‹ Résumé d'un cours d'économie politique [microform]Chapitre 8 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’économie politique est la science des richesses; elle recherche et étudie les lois de la production, de la distribution, de la consommation et de la cir- Culation des richesses.

Le mot richesse est ici entendu comme désignant

tout ce qui est nécessaire ou utile à l’homme, qu’il

s’agisse de choses gratuites ou illimitées^ comme

l’air et la lumière, ou limitées comme les objets de

consommation quotidienne, qu’il s’agisse de pro- ♦

duits matériels ou immatériels. Une invention est une richesse.

L’enseignement de l’économie politique a été inauguré dans la Faculté de Toulousej par le regretté M. Rodière, en 1848; repris par M. Rozy,

le 3 janvier 1865, par l’auteur du présent résumé, au mois de janvier 1872. La Chaire a été créée au mois de février 1876, et le cours, jusqu’alors facultatif, a été rendu obligatoire dans toutes les

r'a^tn'îf* Droit, par décret du 26 mars 1877 et • lat ache au premier examen de licence.

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elais, a dit . . U dix-neuvième siècle est le siècle «les ouvriers; . or, les questions ouvrières sont e!

!f, "tellement du domaine de l'éconon;" î'mC;: elles se rattachent à la distribution des richesses'

• est un fait, a écrit M. Émile Montégut, qui

tellement impérieuse qu'il en prend, pour ainsi due, les caractères d'une loi ; c’est que sous le eginm inauguré par la Kévolution française la «I«ieslion economique prime toutes lesautre; . lis -moralistes sont tous d’accord à cet égÏrT, no" moins que les hommes d’État

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t.«|ue est en quelque sorte le compléZtTÛnroIr e enseigne I utile après que le Droit a enseigné le J..ste et elle est dominée par lui. Elle est aussî «minee par la politique intérieure ou extérieure

i’.iernaüÏ'r '^'m-'épendance

Mtei nationale nous empêcliennt plus d’une fois , Pter ‘oiites les conséquences des prémi.sses

posées par l’économie politique. ,

Si l’économie politique est dominée par le Droit m plus forte raison l’est-elle par la morale et par la

religion. On ne doit jamais perdre de vue, en effet, que les richesses sont un moyen et non pas uu Lut. Si donc l’économie politique nous enseigne les moyens de vivre, elle ne nous donne pas le but de la vie. Ainsi elle échappe à l’un des reproches qui lui ont été adressés, celui d’être matérialiste; elle ne le serait que dans la bouche ou sous la plume de ceux qui prétendraient que la conquête et la jouissance des biens matériels sont tout pour l’homme, et qui nieraient ses destinées futures. Du reste, comment l’économie politique pourrait-elle être matérialiste alors qu’elle enseigne, plus que toute autre science, le prix du travail? Le travail n’est-il pas toujours l’œuvre de l’intelligence et de la volonté, c’est-à-dire d’éléments immatériels qui commandent au corps ?

Comment oublier, d’autre part, que l’homme obéit plutôt à ses passions qu’à sa raison, et que dès lors, une société ne saurait subsister par la seule puissance des lois économiques, fussent-elles connues et comprises de tous ? Il faut à l’homme le frein de la morale et de la religion. Encore ceci suppose-t-il une humanité toujours bien portante et bien pourvue; mais comment oublier aussi les inégalités naturelles, les misères imméritées, la maladie, toutes les causes de révolte auxquelles 1 économie politique ne peut rien, et que la religion transforme en des causes de résignation et d’immortelle espérance?

Vous enseignez au pauvre, à l’ouvrier que la seule manière d’arriver au capital, c’est l’épargne, la longue patience, la confiance dans le temps ; mais si vous lui enseignez, d’autre part, que cette vie seule lui appartient avec la mort suspendue sur sa tête, et qu’il n’y a rien au delà, vous lui ôtez le sentiment de la durée, l’espérance qui soutient 1 effort, et il vous r^ondra avec raison : « Que m importe? vous m’offrez trente années de travail sans relâche, mais alors je serai vieux et usé; d’autres que moi profiteront seuls du fruit de mes sueurs; j’aurai donné ma vie pour eux, je veux

jouir dès aujourd’hui et jouira la place de ceux qui jouissent. »

Il peut donc y avoir des économistes matérialistes comme des médecins, des historiens, des philosophes, mais la science n’y est pour rien : elle ne commande pas le matérialisme, elle l’exclut, au

Un autre reproche a été ûiit à l’économie politique, celui d’affaiblir le patriotisme par une sorte d’esprit cosmopolite qui aurait tendu à substituer 1 humanité aux nations diverses qui se disputent l’empire du globe : « C’est la théorie des échanges « et des débouchés qui changera la politique du « monde, disait Jean-Baptiste Say. » Nous savons malheureusement aujourd’hui qu’il n’en est rien.' L’economie i)olitique peut être le ménage des nations, mais la politique en est la vie; les in-

térèts peuvent dominer , mais ils n’absorbent pas l’attention entière de l’homme, et ils ne gouvernent pas le monde autant que le croyaient les économistes qui exagéraient le rôle et l’importance de leur science. Nous le répétons, les principes de l’économie politique doivent fléchir lorsqu’ils viennent se heurter à des questions de gouvernement et de puissance nationale : soyons toujours et avant tout Français.

Ainsi circonscrite et mise à sa véritable place, l’économie politique offre un objet d’enseignement d’une haute utilité; qui songe à nier les services des fabriques d’outils? Elle sert à armer l’esprit contre les sophismes communistes, socialistes, etc., à ramener les hommes de bonne foi que ces sophismes pourraient égarer, elle aiguise le bon sens, elle complète enfin les études de Droit, qui, elles, forment l’homme social; car le Droit est la première en date, comme la plus importante des sciences humaines qui ont pour objet l’homme vivant en société.

L’état de civilisation Suppose , en effet , que l’homme tire partie de la terre par des troupeaux ou par l’agriculture; et cela seul présuppose une certaine justice, la distinction du tien et du mien, c’est-à-dire le Droit. Ceci ne signifie pas que le jurisconsulte doive réunir des qualités exceptionnelles, plus grandes que celles des autres, cela veut dire seulement que le Droit protège toute la vie

civilisée, comme l’armée, son auxiliaire, toutes les activités qui travaillent en paix sous son égide.

L’économie politique a été dégagée du Droit au dix-huitième siècle; mais au fond elle a toujours été supposée et professée par les jurisconsultes ou les philosophes politiques. On en trouvera dans le cours de ce livre plusieurs fois la preuve tirée des textes du Digeste. Ce n’est pas qu’il n’3^ ait rien de nouveau dans la science actuelle, et que ce travail de dégagement ait été inutile; car les principes ont été ainsi mieux étudiés, et bien des erreurs et des préjugés ont été dissipés.

Ainsi l’économie politique a ses lois que nous formulerons ; il est impossible que les hommes produisent, échangent, consomment au hasard; mais si ces lois sont fixes et précises en théorie, leur application est essentiellement contingente; car elle dépend de l’usage que l’homme fait de sa liberté; ce qui montre bien que l’économie politique appartient aux sciences morales, encore qu’elle s’occupe surtout de choses matérielles.

L’action des lois économiques peut fort bien être contrariée par les circonstances de fait, la coutume, la routine, la politique. Elles agissent comme des tendances. Mais elles ne méritent pas moins le nom de lois, et il n’en résulte pas qu’on puisse nier lu science.

« Si on fait des lois, dit M. Herbert Spencer,

« c’est qu’on reconnaît par là même une certaine

t causalité naturelle, de certaines liaisons cons- « tâtées entre les causes et les effets. C’est, d’ail- « leurs, se faire de la science une idée trop étroite « que d’exiger dans toutes les matières le même « degré de précision. Ce n’est qu’en mécanique et « en physique, c’est-à-dire dans les sciences de la e matière inorganique que l’on peut établir des « lois quantitatives. Dans les sciences biologiques, « les lois ne sont que qualitatives : la prévision y est « donc moins rigoureuse. Même en météorologie,

« les prévisions ne sont qu’approximatives : mais « partout où il y a prévision à quelque degré, il y « a science. Lors même que dans les relations so- « ciales il n’y aurait pas do lois plus rigoureuses « qu’en météorologie, elles suffiraient encore pour « être la matière d’une science. »

En finissant cette introduction, il faut dire un mot de certaines prétentions inadmissibles et même quelque peu ridicules, élevées récemment au nom de la science économique par certains professeurs ou publicistes qui sont connus en Allemagne sous le nom de socialistes de la chaire. Voici, selon l’im d’eux, M. Émile de Laveleye, quel serait l’objet de la science économique : chercher comment les hommes réunis doivent s’arranger, quelles institutions, quelles lois ils doivent adopter pour que chacun puisse se procurer, par son travail et en proportion de ses efforts, le plus de choses utiles à la satisfaction fie ses besoins rationnels.

L’économie politique serait ainsi une sorte de panthéisme scientifique : car elle réglerait la vie de tous et celle de chacun, puisqu’elle dicterait les institutions et les lois, quels sont les besoins rationnels, etc. Toutes ces questions sont du domaine de sciences plus hautes ; l’économie politique ne règle en réalité qu’un coin de la vie humaine, la portion qui s’applique à la conquête des biens ma-

tériels, mais elle ne recherche pas quels sont les biens désirables, pourquoi ils le sont, etc.

Pour montrer ce que cette extension de la science a de chimérique et d’exagéré, il suffit de l’appliquer, chose très-facile, à une autre branche des connaissances humaines, à l’hygiène, par exemple. Les hommes sont en état de société pour vivre le plus longtemps et en meilleure santé possible; fhj'giène doit donc rechercher quelles sont les meilleures institutions, quel est le meilleur régime, le despotique ou le démocratique, ou tout autre, pour vivre bien et longtemps, et la politique doit se conformer h ses indications, etc. En vérité ceci ressemble beaucoup à certaines scènes du Bourgeois gentilhomme.

C’est dans cette même étude, publiée -le 15 février 1878 par la Revue des Deux-Mondes, que se trouve l’étonnante phrase que voici : « Expliquezvous comment « il se fait que de tous temps et en' tous pays, ceux « qui travaillent ne possèdent pas « et ceux qui possèdent ne travaillent pas! »' Ces

lignes ne sont pas du moins écrites pour le pa}'s

qui s’appelle la France, puisqu’il est presque entié-

rement possédé par les paysans ou petits propriétaires qui travaillent eux-mêmes leur propre terre; qui épargnent, lorsque l’état des récoltes le leur permet, et s’arrondissent en achetant autour d’eux, à mesure qu’ils ont épargné; modestes économistes, mais bien plus savants que les socialistes de la chaire, qui ont ainsi trouvé le moyen de concilier, en les réunissant dans leurs mains, le travail et le capital, ces deux frères trop souvent rendus ennemis, grâce à l’ignorance excitée et exploitée par les mauvaises passions.

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