CHAPITRE II
Des maladies héréditaires et de leur traitement.
Tous les êtres animés portent sans cesse, dans leurs reproductions successives , les caractères plus ou moins marqués de ceux dont ils tiennent immédiatement l’existence. L’état domestique en offre des exemples saillans parmi les animaux que l’art élève ou façonne pour les besoins de l’homme. Mais c’est dans l’espèce humaine sur-tout que le médecin , le philosophe et le moraliste trouvent à cet égard les plus beaux sujets de méditation. Ce ne sont pas seulement en effet ces traits fugitifs de la physionomie , ou ces qualités , plus fugitives encore , de
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l’esprit et du cœur, que l’homme transmet avec la vie ; ses rejetons lui doivent aussi le triste héritage de la foule des maux qui mêlent tant d’amertume au bonheur de l'existence. L’organisation est dès-lors réglée, dans ses développeraens, d’après une base invariable, et celle-ci peut aller jusqu’à ramener les mêmes circonstances physiques chez plusieurs générations. C’est ainsi qu’on cite une famille de sex-digitaires , où le phénomène d’un doigt surnuméraire se représentait constamment depuis une époque très reculée. Il ne faudrait pas que de pareils faits, toujours d’ailleurs en assez petit nombre, fussent considérés comme une preuve irréfragable à l’appui de l’ingénieux système des Molécules organiques développé par Buffon. Si chaque organe du corps vivant en effet, était produit directement par l’organe correspondant du père, il en résulterait que les enf.ms des personnes privées de quelque membre devraient naître mutilés , et l’observation démontre chaque jour le contraire (i).
(i) Voyez génération , dans le Résume de Physiologie.
Mais la doctrine de l'hérédité est encore resserrée , aux yeux du médecin , dans des limites beaucoup plus restreintes. Il n’est plus question , comme autrefois, pour l’expliquer, de germes morbifiques conservés et transmis sans altération d’une génération à l’autre , alors même que d’assez longues interruptions avaient existé dans ce passage.
De pareilles conceptions pouvaient satisfaire l’esprit à l’époque où l’imagination dirigeait principalement dans les recherches scientifiques; aujourd’hui elles méritent à peine une place dans l’histoire. On n’a pas dû bannir avec moins de rigueur le fatalisme décourageant , dont les idées sont encore si répandues dans le monde , et qui dévoue en quelque sorte les enfans aux affections physiques et morales de leurs pères. C’est ainsi , pour nous borner à un seul exemple, que bien des personnes croient que l’être né d’un père ou d’une mère phthisique , est condamné à mourir de la phthisie qu’il apporte toute formée en venant au monde. Funeste erreur , qui n’a pas moins nui à la société tout entière qu’à cette portion intéressante , que plus de réserve et sur-tout plus de discer-
PHTHISIE. ao5
nement eussent permis de lui conserver !
Parce que l’observation démontre que l'apo plexie sévit plus particulièrement dans certaines familles, s’avisa-t-on jamais de dire que les individus qui les composent naissent apoplectiques , ou , ce qui revient au même, avec une telle prédisposition à cette maladie, qu’ils doivent en être nécessairement victimes? L’absurdité se montre ici avec tant d’évidence, qu’il serait au moins superflu de s’attacher à la faire ressortir encore.