I)E LA PRODUCTION
On désigne par le mot production, de pro ducerc, conduire en avant, tout acte de l’homme ou toute'
série d actes qui tendent ii accommoder les objets matériels h ses besoins.
Dans l’ordre matériel l’homme ne crée pas, il se seht des choses ou des forces de la nature, il foçonne, transforme, transporte, etc. L’agriculture, l’industrie manufacturière ou extractive, le commerce, etc., sont autant de branches de la production ainsi entendue.
Dans l’ordre immatériel, l’homme est créateur ; mais, pour ne pas surcharger la nomenclature, on peut donner le nom de production au résultat de l’exercice des facultés intellectuelles de l’homme,
avec d’autant plus de raison que cet exercice entre aussi dans la production des choses matérielles.
Trois facteurs concourent à la production : 1°les matières premières ou agents naturels ; 2» le travail ; 3° le capital.
La production la plus rudimentaire les suppose : par exemple, la chasse du sauvage; il faut l’animal, la proie, c’est l’agent naturel; il faut aller le chercher, l’attendre, l’abattre, c’est le travail ; il faut enfin l’arc et la flèche pour l’atteindre, c’est le capital.
Tantôt ces trois éléments sont réunis en la même personne , comme chez celui qui laboure son champ avec ses bœufs et sa charrue ; en ce cas le produit est la propriété exclusive du producteur; Ceci nous montre que la propriété est le but et le résultat de la production, comme elle en est aussi la cause, ainsi qu’il sera dit plus bas.
Tantôt les trois éléments sont séparés; alors, sur le produit, celui qui fournit chacun d’eux doit avoir sa portion : à l’agent naturel, le fermage ou la rente; au travail, le salaire; au capital, l’Intérêt. • . -
L’ordre de l’exposition qui va suivre est ainsi déterminé : le deuxième livre traitera de la propriété, résultat de la production; le troisième de la rémunération de chacun des facteurs isolés, ce qui est la partie principale de la distribution des richesses.
Dans le présent livre, il reste à donner une idée très-rapide de chacun des trois facteurs de la production.
$ \ . — Des madères premières et agents naturels.
Les agents naturels, la matière sont des forces
et des dons créés par Dieu, et mis à la disposition de l’homme.
Ce sont la lumière, la pluie, la chaleur, l’électricité, la vapeur, le vent, les cours d’eau, la terre avec sa force végétative, et les matières utiles qu’elle cache dans son sein, etc., etc.
Ces dons sont inégalement répandus sur ou dans la terre : l’homme tend de plus en plus à les utiliser; ainsi, après la vapeur, voici la lumière du soleil qui sert de force motrice, grâce à d’ingénieux appareils construits par M. Mouchot, professeur de physique à Tours : on étudie, on trouvera peutêtre le moyen de plier à nos usages la, puissance du flux et du reflux de la mer, et de la transmettre à distance, comme on fait, par exemple, de la force de la chute du Rhône à Bellegarde, etc., etc.
Ainsi les agents naturels travaillent pour l’homme, à la condition que l’homme ait préalablement travaillé lui-même pour les plier à ses besoins; ce sont, comme dit le proverbe en parlant du feu, de bons serviteurs et de mauvais maîtres.
Là où la nature nourrit l’homme, sans l’active
I collaboration de celui-ci, comme dans les pays
tropicaux, les forces destructives sont aussi toutepuissantes ; l’homme vit misérable, la population est clair-semée et ne s’accroît pas. La sentence divine : J Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, est donc une parole de bienfait en même temps que de châtiment.
; Au point de vue de l’économie politique, les
agents naturels peuvent être divisés en deux j classes :
1° Ceux qui sont limités et qu’on n’utilise que
Ipar l’appropriation. Telle est la terre dont la force végétative se renouvelle par le travail, se reconstitue. Sans le travail, au contraire, elle s’épuise et la force végétative disparaît — la campagne de Rome, jadis si fertile, aujourd’hui si malsaine !
Tels sont les filons métalliques, les houillères, mines de sel, etc. Ici pas de renouvellement, l’homme épuise son patrimoine , la nature n’a exercé son action qu’une fois. On a déjà prévu l’épuisement, on s’est livré à des calculs pour savoir, par exemple, combien il reste à l’humanité de houille, ce pain de l’industrie. C’est un peu à ces préoccupations que sont dues ces recherches qui tendent à substituer l’action directe du soleil, de la chaleur actuelle et quotidienne, à celle de la chaleur emmagasinée depuis des siècles, sous forme de charbon, dans les entrailles de la terre, ou sous forme de forêts, à sa surface.
Les services de ces agents ne sont pas gratuits, ils sont onéreux, ils ont de la valeur. Leur rémunération s’appelle rente.
2o Ceux qui sont offerts à l’homme en quantités illimitées, comme l’électricité, la vapeur, la chaleur solaire, etc.
Le service de ceux-ci est gratuit : personne dans la machine à vapeur ne paye pour la force de la vapeur elle-même.
On pourrait encore distinguer les agents naturels limités, mais dont on peut user sans les occuper, dont plusieurs peuvent user à la fois. Ainsi le vent qui souflie sur certaines portions de la mer enfle les voiles de tous les navires : son service est donc gratuit. Mais le service du vent est payé dans un moulin situé sur une élévation, si aucun autre lieu, dans le pays, ne peut recevoir un autre moulin.
g 2. — Du travail.
Le travail est l’application des facultés de l’homme à une œuvre quelconque, matérielle ou immatérielle.
Le travail dit matériel comprend deux éléments i l’intelligence qui conçoit, la volonté qui dirige, éléments immatériels, et la main qui exécute. Sans les premiers éléments, le travail pourrait être improductif ; Sisyphe ne produisait pas, non plus que les Danaïdes.
Si l’importance des matières premières est grande, puisqu’on a pu dire que tout vient de la terre, celle du travail n’est pas moindre dans presque toutes les parties du monde habité, dans nos climats tempérés en particulier : trois ou quatre mois d’oisiveté générale suffiraient pour faire mourir de faim l’humanité.
Tous les hommes n’ont pas une égale aptitude aux travaux, même matériels : à cet égard il y a des différences qui tiennent au climat, à la nourriture, aux mœurs, à la religion, etc.
D’autre part, la situation du travailleur influe sur le rendement; s’il doit être propriétaire du produit, il est plus stimulé. Le travail esclave ne donne pas autant que le travail libre.
Dans le travail libre, il y des distinctions à faire, selon le mode de rémunération : elles seront établies au troisième livre. Il suffit ici d’indiquer, par exemple, que l’ouvrier pajœ à la tâche doit travailler davantage que l’ouvrier payé à la journée.
Il sera également de nouveau question du travail et de son rôle dans le deuxième livre, consacré à la propriété.
I 3. — Du capital.
C’est l’auxiliaire du travail dans la iiroducllon. Le capital est un produit déjii réalisé, é[)argné, non
consommé, et apt.U.i«é ou applicable à la production. C’est le travail accumule, cristallise, a-t o (lit, c’est le passé mis au service du présent pour
préparer l’avenir. ,
Vinsi les outils , les animaux auxiliaires de l’homme, les machines, la terre elle-même sont des capitaux. Ce n’est plus, comme on le voit, 1 acception des gens du monde qui désignent par ce mot une seule forme du capital, le capital argent, ni celle des jurisconsultes qui distingue!! e capital , partie du patrimoine à conserver, des revenus .qui sont destinés à être consommes, au moins en partie. Le capital, pour 1 économiste, c’est toute valeur appliquée ou applicable h la pro-
diiction. ^ .
Les capitaux se divisent en capitaux fixes
circulants ; fixes, ceux qui durent et servent longtemps h la production, qui ne s’usent que lentement et n’ont besoin d’ètre renouvelés qu a de lon»s Intervalles : ainsi les machines a vapeur: circulants , ceux qui servent aux dépenses de chaque jour et de chaque acte de production . ainsi le salaire des ouvriers, l’achat des matières premières qui sont payées au comptant, i Fixe ou circulant, le capital se consomme et doit
' être reconstitué par le travail : ceoi est vrai meme
: de la fécondité donnée a ta terre par les amendements, engrais. Cette observation est «
pour démontrer l’erreur de ceux qui pensent qu en
— Co — -
s'emparant des capitaux, ils assureraient leur prétendu bonheur par l’oisiveté. Ils s’en seraient emparés pour les détruire, et le travail de l’humanité pendant de longs siècles serait à recommencer sans profit pour personne.
Les capitaux sont disponibles ou engagés, non disponibles. Les capitaux circulants sont disponibles, les capitaux fixes sont engagés; il serait impossible de les dégager immédiatement sans subir d’énormes pertes. Qui pourrait vendre du jour au lendemain une terre importante à condition d’en toucher le prix aussitôt? Et qu’arriverâit-il si beaucoup de propriétaires voulaient faire la même opération dans le même lieu et le même temps? Ceci montre l’erreur de ceux qui croient qu’on peut demander instantanément de grosses sommes d’argent à des hommes riches : c’est confondre capital et argent, deux choses distinctes comme le genre de l’espèce. L’Angleterre est le pays où il y a le moins de numéraire, et le plus de capitaux.
On divise encore les capitaux en capitaux de production, de consommation ou capitaux morts, selon l'usage qu’en fait leur détenteur.
Les premiers sont actuellement employés à produire; les seconds servent aux besoins quotidiens,
besoins réels ou factices, conformes ou non à la
morale. L’homme ne produit, ne travaille en réalité que pour consommer ou épargner.
Les capitaux morts sont ceux qui ne servent actuellement ni à la production, ni à la consommation : ce sont les trésors enfouis, l’argent gardé chez soi en quantité supérieure à la consommation de chaque jour, etc. Ces capitaux attendent une occasion de s’engager; quelquefois ils donnent, en particulier dans les temps troublés, le sentiment de la sécurité h leurs maîtres : ils ne sont donc pas inutiles.
Quelle est l’importance du capital dans la production? Elle se déduit de celle du travail. Le produit ne surgit pas instantanément sous la main du travailleur; il faut l’attendre, l’échanger, sans compter que le capital est nécessaire pour la formation même du produit. Un fermier sème en novembre et récolte en juillet : il lui faut ainsi d’abord le capital nécessaire pour semer, ensuite le capital nécessaire pour attendre la récolte. Mais comment a donc pu faire le premier homme qui a labouré et semé? Grave problème qui touche, comme l’a dit M. Batbie, à nos origines. L’homme a été placé par. son Créateur dans une région où la nature seule pouvait le sustenter : telle est la réponse que fournissent les saintes Écritures.
Puisque sans le capital, le travail serait stérile, ou même impossible, celui qui le fournit a droit à une part du produit, s’il ne fait pas aussi ce travail. Cette part se nomme intérêt ou profit; il en sera question au troisième livre,
Ces deux forces, capital et travail, se commandent donc et s’aident l’une l’autre ; leur antagonisme ressemble à celui des membres et de l’estomac. Quand donc l’ouvrier demande à être propriétaire de l’outil, comme il est dit dans certaines publications, il consent ù être privé lui-même du fruit de son travail, puisqu’il commence par en priver un autre : Patere legem quant ipse fecisti, lui répondrat-on lorsqu’il ne voudra pas être dépouillé k son tour.
Le capital, comme il sera rappelé plus bas, n’a en réalité d’autre ennemi que lui-même, par la concurrence qui abaisse le profit, à mesure que les capitaux se multipliant s’offrent à la production en plus grande abondance. Le progrès industriel est né justement de cette multiplication des capitaux, qui a permis de supprimer le travail matériel de l’ouvrier par l’emploi de machines inanimées, et n’a plus laissé au travailleur, en bien des occasions, que le travail intellectuel, la direction et la surveillance de la machine.
Un économiste allemand, M. Roscher, distingue trois périodes relativement k la coopération des trois facteurs de la production des choses matérielles :
1° Les agents naturels dominent : poi.ssons, gibier; travail, pêche et chasse; capital, bateaux, filets, arcs, etc.
2" La propriété est constituée ; certains hommes
Les capitaux morts sont ceux qui ue servent actuellement ni à la production, ni à la consommation : ce sont les trésors enfouis, l’argent gardé chez soi en quantité supérieure à la consommation de chaque jour, etc. Ces capitaux attendent une occasion de s’engager; quelquefois ils donnent, en particulier dans les temps troublés, le sentiment de la sécurité à leurs maîtres : ils ne sont donc pas inutiles.
Quelle est l’importance du capital dans la production? Elle se déduit de celle du travail. Le produit ne surgit pas instantanément sous la main du travailleur; il faut l’attendre, l’échanger, sans compter que le capital est nécessaire pour la formation môme du produit. Un fermier sème en novembre et récolte en juillet : il lui faut ainsi d’abord le capital nécessaire pour semer, ensuite le capital nécessaire pour attendre la récolte. Mais comment a donc pu faire le premier homme qui a labouré et semé? Grave problème qui touche, comme l’a dit M. Batbie, à nos origines. L’homme a été placé par. son Créateur dans une région où la nature seule pouvait le sustenter : telle est la réponse que fournissent les saintes Écritures.
Puisque sans le capital, le travail serait stérile, ou même impossible, celui qui le fournit a droit à une part du produit, s’il ne fait pas aussi ce travail. Cette part se nomme intérêt ou profit; il en sera question au troisième livre,
Ces deux forces, capital et travail, se commandent donc et s’aident l’une l’autre; leur antagonisme ressemble à celui des membres et de l’estomac. Quand donc l’ouvrier demande à être propriétaire de l’outil, comme il est dit dans certaines publications, il consent ù être privé lui-même du fruit de son travail, puisqu’il commence par en priver un autre ; Patere legem quam ipse fecisti, lui répondrat-on lorsqu’il ne voudra pas être dépouillé à son tour.
Le capital, comme il sera rappelé plus bas, n’a en réalité d’autre ennemi que lui-même, par la concurrence qui abaisse le profit, à mesure que les capitaux se multipliant s’offrent à la production en plus grande abondance. Le progrès industriel est né justement de cette multiplication des capitaux, qui a permis de supprimer le travail matériel de l’ouvrier par l’emploi de machines inanimées, et n’a plus laissé au travailleur, en bien des occasions, que le travail intellectuel, la direction* et la surveillance de la machine.
Un économiste allemand, M. Roscher, distingue trois périodes relativement à la coopération des trois facteurs de la production des choses matérielles :
1" Les agents naturels dominent : poissons, gibier; travail, pêche et chasse; capital, bateaux, filets, arcs, etc.
2° La propriété est copstituée ; certains hommes
sont esclaves et servent de capital, mais ils s’affranchissent par le travail, le commerce, l’industrie; les villes se fondent, les corporations s’établissent pour protéger le travail, les capitaux se forment.
3*' Les capitaux se sont multipliés, et sont employés à donner au travail des auxiliaires ou des substitués de plus en plus puissants. Nous vivons dans cette troisième période, celle où le capital prédomine en affranchissant le travail, en le rendant à la fois moins pénible et plus rémunérateur.
Voici enfin, selon les maîtres de la science économique, comment se subdivise le capital d’une nation appliqué à la production; il comprend :
1o Les améliorations du sol, irrigations, drainages, colmatage, plantations, etc. ;
2“ Les constructions, ateliers, magasins, habitations, routes, chemins de fer, etc. ;
3" Les outils, machines, ustensiles de toute sorte pour remplacer, multiplier ou économiser les forces physiques de l’homme;
4° Les animaux de travail, et les animaux utiles soignés par l’homme;
3<' Les matières premières qui servent à une production nouvelle, comme le blé de semence pour le cultivateur, la laine pour les filateurs, etc., ces capitaux sont déjà des produits pour ceux qui les fournissent;
0*" Les matières aiuiliairas consommées dans la
production et qui ne se retrouvent pas dans le produit, la houille, le noir animal pour le sucre, etc. ,
7» Les subsistances ou moyens de subsister, dont il faut faire l’avance aux ouvriers en attendant le
produit et sa réalisation ;
8*^ Les approvisionnements de commerce des marchands qui en ont besoin pour prévenir ou provoquer les désirs de la clientèle ;
9“ L’argent et l’or monnayés qui sont l’instrument universel des échanges, l’huile qui fait mouvoir tous les ressorts ;
1 0« Les capitaux immatériels, les plus importants de tous, les forces morales et intellectuelles, fruit du travail, de l’expérience, de l’éducation, de la religion, qui règlent et dirigent l’emploi de la vie humaine, et sont ainsi à leur tour la cause du travail et de la production.
Ces capitaux sont, en général, intransmissibles, sinon par l’hérédité dans la famille. Ainsi l’habileté, la probité, la bonne grâce, le don d’inspirer et de mériter la confiance, etc.
Certains sont transmissibles ; ainsi un commerçant, un industriel vendent ce qu’on appelle la clientèle, cette habitude qu’ont certaines personnes de se fournir dans la maison et qui est réputée devoir continuer, malgré le changement du maître.
On peut ajouter que le capital immatériel le plus nécessaire est celui que fournit l’État; car toute production requiert la sécurité du présent, le sen-
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tentés de troubIer'’ce producfT seraient
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