CHAPITRE PREMIER
Des Etoiles.
Les étoiles, pour les anciens, étaient les yeux d’Uranus ; ou bien, attachées à une sphère de cristal qui formait la calotte des cieux, c’étaient des points brillans destinés à illuminer les nuits de notre globe. Pour nous, les étoiles seront des soleils semblables au nôtre, sans doute, comme lui, centres d’un monde qu’ils gouvernent et vivifient. Placés à des distances prodigieuses, leur éloignement nous donnera une idée de leur grandeur et de leur nature : de faibles mouvemens, des particularités remarquables observés tout récemment chez plusieurs de ces astres, nous conduiront à des conjectures plus ou moins vraisembla-
Des étoiles.
blés sur les rapports et l’arrangement des mondes.
Les étoiles sont les astres qui, depuis qu’on les observe, n’ont pas sensiblement varié dans leurs positions respectives; aussi les appelle-t-on étoiles fixes. Nous avons déjà dit qu’elles paraissaient perpétuellement percer l’horizon au même point , tandis que les planètes et les comètes changent chaque jour de position , comme de lever et de coucher ; rien n’est donc plus facile que de distinguer ces astres les uns des autres.
Les étoiles paraissent avoir des grandeurs très-diverses, en raison de l’éclat dont elles brillent; mais lorsqu’on cherche à mesurer leur diamètre, on trouve ce résultat remarquable, que toutes sont des points radieux sans dimension. Aussi, à l’aide des télescopes , augmente - 1 - on considérablement le nombre des étoiles qu’on peut apercevoir, ainsi que nous l’avons dit, mais on n’augmente pas leurs dimensions : elles paraissent toujours des points sans étendue , nouveau moyen de les distinguer des planètes.
Cette observation, jointe à l’absence d’un -mouvement particulier sensible, prouve l’c-
norme distance des étoiles, et démontre qu’elles sont lumineuses par elles - mêmes comme le soleil : car comment ces astres dont plusieurs jettent une lumière bien plus vive que la plupart des planètes , ne seraientils point à une distance infinie en comparaison, puisqu’ils n’offrent aucun diamètre?
Comment brilleraient-ils d’une lumière empruntée, puisque les satellites de Jupiter et de Saturne, qui cependant ne se présentent pas comme des points sans dimension, sont à peine percevables avec le secours des meilleurs télescopes ? Mais ces satellites , comme les planètes dont ils suivent la destinée, ne sont visibles que parce qu’ils renvoient la lumière du soleil, tandis que nous pouvons assurer avec certitude que les étoiles fixes, comme notre soleil, brillent d’une lumière qui leur est propre.
Nous verrons plus tard que, pour connaître la distance du soleil et de la lune à la terre , on prend pour bases les plus grandes distances terrestres, et l’on compare la position de ces corps en deux stations différentes , comme lorsqu’on mesure la distance d’un objet dont on ne peut approcher : ce moyen est tout-à-fait insuffisant pour les étoiles.
Mais nous reconnaîtrons que la terre tourne autour du soleil et parcourt ainsi une orbite d’environ 6 g millions de lieues : la comparaison d’observations d’étoiles faites à six mois d’intervalle, ce qu’on appelle la parallaxe annuelle t nous fournira donc une base de 69 millions de lieues; si les étoiles étaient à une distance appréciable relativement à cette base, elles ne devraient pas paraître dans le même lieu aux deux stations, et l’axe de la terre, comparé avec la position des étoiles , devrait décrire un cercle en rapport avec la dimension de l’orbite terrestre et la distance de l’étoile prise pour point de comparaison : or les observations les plus délicates ont prouvé que l’axe de l’orbite de notre globe aboutit toujours aux mêmes points invariables ; et comme l’on peut pousser la précision des observations jusqu’à une seconde de degré , on peut affirmer que la parallaxe des étoiles n’est pas de 1" , c’està-dire que l’orbite terrestre entière, vue des étoiles , ne soustendrait pas un angle de cette dimension.
Le traité de géométrie apprendra qu’il faut s’éloigner deux cent mille fois d’une
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base, pour que l’angle que cette base soustend soit réduit à i " . La distance des étoiles est donc celle de l’orbite terrestre ( 69 millions de lieues), multipliée par 200 mille, c’est-à-dire i 3 , 8 oo milliards de lieues : encore cette distance 11’est-elle point la véritable , et nous pouvons seulement affirmer qu’en deçà de ces limites ne se rencontre aucune étoile. Quelle immense étendue traverse donc la lumière des plus distans de ces astres , qui , à nos yeux , se montrent entassés les uns à côté des autres , puisque les plus voisins sont encore séparés par plus de i 3 mille milliards de lieues? Mais comment l’imagination embrassera - 1 - elle l’immensité infinie de l’univers, lorsqu’elle saura que la base que nous venons d’établir est bien au-dessous de la vérité , du moins pour un grand nombre d’étoiles, et qu’en portant l’exactitude des observations à J- de i"au lieu de 1 11 , il faut multiplier la même base de 69 millions de lieues par 2 millions ?
Ainsi un fil d’araignée , pour l’observateur placé dans l’étoile la plus voisine , suffirait pour lui masquer tout notre système planétaire, dont les dimensions sont au moins
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vingt fois celles de l’orbite terrestre : ainsi la lumière qui nous arrive du soleil, c’est-à-dire qui parcourt 34 millions de lieues en 8' 13", met au moins pour nous parvenir des étoiles trois ans, si nous admettons i" d’erreur dans les observations , et trente ans si nous n’en admettons que La lumière qui frappe nos regards a donc été lancée souvent bien avant notre naissance, et la disparition de cet astre ne nous serait connue que trente ans après l’événement. Un boulet de canon qui franchit sept lieues par minute, mettrait plus de huit mille ans pour parcourir ce trajet.
Mais Herschel va plus loin encore : estimant la distance des étoiles par leur éclat, il en a distingué de la i34a e grandeur, desquelles la lumière doit mettre deux millions d’années pour nous parvenir. Quelle immensité !
quelle grandeur ! combien le spectacle sublime de l’univers atteste la puissance du Créateur qui l’a ordonné ! combien la preuve de l’infini agrandit la pensée de l’homme qui peut l’embrasser !
La pluralité t ou pour mieux dire Y infinité des mondes, se présente donc avec le plus haut degré de probabilité. Tant d’astres seront-ils
un vain spectacle ? notre soleil sera-t-il le seul entouré d’un monde qu’il est destiné à vivifier ? un seul globe possédera-t-il des liabitans capables de s’élever «à la connaissance de l’auteur de tant de merveilles ?
Puisque les étoiles sont des soleils lumineux comme le nôtre, d’un volume égal si ce n’est supérieur, placés à des distances prodigieuses, nous devons en conclure que, comme lui , ils sont le centre d’un monde qu’ils animent; que, comme lui, ils régissent la marche de plusieurs planètes sur lesquelles des liabitans font sans doute à l’égard de notre étoile des conjectures semblables aux nôtres. C’est en considérant l’univers tel qu’il se présente, et non en le soumettant à nos idées rétrécies, c’est en l’agrandissant au lieu de le condamner à la stérilité , qu’on le rend digne de son auteur.
Les moyens imparfaits d’observation des anciens, ne leur avaient point permis de se faire une idée de la distance des astres, tandis que nous avons pu nous élever à la connaissance de l’immensité de l’univers : le perfectionnement continuel des instrumens , les observations réitérées des astronomes de notre âge , surtout les beaux travaux et les
recherches immenses du célèbre Herschel , vont nous mettre sur la voie d’autres découvertes non moins intéressantes.
En scrutant les cieux avec une exactitude minutieuse , on découvrit bientôt que toutes les étoiles ne présentaient pas le même aspect, variaient de forme et de couleur, que plusieurs paraissaient dépendantes les unes des autres, qu’on pouvait reconnaître chez plusieurs un mouvement particulier presque imperceptible , qu’enfin le ciel était rempli d’astres qui semblaient s’organiser en notre présence par la condensation d’une matière blanchâtre , dont les amas furent appelés des nébuleuses , ( Voyez la fig. 5, pl. I. )
Déjà les anciens historiens avaient raconté l’apparition subite d’astres brillans qui avaient étonné le monde : une nouvelle étoile avait paru dans le ciel à l’époque de la naissance de Jésus-Christ : en 38p , dans la constellation de l’aigle , une étoile brilla comme Vénus pendant trois semaines : Tycho-Bralié, en 157 a, étudia une étoile de Cassiopée, qui fut visible en plein jour pendant quelque temps, et qui, après avoir passé du blanc au jaune et au rouge, et s’être affaiblie petit à petit, dispa-
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rut pour toujours sans avoir changé de place : une étoile semblable parut pendant un an dans la constellation du Serpentaire en 1604 : Kepler l’a observée. Maintenant nos télescopes font découvrir de toute part dans le ciel des amas de matière nébuleuse : ici, cette matière, semblable à une lumière diffuse, parait très-rare : c’est un voile, un rideau à peine visible, dont les contours sont incertains; là, elle semble former un ou plusieurs noyaux qui brillent d’un éclat plus vif et paraissent des étoiles au moment de leur naissance. Si nos observations 11e sont point assez anciennes pour avoir vu la même nébuleuse s’organiser peu à peu, le grand nombre que nous en rencontrons dans toutes les constellations, nous en offre sous toutes sortes d’états intermédiaires, et nous permet ainsi de présumer leur origine et leur développement : on reviendra sur ces idées dans le traité de cosmologie.
Les nébuleuses les plus remarquables sont celles qu’on voit près de fi de la Lyre, de fi et de y de la grande Ourse ; celle qui est à l’extrémité de la main droite de Persée et qui paraît formée d’étoiles entassées ou dans leur première formation; celle qui est voisine
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de y d’Andromède et qui paraît au contraire un amas de matière semblable à la queue des comètes. On remarque encore celle appelée prcesepe , au milieu du Cancer, où Galilée a compté jusqu’à quarante étoiles , une nébuleuse informe proche l’aiguillon du Scorpion : une autre dans l’œil du Sagittaire, où l’œil nu distingue deux étoiles, et, armé du télescope, en reconnaît plusieurs autres ; mais le plus remarquable de toirs les amas d’étoiles, est la nébuleuse placée au-dessus du baudrier d’Orion : les étoiles y paraissent comme enveloppées d’un nuage, et tandis qu’on discerne à peine celles de la circonférence , celles du centre sont très-brillantes ; comme si, formées d’un même amas , l’organisation s’y propageait de proche en proche.
Avant Herschel, le nombre de ces nébulosités ou amas d’étoiles n’était que de io3, mais cet illustre savant a déterminé la position de plus de a5oo : il regarde toutes les étoiles comme faisant partie de quelqu’un de ces systèmes particuliers , et la 'voie lactée comme celui auquel notre soleil appartient.
En outre des groupes d’étoiles qui , selon
toutes les probabilités, font partie d’un même
système, il en est qui paraissent évidemment dépendantes les unes des autres : on les désigne sous le nom d'étoiles doubles, triples, multiples: plusieurs, telles que *■ de Cassiopée, - des Gémeaux, -v du Lion et de la Vierge, la 6 i e du Cygne, tournent perpétuellement autour d’un centre commun de gravité. N’en serait-il point de même des groupes d’étoiles , par exemple desPleïades? n’est-ce point la matière nébuleuse qui , en se condensant, donne naissance à ces groupes, à ces systèmes d’astres ? et d’Hercule est une étoile double , dont la grande paraît rouge et la petite bleue : t du Bouvier présente le même phénomène ; au pied de devant de la Licorne est une étoile triple.
La plupart des étoiles manifestent des mouvemens qu’on ne saurait attribuer à d’autre cause qu’à un déplacement qui leur est propre ; et ce .n’est point en raison de leur grandeur apparente que se fait ce dé- •
placement. Ainsi, la 6 i ,! du Cygne se meut de 6" par an ; une des étoiles de la grande Ourse de o " Plusieurs des plus brillantes, telles que Sirius , Aldébaran , Rigel , la Lyre, ont encore permis de reconnaître leur déplace-
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- ment : on sait que depuis un siècle et demi
Arcturus, la principale du bouvier, ne cesse de j s’avancer vers le midi. T. outes ont des mouvemens différens et en direction et en étendue ; mais qu’on juge de l’énormité de leur course, puisque celle qui se déplace de 6" par an , parcourt un espace au moins soixante fois plus considérable que 1 orbite terrestie, que nous savons être de millions de lieues .
Au reste, notre soleil lui-mémen est point ' fixe dans l’espace : on a reconnu , par des observations qu’il n’est pas possible de récuser, que la constellation d Hercule augmente de dimension , tandis que les constellations opposées diminuent, et que celles placées à angles droits ne changent point ; il en résulte nécessairement que notre soleil se transporte vers la constellation dHeicule, entraînant avec lui tout le système planétaire. Mais Herschel s’est élevé à de plus hautes considérations, en observant que nous sommes placés dans le plan de la Vt/ie lactée laquelle forme autour de nous une zone cii culaire, et, qu’une nébuleuse aplatie, immense , au centre de laquelle serait un observateur, lui donnerait exactement 1 aspect
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du ciel tel que nous l’avons. Jaugeons le ciel pour ainsi dire : dans la Voie lactée nous apercevrons des millions d’étoiles , tandis qu’à mesure qu’on s’en éloigne , le ciel n’en montre plus que quelques-unes parsemées à de grandes distances : ce phénomène ne tientil pas à notre position ? placés au milieu de la Voie lactée, allongée dans un sens et rétrécie dans l’autre, ne devons-nous point voir d’un coté une multitude prodigieuse d’astres, et de l’autre un très-petit nombre ? Les nébuleuses, que nous apercevons dans les constellations à des distances infinies et que nous avons vu être des amas d’étoiles, ne sont-elles point des voies lactées composées, comme la nôtre, de plusieurs millions de soleils , chacun centre d’un monde ? quelle idée donnent de l’univers ces conjectures que toutes les probabilités viennent appuyer ! combien elles sont propres à courber notre néant devant la main qui a su soumettre cet univers a des lois et à nous faire apprécier sa grandeur et sa puissance !
Il est encore d’autres particularités que l’étude des étoiles a fait reconnaître : ainsi l’ordre d’éclat assigné par Bayer à ces astres , a chan-
gé : la 2 e de l’aigle était la 3 e de son temps, /S des gémeaux est maintenant plus^rillant qu’* ; mais il en est d’autres qu’on nomme changeantes , parce qu’elles présentent dans leur lumière des variations périodiques d’intensité ou de couleur : ainsi JÏtgoi, ou jS de la tête de Méduse, passe de la 2 e à la 4 e grandeur dans l’espace d’environ deux jours : fs de la Lyre devient tertiaire tous les six jours : o de la Baleine paraît de 2 e grandeur pendant 1 5 jours, et disparaît ensuite pour briller de nouveau de tout son éclat au bout de 334 jours ,. tandis que j8 de la même constellation devient continuellement plus brillante. Une foule d’autres étoiles sont soumises à des variations analogues , qu’on explique tantôt par l’interposition de volumineuses planètes, tantôt par l’opacité de certaines portions de leur disque , tantôt par leur applatissement , tantôt par des taches analogues à celles de noire soleil , mais plus considérables. Quant aux changemens de couleur, on ignore également leur cause.
La scintillation des étoiles, qui sert aies faire distinguer des planètes dont la lumière est toujours uniforme, tandis que celle des pre-
mières est vacillante, et, lorsqu’elle est trèséclatante offre toutes les couleurs du prisme, n’est point un phénomène du même genre ; il ne tient en aucune manière à des variations dans la couleur propre des astres. On Terra dans le traité de physique , que le système des ondulations de la lumière explique parfaitement ce phénomène, par la cessation ou bien l’augmentation des vibrations qui donnent chaque couleur, change-' mens produits par la différence dans la densité des couches atmosphériques.