MEDECINE AGISSANTE
amis , les parens attendaient autrefois, sur la parole du docteur , le jour , l’heure , le moment qui devaient décider du salut ou de la mort, réservés à des personnes chéries.
Il faut bien enfin l’avouer , quand ce n’est plus d’ailleurs un secret , cette prescience 11’est que du charlatanisme , et ses prétentions une faiblesse ou un ridicule. Quant aux crises , elles se réduisent à fort peu de chose , si l’on veut ne pas considérer que c’est au médecin éclairé à les produire dans la plupart des cas , en détruisant par un traitement prompt et sage les foyers du mal qui enchaînent les plus importans phénomènes de l’organisme.
Médecine agissante. — Avez-vous eu quelquefois à soutenir les atteintes de la douleur physique ; c’est bien alors que vous aurez dit avec le poète :
« Allez , volez , heures trop lentes. 1»
car, pour l’homme qui souffre, le temps ne marche pas , il se traîne. Mais à ce motif déjà si puissant viennent se joindre , pour faire mieux sentir les avantages d’une médecine prompte et active, d’autres considérations puisées à la source d’une expérience réffé-
no maladies sthéniques.
chie. Il est incontestable en effet, et déjà nous l’avons fait entrevoir par quelques exemples, qu’une infinité de maladies devenues avec le temps extrêmement graves et quelquefois mortelles , n’ont eu cependant que des commencemens très légers, et dont un traitement opportun eût pu facilement prévenir les suites. Ainsi, la médecine agissante est fondée en principe ; ce qui ne veut pas dire qu’il soit, dans tous les cas de maladie, indispensable d’accumuler les ressources de l’art et sur-tout d’en précipiter l’usage.
Loin de là , c’est au contraire un devoir et une règle sage à la fois , de s’en abstenir dans beaucoup de circonstances. Un grand nombre d’affections , ou plus exactement d'indispositions , suivant le langage vulgaire , des rhumes t des maux de gorge , des corysas , ne sont devenus des maladies sérieuses que parce qu’on n’a pas su attendre , ou qu’on les a traitées sans méthode. D’un autre côté , faudra-t-il soumettre en pure perte à toute l’austérité d’un régime pénible et au déboire d’une foule de préparations médicamenteuses cet infortuné que l’altération pro-
MEDECINE AGISSANTE. m
fonde de quelque organe conduit plus ou moins lentement «à une fin inévitable? Dans ces deux cas extrêmes, dont le médecin peut seul être établi juge , son rôle se borne pour le premier, à favoriser les mouvemens salutaires de la nature dont il devient alors réellement le ministre , et pour le second, son caractère n’est guère que celui d’un ami tendre et d’un consolateur.
Cette dernière cii constance peut d’ailleurs faire sentir que la médecine, même agissante, ne se borne pas à prescrire des drogues , mais qu’elle emprunte quelquefois ses moyens les plus puissans à l’influence morale. Celle-ci est souvent pour la plus grande part dans le succès de certains remèdes ; il suffit de rappeler entre mille exemples à l’appui de cette observation, l’histoire des pi/lules de mie de pain dorée du célèbre Bouvart. Qui ne connaît aujourd’hui cette belle conduite de Tronchin , dans une circonstance difficile, qu’on ne cite plus que pour rappeler une action honorable ? Un riche négociant , dont il était le médecin, dépérissait, miné par une maladie de langueur ; Tronchin découvre que cet état tient à l’embarras momentané
lia MALADIES STHÉNIQUES.
de ses affaires. Ildemande aussitôt de quoi écrire, étayant l’air de tracer une formule, il souscritun billet de 5o,ooo fr., payableà vue chez son notaire. Ce trait généreux rendit au malade toute sa sérénité, et conserva à la société un homme estimable que le désespoir pouvait promptement conduire au tombeau.
Dans les maladies, même intermédiaires à celles dont nous venons de parler, et qui sont celles où il est véritablement à propos d’agir, à combien de conditions difficiles, il faut d’abord satisfaire pour acquérir cette précision d’idées sans laquelle il ne peut y avoir ni pratique raisonnée, ni sa inemédeci ne PiÇiè^e, nature , degré , complication des maladies , voilà une partie des problèmes à résoudre avant de rien prescrire ; sans jamais perdre de vue que 1 e doute, et par conséquent l’inaction sont de rigueur dans les cas équivoques; car le premier précepte de l’art est de ne pas nuire. Il est d’ailleurs diverses méthodes de traitement , dont l’emploi, variable suivant les périodes des maladies et une infinité d’autres circonstances, mérite toute l’attention du médecin ; elles peuvent se réduire à trois dans les maladies sthéniques ,