’élevaient l’un derrière l’autre en demi-cercles concentriques. Quelquefois ces gradins étaient divisés en deux et trois étages ; c’est ce que Vitruve appelle prœcinctio. On les distribuait en plusieurs sections séparées par des escaliers qui formaient comme des rayons aboutissant vers l’orchestre. Les sièges compris entre deux escaliers formaient ainsi une espèce de coin; aussi les spectateurs qui arrivaient trop tard étaientils excuncati , hors des coins, où ils se tenaient debout. Deux grandes entrées latérales conduisaient à l’orchestre, où aboutissaient les escaliers des gradins. Chaque étage de gra-

THÉÂTRES, AMPHITHEATRES, etc. 7^ dins avait aussi quelquefois des entrées particulières. Du reste , on se conformait aux

localités pour rendre l’entrée et la sortie aussi commodes qu’il était possible. Les sièges étaient assignés selon des règles particulières et les classes diverses des citoyens. Les agonothètcs ou juges, occupaient la première rangée avec les magistrats , les généraux et les prêtres. Derrière eux étaient les jeunes gens, et enfin les autres citoyens et le peuple. Les riches y faisaient apporter des coussins et des tapis. A Athènes, les femmes n’assistaient pas aux spectacles; elles y étaient admises à Lacédémone. Comme les théâtres des anciens n’étaient pas couverts, on étendait au-dessus une grande toile , teinte de couleur pourpre , et quelquefois très-ornée; d’un côté, elle était attachée à des mâts placés dans l’orchestre et de l’autre aux murs.

On rafraîchissait l’enceinte par de l’eau mêlée de parfums qu’une pompe foulante poussait dans des tuyaux d’où elle s’échappait en pluie très-fine. On sait jusqu’où les anciens ont porté le luxe et le goût du théâtre, et tout ce qu’ils imaginèrent pour le perfectionner. Il paraît qu’ils renforçaient la voix des

74 MOWUMEHS D* ARCHITECTURE.

acteurs au moyen de vases de bronze ou de terre en forme de cruche , appelés èchea , et disposés entre les sièges dans des niches faites pour cet usage. Par leur conformation , ils rendaient toutes les consonnances depuis la quarte et la quinte jusqu’à la double octave. Vitruve assure que Lucius Mummius enleva les vases de ce genre qui étaient au théâtre de Corinthe.

66. Etrusques. Ils aimaient beaucoup le spectacle; il se mêlait aussi aux pratiques de la religion , et ils y associaient la musique et la danse. Ils cultivèrent trois genres , le tragique , le comique et le satyrique. Les pièces ateUanes, qui appartiennent au dernier, ont été célèbres à Rome même. Elles prirent leur nom de celui de la ville d 'Atellœ , capitale des Osques, où on les inventa. Les jeux scéniques étaient connus et pratiqués par les Étrusques avant de l’être par les Romains.

On voit encore à Adria , a Volaterra et a Eugubium des restes de théâtre ; celui d’Adria était bâti en briques.

67. Romains. Ce qui vient d’être dit des théâtres chez les Grecs, s’applique en général aux théâtres des Romains. On peut ajouter

THEATRES, AMPHITHEATRES.

seulement que les Romains ont surpassé les Grecs par la grandeur et la magnificence de ce genre d’édifices. Ils en bâtirent dans presque toutes leurs villes , même dans les provinces conquises; plusieurs villes de France en conservent encore des restes considérables , telles que Orange , Arles , etc. Pompée fit bâtir à Rome le premier théâtre de pierre ; depuis l’an de Rome 3qi , ( 363 avant J.-C.) , ces édifices étaient en bois. Les sénateurs occupaient l’orchestre depuis Scipion l’Africain; le préteur avait un siège un peu plus élevé ; les chevaliers obtinrent ensuite , sous Pompée , les quatorze premières rangées de sièges; derrière eux étaient les jeunes gens des familles éminentes, le reste pour le peuple, et derrière les derniers rangs, les femmes. Les soldats étaient séparés des citoyens.

68. Amphithéâtres. Les amphithéâtres furent particuliers aux Romains ; ce fut Caius Scribonius Curio qui fit construire le premier édifice de ce genre; c’étaient deux théâtres réunis , en bois , qui tournaient horizontalement avec les spectateurs en place ; on enlevait la scène, et les deux théâtres rapprochés par la base des demi-cercles , for-

76 monumf.ns d’architecture.

maient Y amphithéâtre ou théâtre double. Statilius Taurus, ami d’Auguste, en fit élever un en pierre dans le Champ de Mars, et depuis, ce genre d’édifices publics se multiplia. La forme elliptique fut généralement adoptée ; le sol se nommait Y arène r parce qu’il était couvert de sable: des gradins s’élevaient tout autour, et ils pouvaient contenir jusqu’à 80,000 spectateurs. C’était là que se donnaient les combats des gladiateurs et des bétes féroces : elles étaient enfermées dans des loges, carceres, qui étaient au niveau de l’aréne; au-dessus, était une galerie où se plaçaient les spectateurs les plus distingués : les sièges ou gradins s’élevaient de là jusqu’au sommet du mur , et dans une disposition semblable à celle des théâtres. Les portes des avenues voûtées se nommaient 'vomitoria; à l’extérieur, les amphithéâtres étaient divisés en plusieurs étages , ornés d’arcades , de colonnes et de pilastres. Le colysèe de Rome est un amphithéâtre bâti par Titus. On en voit dans plusieurs villes de France, à Arles, Fréjus, Saintes, Autun et Nîmes ; c’est ce qu’on appelle les arènes dans cette dernière ville.

^ 9 * Cirques. Autre genre d’édifice particu-

AMPHITHEATRES, CIRQUES, etc. 77 lier aux Romains, et qui ressemblait au stade ou stadion des Grecs, également destiné aux jeux des athlètes. Le milieu du stadion était libre, celui du cirque était occupé par une spina qui se prolongeait dans le sens de sa longueur. Les Romains y donnaient d’abord les courses à cheval ou de chars, et ensuite les combats des gladiateurs, des bétes féroces, les combats simulés, etc. Le circus maximus de Rome fut élevé sous le règne de Tarquin l’Ancien ; des sièges en gradins étaient placés dans le pourtour, et chaque curie avait sa place marquée , ainsi que les sénateurs et les chevaliers. Le sol enfermé dans l’enceinte se nommait area ; César la sépara des gradins par un euripus ou fossé, afin que les spectateurs ne fussent pas exposés aux atteintes des animaux qui brisaient quelquefois la grille en bois placée en avant du fossé. Trois portiques formaient sur trois côtés , l’enceinte générale ; le premier soutenait les sièges en pierre; le second, les sièges en bois placés derrière les autres , et le troisième , le plus élevé, ornait l’extérieur, et contenait les passages nécessaires et les entrées pour parvenir aux sièges. Les carceres ou celles , !o-

78 MOMUMENS D’ARCHITECTURE.

geaient les chars, les chevaux et les bétes féroces destinés âu cirque ; elles étaient sur un côté du cirque , numérotées et disposées en diagonales, de sorte qu’elles étaient toutes à une égale distance de Varéa; un mur long , mais peu élevé, orné d’autels et de statues, la partageait en deux portions, c'était la sp/na. A une certaine distance des carceres et à l’opposite , était une meta ou borne , autour de laquelle les concurrens devaient passer sept fois. Un obélisque ornait quelquefois le milieu de la spina, et un petit édifice de 4 colonnes décorait ses deux extrémités ; enfin les bornes ou metœ se composaient de trois cônes placés sur le même piédestal, et terminés en forme d’œuf. La porte triomphale était du côté opposé aux carceres. On trouvera dans la description de la mosaïque de Lyon, représentant les jeux du cirque, et publiée par mon savant ami M. Artaud , les autres détails relatifs à ce genre d’édifices : Rome en avait plusieurs de cette espèce.

70. Naumachies. Combats simulés de vaisseaux. Ce genre de spectacle plaisaitbeaucoup aux Romains; les naumachies avaient beu le plus souvent dans les cirques ou les amphi-

JVAUMACHIES , HIPPODROMES, etC. 79

théâtres. Des canaux souterrains y conduisaient l’eau nécessaire; d’autres servaient à la faire écouler. Ces deux opérations se faisaient sous les yeux des spectateurs, et dans quelques minutes. Quelquefois on creusait le terrain pour une naumachie; on le remblayait après. L’empereur Claude transforma le lac F ucin en naumachie , en faisant placer tout autour des sièges pour les spectateurs. Les provinces imitèrent en ceci la capitale de l’empire ; on a reconnu des restes de naumacliie à Metz et à Saintes : l 'area était pavée afin de mieux retenir l’eau.

71. Hippodromes ; étaient destinés , chez les Grecs et les Romains, aux courses à cheval et des chars, pour disputer des prix. Le terrain de rhippodrome était précédé d’une enceinte où les combattans se rassemblaient; elle perdait peu à peu de sa largeur, en se rapprochant du terrain où elle finissait en éperon de navire ; des remises étaient pratiquées sur les deux côtés, et quand on baissait les cordes , tous les concurrens allaient se placer sur la même ligne. L’hippodrome proprement dit , avait la forme d’un carré long ; à l’extrémité était laborne qu’il fallait atteindre, etelleétaii

8o MOWUMEtfS li’AIlCHITECTÜRE.

posée de tel le sorte, qu'il ne pouvait passer près d’elle qu’un char à la fois; une tranchée d’une pente douce régnait auprès du terre-plain qui la partait, afin que celui qui suivait un char, s’il venait à se briser, pût y descendre, remonter et se rapprocher de la borne. La musique accompagnait ces exercices ; les juges étaient assis là où la course se terminait, et les spectateurs se plaçaient le long d'un mur à hauteur d’appui , qui formait l’enceinte. L’hippodrome d’Olympie avait 4 stades de longueur et un de large; il y en avait deux à Constantinople , et il paraît , d’après la dissertation de feu M. Heyne , qu’ils renfermaient beaucoup de monumens. Les quatre chevaux de Venise en ont été tirés ; on voit aussi à Thèbes d’Egypte , dans les ruines de Médinet-Abou, les restes d'une construction qui a la forme d’un hippodrome , mais on ne connaît pas l’époque de sa construction. Son étendue est sept fois celle du Champ de Mars à Paris.

73. Bains ou Thermes. Edifices publics ou particuliers, d'un usage général dans toute l’antiquité. Les plus complets étaient composés de six pièces : X apodyterinm des

BAINS OU THERMES, etc. 8l

Grecs, spoliatorium des Romains , où l’on se déshabillait : les gardes , nommés capsarii , avaient soin des habits; 2 ° le loutron des Grecs, frigidarium des Romains, où l’on prenait les bains froids ; 3° le tepidarium , lieu tempéré, qui prévenait le danger du passage trop subit d’un endroit très-chaud dans un autre qui était très-froid ; 4° la sudatio ou laconicum , cellule ronde, surmontée d’une coupole, qui tirait son second nom de celui du poêle qui l’échauffait et qui venait de la Laconie : au haut de la coupole, était une ouverture qu’un couvercle de bronze, fermait à volonté ; des tuyaux conduisaient la chaleur au degré nécessaire; 5° le balneum ou bain d’eau chaude ; une galerie , appelée scliola , régnait tout autour; la piscina ou bassin était au milieu, quelquefois aussi des baignoires, labra , solea , alvei , enchâssées dans le pavé ; 6° Y eleothesium ou onctuarium : on y conservait les huiles et parfums dont on se servait au sortir des bains, comme avant d’y entrer; 7 ° Yhypocaustum ou fourneau souterrain, distribuait la chaleur partout où elle était nécessaire, et à divers degrés. Des statues, des basreliefs et des peintures ornaient les bains des

82 MONUMENS d’aRCHITECTUEE.

Grecs et des Romains :1e Laocoon a été trouvé dans les bains de Titus ; et l’on comprend que toutes ces dispositions étaient soumises, soit aux localités , soit à la dépense que pouvaient faire ceux qui faisaient construire les bains. On y employait des briques et des pierres ; de petits piliers et de petites colonnes faisaient partie des constructions souterraines. On a trouvé, dans beaucoup de villes de France, des ruines de bains romains, notamment dans les lieux où sont les eaux thermales.

y3. Arcs Je triomphe. Ce genre de monumens fut particulier aux Romains; il consiste en de grands portiques élevés à l’entrée des villes, sur des rues, des ponts ou des chemins publics , à la gloire d’un vainqueur, ou en mémoire d’un événement mémorable. Les plus simples n’eurent qu’une seule arcade , ornée de colonnes toscanes ou doriques : tel est l’arc de Titus à Rome; celui de Vérone est à deux arcades, et paraît avoir servi de portes à la ville. Dans ceux à trois arcades , les deux arcades latérales sont plus petites que celle du milieu; tel est l’arc d’Orange.

Les .arcs de triomphe de ce genre sont cou-

arcs de triomphe, etc. 83

ronnés par un attique très-élevé , qui portait des inscriptions, quelquefois des bas-reliefs , et supportait aussi des chars de triomphe , des statues équestres , etc. Ses archivoltes étaient ornées de victoires portant des palmes; des bas-reliefs représentaient les armes des ennemis vaincus, des trophées de tout genre, et même les monumens des arts qui avaient orné la marche du triomphateur. Quand celui-ci passait sous le portique du milieu, une figure de la victoire, attachée par des cordes, déposait une couronne sur sa tète. Lorsqu’un arc de triomphe n’est qu’un monument de reconnaissance, et n’a pas été élevé à la gloire d’un vainqueur, on n’y remarque aucun vestige de trophées ni de symboles militaires.

On connaît un assez grand nombre d’arcs de ces deux genres, et ce qu’on vient d’en dire suffira pour ne pas confondre deux espèces de monumens analogues, qui avaient une destination différente. L’architecture et la sculpture y déployaient toutes leurs richesses ; les figures de ces portiques, gravées au revers des médailles romaines , nous en donnent une haute idée. La France conserve les restes de plusieurs arcs de triomphe romainsjon les voit

84 MOXUMEXS D’ARCHITECTURE.

à Saint-Remi, Cavaillon, Carpentras, Orange, Reims , Saint - Chamans , Saintes; ces deux derniers étaient construits sur le pont de chacune de ces villes.

SECTION VIII

Des Tombeaux y Momies , Cercueils , Figurines ,

Papjrus , Tumuli, Pierres gauloises , etc.

74 . Tombeaux. Les honneurs rendus aux morts étaient plus profondément associés aux idées religieuses des anciens qu’à celles des modernes. Aussi nous est-il parvenu un grand nombre de monumens funéraires des premiers, de formes très-diverses; quelques-uns sont d’une simplicité extrême : tels sont ceux des Gaulois; d’autres sont le produit de tous les arts qui les ont embellis de toutes leurs magnificences : tels sont les tombeaux des Egyptiens; d’autres enfin, ceux des Grecs et des Romains, sont des chefs-d’œuvres de sculpture et d’architecture et les inscriptions qui les accompagnent, très-souvent des modèles de précision , et l’expression des plus beaux sentimens.

TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etc. 85

75. Egyptiens. Les pyramides étaient des tombeaux (V. ce mot, n° 61). Ces monumens étaient la dernière demeure des rois et des grands personnages de leur famille ou de l’état, et particuliers à la Basse-Egypte. Dans la Haute , d’immenses excavations dans les montagnes de la Thébaïde reçurent leurs restes mortels, et l’on sait avec quelle magnificence ces tombeaux des rois étaient travaillés et ornés. Leur entrée, soigneusement fermée, était souvent indiquée par un simulacre de portique taillé sur le flanc de la montagne. Un grand nombre de couloirs , quelquefois coupés par des puits profonds et des salles, quelques-unes très-spacieuses , conduisaient enfin, et par des issues souvent déguisées , à la grande chambre où était le cercueil, ordinairement de granit, de basalte, ou d’albâtre. Les parois de l’excavation entière , ainsi que le plafond, étaient couverts de sculptures coloriées et d’inscriptions liiéroglyphiques où le nom du roi défunt était souvent répété. On y figurait ordinairement toutes les cérémonies funéraires , la pompe même de l’inhumation, la visite de l’âme du mort aux divinités principales, ses offrandes

86 mokumeks d’architecture.

à chacune cl’elles , enfin sa présentation par le dieu qui le protégeait au dieu suprême de YAmenthi ou enfer égyptien, et son apothéose. Rien n’égale la grandeur de ces ouvrages et la richesse et la variété de leurs ornemens ; les figures , quoiqu’en très-graud nombre , sont quelquefois de grandeur colossale ; souvent aussi les scènes de la vie civile se mêlent aux représentations funéraires ; on y voit les travaux de l’agriculture, les occupations domestiques , des musiciens , des danseurs et des meubles d’une richesse, d’une élégance admirables; aux plafonds sont ordinairement des sujets astronomiques ou astrologiques. On trouvera dans la relation du voyage de l’infortuné Belzoni eu Egypte, la description du tombeau qu’il a ouvert dans les environs de Thèbes; c’est celui du roi Achenclierrés-Ousireï, ou Pétosiris , le Busiris des Grecs, douzième roi de la XVIII e dynastie , et qui régna vers 1 597 avant l’ère chrétienne. Belzoni, qui avait reconnu une entrée encore intacte à la suite de la troisième salle , pénétra ainsi jusqu’à la sixième, bien convaincu que le tombeau n’avait pas été violé; mais le cercueil, en albâtre, était ouvert, son couvercle

TOMBEAUX j MOMIES, CERCUEILS, etC. 87

brisé ; on y avait pénétré par un couloir souterrain qui aboutissait à cette salle, et qui paraissait avoir son issue sur le flanc de la montagne opposé à celui où était l’entrée.

Le nombre des tombeaux de ce genre était de 47 selon les anciens; il n’en existait plus que 17 sous les Ptolomées, et quelques-uns de ceux-ci avaient déjà été violés du temps de Diodore de Sicile. Il paraît que les Arabes les ont cherchés avec beaucoup de soin, et qu’ils ont pénétré dans la plupart, ainsi que dans les pyramides , où l’on voit des inscriptions Coufiques qui ne permettent pas d’en douter.

76. Les simples particuliers étaient inhumés selon leur rang et leur fortune. Leur tombeau, également creusé dans la montagne, se composait d’une ou de plusieurs salles : la dernière contenait le cercueil et la momie. Voici la description d’un tombeau de ce genre, nouvellement découvert. On parvenait à la première salle par un puits de plusieurs pieds de profondeur ; l’entrée était sur un côté de ce puits; on n’a rien trouvé dans cette première chambre , que des débris qui prouvent qu’elle avait été autrefois visitée ; mais une seconde porte , dont l’ouverture ,

88 monumens d’architecture.

très-peu élevée au-dessus du sol, était cachée par ces débris amoncelés, donna entrée dans une seconde salle absolument intacte; elle avait 8 pieds dans un sens et io dans l’autre; au milieu était un triple sarcophage en bois , entièrement peint en dedans et en dehors, et portant de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques; dans le cercueil intérieur, le plus petit des trois, était la momie du mort. Vers la tête, on a trouvé les offrandes qui lui avaient été faites : la tête et l’épaule d’un bœuf, deux plats comblés de légumes cuits ou de pâtes, plusieurs amphores de vin qui s’est évaporé, et quelques pièces d’étoffes de coton ou de laine. A droite et à gauche du cercueil, étaient des figures en bois, d’environ 2 pieds de hauteur, figures de la femme et de la fille du mort, lui apportant ces offrandes dans un coffret chargé sur leurs têtes, et une amphore à la main; à côté de chacune d’elles était une barque de deux pieds de longueur :

au milieu de la première barque, est un baldaquin destiné à recevoir la momie; en attendant, des femmes lavent la tunique du mort:

l’une fait la lessive dans une grande jarre , l’autre lave la tunique sur une planche incii-

TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etC. 89

née; d’autres ligures, toujours en bois, selivrent à des occupations analogues. Sur l’autre barque, la momie est déjà transportée sous le baldaquin ; la femme et la fille du mort, éplorées, et les cheveux couvrant leur visage, sont inclinées sur la momie, avec l’expression de la plus vive douleur, et seize matelots , la rame à la main, sont prêts à commencer le* voyage de la momie à travers le lac qui va la transporter dans l’amenthi.

On sent que ces scènes pouvaient être variées à l’infini; mais ce qui vient d’être dit donne une idée complète de certaines sépultures particulières. D’ailleurs la distribution des Egyptiens en castes subordonnées, devait avoir réglé les droits des morts comme ceux desvivans, et la fortune de chacun ou l’attachement de ses héritiers , déterminaient encore la richesse de ces maisons funéraires , les seules de l’antiquité, et que les Egyptiens considéraient comme si importantes , leurs croyances religieuses portant toute leur attention vers ces demeures éternelles, d’où la curiosité des modernes les arrache avec tant de zèle et d’empressement.

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