ETRUSQUES, GRECS ET ROMAINS, 1JJ
ouvrages qui servirent à l’ornement des temples de Rome, et selon Pline, on n’y accorda jamais beaucoup de considération ni à l’art ni aux artistes. Fabius, le premier des Romains, peignit le temple de la déesse Sa/us , et il reçut le surnom de Pictor , qui passa à toute sa lignée, après lui avoir été donné comme un sobriquet peu honorable. Quelques Romains cultivèrent cependant la peinture après lui; sous Auguste, Marcus Ludius peignit des marines et des paysages , et le paysage historique comme décoration des maisons de campagne. L’exemple, ou plutôt les prétentions de Néron, durent aussi encourager la peinture à Rome ; mais les artistes romains furent néanmoins en très-petit nombre; les victoires des consuls et les rapines des préteurs , suffirent pour orner Rome de tous les chefs-d’œuvre de la Grèce et de l’Italie. Les artistes romains étaient les élèves des Grecs; ce que nous avons dit de la peinture de ceux-ci s’appliquera également «à celle des Romains. Santo-Bartoli a publié des peintures découvertes dans les ruines de Rome, aux thermes de Titus, aux bains d’Auguste, et dans le tombeau des Nasons;
I78 MONUMEHS DE PEINTURE.
mais les couleurs de quelques-unes ont singulièrement perdu de leur éclat ; il est en partie presqu’effacé.
14 1. Pour l’étude de la peinture des anciens , la galerie de Portici offre la collection la plus complète et la plus curieuse. On sait en effet, qu’au moyen de procédés mécaniques très-ingénieux, et, par une grande singularité, indiqués par un ancien, Yarron , on est parvenu à enlever toutes ces peintures exécutées à fresque ou à sec sur les murs intérieurs des édiiices de Pompéï et d’Herculanum. On ouvre le mur avec précaution autour de la peinture; on renferme le carré qui la porte, dans un cadre de bois retenu par des crochets en fer ; on scie la partie postérieure du mur, on la remplace par un placage d’ardoises, solidement attachées par une forte gomme, et on enlève ainsi le morceau de mur tout entier. Il arrive aussi que lorsque la couche de l’enduit qui porte la peinture , est très-épaisse , elle a assez de solidité pour qu’on puisse , sans risque , la détacher du mur; on l’encadre ensuite, et on la double d’ardoises comme à l’égard des tableaux qu’on a sciés.
Vases peints.
SECTION III
vases peints.
§ I er . Vases peints en général.
142. Les 'vases peints sont au nombre des monuniens les plus curieux , les plus élégans et les plus instructifs qui nous soient parvenus de l’antiquité. La beauté des formes , la finesse de la matière , la perfection des vernis, la hardiesse des compositions , la variété des sujets et leur intérêt pour l’histoire , donnent aux vases peints une importance peu commune parmi les productions de l’art des anciens. Aussi les vases peints ont-ils été recueillis avec un empressement assidu dès qu’ils ont été connus, et les plus remarquables ont été reproduits par le burin d’habiles graveurs , et expliqués par des savans célèbres. Les arts modernes et l'archéologie y ont cherché en même temps de beaux modèles et une instruction solide.
143. On les a connus pour la première fois au 17 e siècle; Lacliausse en publia quelquesuns dans son Muséum romanum, en 1690; Ber-
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ger et Montfaucon imitèrent son exemple ; Dempster en traita ensuite avec quelqu’étendue; Gori, Buonarotti et Caylus ajoutèrent quelques notions générales à celles de Dempster ; Winckelmann ne pouvait les omettre dans son immortel ouvrage sur l’histoire de l’art des anciens, et il modifia, par la justesse de ses aperçus , les doctrines de ses prédécesseurs. Enfin la belle collection d’Hamiiton, publiée par d’Hancarville en 1766, mit les pièces de ce procès littéraire sous les yeux du public; Passeri soutint encore, après lui, l’opinion italienne relative à l’origine de ces vases; Tisclibein,Boettiger et Millin se déclarèrent pour le sentiment de Vinckelmann, et l’étude de ces magnifiques monumens le confirme aujourd’hui dans tousses points.
144. Les vases peints reçurent d’abord la dénomination de vases étrusques; Dempster, grand partisan de ce qu’on appelait l’étruscomanie, leur avait donné cette dénomination, et les antiquaires toscans la défendaient comme un titre d’illustration pour leur patrie. La comparaison impartiale des monumens n’avait pas encore établi de distinction fondamentale entre le style étrusque pro-
VASES PEINTS. ï8l
pre, et l’ancien style grec. Toute composition caractérisée par la roideur des traits, des plis droits dans les vétemens, les cheveux longs et tressés, étaient attribuées aux Etrusques. On leur attribuait donc les vases peints qui offraient ces caractères, et malgré l’évidence des sujets empruntés aux idées mythiques des Grecs, malgré même les inscriptions toutes grecques qu’on y lisait , une tradition trop facile y reconnaissait tout ce qui pouvait expliquer les mœurs , les usages , les croyances et l’histoire même des Etrusques.
On voulait enfin que ces vases fussent sortis des manufactures d’Arezzo, parce que Martial vante les poteries de cette ville , et l’on regardait comme y ayant été transportés par les Etrusques mêmes, ceux qu’on trouvait dans la Campanie , la Pouille , et même en Sicile.
i 45. Cette doctrine 11 ’a pu tenir contre un examen tant soit peu réfléchi, surtout depuis qu’on a trouvé des vases peints à Athènes , IVIégare, Milo, en Aulide, en Tauride, h Corfou, et dans les îles de la Grèce. Il est vrai que le plus grand nombre est tiré encore aujourd’hui de l’ancienne grande Grèce, deNola,
ï8a MOKUMENS DE PEINTURE.
de Capoue, Naples, Pæstum, etc., et de la Sicile ;-mais on en trouve dans tous les pays de l’ancienne domination grecque.
146. On s’étonnerait de la parfaite conservation de monumens antiques si fragiles , si l’on ne savait qu’on les recueille dans des tombeaux, placés hors des villes, à une petite profondeur, excepté à Nola où ils sont à plus de 20 pieds de la surface à cause des éruptions du Vésuve qui ont exhaussé le sol.
Les tombeaux sont bâtis en briques cuites ou en briques grossières , quelquefois aussi en grandes pierres, et ceux-ci sont plus spacieux. Ils forment une chambre sépulcrale dont les murs sont revêtus de stuc, et souvent ornés de peintures; le corps du mort est couché au milieu ; un petit vase est près de sa tête ; les autres , entre ses jambes, autour de lui, ou accrochés aux murs par des crochets en bronze ; le nombre et la richesse des vases répondent au rang du personnage pour lequel le tombeau fut construit. Il y a ordinairement un vase en aiguière dans sa patère ou cuvette. On y retrouve d’autres meubles et ustensiles, des armes et des bipennes, déposés en même temps que les vases.
TASES PETKTS. * l83
147. Quant aux usages qu’en firent les anciens , les opinions sont partagées aussi : mais l’examen d’un grand nombre de vases permet de croire que les uns servirent aux usages domestiques, les autres aux cérémonies religieuses, quelques uns enfin ne furent qu’un ornement pour l’intérieur des habitations, et tels sont les plus grands, destinés par leur volume, leur poids et leur forme, à rester à la même place, et ceux même d’une moindre proportion , qui n’ont point de fond , et ne pouvaient rien contenir. On retrouve dans les uns toutes les formes des ustensiles nécessaires pour les repas, pour recevoir les mets , les vins et autres liquides , les onguens et les parfums; ceux-ci servirent • donc aux usages domestiques. Les autres, par l’élégance de leurs formes et la recherche des ornemens, eurent une destination plus solennelle : le goût des arts en embellit les demeures des dieux et des hommes. La piété des pareils orna le tombeau des morts de ceux de ces vases qu’ils avaient préférés durant leur vie, qui étaient associés à leurs habitudes ou leur rappelaient des circonstances dont ils
l8/j MOKltMESS DE PE1NXUKE.
chérissaient le souvenir. Cet usage les a fait parvenir jusqu’à nous.
f. 48 . La diversité des sentimeus sur l’origine des vases, en a jeté beaucoup aussi dans leur dénomination. A celle de vases étrusques succéda celle de vases grecs , trop générale encore ; Yisconti voulut les nommer grœco italiques ; Arditi , italo-grecs ; Lanzi , campaniens , siciliens, athéniens, selon qu’on les trouvait dans la Campanie, la Sicile, à Athènes; M. Quatremère de Quincy, vases céramographiques (d’argile peinte), et Millin,'ym<?i peints , en général, en ajoutant le lieu où ils ont été découverts. 11 est possible de s’en tenir à une dénomination plus méthodique, en considérant, i° que les vases peints forment une classe spéciale de monumens ; 2° qu’il est reconnu aujourd’hui que les Etrusques en fabriquèrent ainsi que les Grecs; 3° que le sujet même de la peinture est le type le plus certain de leur origine, à l’égard des vases étrusques surtout , puisqu’on ne peut pas croire que les Grecs , qui ne cultivèrent les arts qu’après les Etrusques , aient peint sur des vases les mythes,les croyances ou l’histoire
VjISES peints.
de l’Etrurie, quoique les Etrusques aient pu le faire pour les Grecs ; 4° que les vases qui portent des sujets purement grecs, se retrouvent dans beaucoup de contrées et de lieux différens, sans pour cela qu’ils portent aucun caractère local , appartenant tous également à l’art grec, et sans autre distinction que celle qui résulte du style même, selon la plus ou moins grande antiquité de l’exécution.
On peut donc adopter la dénomination générale de 'vases peints , distingués en étrusques, pour ceux qui sont l’ouvrage de ce peupie , et en grecs , pour ceux , en bien plus grand nombre, qui n’ont pas une autre origine, et ceux-ci se classeront encore selon leur ancienneté relative, prouvée par le style des figures , les caractères , la forme et l’orthographe des inscriptions quand elles accompagnent la peinture. Nous adoptons ici cette division qui nous a paru la plus simple et la plus naturelle, pouvant également s’appliquer aux vases peints de tout autre peuple, si le hasard en faisait découvrir. Nous observerons à ce sujet, qu’aucun passage d’ancien auteur ne peut servir à jeter quelque lumière sur les incertitudes que font naî-
l86 MONUMENS DE PEINTURE.
tre les opinions diverses émises à l’égard des vases peints : L’érudition n’a trouvé jusqu’ici, dans les écrivains grecs ou latins, rien qui leur soit expressément relatif, et cette singularité, quand il s’agit de monumens si riches , si variés et si nombreux, a été très- justement remarquée.
§ 2. Vases peints étrusques.
149. Les vases auxquels on ne peut contester cette origine, ont été trouvés à Vol terre, Tarquinia, Pérouze, Orviete, Viterbe, Àquadendente , Corneto, et autres lieux de l’ancienne Etrurie. La terre dont ils sont composés est d’un jaune pâle ou rougeâtre ; leur vernis est terne ; le travail assez grossier ; les ornemens sont dépourvus de goût et d’agrément, et le style des figures a tous les caractères assignés déjà à celui des Etrusques (n° 97). Les figures sont dessinées en noir sur la couleur naturelle de l’argile ; quelquefois un peu de rouge est jeté sur le fond noir des vêtcinens.
150. C’est au sujet surtout que l’on distingue les vases étrusques des vases grecs. Sur les premiers , les figures ont le costume par-