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CHAPITRE IV

La Notation musicale.

Notation alphabétique. — La notation musicale au moyen des lettres de l’alphabet paraît avoir été la première usitée chez les peuples de l’antiquité. Les Grecs, croit-on, empruntèrent ce système aux Orientaux. Les Romains et le moyen âge s’en emparèrent ensuite.

Le philosophe romain Boëce (Boetius), qui vivait au vesiècle, parle, dans un traité dont il était l’auteur, des quinze premières lettres de l'alphabet, de À à P dans l'écriture de la musique. Ce système prit le nom de nofatalion boélienne, bien que ses écrits ne continssent rien qui puisse laisser supposer qu'il en fût l'inventeur.

Un siècle plus tard, on parle d’un système de notation alphabétique consistant dans les sept premières lettres majuscules de l’alphabet latin, pour les sept premiers sons, puis, dans les mêmes lettres minuscules pour les sept sons suivants qui reproduisent les précédents à l’octave supérieure, enfin dans le redoublement de ces lettres minuscules pour une troisième série. :

On nomma ce système Notulion grégorienne, du nom du pape saint Grégoire qui régna de 590 à 604 et qui en fut peut-être l'inventeur ou * tout simplement le propagateur.

Le lecteur pourra voir à la page 60 un hymne à saint Jean écrit au moyen de la notation alphabétique avec lettres superposées.

Notation neumatique. — À la notation alphabétique s’ajouta, vers la

fin du vie siècle, la notation neumatique au moyen de signes appelés neumes (1) et dont il est difficile de fixer exactement l’origine.

A partir du vire siècle jusqu’au x11°, on en trouve des vestiges dans les manuscrits des principaux peuples de l’Europe. Elle eut lieu pendant longtemps à côté de la notation alphabétique. La notation neumatique prenait son principe dans les accents grammaticaux : le point, l’accent grave, l'accent aigu, l'accent circonflexe, au moyen desquels on indiquait les différentes inflexions ascendantes et descendantes de la voix humaine. Ils se plaçaïent au-dessus du texte des paroles liturgiques.

Ils prenaient diverses formes et se combinaient ensemble pour représenter les sons dans leurs divers mouvements. |

Les simples indiquaient des sons isolés, les composés des groupes desons ascendants ou descendants. Quelques exemples montreront en quoi consistait ce procédé de notation dans lequel chaque signe tirait son nom, soit de sa forme, soit de la combinaison de notes différentes qu’il devait désigner. Ces signes se sont produits avec une grande quantité de modifications, en raison de la fantaisie et des erreurs des copistes, lesquelles engendrèrent de nombreuses divergences d'interprétation parmi les érudits

musicographes qui se sont intéressés à l’étude historique des neumes.

Exemples :

Le Punctum (.—) Note isolée, relativement Ph (point) plus basse que la note à v oi sin e. Pernctitrit Simples

La Virga (,) note isolée, relativement plus (virgule) aiguë que la note voisine.

Le Podatus ou pes (J) figure deux notes dont la deuxième est pluséle- er RE.

vée que la première.

La Clivis (/\) figure deux notes dont la

deuxième est plus grave que #1 la première. 6

Le Scandicus (:/) trois notes ascendantes. AUS pan 8 Ru

Composés

Le Climacus (/:}) trois notes descendantes Paire

, 1) Du grec pneuma, souffle ou son.

Points superposés. — Vers le x£ siècle, on voit paraître la notation neumatique à points superposés, au moyen desquels on indiquait la hauteur respective des sons. L'écriture de ces points superposés se faisait avec des distances variant selon les intervalles existant entre les sons. La notation alphabétique avec des lettres placées à des hauteurs inégales, selon la marche des sons employés, fut également usitée.

Exemple de notation avec points superposés :

p Notation moderne œ tes a — LE

Ce procédé était un acheminement vers l’usage des lignes horizontales, d’où naquit plus tard la portée musicale et dont le premier essai eut lieu vers les xe et xre siècles.

Notation avec des points. La portée musicale. — Les accents neumatiques se transformèrent progressivement et finirent par être réduits à des points. La position de ces points sur des lignes, une d’abord, puis ensuite deux, puis enfin et successivement, trois, quatre et cinq fut un grand progrès, car elle facilita la lecture de la musique et fixa avec régularité et clarté la hauteur des sons.

C'est vers le xve siècle que l'écriture du plain-chant liturgique, telle que, nous la connaissons encore aujourd’hui, fut usitée avec des points carrés placés sur une portée de quatre lignes horizontales.

Les clés. — La portée de cinq lignes commença à être usitée vers la seconde moitié du xvi®siècle. Telle fut l’invention, par diverses étapes, de la portée musicale, à laquelle se rattache celle des clés dont voici l’origine. À l’époque où l’on se servait encore des lettres de l’alphabet pour désigner les notes, afin de fixer le nom des notes sur chaque ligne de la portée, on eut l’idée de placer au commencement de la ligne la lettre qui indiquait le nom de la note. La lettre F indiquait la note fa, la lettre C la note uf, la lettre À, la note /a, la lettre G, la note sol. On a pensé que les figures de nos trois clefs de sol, de fa et d’ut dérivaient des diverses transforma-

tions introduites par les copistes pour les lettres C (E) F (9: } et G ().

Tel est le système dont ces premiers essais virent le jour au xr° siècle, du temps du célèbre moine bénédictin italien Gui d’Arezzo (Guido), né à Arezzo, qui en aurait été le propagateur et auquel est également attribuée l'invention du nom des notes ut, ré, mi, fa, sol, la, invention dont nous aurons à parler un peu plus loin, dans le courant de cet article,

Notation noire carrée (1). — Ces innovations transformatrices apportées dans l’écriture des sons musicaux étaient nécessitées par le partage de l’art musical qui commenca à apparaître vers les xr1e et x111° siècles. Ce partage se manifesta de deux manières et divisa la musique en musique religieuse avec le système du plain-chant liturgique et en musique profane ou mondaine. C’est vers cette époque, croit-on, que commence à se montrer la notation appelée notation noire ou carrée dont parle Françon de Cologne, savant moine, dans son traité : L'art du chant mesurable (Ars cantus mensurabilis). Ce chant mesurable consistait à employer des figures de notes ayant une valeur et une durée différentes.

Ce système de notation vécut à côté de la notation neumatique dès le x11e siècle, mais finit par se substituer à elle, après plusieurs perfectionnements successifs. Ces figures étaient la note carrée à queue appelée la longue (Æ;), la note carrée sans queue, appelée la brève (8) et la note en forme de losange, appelée semi-brève (@). Telles furent les valeurs tempcraires usitées aux x11e et xirie siècles, les modifications apportées aux signes neumatiques et le fréquent usage du point carré (H) ainsi que les crochets et les ligatures qui se rencontraient parmi eux, donnèrent naissance insensiblement aux figures de la notation moderne. L'ensemble de ces figures prit le nom de musique figurée.

Plus tard vint la double-longue qui valait deux longues, puis les valeurs de courte durée : la minime, la semi-minime, la fuse. Ces trois dernières figures passent pour avoir été ajoutées par Philippe de Vitry, qui était, croit-on, évêque de Meaux, dans la première moitié du xvie siècle. La brève équivalait à notre nole carrée actuelle, la semi-brève à notre ronde, la minime à notre blanche, la semi-minime à notre notre et la fuse (fusa) à notre croche. Voyez à la page 60 l’Hymne à saint Jean, écrite en notation carrée noire.

Notation colorée. —- On utilisa également vers cette époque la nofation colorée (notae coloratae). Un’ célèbre musicographe du moyen âge, Jean de Muris ou de Meurs qui vécut, croit-on, de 1300 à 1370, en parlant de la musique figurée en usage de son temps, dit que certains musiciens indiquaient la modification de la valeur par le mélange des notes noires avec des notes rouges. Ces dernières perdaient la moitié de leur valeur.

Notation blanche. — Enfin, on vit au xv® siècle la note blanche, à tête vide, substituée aux notes noires et celles-ci aux notes rouges. C’est la

(1) Obscur, sombre, noir.

naissance de la notation blanche qui devient généralement usitée au milieu du xve siècle.

La maxime (4), la longue (+), la brève (n), la semi-brève Ce ) (note

losange), correspondant à la ronde moderne, la minime équivalant (?) à notre blanche, furent les valeurs primitivement adoptées. Mais les modifications progressives qui s’opéraient dans la composition musicale et la marche des sons dans la mélodie, nécessitèrent l'emploi de valeurs plus brèves: on vit alors apparaître la semi-minime représentée par une miuime avec un crochet (Ÿ ) ou par une noire-losange (Ÿ ), qu’on appelait oscuro ou oscuralo, en raison de sa couleur et dont notre notre actuelle a pris la valeur ; la croma ou noire crochée (ou croche, appelée aussi /usa ( AE la semi-croma ou semi-fusa (double-croche), la biscroma (ou triple-croche), ainsi appelée parce que sa valeur était le double (bis) en valeur inférieure de la semi-croma.

Le mot italien croma, vient du grec chromé, qui signifie use parce que la couleur noire de la note crochée la faisait distinguer de la note blanche crochée. Le mot fusa, fuse, indique une note qui se liquéfie, qui va en s’amoindrissant.

Les ligatures. — Les notations noire et blanche firent usage des ligalures qui consistaient en notes ascendantes ou descendantes accolées. Les ligatures étaient un reste de la notation neumatique dans laquelle le même signe indiquait une succession de plusieurs sons. Ces ligatures, selon leur forme, leur progression ascendante ou descendante, puis selon la position de la queue des notes, indiquaient différentes successions de sons et différentes durées. | |

Exemple de notes accolées ou ligatures :

Notes-losanges. — [La notation au moyen des figures de notes en formes de losanges (° $$$? ) fut adoptée dans toutes les compositions profanes de la seconde moitié du xvrie siècle et du commencement du xvirre. Les partitions du temps de Lulli (1633-1687) sont écrites avec des noteslosanges. C’est au xviri siècle que la forme ronde devint généralement usitée. |

On se servait également de points, qui, selon qu'ils étaient placés à droite ou à gauche ou un peu plus haut ou un peu plus bas que la tète de la note, modifiaient la durée de cette note.

Le point d'augmentation de notre notation actuelle est un reste des points de la nolation proportionnelle de la fin du moyen âge.

La mesure (1). — Dans l'antiquité, la mesure, telle que nous la conmaissons dans notre musique moderne, n’indiquait pas la division régulière d’un morceau de musique en parties égales. Le rythme de la poésie réglait celui de la musique, qui était bien plutôt une sorte de déclamation notée. Au moyen âge, la musique en plain-chant qui était la forme la plus usitée de la musique de cette époque, était fôrmée, on le sait, de valeurs presque uniformes et prenait son rythme dans les repos plus ou moins prolongés après certains mots ou certaines phrases du texte liturgique ou du texte profane.

Après les progrès successifs de la musique profane et mondaine, les rythmes uniformes du plain-chant deviennent insuffisants à exprimer la vivacité expressive des paroles et des chants. C’est alors que les valeurs de différentes durées dont nous avons donné plus haut les noms, sont créées et que naît la nolalion mesurée, au moyen de laquelle la mesure va com-

mencer à s'établir avec des rythmes de plus en plus variés. Pendant plu-

sieurs siècles, jusqu’à la fin du moyen âge et jusqu’à l'établissement définitif de la renaissance des lettres et des arts, les procédés d'écriture pour indiquer les diverses variétés de rythme et de mesure, vont être exprimés par des systèmes compliqués et rudimentaires que l’adoption de la barre de mesure finira plus tard par détruire.

Au moyen âge, au x1ve siècle,on voit que la notation mesurée était principalement réglée d’après un principe qui divisait le rythme en rylhme parfait et en rythme imparjait.

La perfection consistait dans le rythme ternaire, et le rythme binaire appartenait à l’imperfection.

La valeur des signes de durée : longue, maxime, brève, semi-brève, etc., était variable et fixée au moyen de signes particuliers. On appelait proportions musicales ce système de valeurs variables. Le mode, le temps, la prolation désignaient les divers mouvements du rythme musical et indiquaient la division des figures.

On appelait à cette époque modes (2), par rapport à la mesure, certaines manières de fixer la valeur relative des notes par un signe général; le mode était à peu près ce qu'est aujourd’hui la mesure.

On indiquait la perfection au moyen d’un signe en forme de cercle ©. Le même cercle, coupé par la moitié, désignait l’imperfection Cp: Ces signes se plaçaient au commencement du morceau sur une des lignes. Selon qu'ils

(1) Les notations alphabétique et neumatique ne pouvaient indiquer des rythmes varié ca + mesures déterminées. Elles suffisaient à représenter les sons d’égale valeur du plainchan

(2) Ou mœuf.

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