‹ Résumé complet d'hygiène publique et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. Léon SimonChapitre 10 sur 43 · HYGIÈNE FUS. ET MED. LÉG · texte numérisé non relu

HYGIÈNE FUS. ET MED. LÉG

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dont nous parlons n’a rien d’absolu ; elle est toujours relative aux individus. Mais la société est obligée, dans cette circonstance comme dans toute autre, de prendre une époque fixe, et nous croyons être encore audessous de la vérité, en disant que la femme n’est véritablement apte au mariage, dans nos climats, que de dix-huit à vingt ans, et l’homme, de vingt à vingt-cinq ans.

Il est en outre dans l’intérêt de la santé publique que les unions conjugales se fassent entre individus de constitutions différentes. La science est encore loin d’être fixée sur l’importance véritable qu’il convient d’accorder aux prédominances organiques qui ont recule nom de tempéramens. Mais elle ne peut se refuser à admettre qu’une foule d’affections diverses n’ont d’autre origine que les prédominances dont nous parlons. De là, l’utilité si bien constatée de voir s’établir une sorte de croisement entre des tempéramens de nature différente, afin qu’ils se modifient l’un l’autre, et que l’on voie disparaître ces affections scrofuleuses, arthritiques, et ces maladies nerveuses si multipliées et si rebelles, qui résistent à tous les

agens thérapeutiques et désolent de longues suites de générations. Mais ici les difficultés sont extrêmes : le mariage étant une institution qui répond à la fois à un besoin moral et à une exigence physique, si la société peut imposer au citoyen le choix d’une épouse dans l’intérêt de la santé publique , tous ses droits s’évanouissent devant les lois morales qui sont d’un ordre supérieur.

Elle doit donc se borner à donner des conseils, et à corriger, par l’éducation, le mal qu’elle n’a pu empêcher.

Toutefois, il est deux circonstances où la société serait , selon nous , en droit d’intervenir, et où elle intervient quelquefois.

Ce sont les cas où la femme dont on projette le mariage serait conformée de manière à rendre la propagation impossible, et celui où l’un des deux époux serait atteint d’une maladie incurable et transmissible par voie d’hérédité. Dans ces deux cas, la société se contente de dissoudre le mariage qu’elle a autorisé, et place ainsi les époux dans une position fâcheuse pour tous deux ; il serait préférable qu’au lieu de remédier au mal, elle le prévînt. Mais ce sont là de ces con-

seils qu’il est plus facile de donner que de suivre. ( ï'’ojr. pour les causes de dissolution dn mariage^ II® partie, chap. ii, sect. i, § 2.)

SECTION III

Du célibat.

En favorisant le mariage par tous les moyens qui sont en son pouvoir, la société condamne implicitement le célibat. Et en effet, sous le rapport moral, elle ne peut que blâmer une condition civile qui est en complète désharmonie avec toutes les autres institutions delà société, et qui, sous quelque point de vue qu’on l’envisage, aboutit à un concubinage honteux , ou à frustrer la société d’un de ses moyens de conservation.

Le célibat est de deux sortes, ou réel, ou fictif. Dans le premier cas , il a des inconyéniens nombreux qui ont été signalés à plusieurs reprises. Ainsi, on a remarqué que ceux qui, aux siècles passés, se condamnaient aux austérités de la vie monastique, étaient souvent victimes de maladies désorganisatrices des organes génitaux , et que leur insignifiante existence se rapprochait plutôt de

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cjelle des végétaux que de la vie d’êtres intelllgens. L’histoire de la science a conservé le souvenir de la fin déplorable et j)rématurée d’hommes et de femmes qui périrent victimes de leur obstination à la suite de luttes inégales entre leurs idées et leurs be> soins.

Mais le célibat fictif a bien d’autres inconvéniens. Outre qu’il contribue à développer la luxure , il énerve la constitution de ceux qui s’y abandonnent, et est en opposition directe avec toute organisation sociale ; 1° en ce qu’il met les enfans qui en résultent dans une fausse position ; 2“ en ce qu’il prive les enfans des soins physiques qui leur sont si nécessaires. Il nous suffit de signaler ces différens points sans qu’il soit utile d’en démontrer la vérité. D’ailleurs, les exemples se pressent en foule ; ainsi , il résulte des Re~ cherches statistiques sur la 'uille de Paris et le département de la Seine, que le nombre des aliénés célibataires est double de celui des gens mariés , ce que l’on concevra facilement en se rappelant: i® que chez presque tous les individus, le célibat réel n’est qu’un état forcé, où les idées religieuses de ceux qui s’y

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condamnent luttent perpétuellement contre la raison et les besoins de nos conditions actuelles d*existence; a** que le célibat fictif, en ouvrant la porte à toutes les passions, éloigne du cœur humain cette confiance réciproque et ce calme intérieur que Ton ne rencontre que dans le mariage.

SECTIOIt IV.

De la grossesse.

On sait de quelles prérogatives et même de quels honneurs les femmes enceintes étaient entourées chez certains peuples de Tantiquité. Aujourd’hui , elles vivent sous Fempire de la loi commune. Cependant, si l’on convient que les femmes enceintes sont dans un état physiologique qui réclame des soins particuliers, on reconnaîtra qu’il serait dans l’intérêt de la société que certaines d’entre elles reçussent des bienfaits particuliers. Il n’y a nul inconvénient à abandonner à elles - mêmes les femmes qui jouis* sent d’une certaine aisance, et qui ont conçu dans l’état de mariage; il n’en est pas de même de celles qui sont aux prises avec le besoin , et de celles qui deviennent mères

G&OSSESSE. ^ Q

à la suite d*un commerce clandestin. Les unes et les autres réclament des soins parti- Cull61*S*

Dans notre état de civilisation , il serait absurde de prétendre faire revivre les coutumes qui étaient en faveur chez les anciens, plus ridicule encore de prétendre renouveler la déclaration exigée par lédit de Henri II. Le remède à de pareils maux est évidemment dans l’amélioration de la condition des classes laborieuses, dont le sort est digne de tant d’égards. Nous ne pouvons qu’indiquer le but à atteindre , c est à 1 Economie politique à en fournir les moyens ; et c’est à la Morale à sanctionner les efforts ^ des économistes en leur prêtant 1 autorité de ses principes.

Si l’on veut aussi mettre un terme aux avortemens provoqués de la part des filesmères y ce n’est pas en les obligeant à des déclarations fai^s devant le magistrat, dont le résultat sera ae les avilir à leurs propres yeux, qu’on atteindra le but qu’on se propose ; mais bien en dissipant les préjugés qui environnent ces femmes dont la faute n est point assez grave pour mériter le mépris

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qu’on déverse sur elles, en les éclairant sur leur jlosition, et en rendant de plus en plus sévère la législation relative à ceux qui concourent immédiatement ou médiatement à l’avortement provoqué. Toutes ces améliorations sociales, le médecin doit les indiquer; mais il n’a pas les moyens de les réaliser.

SECTION V

De la prostitution.

Une des plaies des civilisations modernes, est la prostitution. Dans toutes les nations civilisées elle exerce un empire que quelques-uns regardent comme salutaire, et que ’ d’autres n’hésitent pas à blâmer. Pour nous , nous ne balançons pas à la regarder comme un des fléaux de toute société. Cependant , comme elle est un fait malheureusement trop réel, nous allons en parler en formant le vœu^do voir arriver l’époque où'l’hygiène publique n’aura plus à s’en occuper que pour souvenir historique.

Les prostituées doivent, dans l’intérét de la santé générale , être soumises à une surveillance des plus actives ; et les mesures

PHOSTITUTIOW. ' 4*

(le police qui les gouvernent n’atteignent point le Lut proposé. Il ne suffît pas, en effet , de les soumettre à une visite hebdomadaire ou mensuelle, cpii n’est et ne peut être qu’une vaine cérémonie. Les dangers auxquels elles sont exposées sont de tous les instans.Telle femme , en effet , qui était saine au moment où elle a été soumise à l’examen de l’homme de l’art, ne l’est plus l’instant d’après. Mais d’un autre côté, quels moyens employer, quelle surveillance exercer sur de pareilles femmes ? Il n’est point de mesure qui puisse garantir la société dans tous les cas; seulement, la visite'devrait être quotidienne, et les prostituées devraient être soumises à certaines précautions que l’autorité doit connaître, et qu’il serait de son devoir de faire mettre eu usage. Il ne convient ])as que nous les indiquions ici.

De plus, il serait d’une sage administration de prendre quelques précautions contre la trop grande facilité que rencontre la jeunesse. Certes, on ne se plaindrait pas, si, par des mesures sagement combinées, il devenait presqu’impossible aux jeunes gens qui n’ont point d’expérience, de pénétrer dans

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de pareils repaires. La santé publique y gagnerait beaucoup; car que de jeunes gens n’ont dû la perte de leur santé qu’à la facilité avec laquelle ils ont pu satisfaire leurs passions ! Nous ne devons pas entrer dans plus de détails. Tout ce que nous ajouterions reviendrait à dire : i° qu’il convient d’exercer sur les prostituées une surveillance telle qu’elles ne puissent porter aucun dommage à la société , et tons les moyens sont bons ;

qu’il est indispensable de rendre de plus en plus difficile leur accès. Nous ajouterons que le meilleur moyen de diminuer la propa'* gation de ce vice, est de rendre la condition des femmes de plus en plus douce; car combien en est-il qui n’ont été conduites là que par la misère et la paresse !

SECTION VI

De V aliénation.

Dans plusieurs des Traités de la collection,^ on s’est occupé de l’aliénation. C’est ainsi que, dans la Pathologie , on l’a consi? dérée sous le double rapport de ses symptômes et des moyens curatifs qu’elle réclame ; que dans la Physiologie , on a étudié ses cau-

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ses organiques, et que, dans la seconde partie de ce résumé, nous indiquerons ses rapports avec la médecine judiciaire. Ici, nous devons nous occuper de ses causes éloignées.

II est un préjugé qui depuis quelques années s’est répandu et accrédité, et qui consiste à dire que plus les peuples jouissent de liberté, et plus ils sont éclairés, plus on voit se multiplier le nombre des aliénés. L’un des médecins qui se sont occupés de la question de l’aliénation avec le plus d’assiduité et de succès, M. Esquirol, a complètement réfuté cette opinion, en établissant que ce résultat n’est qu’apparent; 1° parce que de nos jours, les relevés des aliénés sont à la fois plus exacts et mieux faits ; 2 ° et que, d’ailleurs, le perfectionnement des méthodes curatives et des soins hygiéniques , a amené dans les établissemens exclusivement consacrés au traitement de ces maladies , une foule d’individus qui, auparavant, restaient dans le sein de leur famille , la plupart du temps dépourvus de tous soins , persuadé qu’on était que la folie était au-dessus des ressources de l’art. D’ailleurs, il résulte du rapport de M. Desportes et des faits publiés par M. Es-

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quirol, que, depuis la restauration, le nombre des aliénés ne s’est point accru. Dans un fort bon mémoire publié récemment par ce médecin , il est dit que ce n’est pas dans les pays où les institutions sont le plus libérales qu’on rencontre le plus d’aliénés; car, Naples et Pétersbourg , qu’on ne citera pas comme des modèles en fait de liberté, offrent plus d’aliénés, toutes choses égales d’ailleurs, que Paris, Amsterdam et même Londres. D’un autre côté , on voit par les relfevés statistiques publiés par ordre de M. le préfet de la Seine, que sur mille aliénés reçus à Bi- ' cétre , ceux qui se présentent en moindre nombre sont les bomnies adonnés aux travaux aratoires, qui sesont présentés au nombre de ô6, 98 ; qu’après eux viennent les hommes exerçant des professions libérales, et furent au nombre de 196, 26 ; tandis que les hommes livrés aux professions mécaniques ^ offrirent un nombre de 660, 24 , c’est-à-dire plus des six dixièmes, résultat qui nous conduit à une conséquence diamétralement opposée à la précédente. Ainsi, les conditions sociales qui favorisent le plus le développement des maladies intellectuelles , ne sont

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