CHAPITRE IV
Des lunes ou satellites.
Les planètes primaires , soumises à une loi unique , nous ont offert une similitude presque complète dans la forme et la position de leurs orbites , dans leurs révolutions diurne et annuelle , même dans leur état physique , preuve pour ainsi dire irrécusable de leur entière ressemblance et de leur commune origine ; les planètes secondaires ou satellites, vont également nous présenter des analogies bien frappantes , comme si une seule règle , une seule volonté avait présidé à leur naissance, avait ordonné leur marche.
Les anciens ne connaissaient que notre lune ; mais maintenant on compte dans notre système planétaire 1 8 astres semblables , dont i circule autour de nous , 4 autour de Jupiter, 7 autour de Saturne et 6 autour d’Uranus (Voyez la carte du système solaire, pl. II). Tous parcourent leur orbite dans un plan très-peu incliné sur celui de la planète dont ils suivent les lois et circulent autour
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d’elle dans le sens de son mouvement de rotation, comme s’ils étaient émanés de son sein ou en avaient été tirés par une puissante catastrophe. Tous sont doués d’un mouvement de rotation sur leur axe , mais très-lent et toujours précisément égal à la durée de leur révolution autour de la planète, en sorte qu’ils lui présentent constamment la même face et ont des jours égaux au temps de leur révolution entière. Pour tous cette révolution s’exécute dans des ellipses dont l’astre principal occupe le foyer; et tous, entraînés par son attraction invincible, la suivent en outre pas à pas dans tout son trajet annuel autour du soleil; enfin tous offrent à leur surface des taches qui ne varient point, et il paraît qu’ils sont dépourvus d’atmosphère ou du moins que leur atmosphère est extrêmement rare , en sorte qu’on en conclut assez généralement que ces corps ne renferment point de liquides et ne sont point habités. Au reste, soumis à l’attraction de tous les corps puissans qui agissent sur eux à de grandes distances, ils offrent dans leurs mou* vemens des perturbations nombreuses et compliquées; mais les astronomes, en les calcu-
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lant d’après la théorie, et en voyant les observations confirmer leurs calculs , ont ainsi donné la plus belle démonstration de l’ universalité de ses lois.
Occupons-nous d’abord des éclipses , puis nous étudierons particulièrement notre compagne fidèle, la lune, dont l’influence sur nous , souvent exagérée sous certains rapports, n’en est pas moins réelle sous plusieurs autres. Enfin nous jeterons un coup-d’œil sur les lunes des autres planètes.
Section première.
Des éclipses.
Lorsqu’un corps opaque reçoit la lumière du soleil , il projette vers la partie opposée à celle qui est éclairée un cône d’ombre, dans lequel le corps non lumineux qui viendra s’y plonger cessera d’étre visible , parce qu’ilcessera de recevoir la lumière solaire : ainsi la terre et la lune sont deux globes opaques qui circulent autour du soleil à peu près dans un même plan ; ils laissent donc au loin derrière eux une longue traînée d’ombre „ et lorsque
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l’un ou l’autre vient à la rencontrer sur sa route, il est aussitôt prive de la lumière du soleil et devient invisible en tout ou en partie pour l’observateur placé sur le corps d’où provient l’ombre, tandis que pour celui placé sur le coqîs qui traverse le cône d’ombre, le soleil est momentanément caché. On dit alors que ces corps sont éclipsés.
Ainsi, Y éclipse de soleil arrive lorsque la lune est exactement placée entre cet astre et la terre, parce qu’alors elle nous intercepte sa lumière : Y éclipse de lune a lieu quand la terre est exactement placée entre le soleil et la lune , parce qu’alors nous empêchons la lu* mière solaire de lui parvenir. Un corps lumineux , un premier corps opaque qui produit l’ombre, un second corps opaque qui est enveloppé dans cette ombre, sont donc nécessaires pour la production d’une éclipse (Voy. pl. III, fig. 4).
Dans les premiers âges, où ces causes bien simples étaient ignorées, on attribuait les éclipses à une cause surnaturelle : on supposait que la lune était alors en travail, et telle est même l’étymologie du mot éclipse (i). La
(i) Eclipse, îXï.îl-^tç, défaillance.
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terreur, toujours portée au merveilleux, regardait ces prodiges comme les messagers de calamités inévitables dont le genre humain était menacé. Périclès, prêt à mettre à la voile , arrêté par l’apparition d’une éclipse , étend son manteau devant les yeux du pilote : Est-ce donc un signe de malheur, lui ditil? mais les peuples ne continuèrent pas moins à voir dans les éclipses de funestes présages , jusqu’à ce qu’enfin l’explication des astronomes devint trop populaire pour que personne s’effrayât de ces phénomènes/
Si le mouvement de la lune se faisait exactement dans le plan de l’écliptique, passant ainsi chaque mois devant le soleil et derrière la terre, il y aurait nécessairement deux éclipses chaque mois, une de soleil le jour de la nouvelle lune, et une de liuie le jour où elle est pleine , puisqu’alors la terre et la lune sont dans une même direction par rapport au soleil; mais, semblables à deux cerceaux passés l’un dans l’autre et inclinés légèrement l’un par rapport à l’autre, l’orbite de la lune, faisant avec celle de la terre un angle de 5°, ce n’est qu’aux points d’intersection , appelés les tiernds, qu’elles peuv eut se rencontrer dans
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une même direction , et par conséquent que peut avoir lieu une éclipse totale. Quand la lune est seulement près des nœuds au moment où elle est pleine ou nouvelle , il arrive alors que l’éclipse n’est que partielle , c’est-à-dire qu’une portion du disque seulement est cachée. Dans tous les cas, les éclipses ne sont point toujours visibles pour le même lieu, car l’astre éclipsé n’est point toujours sur l’horizon de ce lieu au moment de la conjonction ou de Y opposition.
Les éclipses de lune sont beaucoup plus fréquentes que celles de soleil, parce que notre satellite étant 49 fois plus petit que la terre , ne peut dérober le soleil qu’à une trèspetite partie de sa surface : elles sont visibles et égales pour tous ceux qui ont la lune audessus de l’horizon, en quoi elles diffèrent de celles de soleil. En effet, puisque la lune ne luit que par réflexion, dès qu’elle ne reçoit pas de lumière, elle ne peut être vue d’aucun lieu, tandis que l’éclipse de soleil n’est qu’un effet de projection du cône d’ombre de la lune sur une portion de la terre. La lune ayant à son périgée un diamètre apparent plus considérable que le soleil, mais à son
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apogée un moindre, lorsque les nœuds se rencontrent dans cette dernière position , il arrive que l’éclipse est centrale sans être totale; elle est donc annulaire, c’est-à-dire qu’un anneau lumineux entoure la partie cachée du disque.
Une éclipse totale de soleil ne peut jamais durer plus de \\ mais pendant ce temps l’obscurité est complète et d’autant plus effra's ante , qu’on passe subitement du grand jour dans des. ténèbres épaisses. O11 peut alors voir les étoiles , les planètes , et même Mercure : les personnes qui en ont observé, rapportent que tous les êtres animés semblent frappés d’effroi à l’apparition de ce phénomène. Dans les éclipses partielles, on peut faire la remarque curieuse que l’image du soleil projetée sur terre à travers le feuillage , est la représentation fidèle de la portion qui demeure visible. Lors de l’éclipse remarquable du 7 septembre 1820, la clarté du jour fut considérablement diminuée, toute la nature était dans le plus grand calme et semblait frappée d’une pensée d’anxiété.
Le déplacement rétrograde des nœuds dans les signes du zodiaque, pendant une pé- •
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riode de près de 19 ans, est cause que les éclipses n’arrivent point à des époques régulières; niais après 2 î3 lunaisons , le soleil , la terre et la lune se retrouvent dans une même ligne de conjonction et les mêmes éclipses se reproduisent à de très-légères différences près. Au reste, les calculs nécessaires pour prédire long-temps à l’avance le moment précis d’une éclipse, sont très-compliqués ; mais nos astronomes sont parvenus à pouvoir faire ces prédictions avec la plus grande rigueur pour une période de temjis indéfinie.
Les occultations d’étoiles ou de planètes sont des espèces d’éclipses : elles arrivent lorsque la lune vient se placer entre la terre et un de ces astres. L’observation de l’instant où elles se manifestent et de leur durée sert, aussi bien que celle des autres éclipses , à déterminer les longitudes. Il en est de même des occultations d’ctoiles produites par les planètes. *
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Section IL De la Lune
Après le Soleil, la Lune est l’astre des cieux qui jette pour nous le plus d’éclat. Attachée à notre destinée, dissipant jusqu’à un certain point l’obscurité des nuits , réglant la hauteur des marées, influant sur la pesanteur de l’atmosphère, elle a de tout temps et par tous les peuples été contemplée avec admiration. Les anciens s’assemblaient à la nouvelle lune et employaient cette époque en devoirs de piété pour la remercier de l’influence bienfaisante qu’ils lui supposaient: dans d’autres temps , les astrologues lui ont attribué d’autres influences, et on l’accuse encore quelquefois de ronger les pierres et de gâter les alimens. Éclairée par le soleil, la lumière qu’elle réfléchit est trop faible pour produire le moindre effet, même lorsqu’on la concentre au foyer d’un miroir, et la lune, innocente des bienfaits et des maux qu’on lui attribue , ne peut avoir sur notre globe d’autre influence que celle qui provient de sa pesanteur.
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Quoique la lune nous offre un diamètre presque égal à celui du soleil , c’est le plus petit des astres connus des anciens : son diamètre 11’est que de 782 lieues ou le quart de celui de la terre; en sorte que son 'volume est fois moindre, et sa densité n’étant que comme (J8 est à 100, sa masse est 70 fois moindre que celle de notre globe. Sa moyenne distance à la terre, qu’on obtient comme celle du soleil par la parallaxe , est de 86 35 1 lieues : on la connaît certainement d’une manière plus précise que bien des distances terrestres , car on peut affirmer que sur cette distance il n’y a pas une erreur de 4 lieues. La lune parcourt son orbe elliptique en 27 ]'• 17 h /\V 11". Son excentricité est d’environ 43 5 o lieues. O11 appelle ligne des apsides le plus grand axe de l’orbite lunaire ; elle renferme Y apogée et le périgée , c’est-à-dire les points où la lune est le plus loin et le plus près de la terre.
Les phases de la lune sont le résultat de sa position par rapport au soleil et à la terre : elles prouvent qu’elle n’est visible que par la lumière réfléchie du soleil. Ainsi, après avoir été totalement invisible dans la néoménie , ou
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lorsqu’elle est nouvelle , c’est-à-dire quand elle est placée entre le soleil et la terre, un faible • croissant la fait apparaître à nous; peu à peu il augmente, et enfin, lorsque la moitié de sa face tournée vers le soleil, nous devient visible, on dit que la lune est dans le premier quartier. Bientôt son mouvement la met, par rapport à nous , en opposition avec le soleil , tout son disque brille d’un vif éclat, la lune est pleine ; enfin, elle entre d<(ns le dernier quartier , lorsqu’elle commence à former le croissant pour revenir à la néoménie. On dit que la lune est dans les syzygies , lorsqu’elle est nouvelle ou pleine , et dans les quadratures , lorsqu’elle est dans le premier et le dernier quartier. (Voyez pl. III, fîg. 4)-
On appelle lunaison ou mots synodiqne le temps qui s’écoule entre deux néoménies :
le mois périodique est le temps que la lune met à parcourir son orbite, et il est un peu » plus court que la lunaison.
Ê Le mouvement de la lune est soumis à plusieurs irrégularités ou perturbations qui rendent le calcul de ses tables d’une complication extrême. Fidèle jusque dans ses écarts aux lois générales de l’attraction, ses varia-
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rions sont le résultat de l’influence du soleil et de la figure de la terre, différente selon les positions respectives de tous ces astres : nous ne ferons que les indiquer. Ainsi, d’abord le mouvement de la lune est plus rapide au périgée qu’à X apogée : il en est de même auxsj zjgies comparées aux quadratures, parce qu’ alors, en yertu de l’action du soleil, sa gravité est diminuée. La ligne des apsides se déplace dans l’espace de 4o° environ par année; il en résulte que l’orbite même de la lune subit divers changemcns, selon que cette ligne coïncide avec les syzygies ou avec les quadratures. Enfin l’inclinaison du plan de l’orbite lunaire sur l’écliptique, est plus grande dans les quadratures, et les nœuds se déplacent aussi dans cette orbite d’une manière très-irrégulière.
La lune lie présente aucun aplatissement aux pôles; en effet, nous savons que son mouvement de rotation sur son axe est fort lent, puisqu’il s’exécute exactement dans le même temps que sa révolution autour de la terre, et c’est par cette cause qu’elle nous présente toujours la même face. Les satel-
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lites des autres planètes offrent la même singularité, que Lagrange explique en supposant que la lune est fort allongée vers Thémis- . plière qui nous regarde , d’où il résulte que l’excès de poids doit sans cesse le faire pencher de ce côté. On voit donc que les liabitans de la lune, s’il en existe, n’ont qu’un jour et une nuit dans l’espace d’un mois lunaire, et que, selon le côté qu’ils habitent, ils jouissent toujours de la présence de la terre ou 11e l’aperçoivent jamais.
Notre globe présente aux Lunariens exactement les mêmes apparences que nous offre la lune, mais nous leur envoyons treize fois plus de lumière, parce que nous leur montrons une surface treize fois plus grande; nos mers et nos forêts leur paraissent certainement des taches très-marquées, et la lumière que nous leur envoyons est même telle , qu’elle suffit pour rendre visible par une double réflexion la portion du disque de la lune qui n’est pas éclairée par le soleil : cette lueur légère, qu’on désigne sous le nom de lumière cendrée et qui avait fait croire à la phosphorescence de la lune, n’a certaine-