CHAPITRE III
Des Inflammations ou phlegmasies .
Section première.
De V Inflammation en général.
Ce n’est pas seulement aux fièvres, que l’on avait essayé d’appliquer l 'ordre numérique , mais à toutes les maladies dont la quantité fut d’ailleurs très diversement estimée. Les uns en portèrent le nombre à deux mille; il devait nécessairement être indéfini par ceux qui , comme Doissier de Sauvages , prenaient des symptômes isolés pour des maladies. La malveillance a publié, et la sottise a pu croire que M. Broussais n’en reconnaît plus qu'une , qui serait la gastrite. Il y a d’une part, exagération dans ce qu’on a dit, et de l'autre, erreur dans l’opinion de ce médecin sur ce point. Certes , il sera toujours permis de dire avec le poète :
* Mille chemins outerts conduisent chez les morts, s
Mais au milieu de cette fluctuation, la loi primordiale que nous avons signalée , n’en
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demeure pas moins immuable, et doit toujours servir de guide ; car, comme l’a dit Dupaty : « Entre les hommes qui disent d’une « manière et la nature d’une autre, il faut « toujours s’en rapporter à la nature. »
Il y a , comme nous l’avons observé , deux choses principales à considérer dans l’étude théorique d’une maladie, sa nature et son siège. On conçoit que sous le premier rapport , l’altération physique , Y inflammation par exemple , restant la même dans toutes les parties du corps où elle peut se développer , on aura partout une affection identique , par conséquent une seule maladie. Mais celle-ci , considérée relativement aux organes où elle se manifeste , le cœur , le foie, l’estomac, donne lieu à autant de maladies différentes. Voilà donc tout à la fois , unité pour la cause , et pluralité pour le siège des maladies , par où peuvent se concilier deux opinions, en apparence diamétralement opposées. M. Broussais a trop étendu la prépondérance de l’estomac , quand il a écrit que directement ou par sympathie , on le trouve intéressé dans toutes les maladies.
inflammation en GÉNÉRAL. fit Les âges apportent de notables modifications à cette suprématie trop exclusivement revendiquée en faveur de l’organe de la digestion. Dans l’enfance, ou par suite des accidens plus ou moins orageux des deux dentitions, la tête est le centre habituel d’efforts fluxionnaires marqués, c’est aussi vers cette partie qu’aboutissent la plupart des maladies inflammatoires. Chez les adolescens , la même prédominance se montre vers les organes de la poitrine ; tandis que l’âge mûr et la vieillesse ont en partage la longue série des affections abdomicales. Au travers de ces conditions si diverses, l’i/i- Jlammation ne présente pas d’autres variations que celles qui lui sont imposées par la texture différente des parties qu’elle occupe. Mais il est temps de dire en quoi elle consiste, et, pour y parvenir, nous parlerons d’abord aux sens , car ce langage vaut mieux que la meilleure définition.
On n’a besoin d’apprendre à personne ce qu’est un érysipèle , un clou , un panaris , que les bonnes gens nomment , je ne sais trop pourquoi, mal d'aventure. Tout le monde en effet a vu ces petites maladies , si , ce
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qui est encore plus positif, la plupart ne les ont éprouvées. En les choisissant pour exemples , à l’appui de ce que nous avons à dire de 1* inflammation , nous sommes donc à peu près certains que la démonstration sera facilement saisie. Qu’on ne s’y trompe pas cependant, il ne s’agit de rien moins que d’arriver par-là à l'idée de toute une classe de maladies, de celle encore qui comprend à elle seule plus des | des affections dont se compose le cadre nosographique , en un mot, des phlegmasies. Il y a un autre avantage, c’est que les affections que nous indiquons, le plus souvent fort légères, sont néanmoins susceptibles de devenir fort graves, ou même mortelles dans quelques cas. Cette circonstance nous fournira les moyens d’étudier les degrés de V inflammation ; car si le panaris en particulier, se réduit à déterminer un petit abcès au doigt, il peut aussi entraîner la perte du bras et par suite la mort , qui , comme on le dit, arrive alors réellement pour un coup d’épingle .
Supposons en effet cette cause , et voyons à quoi elle peut conduire. La partie piquée ne conserve bien souvent qu’un sentiment
inflammation en général. 63 de douleur assez faible et qui peut persister ainsi deux ou trois jours. Au bout de ce temps, Y irritation , qui n’avait cessé de faire des progrès, se manifeste par des douleurs plus vives et qui ne tardent pas à devenir lancinantes. Une chaleur insupportable se fait sentir dans la partie, en même temps qu’on y remarque un engorgement plus ou moinsconsidérable. Qu’on incise alors ; l’ouverture donnera passage au produit de l’inflammation qui porte le nom de pus , et la maladie ensuite est bientôt terminée. Voilà pour les cas les plus ordinaires et les plus simples.
Mais chez quelques personnes , l'inflammation s’étend rapidement au bras où la même terminaison la suit, quand, par un degré de violence insolite , elle n’a pas une issue plus fâcheuse encore, je veux dire la gangrène. Ajoutons, pour achever ce tableau , quin’estpoint fait de fantaisie, quoiqu’un peu rembruni peut-être, que dans ces périodes, l’inflammation donne souvent naissance à quelques affections sympathiques , au mouvement fébrile, par exemple , ce qui complète la série des phénomènes : Irritation , injlammation , accidens sympathiques. C’est aussi
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cet ensemble que nous avons yu exister dans toute maladie sthénique.
Nous avons dit que, quelle que soit la texture des parties qu’elle affecte , Y inflammation n’en demeure pas moins invariable dans sa na ture, que le temps plus ou moins limité de sa durée ne change pas davantage. Ce principe avait déjà, été professé en Italie par deux médecins célèbres , Rcisori et Tommasini , avant que M. Broussais lui eut donné les développemens qui en ont fait l’une des bases les plus fécondes de la médecine pratique. C’est donc toujours l’accumulation vicieuse du sang, après et pendant Y irritation développée dans les parties vivantes, avec une combinaison des élémens du fluide el du tissu de ces dernières, qui constitue l’essence de cette maladie. On la trouve dans les organes situés le plus profondément , tels que l’estomac, les poumons, et. toujours la même qu’elle s’était montrée à la surface. Mais il est facile de comprendre que les phénomènes concomitans ne doivent pas pour cela être identiques partout où elle se manifeste ; que l’inflammation de l’œil, par exemple, ou Y ophtalmie t ne s’annonce point par les