QUATRIÈME LEÇON
De la plantation à demeure des arbres fruitiers
Préparation et appropriation du sol aux diverses essences, détoncemcnt, assainissement, fumure Choix des arbres. Déplantation, taille et traitement des racines. Traitement des arbres ayant souffert du transport (gelée et sécheresse). Epoque de la plantation. Taille des arbres qu’on transplante, soins qu’ils réclament immédiatement après la plantation. Fumure et labours annuels.
La plantation est l’opération la plus importante de la culture, car c’est de sa bonne exécution, que dépendent l’avenir et la prospérité de l'arbre. Elle a lieu pendant le repos de la végétation, mais de préférence en automne. On peut la continuer pendant l’hiver et au printemps. La première époque est préférable, la plante profitant du développement radiculaire qui s’effectue dès le réchauffement de la température.
Nous avons vu lors de l’aménagement du potager-fruitier (lre' leçon) les avantages qui font du défoncement une nécessité dans la majorité des cas. Les quelques mots dits au sujet du drainage nous ont édifiés également sur son utilité. Nous n’admettrons pas ce procédé qui consiste à creuser un trou ou l’arbre devra pousser : l’eau accumulée au fond surtout dans les sols compacts et humides, aura vite raison de la vigueur de l’arbre et la plantation sera à recommencer.
Tous les terrains ne conviennent pas aux diverses essences fruitières. Les terrains légers, sablonneux, conviennent plutôt au poirier qu’au pommier. Ce dernier s’accomodera au contraire d’un sol argilo-sabloneux. Les fruits à noyaux sont calcicoles.
Comme fumure l’apport du fumier décomposé est en place : les matières fécales sont très recommandables également. Un complément Tengrais chimiques rendra souvent de grands services. On pourrait employer : superphosphate 600 k. Nitrate de soude 200 k., kaïnite 300 k. à l’He.
Choix des arbres. — Les arbres à planter seront sains et vigoureux. Des arbres qui ont déjà été transplantés auront la
préférence : les racines étant plus ramifiées et plus abondantes . On préférera ceux de 2 à 3 ans de greffe selon la forme à laquelle on les destine. Des sujets trop vieux souffrent trop de la replantation. Les arbres destinés aux vergers seront greffés sur sauvageons (pommier, poirier, cerisier et prunier). Le but est d’obtenir des' arbres de grande taille, forts et vigoureux. La fructification sera un peu plus lente mais sera de plus longue durée. Ne pas accepter d’arbres hautes-tiges greffés au pied : si le sauvageon était défectueux on ne saurait s’en apercevoir. Pour jardin on préférera des plants greffés sur des sujets adaptés à cette culture. (Voir plus loin). La fructification sera plus rapide mais de moins longue durée.
Bien choisir la variété qui convient au sol, au climat, à l’exposition. Voir les variétés qui réussissent chez les voisins locaux, car si nos plantations végètent quelques années pour périr ensuite, c’est autant d’années de perdues indépendament des frais occasionnés.
La déplantation : Sera faite avec soin pour conserver le plus de racines possible ; si les arbres doivent voyager bien les emballer pour les mettre à l’abri de la gelée.
Si toutefois la gelée les avait atteint, ne les déballer qu’à une température basse et sans les exposer à l’air. S’ils ont été atteints par la sécheresse, humecter les racines avant ïa plantation. Dans le cas ou les racines devraient rester assez longtemps exposées à l’air, les praliner dans un mélange clair d’argile et de bouse de vache. Si les arbres ont encore des feuilles on les enlèvera (évaporation).
Plantation. — On procède d’abord à la taille ou habillage des racines ; doit se réduire à la suppression des parties qui auront souffert de la déplantation : la coupe doit être nette et en biseau.
La plantation a lieu pendant le repos de la végétation mais de préférence en automne.
Le sol étant défoncé on ouvre un trou proportionné aux racines et de façon à les y étaler aisément ; tenir l’arbre verticalement pendant qu’il est jeté un peu de terre sur les racines secouer légèrement pour faire glisser la terre entr’ elles pendant
que l’on continue de les recouvrir. Tasser pour fixer l’arbre au sol et compléter l’adhérence des racines à la terre.
Ne pas enterrer l’arbre plus qu’en pépinière, à moins qu’il soit greffé rez sol et qu’il fut désirable de voir des racines adventives se développer au bourrelet de greffe.
Recouvrir d’un paillis la surface du sol occupée par les racines pour les garantir contre la gelée.
Rétablir par la taille l’équilibre entre l’appareil aérien et les racines. Si la plantation' a été faite avec motte, tailler normalement. Tuteurer les arbres nouvellement plantés. Pour les espaliers palisser l’été suivant.
Plantation en batte. — Utile dans les terrains humides. Badigeonner le tronc au lait de chaux pour éviter le déssèchement dans les vergers.
Labours, engrais. — Tous les ans, biner autour de l’arbre, afin d’assainir le sol et de permettre à l’air d’arriver aux racines. Arroser à l’engrais liquide, de préférence au début de la végétation, mettre, des engrais complémentaires également (un pommier donnant par an 300 kil. de pommes enlève au sol de ce fait, 0.636 d’azote ; si nous supposons 7 kil. de feuilles sèches à 15 grammes, nous aurons un prélèvement de 0,105 kil. D’où un prélèvement total de 0,741. Nous pouvons admettre que la partie ligneuse a enlevé à peu de chose près, la même quantité pour son développement, soit en tout 1.482 kg. ce qui correspond à environ 300 kil. de fumier de ferme par an. Et rien que pour l’azote !)
cinquième: leçon
Taille d’hiver.
Son but et son utilité ; taille courte, taille longue, non taille; coupe des rameaux et opérations complémentaires : incisions, entailles, arcures, etc. Dépalissage et palissage.
Formes libres et palissées recommandables pour les arbres en général.
Equilibre entre les parties souterraines et aériennes, équilibre entre les branches, moyen de le maintenir oju'cîe le rétablir.
Le but de la taille des arbres fruitiers est d'obtenir une grande quantité de beaux et bons fruits sur une surface restreinte et de donner aux arbres une forme convenable, pour en obtenir régulièrement une abondante et normale fructification dans le laps de temps le plus court.
Abandonné à lui-même, l’arbre se développe au point d’empêcher, aux premières productions fruitières, l’arrivée de la lumière indispensable au travail d’élaboration des feuilles et de la fructification. Les parties les plus élevées seules donnent des fruits.
Elle a lieu de septembre en avril excepté pendant les fortes gelées ; se fait sur un œil dont on veut favoriser le développement ou pour rabattre un rameau inutile ou trop fort. Instruments : serpette et sécateur. Préférer la serpette, le sécateur ayant toujours une lame qui froisse les tissus (on peut l’employer pour la vigne, le framboisier, le groseiller) ; taille courte : production trop vigoureuse; taille longue ou non taille pour les rameaux faibles : la quantité de feuilles sera plus considérable et la végétation plus favorisée.
Entaille. But : Détourner la sève d’un point pour en favoriser un autre.
Les incisions sont moins profondes mais pratiquées dans le même but. Trois espèces : transversales, longitudinales et
annulaires.
Arcure : consiste à contrarier le développement d’un rameau en l’inclinant vers le soL
Palissage. But : Soutenir les brandies charpentières et les productions fruitières chez les espaliers et contre-espaliers, donner une direction convenable. Se fait au moyen d’osiers, de loques ou de joncs, éviter de froisser le bois.
Dépalissage : Faciliter la taille d’hiver, empêcher les étranglements par les osiers, brûler les nids d’insectes adhérents aux branches, et à la muraille.
Restauration : Remplacer par d’autres les branches défectueuses.
Recépage : Couper un arbre à quelques centimètres au-dessus du collet soit pour le marcotter, soit pour en obtenir une nouvelle tige si l’ancienne est défectueuse.
Eborgnage : Cette opération a pour but d’empêcher le développement de l oLirgeons inutiles ou trop vigoureux à proximité de la flèche et des prolongements soumis à la taille. Elle s’applique surtout au poirier où l’on supprime l’œil voisin du terminal, quelquefois même le suivant.
Formes les plus recommandables : Tous les arbres cultivés dans nos jardins, doivent être soumis à une forme appropriée à leur culture pour garnir les plates bandes et les murailles.
Formes libres ou à prolongements taillés .* Pyramide, fuseau et buisson. Ces formes s’appliquent surtout au poirier et le buisson au pommier (voir 7e leçon).
Formes palissées : Espaliers et contre-espaliers, cordon, forme en U, palmettes candélabre, candélabres, palmette simple, palmette verrier et éventail.
On donnera la préférence aux formes restreintes et à branches verticales en nombre pair.
On évitera les formes en palmette candélabre à branches en nombre impair, 3, 5, 7, etc., celle du milieu, continuant la tige, étant toujours plus vigoureuse que les autres.
Cordon vertical : Pour la vigne et les variétés peu vigoureuses du poirier.
Forme en JJ : Pour le pêcher et le poirier.
Palmette candélabre à 4, 6, 8 et 10 branches, pour le poirier.
Candélabre : pour le poirier.
Palmette simple et palmette verrier : Idem, voir 8e leçon.
Eventail : Pour l’abricotier et le cerisier du Nord.
Haut-vent : Pour les arbres de verger.
Equilibre : moyens de le rétablir. v- — La fructification des arbres fruitiers repose sur un équilibre parfait qui doit exister, tant entre les branches charpentières qu’entre les productions fruitières. L’équilibre doit exister entre les parties aériennes et souterraines et être réglé par la taille. Une taille abusive le détruit et nuit à la fructification. Les opérations d’été, jouent un grand rôle dans cet équilibre ; quand l’équilibre est rompu par le développement anormal d’une branche, on emploie les moyens suivants : ,
1° Abaisser la branche forte et relever la faible (surtout chez les espaliers) ;
2°) Pratiquer des incisions longitudinales sur les branches faibles et des entailles au-dessous de leur insertion.
3°) Tailler court la partie forte et long la partie faible.
4°) Ebourgeonner et pincer tôt la partie forte, retarder ou s’abstenir chez la partie faible ; . ,
5°) Conserver plus de fruits sur la partie forte, peu ou pas sur la partie faible ;
6°) Quand la branche est par trop faible, la fortifier à l’aide d’une greffe par approche par un rameau voisin ou la remplacer par un jeune sujet planté à, proximité, si elle ne se développe pas.
Equilibre entre les parties aériennes et souterraines .— Quand les parties ligneuses et foliacées se développent trop et que la production fruitière laisse à désirer, appliquer de l’acide pliosphorique et de la potasse en évitant l’azote.
Dans le cas d’un arbre chétif appliquer un engrais complet avec excès d’azote. Ne jamais supprimer de racines ni tailler à tort et à travers, mais appliquer judicieusement des engrais appropriés.
SIXIÈME L EÇO N
Culture et taille de la vigne.
Considérations spéciales sur la multiplication et la plantation. Formation des cordons de vignes et divers modes de traitement des sarments à fruit. Restauration des vignes épuisées ou mal formées. Renouvellement des cépages par la greffe.
La vigne est originaire des contrées méridionales ; elle réclame une plus grande somme de chaleur que nos arbres indigènes ainsi qu’une grande intensité de lumière pour sa fructification. Si quelques variétés hâtives à petites grappes et à petits fruits peuvent mûrir en plein air, la culture sous verre est cependant la plus avantageuse ; elle place la vigne dans les conditions favorables pour assurer sa fructification, la qualité et la beauté de ses produits.
Multiplication. — La vigne se multiplie par bouture et marcotte, on la soumet aussi à la greffe.
Le semis n’est employé que pour obtenir des variétés nouvelles. Pour le bouturage, le marcottage (voir la multiplication des arbres fruitiers).
Le greffage a surtout son utilité pour transformer les pieds dont la variété ne convient pas. On greffe même les vieux sujets en fente ordinaire, sous-sol, en fente bouture ou par approche à l’aide de vignes en pots.
Variétés : pour la culture en plein air :
Précoce de Malingre, Madeleine Vibert.
St-Laurent, Chasselas de Fontainebleau.
Muscat blanc hâtif de Saumur. Vroege Van der Lan.
Pour la culture en serre (sans chauffage) et en pots : Frankenthal, Black Hamburgh.
Chasselas rose, Chasselas de Fontainebleau.
Forster’s Withe Seedling, Black Alicante.
Culture : La vigne réclame un sol léger, perméable et très substanciel ; plantation contre le mur du midi pour la culture en plein air.
La forme en cordon vertical est la plus avantageuse.
Serres : Les serres seront placées dans la situation la plus chaude et la mieux éclairée du jardin; elles seront construites à un ou deux versants.
Les premières adossées au mur exposé au midi, forme cintrée de préférence, largeur 3m00 à 3m50, même hauteur.
Les secondes dirigées du Sud au Nord, largeur 6 à 7 mètres. Hauteur 3m50. Elles seront établies au niveau du sol sans mur de soubassement, soit sur pilastres, soit sur blocs en pierre, afin de permettre aux racines de se développer à l’extérieur ; elles seront pourvues d’une nochère en | [ sur laquelle
sera fixée la charpente. L’écoulement des eaux sera ainsi assuré.
Bien conditionner les appareils de ventilation ; placer des fils de fer, à 30 cent, du vitrage pour le palissage des tiges et des bourgeons.
Plantation en plein air : Défoncer la plate-bande et une partie du sentier sur lm50 de largeur et à 0m75 de profondeur. Drainer et amender le sol s’il y a lieu. Enfouir engrais organiques et minéraux : fumier, phosphate, kaïnite, etc.
Planter à 1 mètre de distance.
En serre : Défoncer le sol à l’intérieur de la serre ainsi qu’à l’ extérieur sur une largeur de lm50 et à lm de profondeur. Drainer, amender et enfouir engrais comme ci-dessus.
Planter à lm de distance, àJ)m40 du vitrage, avec des vignes de plein air ou élevées en pots. Tailler les premières sur deux yeux, les secondes de Qm40 à 0m60 selon leur force.
Les plantations plus rapprochées nuisent à la vigueur des plantes et à leur fructification.
Pour les vignes taillées sur deux yeux, conserver la meilleure tige, la laisser pousser librement ; maintenir les ailerons pour fortifier la plante et favoriser le développement des racines. Palisser les bourgeons.
Pour les vignes élevées en pot, voir opérations d’été (13e et 14e leçon).
Taille : La taille de la tige sera faite proportionnellement à la force du sujet, de façon à former 2 à 4 branches à fruits en
observant un écartement de 0m30 entre chacune d’elle ; les pousses intermédiaires peuvent être utilisées la lre année pour la fructification ; les rameaux seront supprimés à la taille d’hiver pour donner l’espace nécessaire entre les branches à conserver.
La lre taille des productions fruitières sera faite sur deux yeux, dont les bourgeons seront soumis au palissage et au pincement (voir taille d’été).
L’année suivante, on supprime le rameau supérieur au rez de l’inférieur qu’on taille sur deux veux. Si le le rameau de la base était trop faible, on conservera le supérieur qu’on taillera sur deux yeux et l’inférieur sur un œil pour fournir un remplaçant l’année suivante.
Epoques de la taille : janvier pour les vignes en serre, février pour celles cultivées à l’air libre.
Restauration : Par suite des tailles successives, les branches à fruits s’allongent chaque année au détriment de la fructification et de l’espace nécessaire au palissage.
On procède partiellement à cette opération en taillant les branches les plus allongées au-dessus de la lre coupe pour provoquer des repercements parmi lesquels on choisit le meilleur pour reconstituer la branche à fruits. Ne pas tailler sur empâtement, les plaies ne se cicatrisent pas. Dans ce cas de restauration, tailler la branche voisine sur trois yeux pour utiliser la place disponible et obtenir la meme quantité de fruits.
Soins subséquents : Entretenir la fertilité du sol par des apports d’engrais pendant le repos de la végétation.
Maladies et insectes : Oïdium- Tuckeri : duvet blanchâtre sur les feuilles (spores). Remède : en plein air, répandre de la fleur de soufre à l’aide d’un soufflet, lre application au début de la végétation, 2rae à la floraison, 3me pendant le développement des fruits. En serre, placer de la fleur de soufre dans des récipients exposés au soleil ; renouveler toutes les 3 semaines. Brûler les feuilles sèches et badigeonner les branches au lait de chaux soufré après les avoir nettoyées, ou avec le sulfure de potassium ; 250 grs. par litre d’eau.
Mildiou (Peronospora viticola ). Tâches blanches à la partie
interne des feuilles, rouges à la face externe ; la feuille noircit, se dessèche et tombe. Atteint les grappes également. Remède: bouillie bordelaise, lre aspersion 10 jours avant la floraison ; 2e quelques jours aprèsAa floraison ; 3e un mois après.
Blanc des racines : voir pommier et poirier.
Tâches rouge-brun des feuilles de la vigne: Botrytis cinerea. Ces tâches apparaissent sur les deux faces. Remède préventif : secouer les vignes le matin pour faire tomber les gouttes d’eau de condensation.
Brunissure de la vigne , Plasmodiophora vitis, se confond avec les précédents.
Insectes : Cochenilles de la vigne : Lecanium vitis. Suce la sève des feuilles. Remèdes : brosser les branches en hiver avec émulsion de pétrole. Blanchir au lait de chaux.
Phytoptus vitis : Déformation des feuilles. Remède : enlever les feuilles et les brûler.
Araignée rouge : Tetranychus telarius. Seringuer les feuilles.
Guêpes : Envelopper les grappes de sacs en tarlatane, ou munir les portes et vasistas de cadres en bois garnis d’étamine.
Framboisier.
Cet arbuste demande un sol frais, très substantiel. Cultiver en ligne ou en buisson. Fructification en juillet sur le bois de l’année précédente pour toutes les variétés indistinctement et en automne sur les tiges de l’année pour les variétés remontantes ou bifères.
Variétés à fruits rouges : Hornet (non bifère). Surpasse Falstoff (bifère), Perpétuelle de Billard (id.). Variétés à fruits jaunes : Jaune du Chili (non bifère), Surprise d’automne (bifère) Surpasse Merveille (id.)
Plantation : en lignes à lm25 entre les lignes et 0m40 entre les plants ; en touffes à 1 mètre en tous sens.
Taille : Raccourcir les tiges en hiver du 1/3 environ de leur longueur ; les supprimer après la fructification pour le développement des nouvelles pousses. Conserver les 2 ou 3 meilleures à chaque plante en ligne, 4 ou 5 pour la culture en touffes. Enlever les autres avec racines. Donner fumier en automne et engrais liquide au printemps. ' -,