SIMPLES PARTICULIERS , ETC
humaines, et par la richesse de leur costume, lorsqu’ils ne sont pas figurés en gaine.
n4- On distingue encore les rois morts des rois vivons, en ce que les rois morts, passant au rang des dieux après leur apothéose, portent , comme les dieux , la croix anséc d’une main, quelque attribut divin dans l’autre, l’ urocus sur le front, et une coiffure qui est celle même du dieu sous la protection duquel ils s’étaient placés de leur vivant ; il en est de même des reines.
§ 3. Simples particuliers , prêtres , etc.
1 1 5. Quant aux simples particuliers, prêtres et personnages tirés de divers ordres , ils ne portent aucun signe très-distinctif; les hommes ont la tête rasée, ou bien couverte de cheveux artistement tressés et bouclés, souvent de perruques volumineuses très-soignées; une étoffe rayée, pliée autour des reins, les enveloppe depuis les hanches jusqu’aux genoux , et un collier à plusieurs rangs orne leur col et leur poitrine; les jambes paraissent nues, et leurs pieds le sont le plus souvent. Les femmes sont coiffées avec leurs cheveux ou une perruque, et leur tête est couverte d’une étoffe rayée ,
I4S MOifUMENS DE SCULPTURE.
échancrée pour laisser les oreilles libres; une longue tunique les Couvre depuis le dessous du sein, et elle est retenue sur les deux épaules par deux bretelles ; un large collier orne aussi leur poitrine. Un chef de famille se reconnaît à sa longue canne qui égale presque la hauteur de sa taille. S’il est assis , ayant devant lui une table chargée d’offrandes, et parfois une flamme sur la tête , c’est qu’il est mort , et que ces offrandes lui sont faites par les personnes de sa famille quelquefois très-nombreuse ; et si une femme est assise à côté de lui , ayant dans ses mains une tige de lotus avec sa fleur dont elle respire l’odeur, avec ou sans la même flamme sur la tête, c’est que cette femme a aussi cessé de vivre. Dans ces représentations funéraires, comme dans toutes celles de la vie domestique, le nom de ces simples particuliers est toujours écrit à côté de leur tète ; c’est ordinairement une courte série de signes hiéroglyphiques , précédée , pour les morts , des signes caractéristiques du nom d’Osiris , tous les hommes entrant dans la dépendance de ce dieu en quittant la vie. Les figurines humaines , en momie ou gaine , et dont la
ANIMAUX ÉGYPTIENS. ï4$
tête ne porte aucun ornement , sont ces offrandes faites aux morts par leurs parens et leurs amis, qui y faisaient mettre son nom.
Il y en a en toute matière et de dimensions diverses.
§ 4* Animaux.
i ifi. Les figures d 'animaux travaillées par les Egyptiens, sont très- remarquables par la perfection de la ressemblance, le fini des détails, et l’imitation minutieuse des couleurs. Si ces animaux sont symboliques , leur coiffure est celle même du dieu dont ils ont été l’emblème vivant. S’ils n’ont que leurs formes naturelles sans aucun accessoire , ils représentent l’être même dont ils ont la forme, un lion, un rat , un ichneumon , un crocodile , etc. Mais il est à remarquer que presque tous ces animaux avaient un rôle mythique; c’est ce qui a fait multiplier leurs figures. Un oiseau à tête humaine était la figure convenue de Y âme humaine , mâle ou femelle, selon qu’il a ou qu’il n’a pas la barbe tressée. Le scarabée était le symbole du monde ; le vrai scarabée sacré des Egy ptiens vient d’être retrouvé vivant en Ethiopie ; il
l5o MONUMENS DE SCULPTURE.
en est de même de Y ibis blanc, fort rare dans l’Egypte , et cependant très-souvent figuré par les anciens artistes. On retrouve aussi plusieurs espèces de serpens , notamment 1*«rœus au col enflé, etc. Du reste, la parfaite ressemblance des animaux figurés par l’art égyptien, permet de les reconnaître et dénommer sans équivoque.
n 7. Ces notions générales sur l’archéologie égyptienne, s’appliquent également à tous les produits de la sculpture, soit de ronde-bosse , soit en bas-relief ; nous n’aurons pas à y revenir, l’interprétation de ces ouvrages reposant spécialement sur le caractère et les attributs de chaque personnage, et ce qui vient d’être exposé sommairement pouvant suffire aux premières recherches. Nous ferons remarquer seulement encore, que les Egyptiens travaillèrent le bas-relief d’après des procédés particuliers : les figures étaient taillées dans le creux, de sorte qu’elles n’avaient aucune saillie hors du plan; c’est vraisemblablement à ce procédé, qui mettait les figures à l’abri de tout frottement, qu’on doit la conservation d’une si prodigieuse quantité de bas-reliefs égyptiens.
MONUMENS ÉGYPTIENS. l5l
§ 5. Stèles.
ii 8. On appelle stèles , ceux des basreliefs exécutés sur des pierres isolées, arrondies par le haut , brutes par derrière, et qui représentent des offrandes faites par une ou plusieurs personnes, soit à des dieux f soit à des hommes ; les offrandes aux dieux sont celles des défunts qui, à leur tour, reçoivent celles de leur Jamille. Ces stèles , qui sont toutes funéraires , ont plusieurs rangs de figures ; les inscriptions hiéroglyphiques qui les accompagnent, en expliquent le sujet et donnent aussi le nom des personnages , soit morts , soit vivans. Ces stèles funéraires sont presque toutes de pierre calcaire; il y en a en bois; elles ont depuis quelques pouces jusqu’à 3, 4 et 6 pieds. Elles étaient placées dans les catacombes , les chambres sépulchrales et les tombeaux de famille.
§ 6 . Pyramides portatives.
ii 9. Au lieu de stèles, on consacra aussi aux morts des pyramides. Elles sont d’un seul bloc, et n’ont que 1 pied ou 2 de hauteur ; elles portent sur leurs quatre faces ,
l 5 a MOKUMENS DE SCULPTURE, des inscriptions et des figures, ou des scènes analogues à celles des stèles , ayant les unes et les autres la môme destination.
Ces petites pyramides sont aussi funéraires.
On les trouve plus fréquemment dans les environs de Memphis et la basse Egypte , que dans la haute.
SECTION III
Monumens étrusques.
120. Aux caractères généraux du style étrusque, on ne confondra pas les monumens de leur sculpture avec ceux des Egyptiens, quoique l’exécution générale ait quelque chose d’analogue. Mais les Etrusques n’ont pas fait de figures en gaine , ni à tôte d’animal sur un corps humain. Il faut donc avoir égard, pour les dénommer, aux attributs qu’elles portent. Quant aux dieux, ces attributs sont en général ceux des Romains qui leur en empruntèrent la plupart. Hercule porte aussi une massue , Vulcain un marteau et des tenailles; Mercure, conducteur des âmes, une bipenne ou hache à deux tranchans; Mars un casque et une épée, etc. Les Etrusques ont
MOKUMENS ÉTRUSQUES. . l55
souvent donné des ailes à leurs divinités. En général , les idées mythologiques des Etrusques, des Grecs et des Romains sont si analogues et si mélées les unes aux autres , que les premières s’expliquent par les deux autres. Ces peuples se sont fait des emprunts mutuels, et le peu de monumens qui nous reste des Etrusques libres, avant que la puissance de Rome eut grandi ' ne permet pas de se faire une idée complète de leurs opinions, et de caractériser avec une pleine certitude les divers produits de leur sculpture. Leurs basreliefs les plus anciens, dont l’exécution fut semblable à celle des bas-reliefs grecs, et n’imita rien des procédés égyptiens que la roideur des formes, offrent souvent aussi des sujets tout grecs, et dévoilent déjà l’influence de ces derniers sur les arts de la vieille Italie. On connaît cependant des ouvrages entièrement étrusques, osques ou volsques;ce sont des bas-reliefs en terre cuite et peints; leur style est celui que les Romains mômes nommaient tuscanien, sec, roide et maigre; c’est là le style des Etrusques, et quand leurs artistes ne travaillaient que pour leur pays , on y remarque toutes les imperfections del’ignorance de
l’art et des proportions. Mais le temps améliora ses procédés et ses moyens; on indique les monumens qui portent des traces de ce perfectionnement , comme étant de la seconde époque ; il y a toujours quelque chose de roide et de sec qui les fait reconnaître pour étrusques , ou plus généralement toscans , mais les formes se rapprochent davantage de celles de la belle nature. C’est à ce second style qu’appartiennent les figures de guerrier , casquées , qu’on voit souvent dans les cabinets. En général, les attributs manquant aux figures, par l’effet du temps, il est difficile de les classer; mais le plus important est de ne pas les attribuer à d’autres peuples , et les indications qui précèdent , suffisent pour prévenir toute confusion.
Les Etrusques figurèrent aussi les animaux ; on a des images de chiens , de porcs , etc. , en terre ou en métal ; mais le style de ces figures, qui a tous les défauts que les premiers artistes ne purent éviter , les caractérise encore suffisamment; il en est de même des monstres et chimères de leur invention, des quadrupèdes ailés et autres bizarreries de l’imagina * tion, fondées sans doute sur des croyances
MONUMENS GRECS. l55
populaires ou religieuses ; la môme ignorance des règles du bel art que donnent l’expérience et le goût, les fait, sans hésiter, attribuer aux Etrusques et autres peuples, contemporains, de la vieille Italie. Quand ils portent une inscription , la forme des signes alphabétiques , et leur marche de droite à gauche, ne laissent plus aucun doute sur leur origine toscane.
SECTION IV
Monumens grecs.
iai. Les Grecs nous ont laissé des monumens très-variés de leur sculpture; ce qui a été dit plus haut (n° 98) sur les trois époques de leur style , ne doit pas être perdu de vue lorsqu’il s’agit de reconnaître si une figurine , une statue , un buste ou un bas-relief peut être classé parmi les antiquités grecques. On en trouve ppu du premier style, et nous citerons comme un exemple, le basrelief du musée du Louvre qui représente Agamemnon assis, suivi de Taethybius et d’Epéus; leur nom, tracé près des figures, ne laisse aucun doute à ce sujet, et celui du
roi est écrit de droite à gauche. On retrouvera dans ces figures tous les caractères de ce premier style.
12 a. C’est parla connaissance de la mythologie et de l’histoire, qu’on peut éviter toute méprise essentielle dans l’attribution d’un monument au peuple qui l’a réellement exécuté ; les attributs caractéristiques de chaque figure, se rapportant aux croyances ou aux traditions de ce peuple, il faut donc y avoir le plus grand égard ; et quand un peuple, les Grecs et les Romains, par exemple, ont eu des divinités analogues , caractérisées par des attributs semblables , c’est par le style de la figure qu’on juge si elle appartient aux uns ou aux autres, et surtout par les inscriptions, quand les figures en sont ornées , ce qui est très -rare pour celles de petites proportions.
1 2 3 . Les études classiques ont rendue vulgaire la connaissance des attributs des dieux principaux de la Grèce, et de ceux de ses héros, qui se mêlent intimement à ses premiers temps historiques. Dans le doute, on peut recourir à un dictionnaire mythologique, au nom même du signe caractéristique
MONUMENS GRECS. l5j
ou cle l’attribut de Ja figure ; et s’il fut commun à plusieurs personnages à la fois, le sexe, l’âge, et autres accessoires aident en général à se fixer sur l’objet réel qu’elle représente , et à prévenir toute équivoque.
124- Pour l'étude fructueuse de l’antiquité, l'histoire fabuleuse, ou le mythe des héros grecs, n’est pas moins importante à connaître que celle des dieux. Elle embrasse tous les temps primitifs de la Grèce jusqu’au siège de Troie, et les faits dont sa tradition avait composé ces mythes , sont aussi souvent figurés sur les monumens , que les actions
mêmes des divinités. Les héros reçurent aussi
l’immortalité, et furent, comme les dieux, l’objet d’un culte particulier à chacun. Ce sont encore les attributs, le caractère principal du visage, et les indications accessoires, relatives ordinairement aux actions les plus connues des héros , qui les font distinguer des dieux sur les monumens.
1 2 5 . Le nombre de ces attributs est considérable et varié; l’antiquité choisit tel ou tel animal pour les personnages qu’elle adora, selon sçs propres idées , et il n’y a qu’une remarque très-générale à faire à ce sujet; c’est
1 58 MONUMEKS DE SCULPTURE, que chaque peuple n’affecta à ses personnages divins, que les objets ou les animaux propres au pays qu’il habitait. On pourrait objecter à ce sujet que Rome et la Grèce , par exemple, mirent des lions, des tigres, etc., dans leur mythologie, et cependant ni la Grèce ni l’Italie ne paraissent avoir été dans ces temps connus, l’habitation de ces féroces quadrupèdes. Mais on doit remarquer sur cela: i° que le culte d’une divinité à laquelle ces animaux sont consacrés, a pu venir originairement d’une contrée où ils habitaient autrefois ; que ces mêmes animaux ont pu n’étre introduits dans les représentations monumentales ou dans les mythes , qu’à des époques postérieures à l’origine du mythe même. Le point important pour l’archéologue , est de connaître les usages des peuples anciens à cet égard; l’institution de l’usage est du ressort de la MYTHO- LOGIE. On donnera donc une attention particulière à ces attributs ou symboles pour la dénomination des figures : et ce sont les caractères principaux de leur style, qui en dévoilent l’origine et l’époque dans l’histoire des variations de l’art.
MONUMEJÎS GRECS. lî>9
i î 6. Outre les dieux et les héros , les Grecs figurèrent aussi des hommes. On connaît jusqu’à quel point ils portèrent , à cet égard , l’orgueil de leur patriotisme , et combien était grand chez eux le nombre des statues et des bustes représentant des princes ou des citoyens. Quelques accessoires, tels qu’un diadème, distinguent les premiers des seconds. Mais quand une inscription authentique n’accompagne pas la figure, presque toutes les dénominations sont plus ou moins arbitraires. Les médailles peuvent quelquefois servir de guide ; elles nous ont conservé un grand nombre de portraits de personnages historiques; en les comparant avec les statues et les bustes, on peut, avec beaucoup de vraisemblance, y reconnaître quelques portraits : il y en a d’ailleurs qui sont si généralement connus , et tellement caractérisés , qu’on ne saurait s’y méprendre : tel est celui de Socrate. On doit consulter à ce sujet la grande Iconographie ancienne de feu Visconti, continuée par M. Mongès; c’est un recueil considérable de portraits tirés des monurnens de tout genre ; les résultats obtenus par ces deux savans antiquaires, peuvent
l6o MOKÜMEAS DE SCULPTURE.
être accueillis avec confiance par les archéologues qui seraient privés de tout autre renseignement fourni par le monument même qu’ils voudraient expliquer.Ici encore le sexe, l’âge, le costume, la physionomie et les attributs de la figure, statue ou buste, et son si vie lui donneront les premières et les plus sures indications, et dans tous les cas, il est plus sûr et plus sage de renoncer à une explication, plutôt que d’en donner de hasardées.
127. Les figures de ronde bosse qui nous sont parvenues de l’antiquité, portent quelquefois une inscription; elle explique souvent le monument tout entier , les motifs et l’époque de son exécution. Si c’est un nom seul, il est celui de l’individu que la figure représente , et plus souvent encore le nom de l’artiste. Quel qu’il soit, il doit être recueilli très-exactement ; mais on a assez fréquemment pris le nom de l’artiste pour celui du personnage : il est à remarquer que le second , sur les ouvrages grecs, est ordinairement écrit au génitif ; 011 a sous-entendu les mots équivalant à ouvrage de... ( le nom de l’artiste). Sans cette distinction, on s’expo-
MONUMENS ROMAÏSÏS. ifil
serait à des confusions également défavorables à l’étude de l’histoire et à la connaissance de l’antiquité. Ajoutons enfin que des ouvrages romains portent aussi des inscriptions grecques, les Romains n’ayant presque employé que des artistes grecs.
Les Romains ne firent pas école, et ce que nous avons à en dire se borne à peu de chose.
SECTION y.
Monumens romains.
ia8. Les ouvrages de sculpture qui appartiennent aux Romains, ne furent qu’une continuation de l’école grecque par les artistes grecs travaillant à Rome ou dans les autres grandes villes de l’empire. Ce que nous venons de dire des Grecs s’appliquera donc en général aux Romains, sauf les différences de style déjà mentionnées en leur lieu. On retrouve aussi * dans les ouvrages exécutés sous les premiers empereurs , toutes les pratiques de l’art grec, la quadrature des formes , une touche ferme et sans recherche; point de finesse dans les cheveux , mais beaucoup de fierté dans les
l(j» MOJSUMEJSS DE SCULPTURE.
masses. Sous Hadrien, le style se montre plus fini, plus pur que sous ses prédécesseurs; les cheveux sont plus travaillés, plus unis, plus détachés; les cils sont relevés, les pupilles indiquées par un trou profond , caractère essentiel, rare avant cette époque et fréquent depuis; tel est l’ Antinous du musée. Mais on remarque en même temps que le style perd du grandiose de la belle école grecque : il déclina encore sous Septime Sévère , quoiqu’on trouve de beaux portraits de cette époque. Mais depuis Alexandre Sévère le style tomba dans une imitation grossière ; et on la reconnaît aux sillons profonds tracés sur le front, aux cheveux et aux barbes à longues lignes, aux pupilles plus profondément creusées, aux contours dessinés avec plus de force que de savoir, à l’incertitude des physionomies , à la sécheresse générale de la composition.
1 29. Après ces remarques générales sur le style d’une figure, ilneresteplus qu’à discerner attentivement ses attributs, ses symboles, son costumeetses autres insignes : on voitdèslors si elle représente un dieu , une déesse , un héros , un homme public ou un homme
BAS-RELIEFS. lf)3
privé, et on la classe en conséquence selon le rang que lui assigne la mythologie ou l’histoire.
Il ne serait pas possible de donner ici , comme nous l’avons fait pour les figures égyptiennes , une nomenclature des attributs et des symboles qu’on observe dans les monurtiens grecs et romains; quelqu’étendue qu’elle fût , il suffirait d’une figure nouvelle pour la rendre incomplète; et si nous l’avons crue nécessaire pour les Égyptiens , c’est parce que les doctrines étaient encore à créer dans les rudiments de l’archéologie de ce peuple , et qu’elles sont au contraire vulgaires à l’égard des deux autres : nous répéterons seulement que les indications tirées du style et des attributs , sont en général suffisantes pour reconnaître une figure mythologique, les traits du visage et le costume, pour celles qui appartiennent à l’histoire ; et ces notions s’appliquent également aux figures de ronde-bosse , et aux bas-reliefs qui ne sont qu’un assemblage de figures également en bosse, mais non détachées du fond.
lT>4 MONUMENS DE SCULPTURE.
SECTION VI
Des bas-reliefs en particulier.
i3o. Les bas - reliefs furent exécutés par les Grecs dès les temps les plus reculés de l’art, et par les Romains, surtout après les premiers empereurs. On y remarque les mêmes procédés dans le style selon l’époque ; les mêmes attributs pour les personnages , l’influence des mêmes idées , des mêmes traditions «à l’égard des dieux et des hommes; Ce qui a été dit sur le caractère et la distinction des statues et des bustes , s’applique donc également aux bas-reliefs : nous n’ajouterons que quelques mots sur leur usage. Ils ornaient les autels , la base des statues , et surtout les tombeaux ; dans la décadence de la Grèce , on érigeait des bas-reliefs en mémoire des hommes illustres , au lieu de statues ; on y traçait quelquefois aussi l’histoire entière d’un dieu ou d’un héros, et il était alors exposé dans les lieux publics ou dans les écoles pour l’instruction des enfans ; dans ce dernier cas , des inscriptions en expliquaient les su jets divers. A Rome, on employa particuliè-
BAS-RELIEFS. l65
rement les bas-reliefs à l’ornement des arcs de triomphe , des colonnes triomphales , et surtout des sarcophages (n° 90 ). Les sujets des bas-reliefs qui décoraient la partie antérieure de ces monumens funéraires, étaient trèsvariés, quoique parfois répétés lorsqu’un sujet avait été composé par un maître habile. En général les bas-reliefs des sarcophages sont d’un travail médiocre; on y voit souvent les adieux du défunt à sa famille ; quelquefois ce sont deux figures seulement , et celle qui est l’objet des attentions ou des caresses de l’autre, est la figure du défunt. On remarque aussi sur certains sarcophages, que la tête d’une figure n’est pas terminée ; on en a conclu que les sculpteurs préparant ces monumens d’avance pour le commerce , ne terminaient cette tête que lorsque le sarcophage était vendu , cherchant alors le plus possible à en faire le portrait du mort.
Comme les carrières de marbre abondaient dans l’Attique , c’est de la Grèce que le commerce transportait un grand nombre de sarcophages à Rome et en Italie. On retrouve aussi sur leurs bas-reliefs , des figures qui , exécutées ailleurs en ronde-bosse, s’expli-
1 66 MONUMEKS DE SCULPTURE.
quent par le rôle qu’elles jouent clans ces bas-reliefs ; c’est ainsi que le rémouleur a été reconnu pour le Scythe qui écorche Marsyas.
Les sarcophages étaient garnis d’un couvercle plus ou moins orné; ils servaient quelquefois à plusieurs personnes ; on le voit à leur intérieur, divisé en deux parties par une cloison taillée à même dans la pierre , et qui formait deux cases pour deux urnes ; ou bien aux trous qui , à la moitié de la hauteur des parois, recevaient des barres de métal sur lesquelles le second corps reposait. L’inscription rappelle aussi les noms des deux personnes déposées dans le monument.
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i3i. On trouvera dans cette section après quelques notions générales sur les monumens de la peinture des anciens, deux chapitres particuliers sur les 'vases peints et sur les mosaïques. Ces vases et ces mosaïques sont en effet un produit de la peinture ; ils devaient donc trouver place dans cette troisième division.
SECTION PREMIÈRE
Égyptiens.
1 3a. Les Egyptiens cultivèrent la peinture dès la plus haute antiquité; les plus anciens monumens de ce peuple célèbre en rendent témoignage, et tels sont les temples, les tombeaux , les momies , les manuscrits , etc.
Us n’employèrent que six couleurs : le blanc, le noir, le bleu, le rouge, le jaune et le vert.
l68 MOKUMENS DE PEINTURE
Ils les appliquèrent sur les pierres les plus dures et les plus tendres , sur le bois , la toile et le papyrus.
Les sculptures des plus anciens temples sont coloriées; les catacombes des vieux Pharaons le sont aussi, et les procédés varièrent selon la matière sur laquelle on ap' pliquait ces couleurs.
Sur le granit , le grès et autres matières analogues, les couleurs étaient appliquées immédiatement; on a remarqué qu’elles les pénètrent assez profondément, ce qui prouve que les Égyptiens connaissaient un procédé chimique très-propre à les fixer, et l’analyse a appris que presque toutes leurs couleurs étaient à base métallique. Le bleu de cobalt, qui est une découverte du dernier siècle , abonde jusqu’à la profusion dans les peintures égyptiennes; aussi tous les voyageurs ontils remarqué, non sans étonnement , qu’elles conservent encore après deux ou trois mille ans leur éclat primitif.
Le bois est couvert d’une couche de blanc de céruse ; le contour des figures est tracé en noir, et leur intérieur est colorié par des teintes plates assez heureusement combinées. Sur