INTRODUCTION HISTORIQUE
L’aspect imposant de' la voûte céleste et des astres qui la sillonnent, de tout temps a frappé d’admiration tous les peuples, mais principalement dans ces heureux climats où la sérénité de l’air favorise les observations. Que l’on contemple pendant la nuit ces milliers d’étincelles, là parsemées irrégulièrement, ailleurs semblant dépendre les unes des autres ; ou bien , que l’on observe ce globe éclatant qui fait succéder le jour à la nuit, qui vivifie par sa présence la nature entière : ce spectacle est sublime et il élève la pensée de l’homme vers l’Auteur de l’univers; aussi le ciel semble-t-il le temple naturel de la divinité, et dans tous les temps cette seule habitation a paru digne de sa grandeur.
Les corps célestes présentent aux yeux vul-
gaires un magnifique spectacle; mais peuventils l’apprécier, n’en connaissant ni les ressorts, ni l’étendue? C’est une vue admirable et sans limites, qu’ils regardent à travers un voile sur lequel les objets viennent se peindre à leurs yeux, voyant ainsi le tableau au lieu de la réalité. Cependant ce n’est point seulement comme sujet de contemplation que l’astronomie appelle l’attention de tous les hommes ; si l’on reconnaît que les saisons , la longueur des jours et des nuits, les vicissitudes de la chaleur et du froid, dépendent des positions diverses des corps célestes; si l’on considère que la marche apparente des astres est le guide çlu navigateur, le flambeau du géographe; si l’on se rappelle que les poètes, les historiens de l’antiquité, sont remplis d’allusions astronomiques, et que la description du ciel est la base et l’explication des religions bizarres des peuples orientaux et de toute cette mythologie allégorique des Egyptiens et des Grecs; si la curiosité sç sent piquée du désir d’interroger avec fruit les astres qui roulent autour de nous , de connaître leur nature, leurs révolutions, leurs distances , leurs rapports ; si l’on observe que l’astronomie ,
enchaînée aux autres sciences physiques et naturelles , les éclaire et est éclairée par elles , et aussi, en nous disant ce que nous sommes dans l’univers, nous apprend à juger équitablement notre valeur dans l’immensité des mondes, cette science change dès-lors d’aspect : elle n’est plus seulement digne d’admis ration, ses leçons deviennent attrayantes, son étude indispensable. Qui a jamais rencontré le silence d’une belle nuit sans élancer sa pensée vers les corps qui habitent les espaces, sans ressentir le besoin de les connaître? Que deviendrait l’imprudent nautonier, s’il se confiait aux flots sans avoir pour fanaux et l’astre du jour et ceux de la nuit? Qui réglerait les travaux de l’agriculteur, si la marche des corps célestes ne lui indiquait le retour périodique des saisons?
^ussi la science des cieux a-t-elle été la plus anciennement et la plus généralement cultivée : c’est encore celle qui présente la plus longue suite de découvertes. « Il y a extrémeo ment loin, dit M. de Laplace, de la prc- « mière vue du ciel à la vue générale par la- « quelle on embrasse aujourd’hui les états « passés et futurs du système du monde. Pour
« y parvenir, il a fallu observer les astres pen- « dant un grand nombre de siècles; recon- « naître dans leurs apparences les mouvemens « réels de la terre ; s’élever aux lois des mou- « vemens planétaires, et de ces lois aux prin- « cipes de la pesanteur universelle; redes- « cendre enfin de ce principe à l’explication « complète de tous les phénomènes célestes « jusques dans leurs moindres détails. Voilà « ce que l’esprit humain a fait dans l’astrono- ■ mie. » Suivre ces progrès successifs est certainement une étude que tous les esprits doivent rechercher.
Les poètes de l’antiquité non seulement n’étaient point, comme la plupart de nos littérateurs, étrangers aux sciences astronomiques et physiques, mais ils en possédaient toutes les notions connues de leur temps. On ne voit point Virgile, Ovide, Homère, s’égarer dans des erreurs grossières pour l’époque où ils vivaient, comme l’ont fait plusieurs de nos écrivains les plus distingués. C’est aussi dans les phénomènes naturels bien compris qu’ils puisaient la source abondante et sublime de leurs brillantes comparaisons , de leurs pensées élevées. 11 est temps enfin d’i-
miter ces modèles qu’on nous cite sans cesse, sous ce rapport, qui a une toute autre importance que les formes de leurs écrits auxquelles on semble vouloir asservir la pensée pour toujours.
Mais le domaine borné des sciences chez les anciens , leur permettait d’en embrasser tous les détails, tandis que maintenant la vie humaine ne suffirait point à ce travail. Que celui qui veut exploiter une science spéciale , en explore donc tout le champ; mais que celui qui veut cultiver une terre éloignée , que celui qui veut seulement parcourir le pays, jettent sur les principales parties un coup-d’œil rapide. Le naturaliste ne doit point méditer longuement sur l’astronomie; le littérateur, l’homme du monde, ne doivent point s’initier à ses abstraits calculs. Qu’ils en rejettent donc la partie aride , mais qu’ils en contemplent l’ensemble , qu’ils en connaissent les bases et les applications : nul ne peut y demeurer totalement étranger. Obtenir ce résultat est le but que l’on doit se proposer dans un Résumé: celui delà science astronomique ne s’adressera point aux astronomes, mais tous les autres devront y trouver l’instruction rapide qu’ils réclamant.
IHTRODUCTIOH
L’astronomie est une science à laquelle nous conduit l’aspect des deux : avant de l’étudier, nous en connaissons l’objet et nous pourrions en indiquer vaguement quelques applications. Qui ne s’est informé des mouvemens des astres, de leurs distances, de leur nature? Qui ne s’est demandé, avant d’avoir ouvert un livre d’astronomie , si notre terre est le seul globe habité , s’il existe des rapports d’harmonie entre tous ces grands corps? Nous savons donc que la nature des globes qui peuplent les deux, leur nombre, leurs distances, leurs mouvemens appareils et réels, leurs relations avec celui que nous habitons , enfin les applications que l’homme a fait de
ces connaissances à la distribution de ses tra-
vaux et à la fixation des époques de leurretour, forment la science de Pastronomie.
• Dans nos climats, on voit chaque jour la lumière remplacer l’obscurité , mais après un règne dont la durée est plus ou moins longue. Le soleil, cause de ces vicissitudes, dans le cercle qu’il semble décrire , fait donc succéder le jour à la nuit, les saisons les unes aux autres. C’est ainsi que , chassant devant lui les ténèbres, il apparaît majestueusement à l’ho-
U ... pu
rizon, parcourt graduellement le chemin qui lui a été assigné, et se cache de nouveau pour céder l’empire «à la nuit qu’il doit bientôt faire évanouir encore. Depuis des siècles il parcourt sans cesse cette période régulière, et si chaque jour il reparaît vers le même point, ne devra-t-on pas avouer qu’il a suivi sous l’horizon la même marche que sous nos yeux?
Le soleil ne naît donc point chaque matin des exhalaisons terrestres, comme l’enseignait Lucrèce.
Dans cette course , le soleil fournit à chaque pays, à chaque climat, les moyens de diviser, de mesurer le temps ; il règle nos travaux, nos besoins. Mais l’astronome ne doit point se borner à l’étude superficielle , peut-être trompeuse, de ce mouvement appareut; il doit chercher à connaître la distance, la masse, la nature de cet astre ; il doit combiner sa marche avec celle des autres corps célestes, et alors il découvrira que sa révolution diui ne qui produit les jours, comme sa révolution annuelle qui détermine le cours des saisons , ne sont qu’apparentes et le résultat du mouvement réel en sens contraire du globe que nous habitons* Placés sur un corps qui, rcu-
8* ïAmoDüCTioir *
lant sur lui-même, roule encore autour du soleil, une illusion, que la science seule a pu détruire, nous persuade que nous sommes en repos , et que c’est cet astre immense, qui , pour nous seuls , se déplace sans cesse accompagné de tout le firmament : ainsi le voyageur qui descend un fleuve tranquille, croit voir le rivage fuir devant lui. C’est depuis que l’astronomie a renversé cette présomptueuse opinion, qu’elle est devenue une science aussi vaste que certaine , et presque mathématique; e’est de cet instant qu’elle a vu tous les phénomènes jusque-là les plus bizarres, les plus inexplicables, s’enchaîner les uns aux autres, et montrer qu’ils sont les conséquences d’une grande association soumise à une seule loi suprême. C’est alors que l’harmonie universelle, qu’on reconnut dans tout l’arrangement des mondes, a mieux que jamais attesté la puissance et la sagesse de l’habile ouvrier qui a su combiner et mettre en jeu tous ces grands ressorts , et permis de dire avec encore plus de justesse, que les çiçux proclament la gloire de Dieu (i),
(i) Cœli «narrant gloriam Dci.
PiniMN
La lune, qui vient de temps en temps dissiper les ténèbres de nos nuits, est, après le soleil, l’astre qui fixe davantage l’attention : de même que lui, de même que toutes les étoiles, on la voit sortir chaque jour de l’horizon à l’est, s’élever, redescendre, puis disparaître à l’ouest sous ce même horizon; la révolution diurne de la terre est la cause de ce mouvement apparent, mais la déesse des nuits parcourt réellement autour de nous une autre orbite. Nous verrons que, soumise à notre empire, elle est forcée de nous suivre à travers l’espace partout où nous nous transportons, de la même manière et parla même cause qui nous attache invariablement à la condition du soleil.
Les étoiles pour nous sont le menu peuple des cieux , mais combien est intéressante la recherche de leurs distances, de leur arrangement! A quelle conclusion nous conduira sur leur nature l’immensité de l’espace qui les sépare? Comment concevrons-nous l’organisation des mondes et leur multitude infi- ; nie, lorsque nous apprendrons que ces étoiles, qui sont des soleils semblables au nôtre, se déplacent dans le ciel, et que notre soleil, sans
lü INTRODUCTION
doute emporté comme elles, roule vers quelque constellation éloignée qui le soumet à son pouvoir attractif? D’autres astres, par leur analogie complète avec notre globe, nous intéressent spécialement : nous désirons connaître la condition des voyageurs qui parcourent le même pays que nous , dont nous partageons les avantages et les dangers; sujets d’un même maître, nous voulons savoir quelles lois il impose à ceux qui l’approchent de près et à ceux qui semblent hors de la sphère de sa puissance. Ces corps célestes , dont nous faisons partie , sont les planètes ; de faibles humains , à l’aide de verres qu’ils ont su tailler d’une certaine façon , ont eu la gloire d’en augmenter récemment la liste , et d’acquérir sur les autres des notions très-précises.
Enfin, il est des astres qui annoncèrent pendant long-temps aux peuples ignorans et superstitieux , tantôt des désastres profonds , tantôt d’abondantes récoltes , * ce sont les comètes. Vagabonds au premier aspect, apparaissant de loin en loin et irrégulièrement, sous des formes bizarres , gigantesques , souvent effrayantes, ils ont pu égarer l’imagina-
tion toujours avide du merveilleux; mais les astronomes modernes, en soumettant à des lois ces corps errans , en prouvant que la main puissante du soleil, si elle leur laisse plus de liberté qu’aux planètes, les retient cependant dans certaines limites, ont dissipé ces erreurs. Nous verrons que plusieurs de ces astres, semblables à des aides-de-camp qui viennent prendre les ordres de leur chef, sont rappelés périodiquement dans le voisinage du soleil. Mais leur nature paraît totalement différente de celle des planètes; ils font naître . une foule de questions de la plus haute importance et du plus grand intérêt, que nous devrons aborder sous les auspices des savans qui ont tenté de les résoudre.
Le vulgaire, habitué à juger sur les apparences, à ne sentir que les rapports des choses qui l’approchent immédiatement , s’étonne que l’astronome ose assigner exactement l’époque et la durée des phénomènes célestes , prétende connaître la distance, la marche, le volume, la masse de corps placés à des distances prodigieuses. Lorsqu’on est étran- • ger à cette science , on a peine à ne point regarder comme de pures hypothèses ce qui
dépasse les bornes de l’imagination. Comment concevoir que nous puissions connaître plus exactement l’espace qui sépare la lune de la terre, que la longueur de la route de Paris à Pétersbourg? Le diamètre de notre globe est de 3,ooo lieues; 85,ooo lieues nous séparent de la lune : nous croit-on lorsque nous annonçons que ce volume, cette distance, ne sont rien , comparés au volume , à la distance du soleil, que nous savons être i, 3 oo,ooo fois plus gros que la terre et distant de plus de 34 millions de lieues ; car le soleil et la lune ne paraissent -ils pas à peu près de même grosseur? Mais que sont ces distances ellesmêmes auprès de celles des étoiles, que les anciens croyaient attachées à une sphère de cristal placée à peu de distance au-dessus de nos têtes? car nous pouvons prouver que les plus voisines de nous sont au moins à 3,566 milliards de lieues, et la plupart ne nous sont visibles que par la lumière qu’elles ont émise il y a au moins 3o ans, lumière qui parcourt néanmoins 68,000 lieues par seconde. Qu’on juge, d’après ces faits incontestables, de l’immensité de l’univers, et qu’on apprécie la science et les hommes qui, d’un
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point imperceptible dans l’espace , ont pu mesurer des volumes, des distances, circonscrire des révolutions que l’imagination ne peut concevoir!
Ce n’est point non plus sans étonnement qu’on voit les astronomés prédire longtemps à l’avance, non seulement le jour et l’heure, mais l’instant précis d’une éclipse; qu’on les voit annoncer avec certitude le moment du passage d’une planète dans une constellation ; donner la mesure exacte de la hauteur et delà durée des marées. Aussi les * peuples ignorans et superstitieux, à une époque où les connaissances astronomiques étaient cependant encore dans l’enfance, regardaientils ceux qui pouvaient annoncer certains phénomènes célestes comme doués de la faculté de lire dans l’avenir; de là l’origioe de l’astrologie et de toutes les absurdités au moyen desquelles certains hommes exploitaient la crédulité publique. Ce n’était plus la famille, la fortune, qui faisaient préjuger le sort futur d’un enfant naissant, c’était l’état du ciel en cet instant fatal, la conjonction ou l’opposition de certains astres. Heureux celui dont l’horoscope recevait l’influence d’un astre
bienfaisant comme Vénus ! mais quels malheurs n’étaient point réservés à celui que Mars menaçait de son apparition! car l’aspect de cette planète est rougeâtre et comme sanguinolent. Les lumières des temps modernes ont dissipé ces erreurs qu’autorisait l’ignorance, et maintenant on ne peut plus révoquer en doute la certitude des notions de l’astronomie.
L’état actuel de cette science qui étonne le vulgaire par le récit de ses prodiges , permet de dire qu’elle est, de toutes les sciences d’observation, la plus avancée, la plus parfaite et celle qui laisse le moins de questions à résoudre ; car elle explique clairement chacun des phénomènes particuliers, les soumet à un calcul rigoureux, et déduit de ce calcul tous ses principaux résultats. C’est en connaissant les moyens qui l’ont élevé si haut , qu’on apprendra â ne plus douter, parce qu’elles confondent notre imagination, de choses dont l’évidence et les preuves sont incontestables ; mais que d’années se sont écoulées, laissant imparfait ce vaste édifice! combien d’architectes ont successivement ajouté à sa construction première! Un coup d’œil rapide sur l’histoire de l’astronomie va nous faire juger
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sa marche et ses progrès. Nous verrons que les travaux de ses premiers fondateurs, renversés jusque dans leurs hases par les astronomes des temps modernes, ont fait place à un système du monde entièrement différent de celui qui était universellement adopté, système qui donne la clef à l’aide de laquelle aucune partie de l’édifice ne demeure inconnue.
L’origine de l’astronomie se perd dans les premiers temps de l’histoire des peuples ; niais quelques monumens attestent sa haute antiquité : si le spectacle du ciel a dû frapper vivement l’attention et appeler sur lui les méditations des habitans des contrées favorisées par la pureté de leur atmosphère, l’astronomie a dû aussi , de tout temps , être, étudiée pour ses applications aux besoins de la vie. Si les opérations de l’agriculture sont basées sur l’observation des phénomènes que l’astronomie apprend à connaître ; si elle seule fournit la mesure exacte du temps , permet au navigateur de trouver sa véritable position en mer, au géographe de déterminer les distances des différens lieux de la surface du globe; enfin, si l’on ne peut nier
l’influence variée et étendue qu’elle exerce sur ce qu’il importe le plus aux hommes de connaître, on ne sera pas étonné que son étude soit plus ancienne que celle des autres sciences dont l’objet est moins sensible et les applications moins immédiates. On ne sera point étonné de reconnaître l’influence de ses progrès, sur l’état de la civilisation à diverses époques et chez différens peuples.
Les observations les plus anciennes qui prouvent quelques connaissances exactes en astronomie, appartiennent aux Chinois. Le gnomon leur était connu dès les temps les plus reculés et leurs annales font mention de plusieurs éclipses qui remontent tà plus de 2000 ans avant notre ère. Les Indiens semblaient aussi avoir cultivé cette science avec succès , puisqu’on a trouvé chez eux des tables astronomiques qui remontaient à une trèshaute antiquité; mais ces tables, ayant pour point de départ une époque idéale où toutes les planètes sont supposées en conjonction , les savans regardent généralement maintenant comme très-probable, que les constructeurs de ces tables ont fait remonter leurs calculs jusqu’à cette époque remarquable, et
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qu’ainsi l’instant précis de leurs observations ne peut être assigné.
L’état et l’origine de l’astronomie chez les Égyptiens, sont encore enveloppés des ténèbres les plus profondes : leurs nombreux monumens , couverts d’emblèmes allégoriques, semblaient devoir conduire à la solution de ces problèmes : mais si la parfaite orientation et les dimensions de leurs pyramides prouvent la précision de leurs observations et de leurs mesures, leurs zodiaques imparfaits n’apprennent rien sur leurs connaissances astronomiques et l’époque de leur origine. Nous verrons que ces zodiaques, et particulièrement celui de Denderab, qui paraissaient remonter à une antiquité si reçulée, sont d’une origine assez récente et changent la réputation d’astronomes profonds, usurpée par les Egyptiens, en celle de constructeurs de rêves astrologiques. Sans doute la clef de leur langue hiéroglyphique que M. Champollion vient de saisir, nous découvrira le sens et la valeur de ces monumens (1).
Pour rencontrer quelques vestiges certains de l’astronomie, il faut se transporter chez
(1) Voyez te Traite des Hiéroglyphes.
i8 iNTROmrcTiow
les Clialdéens et redescendre jusqu'au huitième siècle avant l’ère vulgaire : on y trouve 1 ; observation exacte de plusieurs éclipses de lune \ mais ces faibles débris sont encore entachés d’obscurités entées sur la tradition d’un peuple astronome plus ancien , plus instruit, qui aurait habité la terre avant que la lune fut son satellite fidèle. Ce peuple étaitil antérieur à la dernière catastrophe qui a bouleversé le globe ? est-ce à cette catastrophe que nous devons l’astre qui nous éclaire pendant la nuit? On conçoit combien ici le champ des conjectures est vaste , c’est à la cosmologie qu’il appartient de lexploier.
Chez les Grecs, disciples des Égyptiens et des Clialdéens , nous trouvons , mais bien plus tard à la vérité, des connaissances astronomiques qui doivent nous étonner pour des observateurs dénués d’horloges exactes et de presque tous nos instrumens d’observation, privés surtout du secours de ces lunettes qui nous font franchir les distances^ en grossissant presqu’à volonté les objets que nous observons. Toutefois, dans les premiers siècles , les fables qui environnent l’histoire primitive de la Grèce, voilent le
véritable état de leur astronomie ; ^gpeuple impatient 11’a pu se soumettre à la lenteurdes méthodes expérimentales : au lieu d’interroger la nature afin de remonter des effets aux causes , il a toujours voulu deviner les lois de l’univers , et lorsqu’il ne le pouvait point, il les a créées. Aussi, jusqu’à l’école d’Alexandrie , fondée et protégée par les Ptolémées, rois d’Egypte, ne rencontronsnous chez les savans de la Grèce que des conjectures hardies , mélées de rêves philosophiques et de quelques idées justes rencontrées comme par hasard. C’est ainsi que Pjthagorc et son école avaient admis le mouvement de la terre autour du soleil, mais cette idée féconde avait avorté entre leurs mains.
Les premiers astronomes qui se distinguèrent à l’école d’Alexandrie vers l’an 280 avant notre ère , furent Aristjrlle et Timocharis : ils dressèrent le premier catalogue d’étoiles, qui fut revu depuis par Hipparque, et firent plusieurs observations importantes.
Aristarque de Samos leur succéda il avait sur l’étendue de l’univers des idées moins bornées que la plupart de ses prédécesseurs ,
dont nlusieurs n’accordaient point au soleil l’étendi^du Péloponèse; il inventa même un moyen de mesurer la distance du soleil et de la lune à la terre , excellent , si ce dernier astre n’avait sa surface hérissée d’aspérités considérables : mais pour lui ce moyen n’était qu’approximatif, puisqu’il supposait comme la distance de la lune. Quoi qu’il en soit, la perte de ses ouvrages est vivement à regretter pour l’histoire de l’astronomie.
Eratoslhène se distingua par la mesure d’un degré du méridien, mais sa valeur nous demeure inconnue, parce que nous ignorons de quel stade il s’est servi. Enfin, Hipparque de Rhodes illustra l’école d’Alexandrie vers l’an 160 avant l’ère chrétienne: il reconnut l’irrégularité du mouvement du soleil, et s’il ne découvrit point les révolutions elliptiques des astres , il soutint du moins , pour expliquer cette irrégularité, que la terre n’était point le centre de l’orhite du soleil : les inégalités du mouvement de la lune n’échappèrent point non plus à ses observations. Dans la mesure de la durée de l’année, il ne se trompa que de deux minutes, précision étonnante pour un observateur si mal pourvu d’instrumens ; le
premier il voulut estimer laposition des lieux par les latitudes et les longitudes; enfin, persuadé du déplacement des étoiles, « il osa, « dit Pline, par une entreprise digne des « dieux, donner à la postérité le dénombre- ■ ment du ciel et en déterminer toutes les « parties avec des instrumens de son inven- « tion, au moyen desquels il marqua les lieux « et les grandeurs des étoiles : par là, il don- « nait les moyens de discerner à l’avenir si « les étoiles pouvaient se perdre et reparaî- « tre, si elles changeraient de situation, de « grandeur et de lumière : c’est ainsi qu’il « laissa le ciel en héritage à ceux qui se- « raient dignes d’en profiter. »> La prédiction de Pline s’est accomplie et nos astronomes modernes, dignes héritiers de l’astronome d’Alexandrie, ont su tirer parti de ses observations et de ses travaux. Hipparque est , sans contredit , le plus grand astronome de l’antiquité , et la science véritable ne commence qu’à lui. Il avait encore découvert, en comparant les observations d’étoiles de Timocharis, qu’elles se déplaçaient lentement d’occident en orient par rapport aux points équinoxiaux ; c’est donc lui qui recon-
nut la précession des équinoxes, en vertu de laquelle les points de la révolution annuelle du soleil font le tour du ciel en a5,ooo ans. Le catalogue d’étoiles que nous lui devons en contient ioaa. Ses ouvrages ne nous sont point parvenus, mais Ptolémée nous en a transmis la substance dans son Almageste, livre le plus important que nous ait laissé l’astronomie ancienne.
Pendant les trois siècles qui s’écoulèrent entre Hipparque et Ptolémée , Jules César changea le calendrier, mais l’astronomie demeura stationnaire. Ptolémée, perfectionnant les travaux d’Hipparque, exposa en entier ce système du monde , qui a été suivi pendant si long-temps et est encore représenté dans une foule de traités de la sphère : quoiqu’il soit maintenant tout-à-fait décrié , on ne doit pas moins reconnaître combien était ingénieuse l’invention des épicycles , au moyen desquels il expliquait les irrégularités apparentes du mouvement des planètes.
Les Romains avaient totalement négligé l’astronomie, et, pendant plusieurs siècles, nous la voyons bornée à la connaissance
du livre de Ptolémée et aux rêveries de l’astrologie : à peine quelques princes arabes en encoüragent-ils l’étude pendant les huitième et neuvième siècles. Enfin, à la renaissance des lettres , parvenue entre les mains des Copernic , des Kepler , des Newton , des Galilée , elle touchait au moment de franchir toutes les homes qu’il semblait raisonnable de lui assigner. Dépouillée des folies de l'astrologie, aidée d’instrumens puissans et nouveaux, d’observations exactes et multipliées, secondée par les méthodes de calcul les plus parfaites, elle parvient en moins de trois siècles à la hauteur où nous la voyons maintenant. Copernic découvre d’abord le vrai système du monde, découverte qui fit changer de face à toute la science; Ticho-Brahé , sans adopter ce système, n’en est pas moins utile par son catalogue d’étoiles et par ses observations innombrables qui rectifient celles de tous ses prédécesseurs; Galilée , armé du télescope, découvre un monde nouveau, aperçoit les satellites de Jupiter , les phases de Vénus; Képler impose aux astres les lois qui les régissent; Newton en déduit le principe même de ces lois , et par là permet de pré-
voir à l’avance et de calculer toutes les perturbations qu’elles éprouvent. Dès-lors les bases de l’astronomie sont inébranlables , et si les travaux qui demeurent à faire ne sont point sans étendue ni sans importance , du moins leur direction principale ne peut-elle plus éprouver de changemens.
Bientôt Iiœmcr découvre la vitesse de la lumière; les géomètres français mesurent exactement la figure de la terre; Ilujghens, Hévélitis , Lahire , Bougiier , Flamstecd , Hallcy, Cassi ni, de Lalande , les académies de Londres et de Paris , une foule d’astronomes particuliers , enrichissent la science d’une multitude de découvertes importantes et la remettent entre les mains des Uerschell , des Delambre , des de Laplace , des Ara go , d’un grand nombre de savans qui ne cessent de reculer ses limites, de rectifier ses premiers pas, d’ajouter à ses bases de nouvelles preuves et d’en découvrir de nouvelles conséquences.
Nous 11e terminerons point cette esquisse trop rapide, sans dire que l’astronomie est redevable de plusieurs travaux à un sexe qu’on devrait encourager dans ces études, au lieu de l’en éloigner par l’arme du ridicule.
On connaît les travaux de madame du Châtelet, de madame Lefrançais de Lalande; la sœur du grand astronome Herscliell n’a cessé de travailler avec lui et de l’aider dans ses recherches; madame Delambre soulageait son mari dans les immenses calculs qu’il avait entrepris ; plusieurs tables lui sont dues. C’est ainsi qu’une association de travaux, ausfi heureuse qu’utile, double le résultat des recherches qu’on devait attendre d’un seul homme.
L’astronomie, qui s’est avancée à pas lents
jusqu’aux temps modernes, a donc franchi subitement de vastes espaces; mais il lui reste encore plusieurs champs à explorer. La nature et la constitution intime des astres, et spécialement des comètes, sont loin d’étre bien connues : le mouvement de translation de tout le système solaire vers un point de l’espace, celui des étoiles, la recherche de leur parallaxe qui doit faire connaître leur distance, la formation des nébuleuses et des groupes d’étoiles, les changemens qu’un grand nombre de ces corps éprouvent dans leur lumière, les périodes des étoiles doubles , la re-
î6 INTRODUCTION
connaissance exacte de tous ces astres, la constitution physique des planètes * 'le perfectionnement des lunettes, tels sont encore les sujets qui appellent les recherches et les méditations des savans. Déjà l’on entrevoit les phénomènes, on les indique avec réserve; mais tous les astronomes de l’Europe s’occupent d’établir les bases qui permettront de les constater dans l’avenir d’une manière certaine. Nous n’omettrons point tout ce qui dans ces recherches pourra piquer la curiosité et agrandir le cercle des connaissances.
L’exposé de la science ne pourra être présenté d’une manière complète qu’à l’aide d’une méthode rigoureuse : nous donnerons donc avant tout la connaissance du ciel et de ses divisions; nous apprendrons à reconnaître les constellations et les plans que parcourent les astres : si ces pages paraissent un peu arides, elles jetteront dans les esprits un jour qui se réfléchira sur toutes les parties du Traité; quelques mots sur l’origine des constellations et des zodiaques , ainsi que des fables mythologiques, termineront cette première division. Nous passerons ensuite en revue le tableau
général des corps qui constituent l’univers , et là nous aurons à nous occuper des étoiles ou astres solaires , des planètes ou globes ter^ restres , des satellites ou globes lunaires , des comètes ou corps errans, enfin, des aerolitlies. Nous ferons alors à tous ces corps l’application des causes et des lois qui les retiennent dans leurs orbites et les contraignent à parcourir certaines révolutions, et nous terminerons en donnant une idée des réfractions astronomiques et des principaux instrumens d’un observatoire.
Tel est le plan de ce résumé, dans lequel nous espérons ne rien omettre d’important; la marche et les révolutions apparentes et réelles de tous les astres , leurs distances , leurs volumes, leur figure, ce qu’on sait de leur nature et de leur constitution, les rapports et les influences qui les unissent entre eux, l’harmonie de leur ensemble , enfin les conjectures hardies des Herschell , des de Laplace, des Arago sur l’arrangement des cieux et l’organisation des mondes, sont autant de sujets que nous chercherons à dérouler clairement et d’une manière complète à tous les yeux. Cette esquisse de
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la science astronomique, si nous ne sommes point trompés dans notre attente, donnera une idée exacte et suffisante des corps qu'elle, étudié, -des phénomènes qu’elle embrasse, des applications dont elle est susceptible.
Divisions de la sphère ( i).
Lorsque dans une belle nuit, les yeux tournés vers le midi , on fixe pendant quelque temps la sphère étoilée , l’observateur le moins attentif découvre que le mouvement de tous les astres , analogue à celui du soleil et de la lune , semble s’opérer autour d’une ligne qui est comme l’essieu de la grande roue céleste , ou comme si ces astres tenaient à une sphère unique roulant autour de deux points fixes. Tous apparaissent à l’est, s’élèvent graduellement en décrivant une portion de cercle plus ou moins grande, et enfin re-
(i) Il était impossible de faire disparaître l'aridité de ce chapitre, qui ne renferme qne la définition technique des divisions du ciel ; mais sa lecture évitera d’y revenir plusieurs fois. •
DIVISIONS
descendent pour disparaître à l’ouest : les uns ne se sont montrés que quelques instans, d’autres ont parcouru un demi-cercle et se sont livrés à ses regards pendant douze heures ; enfin, s’il s’est tourné vers le nord, il en a vu plusieurs décrire un cercle entier autour d’un point qui est le centre de tout ce système, et l’étoile polaire, placée fort près de ce point, lui a même paru entièrement immobile. Mais transportons - nous dans d’autres pays, nous verrons que s’il existe un cercle de perpétuelle apparition au-dessus duquel les astres sont toujours visibles, il en est un aussi de perpétuelle occultation qui les cache toujours pour d’autres lieux, d’horizon forme la limite de ces cercles.
Si cet observateur rapporte à quelqu’objet terrestre immobile, le lever ou le coucher des étoiles , il s’apercevra que chacune d’elles se montre et se cache perpétuellement dans le même lieu ; il reconnaîtra également que les positions respectives de ces astres ne varient jamais sensiblement, en sorte que les constellations qu’ils forment, c’est-à-dire les figures qu’ils nous présentent, ne changent pas ; en sorte aussi que, comme s’ils étaient atta-
DE LA STHÉItE. * 3l
clics à une sphère unique et solide, nous les voyons tous parcourir dans des temps égaux des arcs égaux, c’est-à-dire , que ceux qui décrivent les cercles les plus grands , aussi bien que la polaire qui, sans le secours des instruirons, paraît immobile, font pareillement leur révolution en vingt-quatre heures.
Ces observations bien simples , mais auxquelles les astronomes, à l’aide de leurs instruirons, ont du donner la dernière précision afin d’en faire la base de leurs calculs , vont nous faire connaître les plans et les points imaginaires auxquels on rapporte tout le mouvement diurne des astres et de la sphère étoilée. Lorsque nous connaîtrons le méridien, l’axe du monde, les pôles, l’équateur, l’horizon , l’écliptique , rien ne pourra nous embarrasser dans l’étude de l’astronomie.
Nous venons de dire que vers le midi paraissent des astres qui décrivent de grands cercles et s’élèvent peu au-dessus de l’horizon, tandis que vers le nord les étoiles se couchent à peine, ou môme parcourent devant nous un cercle entier. Un plan qui partage le ciel en deux parties jouit de la propriété de renfermer tous les points les plus
DIVISIONS
hauts et les plus bas des courbes que décrî vent tous les astres dans leur mouvement journalier, c’est le plan du méridien. Si le mouvement des étoiles rend difficile l’observation de leur passage précis aux points les plus hauts et les plus bas de leur course, rien n’est plus aisé, pour trouver le plan du méridien , que de partager en deux portions la circonférence d’une étoile, et de compter si chaque portion est parcourue dans le même temps; car nous savons que le mouvement des étoiles autour de la sphère est exactement uniforme, et que le plan du méridien partage également leurs courbes; on le possède donc pour toutes dès qu’on l’a obtenu par l’observation d’une seule.
Le méridien ne possède la propriété remarquable qui le distingue que parce qu’il renferme la ligne autour de laquelle tous les astres paraissent exécuter leur révolution.
Aussi appelle-t-on cette ligne Y Axe du monde : essieu de la rotation céleste, cet axe est le centre de toutes les courbes décrites par les étoiles, il coïncide avec la ligne qui partage la circonférence de celles qui , comme la polaire , ne se couchent pas , enfin par ses deux extrc-