‹ Résumé complet d'archéologie. Orné de planches. Par M. ChampollionFigeac. Tome premier second Monumens d'architecture, de sculpture et de peinture, comprenant les constructions de tout genre, les statues, basrelief, ... avec une introduction historique et terminé par un vocabulaireChapitre 16 sur 37 · Les Romains appelaient sepuicnim les · texte numérisé non relu

Les Romains appelaient sepuicnim les

io6 mowumers d’architecture.

tombeaux ordinaires , et momimentum ledifice consacré à la mémoire d’une personne sans aucune cérémonie funèbre; de sorte que le même mort pouvait avoir plusieurs monumens , et dans des lieux divers , mais ne pouvait avoir qu’un seul tombeau. Les tombeaux romains sont très-divers, quelques-uns étaient des tours à plusieurs étages ; tel est celui de SaintRemi en Provence ; et deux tours également funéraires ont été récemment -démolies à Aix dans la même province.

Les tombeaux les plus communs sont un cippe en pierre, plus ou moins considérable , plus ou moins orné, ordinairement de forme quadrangulaire , et portant sur sa face principale l’inscription latine qui rappelle les noms, les titres et la filiation du défunt. Les inscriptions funéraires commencent ordinairement par les lettres D. M. , Dits manibus 9 suivies des prénoms , nom et surnoms du mort, au génitif et au datif; assez souvent ces signes D. M. manquent, et alors les noms et titres du mort sont au datif. On y lit aussi quelquefois son âge, en années, mois et jours , et le nom du parent, de l’affranchi ou de l'ami qui a posé le monument sur la tombe

TOMBEAUX, MONUMEKS, URNES, etc. IO7 du défunt. Lorsqu’il était enfermé dans un sarcophage l’inscription était gravée sur la partie antérieure de la cuve. On trouve dans les inscriptions de ce genre , beaucoup de données précieuses sur la propriété des tombeaux ; on y voit tantôt qu’il ne doit point servir à l’usage des héritiers, H. M. H. jN. S.: Hoc monumentiim hccrcdes non seqnitur; ou bien encore, H. M. AD. H. N. TRANS. , Hoc monumentum ad hœredcs non transit; et tantôt jusqu’où l’on portait les précautions pour que le tombeau subsistât toujours malgré le changement de propriétaire du sol.

Ceci s’appliquait surtout aux tombeaux particuliers , car chacun pouvait avoir le sien ; les tombeaux de famille étaient ceux que le chef faisait construire pour lui , ses enfans , ses proches et ses affranchis; enfin un espace dont l’inscription indiquait l’étendue , était sacré comme le tombeau, et suivait sa destination. Après que le corps était brûlé , les cendres étaient enfermées dans une urne cinéraire, vase de toute matière et de formes variées, avec ou sans inscriptions; on en voit dans toutes les collections , et quelquefois aussi, au lieu de l’urne, on employait au

108 MONÜMENS D’ARCHITECTURE, môme usage des coffrets de marbre ou d’argile, ornés de symboles ou de bas-reliefs analogues, et l’inscription funéraire indique assez clairement leur véritable objet. Les urnes de la môme famille étaient quelquefois déposées dans un local préparé à cet effet , occupant • un assez petit espace, et contenant néanmoins les cendres d’un grand nombre de corps. Ses murs intérieurs étaient percés de plusieurs étages de petites niches cintrées, et dans char cune on plaçait et on scellait une ou plu-?

sieurs urnes, jusqu’à quatre au plus; des inscriptions gravées ou attachées dans l’intérieur des niches indiquaient le nom et les qualités du défunt : c’est ce que les Romains appelaient un columbarium , nom tiré de l’aspect intérieur de l’édifice et de la similitude des niches avec les trous où les pigeons font leurs nids. Gori et Bandini ont donné de sa*r vantes descriptions du columbarium des affranchis de Livie. Quand le défunt , mort à la guerre ou sur mer , n’avait pas reçu les honneurs de la sépulture , on lui élevait un cénotaphe , tombeau 'vide , avec des honneurs et des cérémonies réglés par les lois ; ces cénotaphes portaient les mômes ornemens

VOIES PUBLIQUES^ CAMPS, etc. IO9

que les sarcophages et les tombeaux. Quant aux inscriptions funéraires, partie essentielle de ce genre de monumens, nous en traiterons plus au long dans la section relative aux inscriptions romaines.

SECTION IX

Voies publiques , Camps et A que due s romains.

91. Voies publiques ou militaires. Des relations suivies entre les hommes et les peuples de divers pays , firent bientôt sentir la nécessité des voies publiques , chemins ou routes. Tous les peuples en construisirent, mais avec plus ou moins de solidité et de perfection. On a trouvé en Egypte des routes et des chaussées construites avec beaucoup de soins; mais il ne paraît pas que les Grecs se soient occupés à donner aux voies publiques les dispositions qui en rendirent ailleurs l’usage utile et commode. Hérodote dit qu’à Lacédémone , ce soin était dévolu aux rois , et les grands chemins sont au nombre des objets que Strabon dit avoir été négligés par les Grecs; aucun peuple n’égala donc les Romains dans ce genre d’établissemens publics.

ÏIO MOSUMESS D 'ARCHITECTURE.

92 . Foies romaines. Leurs restes, et ils sont assez nombreux en France , excitent encore par leur solidité, l’admiration des voyageurs. Appius Claudius, l’an 44 2 de Rome (3 ii ans avant J. C. ) , fit construire la première voie pavée, depuis la porte Capène jusqu’à Capoue ; elle porte encore le nom de Fia appia ou F oie appienne. Les routes principales qui traversaient les Gaules , sont , 1 0 la Fia au relia de Civitta-Veccliia (Forum Aurelii ) à Arles ; a° celle d 'Emporium , près des Pyrénées jusqu’au passage du Rhône; 3° la Fia domitia de Domitius Alienobarbus , qui traversait la Savoie et la Provence ; 4° celle qui fut construite par Pompée, et qui se prolongeait de l’Italie dans les Gaules à travers les Alpes ;

5° la voie militaire par le Val d’Aoste, aboutissant â Lyon ; 6 ° sa prolongation par Agrippa , conduisant dans l’Aquitaine par l’Auvergne, au Rhin près de l’embouchure de la Meuse, à l’Océan par la Bourgogne et la Picardie, et la quatrième à Marseille. Rome était le point central auquel toutes les routes aboutissaient par de nombreux embrancliemens qui réunissaient ainsi les provinces les plus éloignées. On peut consulter à ce sujet, ,

VOIES PUBLIQUES, CAMPS, etC. lit

et pour les directions et pour les distances , ritinéraire d’Antonin, la carte romaine publiée par Peutinger, et surtout l’ouvrage de Bergier sur les grands chemins de l’empire romain. Auguste donna un soin particulier à l’établissement des grandes routes (V. Colonnes milliaires, au n° Sj); il y plaça des messagers et ensuite des courriers. Les Romains affectaient de donner à leur route une direction droite, et d’éviter les sinuosités, en comblant les endroits trop bas, abaissant les élévations, perçant les rochers et les montagnes, et édifiant des ponts. Deux sillons indiquaient d’abord la largeur de la route ; on enlevait tout le terrein-meuble sur cette surface, et cette excavation jusqu’au terrein solides était comblée par des matériaux de choix jusqu’à la hauteur déterminée pour la route, selon qu’elle était dans la plaine, la montagne ou des terreins marécageux. Bergier cite * J

des voies romaines en France , qui s’élèvent jusqu’à 20 pieds au-dessus du sol. La plus basse couche, le statumen , se composait de moellons plats noyés dans le mortier; la seconde, appelée radus , était un blocage de pe-

*13 MOTCU3I RAS D’ARCHITECTURE.

tites pierres mêlées de mortier; la troisième, le nucléus ou noyau , se composait d’un mélange de chaux, de craie et de terre franche battues et corroyées ensemble , quelquefois aussi de gravier et de chaux , et c’était dans cette troisième couche qu’était placée la quatrième, le summum dorsum ou summa crusta , composée de cailloux ou de pierres plates taillées en polygones irréguliers ou équarries à angles droits. Quand on ne plaçait pas la quatrième couche ou le pavé , la surface était un mélange de gravier broyé et de chaux; quelquefois les Romains substituaient la terre franche à ce mortier, mais ils donnaient le même nombre de couches fortement massivées avec des pilons ferrés. Les bords des chemins élevés étaient soutenus par des murs de revêtement. La largeur ordinaire des grandes voies romaines était de fio pieds, et divisée en trois parties ; celle du milieu, un peu plus large, était bombée et pavée, les deux parties latérales étaient couvertes de gravier; on en connaît cependant qui n’avaient en tout que 14 pieds de largeur. On voyait sur les grandes routes, des temples, des arcs de triomphe, des 'vil/ce,

VOIES PUBLIQUES , CAMPS , etfc. |l3 et surtout des monumens funéraires, qui rappelaient aux voyageurs le souvenir des hommes illustres ou des événemens mémorables.

On sent aisément que l’importance des communications réglait principalement la direction et la construction plus ou moins parfaite des routes romaines. Ce qui vient d’étre dit suffira pour en faire reconnaître les vestiges, et une tranchée qui mettra à jour les différentes couches, sera encore la plus sûre indication pour les archéologues.

93. Camps romains, camps de César. On donne cette dernière dénomination à des camps retranchés qui remontent à une assez grande antiquité. Ces camps sont assis sur des points élevés ou appuyés d’un côté sur une rivière , ou bien entourés de vallées profondes qui leur servaient de défense. Si quelque côté était inaccessible par sa pente , on n’y faisait aucun travail ; sur les autres on élevait des retranchemens de plusieurs pieds , défendus par un fossé , et aussi des terrassemens en dos d’âne. O 11 y ménageait les issues nécessaires aux communications extérieures. L’état des murs et des travaux servent , en général ,

1 1 4 monumees d’architecture.

à caractériser ces camps et à reconnaître leur époque. A en croire certains écrivains , il en existe un assez grand nombre en France, mais on ne doit pas donner à tous le nom de camp de César ; ce chef militaire ne les a pa^ fait construire tous , et les généraux qui lui succédèrent dans la Gaule , se trouvèrent souvent dans la même nécessité. Il faut aussi distinguer les camps romains de ceux que d’autres peuples construisirent aussi dans les Gaules à des époques postérieures.

On trouve dans ceux qui sont réellement d’origine romaine , des débris d’armes et des médailles ; c’est le signe le plus certain de leur véritable temps , et l’on ne doit pas oublier que la nature du lieu où ils étaient assis , ses pentes et ses directions , eurent une influence inévitable sur la forme et les dimensions des camps des Romains. On ne saurait donc en assigner de générales.

p4. Aqueducs. Ils furent inconnus aux Grecs, et les Romains multiplièrent ce genre de construction, à Rome et dans toutes les provinces. Les aqueducs étaient appareils ou souterrains Ceux-ci , qui traversent quelquefois des espaces considérables et d es rochers , contenaient

D ij i Ii zea

VOIES PUBLIQUES, AQUEDUCS , etc. Il5 des tuyaux en argile ou en plomb , marqués très-souvent ou du nom du potier , ou des noms deé consuls , et ces tuyaux sont ronds ou semispliériques. Les tuyaux antiques sont trèscommuns en France, et prouvent, par les soins apportés à leur fabrication, ceux que les Romains donnaient aux aqueducs même particuliers , les tuyaux s’emboîtant trèsexactement l’u n dans l’autre par des feuillures très-régulières. Les aqueducs apparens étaient construits à travers les plaines et les vallons , et composés de trumaux ou pieds droits et d’arcades. Au-dessus était le canal également construit en maçonnerie , et enduit sur ses trois faces d’un ciment très-dur ; ces aqueducs étaient simples , doubles ou triples , selon qu’ils étaient composés d’un seul , de deux ou trois étages d’arcades; ce qu’on appelle le pont du Gard , près de Nîmes, est un aqueduc de celte troisième espèce. Il est sur une seule ligne; mais le plus ordinairement, ceux surtout qui s’étendaient à plusieurs milles , forment de fréquentes sinuosités rendues nécessaires soit par la surface du sol qui les porte, soit par la nécessité de ralentir l’impétuosité

Il6 MONUMENS D’ARCHITECTURE. '

de l’eau sur la même pente. On voit les ruines d’aqueducs romains sur plusieurs points de la France, à Arcueil , à Metz , à Lyon , etc. : un aqueduc antique près de Vienne (Isère), vient d’être restauré et rendu à sa destination primitive.

wxïème

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SECTION PREMIÈRE

Style particulier à chaque peuple.

p5. Les raonumens antiques, produits de la sculpture, sont tellement nombreux et variés, ils se trouvent si fréquemment à la portée de ceux qui les recueillent , ils abondent tant dans les cabinets publics et particuliers, qu’ils sont l’objet le plus ordinaire de l’attention et des recherches de l’archéologue.

Les statues de grandeur naturelle ou colossale, les figures de proportions moindres , et les figurines quelquefois très-petites , enfin les bustes et les bas-reliefs qui nous sont venus de l’antiquité classique , se retrouvent partout, et leur multiplicité même rend leur étude plus compliquée et plus difficile. Le premier pas à faire dans cette étude, la plus importante des notions qui s’y rapportent ,

Il8 MONÜMENS DE SCULPTURE.

et la plus nécessaire, c’est de distinguer d’abord avec certitude si la figure qu’on examine est un ouvrage égyptien, étrusque, grec, gaulois ou romain, et cette distinction repose entièrement sur la connaissance approfondie du style particulier et spécial à chacun de ces peuples. Nous devons donc en exposer ici les traits principaux.

96. Sty le égyptien. Dans le nu (Pi. /, fig. 8), les lignes droites ou peu courbées dominent dans le contour général de la figure ; la tête ronde par derrière, a les traits de la figure très-saillans; les oreilles s’élèvent au-dessus des yeux, ceux-ci sont très-fendus, et les lèvres saillantes; l’attitude est roide et gênée ; le visage a une expression naturelle, celle d’un portrait ; les bras sont pendans et d’une longueur souvent disproportionnée; la poitrine et les épaules sont sensiblement larges ; le buste est quelquefois un peu long , et la taille étroite au-dessus des hanches; les cuisses et les jambes sont très-allongées , les genoux , les chevilles du pied et les coudes très-sensibles ; les extrémités des mains et des pieds mal terminées, les doigts d’une longueur outrée; les os et les muscles sont faiblement ex-

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