‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 58 sur 66 · GOUTTE, RHUMATISMES · texte numérisé non relu

GOUTTE, RHUMATISMES

bres d’une même famille, aïeul, père et fils, qui ont été pris de rhumatisme , au ménae âge et avec un concours de circonstances tout-à-fait analogues. Pour cette affection , il est bien évident que la prédisposition seule a été transmise par la génération ; car où eût-elle été cachée pendant l’intervalle considérable qui a précédé sa manifestation ?

Sa nature d’ailleurs , ainsi que celle de la goutte , caractérisée par des traits extérieurs très sensibles , la rattache aux maladies inflammatoires. Elles ne sont en effet que des phlegmasies des parties ligamenteuses, musculaires , fibreuses , osseuses , des membres enfin et des articulations. On voit par-là à quoi se réduit tout ce qu’une théorie chimérique fit long- temps adopter sur la nature prétendue virulente de ces maladies. Ne doit -on pas conclure que , liées d’une manière intime à une disposition particulière de l’organisme, il faut que l’âge et l’accroissement naturel aient amené ce dernier à ce point ; ce qui laisse voir en outre, contre le sentiment des pathologistes, qui qualifiaient d 'organiques les altérations de tissus résultant de leur lésion aiguë ou chronique, que

celles dont nous parlons, pourraient réclamer ce nom à plus juste titre.

Section II.

Du traitement des maladies héréditaires .

L’art de guérir a des limites qu’il lui est interdit de franchir , parce qu’aucune puissance humaine ne donne les moyens de faire ou de remplacer les organes. Dès que leur texture est profondément altérée , tôt ou tard la mort doit s’ensuivre , et l’art peut tout au plus en ralentir ou en adoucir les approches. Tel est le cas, par exemple, de toutes les altérations viscérales , survenues par l’effet des jjhlegmasies chroniques. Au contraire, lorsque la texture des appareils est, non pas détruite , mais vicieusement disposée dans sa composition intime , comme il arrive dans la plupart des maladies organiques ou héréditaires y l’art ne peut-il tenter avec succès de modifier, et quelquefois même de changer totalement ces vices plus ou moins funestes ?

Personne ne refuse à l’éducation la fa-

TRAITEMENT

culté de réprimer les inclinations perverses que l’homme apporte quelquefois en naissant, ou les habitudes vicieuses du premier âge.

Il suffit d’une direction nouvelle, imprimée aux facultés morales , et de son action assez long-temps soutenue, pour qu’un libertin devienne le plus vertueux des hommes. Une volonté ferme peut même suffire quelquefois à cet égard ; c’est par elle que Louis XV disait contenir le penchant au vol qui le prenait par momens. Pourquoi des précautions et des soins purement physiques, suivis avec attention et constance, n’auraient -ils pas la même efficacité pour changer la prédominance vicieuse de certains organes ? Cette donnée de la théorie, l’observation la démontre ; et les expérimentateurs se sont convaincus maintes fois de la possibilité de faire alternativement de certains animaux, le Protée , par exemple , un animal terrestre ou un amphibie, suivant qu’on le fait respirer dans l’air ou dans l’eau ; en d’autres termes , suivant qu’on favorise le développement des poumons ou celui des branchies.

Ces changemens s’observent également djins les classes supérieures , et chez l’homme

ft l4 MALADIES HÉRÉDITAIRES.

lui - même , où ils s’opèrent , à la vérité , d’une manière moins sensible et plus lente.

Le célèbre physiologiste Darwin offre dans ce genre un exemple de répression de maladie bien remarquable. A dix-huit ans, il avait eu un accès de goutte; des-lors un régime frugal le garantit de ses retours jusqu’à quarante. Mais , à cette époque, en ayant momentanément relâché la sévérité , la goutte repàrut ; l’observance plus rigoureuse du régime pythagoricien, et sur-tout 1 abstinence des boissons excitantes , le mirent à l’abri de toute atteinte pour le reste de ses jours.

Les moyens que l’art indique pour prévenir les maladies héréditaires , peuvent se rattacher à trois grandes divisions, que nous ne ferons qu’indiquer ici, parce que ce sujet es* particulièrement affecté à Y hygiène (i). Ce sont i° le mariage; î° les arts ou les professions; 3° le troisième rentre presque dans le précédent, je veux parler de la gymnastique.

i° Les agriculteurs et les économistes savent que le moyen d’avoir constamment de

(»} VojM «e Ritumi.

TRAITEMENT

belles espèces , c’est de croiser souvent les individus, en ayantlesoin deles choisir; sans quoi les races les plus remarquables ne tardent pas à dégénérer, ou, suivant le langage vulgaire , à s’abâtardir. Un physiologiste a fait l’observation, à la fois neuve et solide, que si les familles des rois se distinguent en général par l’élégance et la majesté des formes, c’est qu’on les voit rarement s’allier dans leur intérieur ; et qu’elles forment des unions toujours choisies , mais dans des familles plus ou moins distantes. N’est-ce pas la même raison qui , dans l’origine , a fait interdire le mariage entre proches parens ; disposition qui , des chartes sacrées, est passée dans les codes de lois civiles, mais qui a été puisée à une source unique , l’observation de la nature et des avantages de la société. Le mariage ainsi conçu fournirait donc le véritable secret de la mégaîanthropogénésie , ou l’art de faire des enfans ayant les précieux dons de l’esprit et de la beauté. Il est inutile après cela , je pense, de faire sentir comment il deviendrait le plus sûr préservatif des maladies héréditaires.

a 0 II est impossible de ne pas être frappé

des différences que la diversité des professions apporte dans le caractère et le physique des hommes. Comparez le cordonnier froid et taciturne, au perruquier actif et babillard ; le philosophe , au poète ; et même , dans une carrière semblable , ceux qui se livrent à des genres différens , et vous serez étonnés du disparate des manières, des goûts et des habitudes que ces individus présentent. Mais l’étude des professions se rattache, d’une manière encore plus immédiate, au développement des maladies héréditaires.

Chaque occupation exige l’action d’un organe particulier , doué en conséquence d’un degré supérieur d’énergie. Chez le penseur , c’est le cerveau ; chez le chanteur, les poumons et les organes vocaux , etc. ; disposition qui les assujettit singulièrement aux maladies de ces organes, et devient par-là même susceptible d’être transmise par la génération. Que ferez-vous pour préserver de ce vice les cnfans de tels pères? La raison le dit hautement; il faut les soumettre à un genre de vie opposé , et rendre ainsi leur prédisposition négative.

3° Il ne suffit pas de neutraliser, pour

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