IRAN ET TOURAN
L'Asie a été le berceau des grandes races qui ont successivement peuplé le monde. C’est dans l’Asie occidentale, comprise entre la Méditerranée, la mer Noire, la mer Caspienne et le golfe Persique, qu’on place communément le foyer d’expansion des familles et des peuples.
D’après la Bible, Japhet, Sem, et Cham, les trois fils de Noé, ont été les pères des trois races, dites jap hé tique, sémitique , et chamique , entre lesquelles se partagent tous les hommes. La science s’est efforcée de préciser cette donnée, et elle a recherché, dans l’étude des langues et des migrations historiques, les filiations des peuples du monde, sans réussir, d’ailleurs, à reconstituer, d'une manière certaine, l’arbre généalogique de l'humanité; elle propose les hypothèses suivantes :
Les Aryens. — Les langues parlées par les peuples de l’Europe, à l'exception de celles des Magyars, des Finnois, et des Basques, ont, entre elles, des caractères de parenté très certaine. D’autre part, elles se rapprochent du zend de l'ancienne Perse et du sanscrit de l'Inde ancienne. On en a conclu que les ancêtres des peuples qui les parlent, devaient sortir d’une souche commune ; on a cru pouvoir retrouver la trace de leurs migrations en suivant,- comme des jalons, les noms qu'ils ont donnés, sur leur passage, aux montagnes et aux fleuves, et l’on a placé leur premier habitat au sud de la Caspienne, sur les plateaux de l'Iran, presque déserts aujourd'hui, mais qui ont dù jadis offrir aux hommes des conditions de vie toutes différentes. On a donné à cette famille primitive, disparue sans laisser d’histoire, le nom d’iraniens ou d’Aryens.
Ce sont les Aryens qui ont peuplé et colonisé les Indes, la Perse, l'Asie Mineure, l'Europe entière, poussant devant eux des tribus d’autre race, moins énergiques ou moins nombreuses, se superposant à elles, les absorbant, ou les faisant disparaître.
La famille aryenne ou indo-européenne se divise en trois rameaux :
Le rameau européen, partagé en quatre groupes, qui émigrèrent
L’ASIE
d’Asie dans l’ordre suivant : les Celtes , les Pélasges, les Germains, et les Slaves.
Le rameau iranien : Persans, Tadjicks, Afghans, Lourdes, qui sont musulmans, et Arméniens, qui sont chrétiens.
Le rameau indien, qui comprend la majeure partie des Inclous, en général hrahmanistes.
Les Sémites. — A l’est de l’Iran, près des rivages méditerranéens, se développa une autre famille de peuples, de race blanche, les Sémites, dont les deux grandes divisions sont les Hébreux, descendants d’Ismaël, et les Arabes, descendants d’Israël, les deux fils d’ Abraham dépositaires des traditions religieuses monothéistes, d’où sont sorties les deux grandes religions du monde occidental : le christianisme et l’islamisme.
Les Hébreux sont, aujourd’hui, dispersés sur tout le globe, mais principalement sur l’Europe et dans les bassins asiatique et africain de la Méditerranée.
Quant aux Arabes, à l’époque de leur grande ardeur religieuse, ils ont, d’un côté, d’un élan gigantesque, porté, en quelques années, la doctrine de Mahomet jusqu’au cœur de l’Asie ; de l’autre, ils ont traversé le nord de l’Afrique, franchi le détroit de Gibraltar, dominé l’Espagne, et pénétré jusque dans l’ancienne Gaule. Les terres de l’Europe ne convenaient pas au développement de l’Islam. Les Musulmans arabes se sont repliés devant la culture européenne; ils ont, au contraire, trouvé dans l’Afrique centrale un milieu favorable, et, de nos jours, ils y font des progrès considérables.
Les Touraniens. — Tandis que les Aryens se formaient sur les plateaux de l’Iran, à côté d’eux croissait une famille distincte, que l’on a appelée touranienne, parce que l’on a supposé qu’elle s'était développée dans le Touran, voisin de l’Iran; mais il est fort possible que ses premiers foyers se trouvassent sur les hautes terres de l’Altaï ou du B aï k al.
Elle se subdivise en :
Rameau est-asiatique : Tibétains, Birmans, Siamois, Annamites, Chinois, Coréens, Japonais, que l’on désigne quelquefois sous le nom de peuples de race jaune, la plupart bouddhistes ;
Rameau tartare : Osmanlis, Kirghiz, Turkmènes, Tartares, en général musulmans, dans l’ouest et le nord-ouest;
Rameau mongol : Mongols, Kalmouks, etc., dans le centre;
Rameau toungouse : Toungouses et Mandchoux, divisés en Samoyèdes, Finnois, Vogules, etc., dans le nord.
Quant aux noirs qu’on trouve épars dans l’Asie, ils viennent de l’Afrique et appartiennent à des races dont l’origine est confuse.
Les peuples de famille aryenne, qui avaient marché vers l'Occident, ont été pressés à leur tour par les Touraniens ; les Mongols onL subj ugué une partie des Slaves, et les Turcs Osmanlis ont, à une époque relativement moderne, poussé leurs conquêtes jusqu’au centre de l’Allemagne.
En outre, des irruptions touraniennes, parties du cœur de l'Asie, sont parfois arrivées jusqu’à l’extrémité occidentale de l'Europe, traversant les couches des peuples déjà fixées au sol. Ainsi, les Huns, originaires du centre de l’Asie, soit Mongols, soit Tartares, mais, à coup sûr, ayant avec eux une proche parenté, ont été jetés, comme par une formidable explosion, jusqu’au centre de la Gaule, semant la ruine et la terreur sur leur passage; puis, ils se sont définitivement cantonnés dans les plaines du Danube. Les Hongrois s’honorent de trouver dans leurs aïeux ces intrépides cavaliers.
Ces notions permettent de s’orienter plus facilement dans l’élude des révolutions de l’Asie et de comprendre les causes de bien des conllits. En effet, deux grandes races, d'aptitude, d’énergie, et de destinées fort différentes, se partagent aujourd’hui encore l'Asie centrale : l'une appartient à la famille iranienne, l’autre à la famille touranienne ; mais il y a eu entre elles des mélanges, qui ont produit des peuples mixtes. Plus simplement, on peut partager ces peuples en sédentaires agriculteurs et nomades pasteurs, et, de toute antiquité, la guerre a été à l’état permanent entre les uns et les autres. Les sédentaires sont, pour la plupart, des Aryens ou Iraniens; les nomades sont des Touraniens.
Alexandre, avec quelques milliers de vétérans grecs, autour desquels se groupèrent les peuples sédentaires, renversa le grand empire perse, qui avait absorbé les anciens empires : assyrien, babylonien, mède ; il fonda, au centre de l’Asie, un grand État, la liactriane, qui, pendant cinq siècles, fut l’avant-poste glorieux de la civilisation grecque dans la haute Asie. Plus tard, les Grecs faiblirent, et l'établissement du royaume partlie, ou scythe, affirma, en Perse, la suprématie des nomades. Puis, la Bactriane et les colonies grecques de l’indus furent noyées dans le débordement des hordes scy Cliques.
L'Asie centrale fut alors livrée à l’anarchie la plus sauvage ; et, lorsque l'islamisme apparut, cette religion, si bien appropriée aux
L’ASIE
mœurs vagabondes du désert, dont la doctrine proclamait l’excellence de la vie nomade et enseignait que, « partout où entre la cliarrue, la honte entre avec elle », l’islamisme, en moins de dix ans, s’étendit des rives du Tigre aux pieds du Pamir.
Plus tard, de grandes incursions mongoles, venant du nord, ravagèrent les contrées plus fertiles du centre. Deux fois, les établissements des sédentaires furent emportés par un effroyable déluge des Mongols des steppes, qui, sous Gengis-khan d’abord, puis sous Timour (Tamerlan) 1 , inondèrent l’Asie jusqu’à la Méditerranée, à la Chine, et aux Indes.
L’empire mongol s’effondra après la mort de Timour, mais l’Asie centrale ne retrouva plus son ancienne prospérité.
L’arrivée des régiments russes sur les bords du Syr-daria et de l’Amou-daria, va ouvrir, sans doute, une nouvelle ère de progrès.
Comme un ressort trop pressé et qui se détend, les peuples européens refluent maintenant vers l’Orient. Les Germains poussent les Slaves ; ceux-ci poussent les Tartares. C’est la poussée vers l’est, le Brang nachOesten, comme disent les Allemands.
Depuis le xvm e siècle, ce mouvement s’est accéléré. Au nord, par les routes de terre, les Russes sont arrivés jusqu'à l’océan Pacifique; puis, ils ont commencé la conquête de l’Asie centrale , qu’ils poursuivent avec une étonnante rapidité. Au sud, par les routes de mer, que les Portugais avaient découvertes à la fin du xv° siècle, sont arrivés les peuples navigateurs : portugais, hollandais, espagnols, anglais, français.
1. Gengis-khan (1164 à 1227), dont la résidence était à Ivarakorum, au sud du lac Baïkal, soumet la Chine et la Corée, prend Pékin en 1215, traverse le Pamir avec 600,000 hommes, prend Boukhara (1220), détruit Samarkand, rase Balkh, la ville aux 1,200 mosquées, conquiert l’Afghanistan, passe aux Indes, tandis qu’un de ses fils traverse l’Oural et s’avance jusqu’au Dniepr; son empire s’étendait de la Caspienne à la mer de Chine.
Les conquêtes de Timour ou Tamerlan (1336 à 1405) furent encore plus prodigieuses. Parti de Samarkand, il conquit le Turkestan et la Perse, s’avança, au nord, jusqu’aux steppes des Kirghiz, dévasta la Russie méridionale, détruisit Azov ; de là, il courut sur les Indes, fit égorger sous les murs de Dehli 100,000 prisonniers, qui l’embarrassaient. H remplit niindoustan de sang et de ruines, revint sur la Syrie, ruina Baghdad, battit le sultan Bajazet à Ancvre et le fit prisonnier ; il courait sur la Chine, lorsque la mort l’arrêta en route. Son tombeau est à Samarkand.
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ASIE OCCIDENTALE
L’Asie occidentale, par son climat, ses cultures, l’origine de ses populations, se rattache au groupe des pays méditerranéens; dans l’antiquité son histoire se confond avec la leur.
Si de l’embouchure de l’Atrek, dans la mer Caspienne, on tire une ligne jusqu’à l’embouchure de l’Indus dans la mer d’Oman, on sépare à peu près la région de l'Iran, le pays d’origine des peuples aryens ou occidentaux, de la région du Touran, d’où sont sortis, comme nous l’avons dit plus haut, les Touraniens ou Orientaux.
A l’ouest de cet isthme iranien , les grandes régions naturelles sont :
Le Caucase et Y Arménie;
h’ Asie Mineure proprement dite, ou Anatolie ; avec ses dépendances : Syrie ; Palestine ; Mésopotamie ;
L’ Arabie indépendante.
Les pays du Caucase et la plus grande partie de l’Arménie appartiennent à l’Empire russe.
L’Asie Mineure, ses dépendances, et une partie de l’Arabie appartiennent à l’Empire ottoman.
Le reste de l'Arabie se partage en petits Etats musulmans indépendants, mais qui reconnaissent toutefois, pour la plupart, l’autorité religieuse du sultan, héritier de Mahomet.