‹ Résumé d'un cours d'économie politique [microform]Chapitre 9 sur 22 · DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS

L’économie politique a été obligée de prendre ses' m'ots dans' la terminologie ordinaire ' et de' leur' donner une acception scientifique ; ce qui a donné' lieu â bien des'difficult'és et des discussions inutiles;' puisque ce ne sont au fond que des querelles de

mots. •

L’économie politique est la science des richesses, c’est-â-dire des lois qui président â la production,' l’échange, la distribution, la circulation et la con'-

sommation des richesses. ' '

Le moi richesse désigne' essentiellement toute

fi

chose propre à satisfaire l’im des besoins matériels de rhomme. Mais les besoins matériels sont inséparables des besoins immatériels, comme le corps l’est de l’âme : ainsi les habits ne couvrent pas seulement les membres de l’homme pour l’abriter du froid : selon qu’ils sont beaux ou laids, ils le satisfont ou l’humilient dans sa vanité.

D autre part, la société a' besoin de services immatériels que l’économiste ne doit pas négliger et qui s échangent contre des biens matériels; tels sont ceux du législateur, 'du prêtre, du savant, du soldat, etc. Ce sont encore là des richesses, puisque

ces services sont utiles aux hommes réunis en société.

Ceci amène à préciser le sens du mot utilité. Jean -Baptiste Say l’a définie : la fiiculté qu’ont les choses de pouvoir servir à l’homme, de quelque manière que ce soit. Cette notion n’a rien d’absolu puisque les besoins des hommes varient selon les temps, les mœurs, les climats, les habitudes, le moment. Ainsi, le tabac, si indispensable à quelques-uns, est plus qu’inutile aux autres, le pain est utile quand on a faim, etc.

Si un homme a produit par son travail une quantité qui excède ses besoins, cette quantité qui ne lui est pas utile pour le moment peut le devenir plus tard si la chose est de celles qui se conservent, dont on peut faire provision, ou si elle peut être immédiatement échangée contre d’autres.

M Cette puissance de nous faire acquérir d’autres

f choses s’appelle la valeur. Les anciens économistes

I désignaient l’utilité et la valeur par les deux

expressions suivantes : Valeur en usage, valeur 1» en échange; mais deux mots distincts sont préfé-

rables.

L’utilité et la valeur ne doivent pas être confondues ; il y a des choses drès-utiles, indispensables même qui n’ont pas d'ordinaire de valeur; ainsi l’air, la lumière du soleil, l’eau courante, ce sont là des richesses, des biens gratuits offerts à chacun en quantités illimitées; personne ne voudrait donner un équivalent pour les obtenir; mais que l’une I de ces choses devienne limitée et elle prendra aus-

sitôt de la valeur : ainsi l’eau dans les temps et les pays de sécheresse.

; D’autre part, une chose peut m’être inutile

Iquoiqu’ayant de la valeur : ainsi du pain quand je suis rassasié. Je puis, l’échanger avec un voisin qui a faim et auquel il est utile, contre une autre chose qui me manque et qui est inutile, au moins pour le moment, à ce même voisin.

La valeur suppose donc l’homme vivant en société, échangeant ses services et ses produits avec ses semblables, tandis que Tutilité, la richesse se conçoivent en prenant l’homme seul, Robinson i Crusoé dans son île déserte. Pour un tel homme,

les choses ont leur utilité, aucune n’a de la valeur. L’étude de la valeur, a dit Bastiat, est à l’éco-

nomie politique ce que la numération est à Tarith-

métique : « Au point de vue' économique, société

« c’est échange. La'première création de l’échange,,

« cest la notion de valeur, en sorte que toute

« vérité ou toute erreur introduite dans les intelli-

« gences par ce mot est une vérité ou une erreur « sociale. » ■ •

Valeur, notion terrible, dit M. Frédéric Passy, le plus difficile des problèmes économiques.

Le mot valeur signifie pouvoir. La valeur des choses est donc un certain pouvoir des choses : nous allons rechercher la nature, l’origine et les variations de ce pouvoir.

G est Bastiat qui a le mieux exprimé la nature de la valeur en la définissant : le rapport de'deux services échangés. Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi, dit l’aveugle au paralytique. Deux services sont en regard, ils peuvent s’échanger l’un contre l’autre, ils ont même valeur.

Ainsi un sac de blé s’échange contre une pièce de vin, ils ont' même valeur; mais que pour la pièce de vin il faille donner demain plus qu’un sac’ de blé, le rapport des quantités échangées n’est plus le même, les valeurs ne sont plus les mêmes,' le vin a augmenté de valeur par rapport au blé, et

réciproquement le blé a diminué par rapport au vin. . •

Dans une société civilisée, le'troc en’ nature que nous venons de supposer ne t^rde pas à cesser, et

la vente se- substitue à l’échaiige par la création de

la monnaie, c’est-h-dire par l’appropriation d’une valeur qui sert de dénominateur commun à toutes les autres parce qu’elle est toujours désirée, èt toujours échangeable avec toutes. Écoutons à cet égard le jurisconsulte Paul, loi 1, pr. D., 18, 1 :

« L’origine de la vente est venue des échanges. Autrefois il n'y avait pas de monnaie, une chosen’était pas marchandise, l’autre prix. Mais chacun, selon la nécessité des temps et des choses, échangeait contre des choses utiles celles qui lui étaient inutiles ; car il arrive le plus souvent que ce que l’un a en trop manque à l’autre. Mais, comme il n’arrivait pas toujours et facilement que si vous aviez ce qui me manquait, j’eusse, de mon côté, ce que vous désiriez avoir, on a choisi une matière dont l’estimation publique et perpétuelle viendrait au secours des difficultés des échanges, et cette' matière frappée d’un sceau public nous donne la propriété et nous sert moins par sa substance que par sa quantité; en sorte que désormais il n’y a pas de part et d’autre marchandise, mais il y a prix d’un côté. » Aucun économiste n’a jamais exprimé des idées plus saines, ajoute M. Demangeat.

On appelle donc prix la valeur exprimée en monnaie, ou mieux encore la quantité de monnaie que vaut chaque produit; car il faut tenir compte de cette circonstance que la monnaie est elle-même' une valeur, qui a ses causes 'propres- de variation r

Ainsi, tout est relatif dans la valeur, puisqu’elle est un rapport existant entre deux choses échangées; d’où plusieurs conséquences : l’une, qu’il n’y a que des valeurs, mais non une valeur collective, — ainsi, il ne faut pas confondre la réunion des valeurs avec la richesse générale, car celle-ci n’est pas échangeable; — une autre, qu’il ne saurait se produire une hausse ou une baisse générale de toutes les valeurs, puisque si les unes augmentent, les autres diminuent forcément.

Jean-Baptiste Say s’était posé la question suivante qu’il considérait comme à peu près insoluble : « La richesse d’un pays, disait-il, étant composée de la valeur des choses possédées, comment se peut-il qu’une nation soit d’autant plus riche que les choses y sont à plus bas prix? »

La réponse est bien simple : il n’est pas vrai que la richesse d’un pays soit composée de la valeur des choses possédées; car la richesse et la valeur sont choses absolument distinctes. L’idéal de la richesse serait un paradis terrestre, où rien n’aurait de la valeur, parce que tout serait offert gratuitement. Ainsi, un peuple est d’autant plus riche que les choses nécessaires h la vie y sont offertes, ou pour rien ou au plus bas prix possible, c’est-àdire ont le moins de valeur; en d’autres termes, comme l’a dit Bastiat, la valeur est un mal, la richesse et l’utilité sont un bien. Il est fâcheux, économiquement parlant, que les choses aient de

la valeur. Mais c’est un mal providentiel contre lequel l’homme lutte par le travail, et duquel sort

en définitive son bonheur.

Enfin, de ce que la valeur est un rapport, il résulte encore qu’il n’y a pas et qu’il ne saurait y avoir de commune mesure des valeurs. On a essayé I de la trouver, soit dans l’argent ou l’or monnayé,

î soit dans le travail humain, soit dans le blé; mais

i comme toutes ces choses sont elles-mêmes échan-

geables, qu’elles sont essentiellement des valeurs, elles n’échappent pas aux causes de variation des valeurs en général, et dès lors elles ne sauraient servir d’étalon, de mesure fixe aux autres valeurs.

' En somme, nous adoptons la nomenclature sui-

vante : Vutüité, ou valeur en usage, c’est la puissance qu’ont les choses de nous servir; la valeur, ou valeur en échange, c’est la puissance d’acquisition des choses au moyen de l’échange ; le prix, . ou la valeur des choses, exprimée en argent mon-

Inayé, c’est l’expression de la quantité de monnaie nécessaire pour les acquérir.

D’où vient la valeur des choses? Pourquoi sontelles échangeables? Diverses opinions ont été émises sur l’origine de la valeur. Voici les principales : Selon les uns, la seule origine de la valeur serait le travail de l’homme : deux choses auraient même valeur lorsqu’elles représenteraient un égal emploi de la vie humaine.

Cette notion est trop étroite; le travail n’est pas

— oi —

toujours et également productif. Deux chasseurs tuent, l’im une bécasse, l’autre une pie : c’est le môme travail, est-ce le même résultat?

Bastiat disait avec plus de raison que la valeur est proportionnelle, non pas au travail accompli, mais au travail épargné, au service rendu.

Ainsi le travail accompli n’est pas la seule origine de la valeur.

Pour d’autres, la rareté seule, la limitation fait la valeur. Les choses limitées ont de la valeur, les choses illimitées sont gratuites, n’ont pas de valeur : personne ne consentirait à rien donner pour les obtenir.

Il est vrai que la limitation a son rôle dans l’origine de la valeur; mais si une chose très rare n’excitait aucun désir, quelque travail qu’elle eût coûté à produire, ou quelque peine qu’elle eût donné à découvrir, elle n’aurait aucune valeur.

Aussi J. -B. Say posait-il comme axiome : « La valeur a pour fondement l’utilité. »

Mais nous savons que l’air, la lumière du soleil, sont de la plus haute utilité, sans avoir pour cela aucune valeur; car chacun se les procure sans équivalent, dans l’ordre habituel des choses. Cet ordre peut être modifié; car en ville, par exemple, un appartement situé au nord et sans soleil vaut moins cher que le même situé au midi : c’est la jouissance, sans sortir de chez soi, des rayons dû soleil qui fait la différence.

— Oi) —

' L’iltilité n’est donc pas non plus la seule cause de la valeur; en réalité, chacun des éléments qui viennent d’êtré 'désignés entre dans la composition de la valeur : le travail, qui est essentiel pour la'production des choses limitées, cette limitation même, et l’utilité'dès choses produites; ainsi, travail, rareté, utilité, telle est la triple origine de la valeur.

Il faut enfin' déterminer d’où viennent les variations de la valeur.

Toute chose devrait valoir au moins ce qu’elle a coûté à produire, avec un léger bénéfice au-delà pour le producteur ; car celui-ci cesserait de travailler si le produit cessait d’être rémunérateur. Si, d’autre part, la valeur était de beaucoup audessus des frais de production, la concurrence se jetterait sur ce produit, et devenu plus abondant, plus offert, il baisserait de valeur.

C’est à peu près de cette manière que sê comporte en réalité la valeur des choses ; mais, comme les lois économiques n’agissent que comme des tendances, ne fonctionnent pas dans le vide ou l’idéal; il arrive souvent que le producteur échange à perte, que la valeur est au-dessous des frais de production : exemple, le blé dans le sud-ouest de la France depuis quelques années; d’autres fois aussi, il peut profiter de circonstances extraordinaires pour obtenir des prix extraordinaires; exemple, nombre de denrées ou objets de première nécessité dans une ville assiégée.

Comme la valeur résulte d’une comparaison, d’un rapport, elle est essentiellement variable; la cause de cette variation est dans les oscillations de l’offre et de la demande. C’est ce qu’on appelle la loi de l’offre et de la demande : plus une denrée abonde au marché, plus elle est offerte, moins elle est chère, et réciproquement. Il serait possible de mesurer la variation de la valeur en connaissant l’offre et la demande, si cette variation était proportionnelle aux changements qui se produisent dans les quantités respectives de l’offre et de la demande. Mais il n’en est rien, parce que la demande n’est pas invariable quand l’offre est variable.

De deux choses l’une : ou le produit est de première nécessité, ou bien il est de ceux dont on peut i se passer.

! ii S’il est de première nécessité, comme le blé, la

j j demande ne peut guère diminuer quand l’offre di-

minue. Il semblerait donc qu’on peut mesurer exactement l’augmentation de la valeur : point du tout; car, si la crainte s’empare des esprits, si on a peur de manquer, la valeur augmentera beaucoup plus que l’offre n’a diminué. On a vu le blé monter au double parce que la quantité livrable était affaiblie d’un cinquième, au triple pour une diminution d’un quart.

Si l’objet n’est pas de première nécessité, la demande peut se resserrer à volonté, et même devenir nulle, si l’bffre se resserre de son côté ; on se

passe de l’objet plutôt que de subir les exigences de l’offre. D’autre part, la demande peut s’accroître beaucoup, si l’offre augmente. Ainsi, l’offre d’une chose a pour effet d’agir sur la demande, de l’aug-

i menter ou de la restreindre.

I C’est sur ce principe que se basent les dégrève-

^ ments d’impôts des taxes de consommation, la di-

Iminution du prix des timbres-poste, etc. On pense que la consommation prendra un tel essor, que bientôt le nouvel impôt, quoique moindre, rendra davantage au Trésor, et l’événement ne tarde pas J à confirmer ces prévisions.

3 Un objet est offert a 100 francs; il s’adresse à

\ cent personnes. Il est offert a 50 francs; ce n est

1 pas à deux cents personnes qu’il pourra convenir

I désormais ’. c’est peut-être à mille et plus.

I Enfin, il faut faire observer que les choses faciles

I à conserver, qui peuvent attendre le preneur, sont

(moins sujettes aux variations de la valeur que celles qui se détériorent d’abord, et doivent être consommées sans délai. On pourrait donc indiquer encore

la faculté de se conserver parmi les éléments de la

valeur des choses.

Ainsi, pas de mesure de la valeur, pas de mesure • précise des variations de la valeur ; ce qui est vrai, c’est qu’elle est fixée par la loi de l’offre et de la demande, mais sans qu’il y ait une proportion mathématique entre les oscillations de la valeur et celles des quantités demandées ou offertes.

lelle est, dans ses termes les plus brefs, la théorie de la valeur; elle est le résultat d’efforts de grands esprits, de discussions qui durent depuis un siècle. Combien devons-nous être reconnaissants aux jurisconsultes romains, qui nous ont laissé les notions les plus précises sur des matières autrement difficiles : sur la propriété, les successions testamentaires, les obligations, etc. I

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