‹ Résumé de l'histoire d'EspagneChapitre 10 sur 16 · TROISIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPOQUE

Depuis V invasion des Maures jusqu'au démembrement du royaume de Cordoue y et à l'érection du comté de Castille en rqyaume, de ']ii à 1028 (3i7 ans).

Nous alloDS voir l'Espagne sortir de nouveau de la barbarie par la conquête , et recevoir encore une fois du peuple Conquérant les formes d'une civilisation particulière qui n'avait pas du de modèle et qui n'a pas laissé d'exemple en Europe. Ce qu'il importe de remarquer, c'est que les Arabes maures , plus connus sous le nom de Sarrasins, étaient barbares eux-mêmes en sortant des plaines brûlées de l'Afrique. Le génie des arts et de la société ne se développa complètement en eux que lorsque , possesseurs tranquilles des ricbes contrées de l'Espagne du midi , ils furent oblige de donner un aliment nouveau à cette ar-

deur d'imagiDation que ne remplissaient plus l'enthousiasme du prosélytisme et la passion des combats.

Les historiens ne sont pas entièrement d'accord sur les causes de l'invasion des Maures. La critique sévère des modernes a rejeté l'histoire du viol de la fille du comte Julien par Rodrigue, dernier roi des Goths^ et elle a cru trouver dans l'ambitipn de ce sujet trop puissant poiu: tm si faible maître, des motifs sufBsans de sa tralûson. D'autres expliquent cet événement par les prétentions et le*ressentiment des enfans de Vitiza , et par l'influence de l'archevêque Oppas leur oncle. Il s'y a peut-être aucun inconvénient k adopter toutes ces traditions à la fois. Je ne sais d'ailleurs ce qu'on a trouvé de si romanesque dans une aventure que les mœurs de ces princes goths rendent si croyable. Nous avons parlé tout-à-l'heure d'un Theudisèle, déposé par la nation à cause de ses excès de ce genre. Les mêmes débauches sont imputées k Yitiza ; il ne devrait donc pas sembler si extraordinaire que Roderic eût imité ses prédécesseurs. D'ailleurs,

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il est peu de nations dans l'histoire chez qui l'on ne voie les outrages faits à la pudeur des femmes déterminer des soulèvemens et des révolutions, plus que tous les autres gestes de la tyrannie.

n y avait déjà long-temps que les Maures jetaient un œil d'envie sur ces belles plaines de l'Espagne , voisines de la mer, objet constant de la cupidité de tous les peuples qui les ont connues. Sous le règne de Récesuinthe, ils avaient ravagé les côtes de la Vandalousie; et sous celui de son successeur Yamba y ils avaient rassemblé d'importantes forces maritimes, qui annonçaient un projet de conquête. Yamba les vainquit, et deux cent soixante-dix vaisseaux sarrasins furent amenés en triomphe dans les' ports d'Espagne.

Roderic sortit de sa léthargie voluptueuse pour s'opposer à ces terribles ennemis. L'histoire lui accorde des qualités guerrières ; mais il avait perdu la confiance de la nation ; et tous les présages qui, chez le? peuples superstitieux , précèdent les grandes catastrophes annonçaient sa chute. Il combattit pourra

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tant à Xérès de la Frontera , nom tristement fameux dans l'histoire d'Espagne.

On assure que la perte de cette bataille fut décidée par la défection préméditée de Tarchevéque Oppas , qui , passant à l'ennemi au fort de l'action^ entraîna avec lui le corps de troupes qu'il commandai ^ Roderic n'imita point la fierté de ses brav^ ancêtres, qui ne connaissaient jamais que deux chances, la victoire ou la mort. Il prit la fuite et se noya honteusement en traversant le Bétis, ou Guadalquivir.

La rapidité des conquêtes des Maures en Espagne atteste à la fois la jeunesse de la nation victorieuse et la décrépitude de la nation vaincue. Telle fut , dit un écrivain national , l'épouvante qui s'empara de l'Espagne, que les places se rendaient spontanément. Le destin du petit nombre de celles qui tentèrent de résister, comme Tolède, était peu propre à encourager les autres. La conquête avait été commencée par les généraux Tarif et Àlbu^ara; Muza, qui gouvernait en Afrique pour le calife Valid, ne tarda pas à venir en personne.

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suivi d'un Douvel essaim de Maures , pour la continuer. Le petit tiomhre d'habitans qui parvinrent à se soustraire à l'esclavage ne trouvèrent un asile sûr que dans les cavernes ^es montagnes les plus inaccessibles. Enfin cinq ans s'étaient écoules à peine depuis le débar^ quement de Tarif, que toute l'Espagne fut co«rbée sous le joug musulman , à l'exception de quelques cantons stériles des Asturies, de la Cantabrie et de la Navarre, que les Maures ne purent ou ne voulurent pas occuper.

Muza ayant fini sa conquête retourna à Damas, chargé des dépouilles de l'Espagne et de l'Afrique, et suivi d'un cortège de prisonniers composé de la plus illustre noblesse des Goths. On dit que le calife ne récompensa ses éclatans services que par un châtiment ignominieux. Il avait laissé le gouvernement de la péninsule à son fils Abdelazis^ prince qui avait su mériter l'altachement du peuple vaincu. Abdelazis avait épousé Egilone, veuve de Roderic. Rien n'est plus fréquent dans l'histoire d'Espagne , que de voir des princesses dé-

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solées Cousant les destructeurs victorieux de leurs maisons. Abdelazis ne fut pas plus heureux que son père : ce dernier avait eu l'ignominie et la captivité poiir prix de ses victoires } l'autre eut l'assassinat pour prix de sa modération et de ses vertus. 11 paraît que son mariage avec la veuve chrétienne de Ro^ deric le fit suspecter de quelque projet contraire aux intérêts de l'islamisme.

Ces sortes d'alliances entre Maures et Chrétiens, qui devinrent trèé-fréquentes dans la suite, devaient, dans l'origine, choquer violemment les idées des deux nations. Il fut remplacé par le féroce Ayoub , son oncle et son assassin. Celuici fit la conquête de la Galice gothique. Toute l'antique monarchie des princes visigoths se trouva alors réduite à quelques régions âpres et montagneuses du pays le plus délicieux de l'Europe.

Une poignée de Ooths^ réfugiée dans les cavernes sauvages dos Asturies , élut pour chef Pelage , prince du saog royal, échappé , dit-on , au désastre*de Xérès.

Quelques auteurs mentionnent avant lui Théodomir; qui, après avoir été fait

DE l'histoi&e d*es»agne. qB prisonnier à la même bataille et emmené à la suite de Muza, aurait obtenu sa liberté du calife Yalid. Tout le com^ mencement de cette histoire est fort obscur , et la suite oÔre bien plus d'obstacles encore. Plusieurs principauti^, avec le nom fastueux de royaume , s'élèvent à coté les unes des autres , se mêlent , se divisent de nouveau^ e% s'anéantissent enfin pour /aire place à de moins nombreuses et plus vastes aggrégations politiques. Même marche du côté des Maures. Ils s'affranchissent de la suzeraineté des califes de Damas ; et tout le littoral de la Méditerranée^ depuis Valence jusqu'au détroit, devient le théâtre de leurs guerres civiles, en même temps que l'intérieur de l'Espagne leur oppose les Chrétiens pour cons.tans ennemis. Ce qui sauva ces derniers et prépara, au bout de plusieurs siècles d'occupation victorieuse, la libération de l'Espagne, c'est à coup sûr l'imprudence de ces discordes perpétuelles entre les Musulmans. Il faut remarquer, au aprplus^ que ^enthousiasme religieux, chrétien ou musulman, ne tarde pas à s'énerver, et que les intérêts de la foi

fléchissent constamment devant ceux de la politique, quand il y a opposition entre eux. Il est très-ordinaire de voir les ambitieux des deux nations chercher les uns chez les autres un appui pour leurs prétentions ou une ressource pour leur ressentiment. L'Espagne, livrée pendant huit siècles à ce conflit de guerres intestines , et couverte de royaumes catholi^ ques et musulmans , ressemblait au corps de ce géant de FArioste dont les membres séparés conservent encore chacun une vie organique indestructible : tant cette terre était féconde en ressources, tant elle était faite pour la civilisation et la prospérité !

Alahor^ successeur d'Ayoub , conduisit le premier une armée au-delà des Pyrénées , pour donner un aliment à Tinquiète rapacité des Maures. On vit les bannières de Mahomet flatter sur le sol de la Gaule dans toute la partie que comprenaient sous les Romains la première et la seconde Narbonnaises. Dans une seconde expédition ils perdirent une sanglante bataille sous les murs de Toulouse , qui était demeurée en leur- pou-

DE L*HISTOIRE d'eSPAGNE. 9S

voir depuis la première. Chassés à cette époque, ils reparurent avec le vice- roi i^dalrahman ^ et vinrent asseoir leur camp non loin de Tours, dans les plaines immortalisées par leur défaite. C'est là que Charles Martel acquit des droits au trône ^ en sauvant la monarchie. Sans lui la France eût peut-être été musulmane, et l'Espagne serait restée soug le joug du Croissant; car si les Sarrasins se fussent établis dans les domaines visigothiques de la Gaule, les Pyrénées n'eussent été pour ces deux divisions d'un même peuple qu'une commune forteresse et un réciproque point d'appui.

Une troisième irruption eut lieu dans l'ancienne province romaine , et la ville d'Arles resta quelque temps au pouvoir des Musulmans ; mais' enfin rejetés de nouveau au-delà des Pyrénées^ ils ne furent plus tentés de les repasser.

Il paraît même que les Maures, après avoir conçu l'espoir de soumettre une partie de la Gaule , craignirent à leur tour d'être un sujet de tentation pour l'audace entreprenante des Francs. C'est ce qui explique l'alliance que fit avec

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Pépin , roi de France , le deuxième Abd^rame. Quelques historiens ont mis ce traité sur le compte du premier, après l'avoir fait périr a la bataille de Tours. L'Espagne , façonnée à la servitude par la domination successive des Romains et des Goths, perdit bientôt ce qui lui restait de son antique caractère dans l'adoption des mœurs de ses nouveaux maîtres. Les tribus nombreuses de la nation arabe , qui vinrent profiter des fruits de la conquête, renouvelèrent presque en entier la population chrétienne, détruite par les ravages de la guerre. La légion royale de Damas s'établit à Gordoue, celle d'Ëmèse à Séville^ celle de Ghalcis à Jaen, et celle de la Palestine à Algézîre et à Médina- Sidonia. Les naturels de l' Arabie-Heureuse et de la Perse se dispersèrent dans les environs de Tolède et dans les contrées intérieures; les états de Grenade devinrent le partage de dix mille hommes de cavalerie de Svrie et d'Irack, qui tiraient Jeur origine des plus puissantes et des plus nobles tribus de l'Arabie.

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Dès que la possessioa assurée de ces contrées opulentes eut altéré la simpli* cité des mœurs prinlitiv es , des ambîtfons rivales commencèrent à les ensanglanter. LesAbbassides^etles Ommiades embrasèrent l'Orient d'un incendie dont les étincelles Vinrent en allumer un autre sur les bords du Guadalquivir. Un rejeton proscrit de la maison des Ommiades , échappé aux fureurs de ses rivaux d'Asie, trouva en Espagne un parti disposé à soutenir ses prétentions. Le drapeau blanc , qui distinguait cette faction, flotta de nouveau sur les cohortes musulmanes fidèles à la postérité de Ma« homet; et la victoire ayant sanctionné ses droits , ce premier Abdérame fonda le califat du royaume de Gordoue.

Là , commence cette époque de prospérité, de grandeur et de magnificence des souverains maures, dont les récits, sans être exagérés, semblent plus tenir des fables orfentales que de l'ordre des possible. Les arts de l'imagination , et même les sciences exactes, suivirent cette rapide progression des richesses.

Les historiens qui ont recherché les

qH résumé

sources de cette grande opulence , à laquelle ne pouvait se comparer celle d'aucun souverain de l'Europe de ce temps, s'accordent à trouver la plus féconde de toutes dans l'inépuisable fertilité d'un sol exploité avec autant d'assiduité que d'intelligence. Les Maures d'Espagne passent pour av6ir été les premiers agriculteurs du monde. Jamais , depuis eux , les plaines du Guadalquivir n'out paru si fertiles. Sous l'un des successeurs immédiats d'Abdéfame, elles nourrissaient déjà douze mille villages.

Dans les palais de ces califes, l'argent et l'or étaient prodigués aux usages pour lesquels le luxe de nos princes d'aujourd'hui fait beaucoup en employant les métaux vulgaires. Douze mille Cavaliers, armés de cimeterres à poignées d'or , vêtus avec une somptuosité guerrière éclatante, accompagnaient le calife Abdérame lorsqu'il sortait de sou palais. On croit tout cela à l'aspect de ces magnifiques constructions qui ont servi de résidence aux califes dans les anciennes capitales de leurs diverses dominations^ telles que Grenade, Séville, Murcie et

Gordoue. Cependant il ne reste que les ruines du palais qui paraît avoir été le plus prodigieux, par les immenses dépenses que son érection suppose; je veux parler de celui d'Arizapha , que le troisième Abdérame fit construire , h trois lieues de Gordoue , pour sa maîtresse favorite. Douze cents colonnes de marbre d'Espagne et d'Afrique, d'Italie et de Grèce , soutenaient et décoraient ces voûtes pompeuses et ces murs incrustés d'or et de perles. Les historiens prétendent que le spectacle de tant de richesses était encore surpassé par Ib prestige des charmes de cette Zehra y pour qui elles avaient été accumulées. Quoi qu'il en soit , les tableaux d'une si rare magnificence, à jamais perdue, seraient aujourd'hui bien stériles, si l'histoire, après les avoir tracés, n'avait pas à dire qu' Abdérame , le puissant possesseur de tant de biens , n'était pourtant pas satisfait. Ge prince écrivit lui-même cet aveu mémorable , que, durant cinquante an»

du règne le plus fortuné, le nombre de ses jours réellement heureux n'avait pas excédé celui de quatorze.

loo Résuml

Ce qu'il nous importe, au surplus , de constater, dans le rapide aperçu que nous avons à présenter de cette époque , c'est la situation des peuples; car nous n'écrivons nullement pour faire une fastidieuse nomenclature de règnes, ou pour donner des détails biographiques sur des princes qui, pour la plupart, ont acquis peu de droits à l'attention de la postérité. Cette manière de traiter l'histoire , qui n'est plus avouée par une saine philosophie critique, peut d'autant moins être la nôtre , que dans les proportions si restreintes de notre cadre , nous avons seulement les principales époques et les grandes masses à présenter.

Il paraît que l'Espagne sarrasine fut opprimée et malheureuse jusqu'à l'érection du califat de Cordoue. Il est évident qu'avant que les vice-rois maures se fussent érigés souverains ind^endans de Damas , une situation nécessairement précaire devait rendre leur administration violente , inquiète et avide. Révocables à la volonté des califes , et ne se maintenant qu'à force de tributs,

DE l'hISTOI&E D*ESPÂ61fE. lOI

ils devaieot accabler le peuple d'exactions affreuses. L'état des choses pour* tant ne changea pas tout-à-<:oup lorsque l'indépendance eut été déclarée. D'abord les guerres civiles dont elle sortit durèrent assez long- temps ^eC les princes du royaume des Asturies, successeurs de Pelage, les fomentèrent avec habileté j pour se préparer des moyens d'agrandissement. SouSi Mervan , ou Marvan, dernier calife ommiade en Orient, le roi d'Oviédo, don Alphonse, sur- "^r nommé le Catholique , s'était déjà rendu Qq^^ maître de tout le pays d'entre le Duero et le Minho , et depuis les montagnes de Burgos jusqu'au Duero. Sous les cinq derniers vice -rois, le même Alphonse porta la terreur^] usqu'au pied des montagnes qui séparent les deux Gastilles, et continua ses conquêtes dans le Portugal* Ainsi sous ces premiers maîtres étrangers, amovibles, dépendans d'un vice-roi d'Afrique , qui dépendait lui-même des souverains de Damas, l'Espagne ne présentait que le triste tableau de la dévastation et de la misère. Ses campagnes étaient désertes , ses villes sans com-

mèrce, sans arts, ses ports sans vaisseaux; et, vainqueurs et vaincus, également malheureux, également esclaves, n'avaient d'autre industrie que la révolte, et, après la révolte, d'autre ressource que l'exil. Ou voit souvent des villes se liguant contre leurs vice-rois avec les Chrétiens des Asturies^ et favorisant même les invasions des Français , qui se permirent plusieurs fois ces représailles contre les descendans de ceux qu'avait exterminés Charles-Martel.

7^0 L'Espagne sortit comme par enchaug^ tcment de ce chaos sous le premier Ahdérame.

On demandera par quels puissans moyens il opéra cette métamorphose; nous répondrons , avec les historiens du temps , unanimes sur son compte , qu't/ se livra tout entien aux devoirs de la royauté. Peut-être, aux yeux de quelques moralistes rigoureux , le goût de ce prince pour la magnificence et les plaisirs sera en contraste avec cette assertion y cependant n'avons-nous pas dans nos annales des princes à qui nous décernons avec raison, les titres de bons,

DE l'histoire d'espagne. ioS de grands , de justes , et qui ue furent pas exempts des mêmes faiblesses ?

Abdërame sentit le besoin qu'il avait de la paix pour améliorer la situation de ses peuples^ et il commença par l'obtenir de tous ses ennemis. INous avons déjà parlé de son traité d'alliance avec Pépin. Il en fît un autre , qui fut au moins une assez longue trêve, avec don Aurèle, roi des Asturies et de la Galice , et le renouvela avec le fils de ce roi.

Il accorda à ses sujets chrétiens la tolérance la plus absolue; et si, obéissant à la loi du Prophète , il prit des moyens pour augmenter le nombre des Groy^Tus, ils furent ceux de la douceur et des bienfaits. Il favorisait les mariages entre Musulmans et Ghrétiens, et comblait de faveurs les apostats du christianisme. Il faut avouer que si ces apostasies furent nombreuses , l'Eglise espagnole put se consoler par la constance de quelques-uns de ses confesseurs, dont la foi triompha et des séductions et des supplices ; mais il est bon de remarquer en même temps que ces persécutions, dont les ' Gbrétiens d'£spagne se sont énor-

io4 nisuMi

goeillis y furent provoquées par les excès d'un zèle turbulent et séditieux. Les princes tnusulmans usèrent , pour rëpri- 'mer ce fanatisme, d'une telle indulgence^ que l'on voit, en 85^, le deuxième Abdérame assembler dans sa capitale, la ville de Cordoue^ un concile pour faire décider qu'il était entièrement contre l'esprit du christianisme de troubler l'état pour obtenir l'honneur du martyre. Ferreras et Mariana ont parlé du concile de Gordoue comme d'un conciliabule ; ce sentiment n'est pas soutenabie. La décision de ce concile est tout-àfait dans l'esprit dé l'Eglise et conforme aux anciens canons.

Ce qui contribua le plus ii l'anéantissement du culte chrétien dans les états de cet habile prince , ce fut la vacance des sièges épiscopaux, qu'il fit durer par la simple privation des grands avantages matériels attachés à la dignité d'évéque.

11 n'eut bientôt plus qu'un peuple ; et ce peuple , sorti de la longue tourmente des guerres civiles , tom*na toute son activité vers l'industrie. Un commerce actif avec la Grèce et avec l'Asie Mineure

SE l'histoike d'espaoue. io5 amenait les floites de Byzance dans ses porls y et fournissait d'abondans débouchés à ses riches produits.

La politesse des mœurs et une exquise élégance dans les habitudes de la vie vimrent rapidement à la suite de cet état de florissante prospérité. Les femmes , qui , ayant secoué le joug des usages austères et tristes de l'Orient, avaient quitté la condition d'esclaves pour prendre celle de reines, contribuèrent puissamment au perfectionnement de ces mœurs nouvelles. Il y eut un art de plaire; il fallut se disputer leur possession, en excellant dans ces jeux guerriers qui furent depuis adoptés dans toute l'Europe. Les premières traditions chevaleresques ont -elles découlé du N<Nrd avec ses barbares, ou reflué de l'Asie avec ces Arabes qui, au sortir de l'Afrique , étaient des barbares aussi? C'est un point fort controversé, et nous n'entreprenons pas de trancher la âi£Eiculté.

E4QLfin tout ce que l'imagination peut se figurer d'opulence dans les villes , de splendeur dans les palais ; tout ce que le

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développement de la civilisation mo-* dernea introduiiJKi'élégance et d'arbanitë dans DOS usages; ce culte pour la beauté, qui va jusqu'à l'idolâtrie y et qui remet aux mains du sexe le plus faible l'empiie des moeurs; des voluptés sans mollesse ^ et l'esprit belliqueux se maintenant dans la décadence de l'état politique ; tel est le spectficle attrayant et singulier que les Arabes d'Elspagne ont donné au monde au milieu de ces ténèbres de barbarie qui couvraient le reste de l'Occident.

£t pourtant ces peiiples si braves , si ingénieux y si propres à réussir dans les arts de la paix comme dans ceux de la guerre , ne fondèrent sur le sol de la riche Espagne que des états sans force et sans durée, pour avoir méconnu les avantages et la puissance du lien fédératif. •

Nous allons suivre la marche et les progrès de la monarchie chrétienne renaissante. Ses commencemens furent faibles , ses vicissitudes longues et pénibles ; mais elle avait, dès le principe de sa restauration , des gages certains d'ac-

DE l'histoire d'eSPAOVE. 107

croisseinetit et d'avenir : le courage , les mœurs, la liberté, et la religion qui, rendue par le malheur à sa destination primitive, redevint, pour un temps, favorable à la liberté.

Le royaume des Asturies, dont les montagnes avaient servi d'asile à Pelage et à ses compagnons, est le premier qui reparaît sur la scène politique. Borné d'abord dans les limites du territoire d'Oviédo et de ses dépendances , il s'agrandit, dans l'espace de moins d'un siècle, de la province de Galice et de celle de Léon , c'est-à-dire d'une bonne partie de l'ancienne Cellibéiie. Ses premiers progrès sont l'ouvrage d'Alphonse le Gailiolique^ qui meurt en 767, laissant la couronne à Froila , ou Fruela, qui périt assassiné au bout de peu d'années. Le règne de ce prince est remarquable par la tentative qu'il fit derdformer les mœurs des ecclésiastiques ,èn les^ obligeant de renoncer h leurs con- .cubiues. Des historiens nationaux disent sus mugeres , ce qui ferait supposer que les prêtres de ce temps s'étaient soustraits à la loi du célibat. Quoi qu'il en soit, cet

io8 &ipj]ti

usage était, au témoignage des même»

historiens, contraire aux canons invoqués par les conciles du temps. Ce zèle pour la régularité canonique ne l'empêcha pas d'assassiner son frère SimAran» Il est assassiné à son tour par son cousin Aurèle.

Silo, Bermude, avec Alphonse II, Mauregat, Alphonse le Diacre et Al* phonse le Grand, remplissent de leurs règnes peu mémorables la dernière moitié du VIII» siècle.

Alphonse II mérita pourtant les surnoms diversement honorables de Chaste et de Victorieux, Il obtint le premier pour s'être toujours tenu à une rigoureuse distance de la couche nuptiale , et , selon quelques auteurs , pour avoir refusé au calife de Gordoue l'infamant tribut de cent filles chrétiennes : tribut consenti par l'usurpateur Mauregat envers Abdérame qui avait favorisé son usurpation.

Il obtint celui de Victorieux pour avoir remporté de grands avantages sur les Sarrasins , avec lesquels il avait été long-temps en bonne intelligence. C'est

au règne de ce prince que se rapportent les amours de sa sœur Ghimène avec le comte de Saldagne, don Sancho Diaz, et les singulières, prouesses du fruit de ces amours , le célèbre Bernard de Carpio , héros si connu des romanciers. Des cri-^ tiques sévères prétendent que cette Chimèoe n'a jamais existé.

On place encore sous ce règne la découverte du tombeau de ce fameux saint Jacques de Çompostelle , et les ex^ ploits de Roland à la bataille de Ronce^ vaux y qui se réduisent à la défaite d'une partie dç l'arrière-garde de Charlemagne par les montagnards des Pyrénées. Al* phonse ne fut jamais en. guerre avec la France.

La Navarre est érigée en royaume à la même époque : son premier souverain est Garcie Ximenez , qui mem^t en 880. Auparavant elle faisait partie de la province d'Aquitaine y et les comtes de Gascogne , qui la gouvernaient , avaient rejconnu pour suzerains les enfans de Louis le Débonnaire.

Les événemens les plus remarquables de la fin du ix« siècle , sont les descentes

I lO RÉSUMÉ;

des Normands dans la Galice et TAndalousie; fls vinrent ravager cette dernière province après avoir été chassés de la Galice par la valeur du roi don Ramire.

Le comté de Barcelone , qui se forma à la même époque , fut une concession des rois de France , comme la Navarre avait été un démembrement de leurs domaines.

Au commencement du x* siècle, le royaume de Léon et des Asturies , qui s'était agrandi par les travaux de plusieurs princes guerriers, au nombre desquels il faut citer surtout les trois rois du nom d'Alphonse, est de nouveau menacé par les armées musulmanes, qui envahissent la Navarre. Tant de défaites accumulées depuis plus d'un siècle n'avaient pu décourager les Maures; ils renouvelèrent leurs attaques avec des forces considérables augmentées des secours lie TAfrique ; ils avaient déjà pris Agreda , Tarragojoe, Tudela , Logrono, Vicaria et Najera , lorsque les deux armées se rencontrèrent au Val de la Junquera : le choc fui terrible; les

B£ LHISTOIILB ]/eSPACN£. III

Chrétiens le soutinrent courageusement; mais enfin ils cédèrent au nombre et furent mis en pleine déroute. L'évéque de Tyr et celui de Salamanque ^ qui combattaient avec le roi Ordogno II , furent faits prisonniers. Les rainqueuts ayant poursuivi leur victmre jusque dans les hautes vallées de la Navarre , profitèreijt de l'occasion *pour passer encore une fois les montagnes , et portèrent leurs hostilités jusqu'aux murs de Toulouse. Mais pendant cette imprudente expédition, Ordogno, qui avait eu le temps de rallier ses troupes, fait une irruption dans les états des Mahométans, et porte le ravage sans résistance jusqu'auprès de Gordoue. D'un autre côté , les Navarrois surprennent l'armée musulmane à son retour, la taillent en pièces, lui enlèvent tout son butin , et recouvrent peu à peu toutes les places que les infidèles leur avaient enlevées.

Quelques années après, Abdérame^II, à la tête d'une armée de cent cinquante mille hommes, pénètre jusqu'au centre de la Gastille et détruit toutes les places qu'il trouve stu* sou passage. Ramire IL

M 2 KÉSVKÈ

va voir saint Jacques , voue un trib^t de blé au saint pour obtenir la victoire y et de concert avec les comtes de Castille et le roi de Navarre il défait les Musul- $3S. mans , le 6 aoàt y à Simancas , près du confluent de la Puiserga avec [le Duero. Les comtes de Castille se révoltent, ils étaient vassaux des rois de Léon , et ils songeaient déjà à se rendre indépçndans , comme ik le firent un peu plus tard. Ordogoo , deuxième du nom^, les fait étrangler; sous son successettr, Alphonse IV, prince très-méprisé de ses sujets, les Castillans eux-mêmes provoquent de nouveau l'acte d'indépendance } mais à la manière des peuples d'alors, c'est-à-dire que , changeant seulement de maître, ils se contentent d'en qélire parmi eux. On suppose cependant qu'irrités de l'assassinat de leurs comtes , ils avaient commencé par s'ériger en république, sous le gouvernement de deux juges , dont l'un était chargé du civil et l'autre du militaire. Ce fait n'est pas admis par la majorité des historiens; mais il n'y aurait rien d'étonnant que lies résultats de cette insuf-^

DE l'histoire n'ESPAOITE. Il 3^

usante et mauvaise division les eussent ramenés de nouveau sous le pouvoir absolu. Le pays de Cas tille a^^k été arraché aux Sarrasins par la vafflir de ces comtes, qui étaient restés feudataires du royaume de Léon. Les enfans de ceux qu'Ordogno avait fait périr par une insigne trahison se révoltèrent de nouveau, et c'est probablement pendant le temps de leur captivité qu'eut keu cet essai de république dont nous venons de parler. Les incursions des Sarrasins contre lesquels ces chefs avaient signalé leur valeur d'une manière éclatante , forcèrent les grands et le peuple de les réclamer du roi de Léon; ils furent mis en liberté , et la réconci* liation fut cimentée par le mariage de doua Urraque avec le fils d'Ordogno, encore enfant. C'est pendant la minorité de celui-ci, appelé Ramire III; que le fameux comte de Castille, Ferdinand Gonçalez, père d'Urraque, ayant encore plus étendu sa réputation par une suite de succès nouveaux contre les infidèles, se rendit tout-à-£adt indépendant. A la fin du x* siècle^ la Castille prend

ii4 nésuMié

rang entre les royaumes de Léon et de Navarre : on a déjà remarqué que Léon com|^aait la Galice el les Asturies ; le mou^ffiient d'agglomération politique prenait donc un peu de vigueur.

C'est à cette époque qne Ton voit un prince chrétien ^ Sanche, frère d'Ordogno III, aller à Cordoue pour se faire traiter d'une hydropisie par les médecins arabes , qui jouissaient d'une grande réputation : preuve remarquable de la confiance qui régnait entre les Chrétiens et les Musulmans , et surtout de la magnanimité de caractère qui distinguait ces derniers. Abdérame II était alors sur le trône de Cordoue } il fut touché de la situation du prince chrétien , dont les comtes de Cas tille venaient d'usurper le trône ; car à peine affranchis , ceux-ci voulurent faire des esclaves. On voit alors le prince musulman de Cordoue uni avec le roi de Navarre et le roi- de Léon, pour remettre ce dernier en possession de ses états, ce qui arriva en effet.

La révolte des comtes de Cas tille avait eu trop de succès pour n'être pas ^'ua

DE L*HISTdHlE d'eSPAONE. 1i5

exemple contagieux; Dans (e temps même où Fernand Gonçalez proclamait son indépendance, un autre Gonaalre, gouverneur des principales villes du haut Portugal pour les, rois de Léon, en faisait autant : celui-ci fut moins heureux y il fut vaincu , obtint son pardon y et empoisonna son roi.

A la fin du x^ siècle y toutes ces principautés naissante^ furent à la veille de retomber dans le néant. Le célèbre général d'Haccham II, successeur d'Abdérame III, Almaïuor, guerrier plus redoutable qu'aucun de ceux qui , depuis la conquête^ avaient fait la guerre aux Chrétiens , envahit le royaume de Léon, et ne laissa de cette capitale qu'une seule tour pour attester qu'elle avait existé et péri. La nécessité de se conserver engagea enfin les princes chré* tiens à mettre un terme à leurs divisions : les rois de Léon , de Gastille et de Navarre , réunis , vainquirent Almanzcr dans une bataille où , de part et d'smtre» s'il faut en croire les historiens , l'acharnement fut incroyable , puisqu'on se battit depuis le matin jusqu'à la nuit.

XI & RésUMiÉ

Almanzor fut un très- grand homme r les Chrétiens^ attirés par ses libéralités^ ' et par sa gloire^ allaient en foule se ranger sous ses étendards; l'on dit que jamais , dans la distribution de la justice, il ne mit de différence entre un Chrétien , un Juif et un Mahométan. Plusieurs de ces princes musulmans ont eudes qualités et des talens d'un éclat prodigieux, et il faut bien que cela soit, puisque des écrivains catholiques le ra-> content..

tfi^i' Trente ans pluis tard lé comté de Castille est érigé en royaume en faveur d'un fils du roi de^ Navarre , Sanche le Grand, héritier par sa femme dh dernier comte de Castille, Garcie Sanchès, mort sans postérité. Ce roi de Navarre, à sa mort, donna lieu à la naissance de deux autres royaumes , par la faute qu'il -fît, et que faisaient communément tous ces princes, de partager ses états entre ses quatre fils , en donnant à chacun d'eux le titre de roi : de ces deux nouveaux royaumes, l'un tombe presque aussitôt, et l'autre reste, c'est celui d'Aragon.

Le beau royaume de Cordoue se àér-

DE l'hISTOIEE d'eSPAGITE. XI7

membrait en même temps par l'effet io3o des guerres intestines des Musulmans ; ^ et l'occasion était belle pour les Chré-> tiens ^ s'ils avaient su la saisir. C'est à cette époque que commence la décadence de la prospérité musulmane , fondée, comme nous l'avons vu, par Abdérame 1*^, vers le milieu du viii** siècle. Après une anarchie de peu de durée, le trône de Cordoue reste au plus fort ou au plus habile des compétiteurs, et les autres vont, chacun de son côté , se faire rois à Tolède , à Valence , à Orihuela , à Saragosse ; de sorte que presque toutes les grandes villes de cette monarchie deviennent des souve* rainetés : de là tant de royamjÊks en Espagne , et cette multitude ^rtitres que le roi d'Espagne conserve encore aujourd'hui.

Ferdinand 1", de concert avec son frère le roi de Navarre, déclare la guerre à Vérémond Ilï, roi de Léon et des Asturies , le défait , le tue , et réunit ses états au royaume de Gastille : voilà donc un royaume dont nous sommes débarrassés.

Il8 B.iésuMi

La tDort de Yérémond mit fin à la seconde race des rois Golhs , issue de Pé-' lage et d'Alphonse le Catholique. 11 j avait trois cent vingt ans qu'elle occupaît le trône des Asturies et travaillait à délivrer l'Espagne du joug des infidèles; cependant elle avait à peine re^ couvre la moitié de ce que les Maures avaient conquis en trois ans : les Maures possédaient encore des provinces consi^ dérahles ^ dont le territoire s'étendait le long de la Méditerranée, depuis les Pyrénées jusqu'au rocher de Gibraltar , et côtoyait l'Atlantique , depuis la pointe de Tarif jusqu'à l'embouchure du Tage; au-delà de ce fleuve^ jusqu'au Duero, ils coM^vaient aussi des places împortantesilp'olède et une partie de la nouvelle Castille étaient occupées par les Maures, et Barcelone obéissait à un émir sarrasin.

Cette longue chaîne de côtes maritimes leur donnait à peu près tout le commerce de la péninsule. Ajoutoi» que l'émigration africaine ne discontinuait pas , moyen rapide de réparer les pertes que la guerre faisait éprouver à la po-

DE l'bistoxrs d'espagne. 1119 palation. Les princes chrétiens étaient kan d'avoir les mêmes ressources^ et c'est ce qui doit, donner ]a plus hante idée de leur courage et de la constance de leurs efforts.

Ferdinand I«r, célèbre dans les annales castillanes, quand ce ne serait que par le rang qu'il tient dans Tordre chronologique des commencemens de la nouvelle puissance, eut quelques talens guerriers, mais il ne fut qu'un scélérat. Il se délivra par la trahison et l'assassinat de son beau-frère et de son frère ; 4'un était roi de Léon, et l'autre de Navarre. Cependant, comme il fut zélé catholique, et assez heureux pour rendre son tributaire le roi maure de Tolède j comme , principalement, il eut un grand respect pour les évéques, les historiens en ont fait un honnête homme, et, qui plus est, un saint. Il se prosterna, h la veille de mourir, devant les reliques de saint Isidore, et prononça d'édifiantes paroles.

a Puis, dit un Jésuite, il expira douce- » ment entre les bras de plusieurs évé- » ques , et couronna ses lauriers mili- » taires de la palme céleste. Les évéques

» édifiés s'écriapent : O la belle mort ! n Au surplus , le règne de ce prince est remarquable par quelques essais utiles de législation et de police. Il convoqua, io5o. ^ Coyança , un concile national , qui fut une espèce d'assemblée d'états , comme on le voit par ses canons. Le quatrième canon défend aux ecclésiastiques l'usage des armes , si bien établi alors en Espagne, que les évêques suivaient presque toujours les rois à la guerre. Le neuvième ordonne que, pour l'administration de la justice 7 on se conformera , dans les états de Léon et de Galice , des Asturies et de Portugal , aux lois du roi don Alphonse, père de la reine; et en Castille, aux privilèges et aux lois du comte don Sanche. Ainsi il est certain que , malgré la réunion , les deux royaumes conservèrent leurs lois particulières. Le roi les confirma à la fin de ce concile , et l'on prononça l'excommunication contre les transgresseurs.

Les exploits du fameux Rodrigue Diaz de Yivar, si connu sons le nom de Cid^ appartiennent au règne de ce

DB l'hISTOI&B B ESPAGNE. 12 Z

prince. Le plus grand service qu'il ait renda à son maître est , si Ton s'en rapporte à quelques historiens ^ de l'avoir empêche, par sa fermeté, de se reconnaître fendataire de l'empereur d'Allemagne. Mais on ne conçoit pas trop à quel titre les empereurs auraient pu prétendre transformer l'Espagne en fief de l'Empire.

Ferdinand I*', à sa mort, laisse encore 1064. ses états divisés entre ses trois enfans. La guerre s'allume, comme de raison, entre les frères ; et , par la victoire de SanchC; dit le Fort ^ roi de Castilie, secondé du Gid^ le royaume de Léon est de nouveau réuni à l'autre. Il dépouille successivement ses autres frères dé leurs provinces respectives, et enlève même à ses sœurs les villes dont se composait leur apanage.

Jetons un dernier coup-d'œil sur cette troisième époque que nous venons de parcourir si rapidement. Quatre rojaur mes sont sur la scène : Léon, Castilie, Navarre , Aragon. Embrassant plus d'espace^ nous verrions surgir aussi le Portugal, d'abord sous le titre de comté

1%% miétmcé

indëpendani , et bientôt sons celai de royaume , qu'il ne perd plus. Mais nous n'aurons pas à nous occuper autrement de son histoire; elle est entièrement à part de cirfle d'Espagne, el elle a ses phases particulières. D'ailleurs l'importance que ses accroissemeiis et ses conquêtes dans l'Inde donnentà cet état, dès l'aurore du xv** siècle, après la découverte du passage par le cap de Bonne- Espérance, exige un travail particch* lier.

Nous avons remarqué que ces royaumes étaient toujours fractionnés à la mort de leurs souverains, chez qui les sollicitudes de la paternité prévalaient très*souvent sur l'intérêt de la conservation politique. Il semble étonnant que les peuples misseat si peu d'obstacle à ces arrangemens, et qu'en pareil cas ils ne recourussent pas aux cortès et au droit de se choisir un maître. Or, cette inertie de leur part ne saurait s'expliquer que par la tendance nattirelle que les provinces d'EspagA« ont à s'individualiser, si l'on peut ainsi dire. Elles se révoltaient quekiuefois lorsqu'on you-

DE li'HISTOIllS 9'espàgne. ]a'i lait lés réunir, jamais lorsqu'il, était question de les séparer « Aucun pays n'est, par sa constitution physique et morale , plus rebelle à une agglomération politique absoltte. Cette réunion cohérente , que la nécessité de résister aux Musulmfl^ns ja'âvait pu effectuer, ne s'est faite qu'après des siècles, et par des moyens yiolens.

Au reste, cette tendance était puis^ samment aidée, comme on l'a vu, par les moyens mêmes que prenaient les princes pour s'agrandir. Au mépris des liens du sang^ ils se dressaient continuellement des ^embûches , et se massacraient pour se dépouiller sans pudeur les uns les autres. Ces féroces inimitiés étaient épousées par les peuples ^ et entretenaient l'impossibilité d'une fusion absolue.

Il est assez itiutile de dire qne^ dans un tel ordre de choses ^ le peuple était opprimé et très-malheureux. Le désespoir lui mit souvent les armes à la main. Mais les seigneurs, les comtes et les rois, toujours prêts à s'entre-égorger, s'entendaient fort bien lorsqu'il s'agissait de

ia4 mÉavuà

réduire leurs sujets. La plupart de ces seigneurs étaient des tyrans^ coihme partout, à la même époque, dans la vieille Europe , hérissée tout entière de féodalité. Leurs châteaux étaient des cavernes de brigands , d'où ils portaient le ravage, le fer et le feu sur les contrées environnantes. Plusieurs rois eurent la bonne mais inutile intention de réprimer le désordre. La force nécessaire leur manquait; ils avaient eux-mêmes beaucoup de peine à défendre une autorité si souvent contestée par ces comtes ou gouverneurs des villes, tous trop puissans vassaux. Ils en avaient d'ailleurs besoin contre les Sarrasins.

Les lois portées dans les divers conciles nationaux n'étaient pas mauvaises pour le temps, mais leur promulgation était vaine. Quoique les rois rendissent la justice eux-mêmes, leurs décisions n'avaient de force en effet que contre le citoyen indigent et malheureux, et elles devenaient un moyen de plus d'oppression entre les mains des nobles^ chargés de les faire exécuter dans leurs domaines.

DE l'histoiee d'espagne. isS

Cependant on élevait de toutes parts des asiles à la piété, des retraites à la pénitence , et jamais on ne multiplia tant les monastères. Mais les réformes réclamées à grands cris par les conciles du temps, prouvent quel était l'excès du scandale dans le régime monastique.

Le deuxième canon du concile tenu à Coyança par Ferdinand P' de Castille , ordonne que tous les monastères observeront la règle de saint Benoît , et seront soumis aux évéques. Les mœurs des ecclésiastiques étaient l'objet de censures non moins vives. Le concile d'Iria , io56. tenu vingt ans avant celui de Coyança, ordonnait par l'un de ses canons que les prêtres et les diacres mariés quitteraient leurs femmes et feraient pénitence. Un 2utre concile tenu à Girone en même temps que celui de Coyança^ condamnait de nouveau les ecclésiastiques simo- io58. niaques et concubiuaires.

Il paraît que les seigneurs pouvaient s'affranchir d^l'obéissance envers le «ouverain, en lui remettant les fiefs qu'ils tenaient de lui ; et ils pratiquaient cette renonciation lorsqu'ils voulaient

aller servir Fennemi de leor roi. Après qu'ils avaient rempli ces formalités , le roi n'osait plus les regarder comme des sujets rebelles , et était obligé de les traiter en ennemis légitimes.

Les rois de Castille firent un pas vers l'ordre en déclarant au nom de la nation assemblée , que les seigneurs ne pourraient armer leurs vassaux centre le souverain ; mais , par un autre abus presque aussi révoltant , i! leur fut permis d'armer ces mêmes vàssauit dans les guerres particulières de seigneur contre seigneur ; c'était en effet légitimer les guerres civiles , et faire dériver du droit féodal l'anarchie et la tyrannie. A la vé-' rite f c'était aussi leur laisser le soin d^ s'affaiblir et de se détruire à leurs pro^ près frais.

11 est probable que jusqu'à cette époque le peuple n'était pour rien dans cette sorte de représentation nationale, figurée par les conciles nationaux; mais les progrès de l'état sqgial ayant réuni les élémens des communes, les rois de Castille cherchèrent dans cette force naissante un af^i contre les agres^

DE l'bISTÔ1B.E d'eSPAGWE. 127

sîons perpétuelles des grands vassaux ^ et peut-4tre c'est alors que les cûDciles nationaux prirent le nom de cortès.

De même chez nous, en France, ce sont les rois qui les premiers sortirent le peuple de l'esclavage, créèrent les communes contre la noblesse. Dans l'A^ ragon la même révolution s'opéra d'une manière bien difierente^ ce furent les grands qui amenèrent le peuple dans les assemblées nationales , lui firent accorder des privilèges et s'iuirent d'intérêt avec lui.

Robertson pense que c'est aux cités commerçantes de l'Italie que l'Europe du moyen âge est redevable des premiers efforts qui ont eu lieu pour l'affranchissemient des villes. Il £aut faire une exception pour l'Espagne dans la généralité de cette observation. La pé* uinsule n'a rien du qu'à elle-même dans ce genre i elle possédait des ports nombreux sur la Méditerranée ; elle avait de plus antiques habitudes commerciales que rilalie ^ et de tout temps ses vaisseaux avaient su le chemin de By* Kance* Enfin €^le était riche en traditions

1^8 Résnui

de liberté ; et l'on peut dire que Fétouffement des semences généreuses avait été I>ien moins complet dans cette patrie des magnanimes adversaires de Rome , que dans nul autre pays. Voici, au surplus^ un important passage de Marina , le savant auteur de la Théorie des Cortès, qui sur ce point résont toute difficulté.

Après avoir énuméré les grands avantages que le pouvoir royal retira de la formation des communautés et de l'organisatioi^ du pouvoir municipal en Espagne , il ajoute :

« L'Espagne adopta long-temps avant les autres pays de l'Europe cette heureuse innovation qui semblait présager l'afifranchissement des peuples. Les faste» de l'Angleterre, l'un des premiers royaumes où les représentans du peuple aient été admis aux grandes assemblées nationales, n'offrent sur cette matière aucun document antérieur au règne de Henri III, et à l'année i225. L'Allemagne n'accueillit cette nouveauté qu'ea 129S, et elle fut inconnue eu France jusqu'en i3o3, du temps de Philippe le Bel. A l'égard de cette dernièpe puis-

DE l'histoire d'eSPAGNE.,' I29

sance^ un historien, le P. Daniel, prétend même que ce ne fat qu'en 1 355 ^ lorsque le roi Jean convoqua à ^arisjes « états-généraux pour y délibérer sur les moyens de défendre le royaume , presque entièrement envahi par les Anglais, que la France se vit représentée par les trois grands corps que Ton a nommés depuis les trois états. Nos rois , dit cet écrivain , n'avaient convoqué jusqu'alors que la noblesse et le clergé pour délibérer sur les besoins du royaume j ce qu'ils appelaient tiers-état , c'est-à-dire les députés des principales villes de France, n'était pas considéré comme un bras de la nation , ni comme une partie autorisée à voter dans les délibérations publiques. En Espagne, au contraire, dès le xii* siècle, toutes les villes et villages, chefs-lieux d'arrondissement, et même toutes les communes rurales, jouirent du droit de voter dans les cortès . en

vertu de leurs lettres d'institution. En efiet , les députés des conseils municipaux concoururent aux cortès de Léon de 1 188 et 1 189, et à celles de Garrion^ convoquées pour le royaume de Gastille

dans UfiLimétne année 1188. Ils farent appelés à donner lîeur approbation aux . ckaseàlmatrimoviiàle» stipulées enlre la princesse Bérengère , fUle d'Alphonse VIII , et le prince Conrad , fils de Tempereu^ Fr^éric. »

QUjTRJÈME

Depuis la réunion du royaume de Léon • à ca/ia £fc Castille, jusqu'à la dé" chéânce et à la dégradation de Henri- 1^ Impuissant,

De 1075 à i465< — 39a ans.

Sanche le Fort avait eu par le testament de Ferdinand I", son père, le royaume de Casti11e« G)mme cette part oe lui sufiBsait pas , et qu'il se souvenait des procèdes cxpéditiù de son illustie père, pour faire promptement un grand état d'un petit ^ il attaqua successive^ ment ses deux frères, Alphonse Yl et Garde, et les dépouilla, l'un du royaume de Léon, l'autre de celui de Galice, Ses deux soeurs avaient eu, l'une la ville de Toro, l'autre celle de Zamora î il commença. par prendre Toro, et il faisait le siège de Zamora lorsqu'il fut tué. Alphonse VI quitta l'asile 4]u'il

avait trouvé à Se ville auprès an génë-

. #ëfugië chez les Maures, était ^ même •703. venu reprendre sa place. Alphonse l'en chassa, sans que cette conformité de leurs récentes infortunes le rendit plus respectable à ses yeux. Les historiens racontent que lorsqu'il arriva à Burgos , les nobles castillans exigèrent qu'avant de monter sur le trône il fît le serment qu'il n'avait eu aucune part au meurtre de son frère Sanche , qui avait été tué en trahison à Zamora : exigeance assez inutile , et qui prouve seulement la répugnance avec laquelle la Castille se soumettait h lui. Le fameux Gid fut disgracié pour s'être mis à la tête des grands qui imposèrent au nouveau monarque cette humiliante condition. Alors ce grand capitaine quitta la cour de Castille^ et alla^ suivi de quelques braves aventuriers , chercher un établissement sur les terres des Maures. Il s'empara, en effet y après divers exploits, d'un château dans la province de Terruei^

DK l'histoihb d'espàone. i33 arrose par le Guadalquivir. Ce château e'tait sitné sur une hauteur qui porte encore le nom de Pena del Çid.

Un homme qui avait dépouillé son frère ne pouvait guère être scrupuleux en matière de principes religieux. En conséquence , Alphonse épousa la helle Zaïde , fîUe du roi de Séville, chez qui il s'était réfugié. Cette alliance avec Tin-f fidèle ne l'empêcha pas d'envahir les états du Maure de Tolède, son voisin.

Mais la bravoure du Musulman lui fit payer assez cher ses succès. Il ne fut maître de Tolède qu'au bout de cinq io85. ' ans de gueiTes acharnées. Cette ville était restée 37^ ans sous la domination des Arabes^ elle devint la capitale de la nouvelle Castille et la résidence favorite de ses rois. De nos jours elle a perdu toute son ancienne importance. Alphonse se vit ensuite obligé de faire la guerre à son beau-père. Quelques historiens prétendent que le mariage avec Zaïde n'eut lieu qu'à la suite de cette guerre, comme conclusion et garantie du traité. Quoiqu'il en soit, le règne de *09^« ce prince fut très-orageux.

i34 n^suni

La dynastie des Almorayides ^vait remplacé celle des Almohades eo Espagne. Cette triba guerrière, récemment sortie des déserts de l'Afrique , en ap* portait toute la férocité primitive, et cette haine du nom chrétien, que le laps du temps avait modérée chez les autres. Ces nouveaux venus s'emparèrent de Séville, de Murcie, et bientôt, dans une seconde expédition , vinrent jusque sur les bords du Tage^ et enfin ils battirent les Chrétiens k Vêlez , prèâ de Tolède. Cette bataille est appeléelaba- 'taille des sept comtes; un nombre pateil des seigneurs de la Castille y périt, ainsi que le dis d' Alphonse YI , prince qui était dans la première adolescence.

1 109. A la mort d'Alphonse , resté sans enfans mâles ^ la couronne de Castille passa sur la tête de sa fille XJrraque, mariée au roi de Navarre. Ce roi de Navarre , Alphonse le Batailleur, s'était flatte de régner sous le nom de son épouse; mais cette Urraque, fière, turbulente, et de plus> ayant des amans, lui disputa terriblement l'autorité.

Les démêlés de ce roi et de cette

liB L'HistoinB b'espaonb. i35 reme remplissent un grand nombre de pages dans l'histoire de la Cattille. Tous ]çs évéques des deux royaumes s'en mêlèrent, et les choses n'en allèrent pas mieux. La querelle finit par un divorce^ Urraque s'étant enfin souvenue qu'elle pouvait avoir violé les lois de l'Église en épousant le roi de Navarre : il était son cousin. Les ëvéques qui étaient dans ses intérêts*, assemblés en concile à Palencia, annulèrent le mariage. Malgré ce succès f cette princesse n'en étant pas plus estimée de ses sujets, ils appelèrent au trône son propre fils Alphonse, fils de son premier lit avec Raymond comte de Bom*gogoe. Autres guerres sanglantes entre la mère et le fils^ qui désolent encore pendant dix ans les royaumes de Léon et de Gastille. Enfin "^^* cette reine , qui avait tant fatigué son inonde, meurt, et Alphonse VIII, son fils, se trouve possesseur du trône de Léon et de Gastille.

Le règne de ce prince fut assez paisible. Il fit une expédition contre les Maures et dévasta l'Andalousie. Le roi d'Aragon, qui de son côté, faisait aussi

1 36 EÉSUMÉ

)a guerre aux infidèles de la Catalogne , ayant été tué dans une affaire, Alphonse marcha au secours de Ramire , son successeur. Ramire trembla en voyant arriver cet auxiliaire. Cependant les choses, pour cette fois^ se passèrent sans brigandages, et les deux princes se quittèrent bons amis.

De nouvelles guerres contre les rois de Navarre et de Portugal remplissent le reste du règne d'Alphonse , à qui les princes chrétiens d'Espagne décernèrent le litre d'empereur : honneur qu'avait eu de même son aïeul Ferdinand 1".

Mariana prétend qu'il se fit couronner dans trois villes difi'érentes : Tolède, Léon et Compostelle. Après lui l'impolitique partage recommence et prépare aux peuples de nouveaux déchiremens, sans compter les guerres avec les Maures, pierre d'achoppement inévitable de tous les rois chrétiens, même lorsqu'ils épousaient les filles des infidèles. 1157. A la mort de ce prince, qui laissa deux enfans , une nouvelle division des couronnes de Léon et de Castille eut pour premier résultat la perte des villes

DE li*HISTOIRS H'SSPAGNE. 1^7

musulmanes qui s'étaient reconnues ses vassales et lui payaient un tribut. Le roi de Navarre , profitant des conjonctures , entra de son côté dans la Gastille peur demander le redressement de quelques anciens griefs. Mais le Navar* rois fut battu par don Ponce , comte de Minerve , seigneur catalan j qui depuis peu avait, à cause d'une très -grande injure , quitté le roi de Léon pour le roi de Gastille. Ponce se conduisit très-généreusement envers des Français y auxiliaires du roi de Navarre.

C'est sous le règne de ce roi de Castille que fut fondé l'ordre des chevaliers de Calatrava : cet ordre fut d'institution militaire. L'importante place de Calatrava étant menacée par les Maures, deux moines de l'ordre de saint Bernard offrirent au roi de se charger de sa défense ; ces moines guerriers, qui avaient porté la cuirasse avant de revêtir le froc , stimulés par la promesse que leur fit le prince de leur abandonner la seigneurie de cette ville s'ils réussissaient à la conserver à l'Espagne chrétienne, réunirent aussitôt une vingts

taine de mille hommes , moines la plti-< part , et résistèrent en effet aux Maho-< mét^DS : ce fut l'époque de la naissance de la plupart des ordres religieux mîH^ ii^So. taires en Espagne. Celui d'Aleantara, également; fameux.^ surgit presque en même temps que ce dernier , et fut de même produit: par la nécessite de rësi$ter aux Sarrasins. Cétaient des ass<H ciationa particulières qui suppléaient à la force et à l^unron qui manquaient qt^lquefois à l'État. L'ordre des chevaliers de Saint-Jacques fut aussi institué sous le règne d'Alphonse VIII , pour faciliter les pèlerinages à Compostelle , où les miracles commençaient à étre^ l'objet d'un commerce important , et qui devint la source d'une si grande opulence pour les fortunés chanoines de l^int^ÉIoi y propriétaires des reliques du grand saint Jacques^

Le nouveau roi de Castille, San*^ che III ^ ne régna qu'un an^ ce prince s'était appelé le Désiré^ il laissait un^ fils âgé de trois ans. La régence que cette minorité rendit nécessaire fut l'objet de raml>ition de tous les grands y

De L'HistoiEE d'espaone. iB^ et la cause d'une guerre civile dans laquelle les seigneurs de la maisou de Lara firent prévaloir, leur influence en Castille.

Alphonse IX fit long-temps la guerre ^'O^* à ses voisins et aux Maures- avec une fortune mêlée de revers et de succès.

Il fut taillé en pièces à Âlarcon j sur les bords dii Xùcar , pour avoir voulu vaincre tout seul sans attendre le secours du roi de Léon, Anj|^é du désir de réparer ce désastre, il appelle à son secours tous les princes chrétiens de l'Europe^ et puissamment aidé du pape Innocent III , il parvient à effectuer cette sorte de croisade. Quatre- vingt mille soldats chrétiens , francs ou allemands, arrivent en Espagne, comptant y trouver un vaste hutin dans les dépouilles des infidèles. Us veulent commencer par piller les riches Juifs de Tolède 5 les Espagnols s'y opposent. Ils veulent piller les Maures qui avaient capitulé^ après avoir vaillamment défendu la ville et la citadelle de Galatra;^a) le roi de Castille maintient celte capitulation^ à leur grand déplaisir.

l40 EÉSUMÉ

Trompés dans leur altente y ces pieux guerriers repassent les Pyrénées. AU laïa. phonse remporte , avec ses seules troupes, la fameuse victoire de Tolosa , qui changea pour un temps en stupeur Taudace musulmane.

Les amours de ce roi avec une belle Juive de Tolède sont un fait très-contesté. L'écrivain espagnol qui me sert le plus souvent de guide ne le repousse pas absoli]^ent; mais il trouve une grande difficulté à placer dans le cadre d'une vie si agitée et si laborieuse les sept ans d'oisiveté voluptueuse que le roi aurait consumés dans ses amours au fond de son palais ^ et avec le grand nombre d'enfans qu'il eut de sa femme légitime i.

* Voici comment le père Duchesne, jésuite français, auteur d^un Abrégé de V Histoire dp Espagne, a trailé cette anecdote : « Far » malheur, Alphonse oublia de compter ses » passions au rang de ses ennemis ; et une seule » lui fit plus de mal que toute la ligue et que » tous les infidèles. Il vit une jeune Juive d'une » extrême beauté, et ne se défendit pas des » flanunes que sa yue allumait dans son cosur*

DE l'histoire D'sSPACaifE. l4l

A la mort d'Alphonse lî, le royaume reste entre les mains de Bérengère, sœur du roi enfant Henri h'. La maison de Lara y qui voulait avoir le privilège des régences, recommence ses intrigues , et renouvelle ses prétentions. Le chef de cette famille se retrouve bientôt à la tête du gouvernement. Jalousie des* grands , oppression de la part de Nuuez de Lara ; vengeances , tyrannies , exactions accablantes pour le peuple ; dilapidations des deniers royaux : tels sont les fruits de cette r^ence orageuse.

Henri périt avant sa majorité, et Ferdinand, ^Is de Bérengère et d'Alphonse IX roi de Léon, est appelé au trône. Les ambitieux Lara font la guerre à ce prince. Vaincus et pardonnes , ils suscitent, entre le roi de Léon qui les protégeait, et son fils, le roi dç Castille,

» Il en fut enchanté , et ne fit point m jstére de )» ses amours. Gens sages eurent beau lui repré- » senter quUi se dégradait, qu^il causait un grand » scandale à tout le royaume , qu^il attirerait la » malédiction du ciel : son cœur était pris , et » n'écoutait plus que les charmes de la beautl^ » qui avait su le captiyer. m

1 4^ AÉSUXB

une mésintelligeDce qui donne lieu à uae guerre entre le père et le ûh. Le» bosûlités commenceni , et le roi de Léon est en quelque sorte arrêté dans 9oq projet d'invasion de la Cas tille par la pudeur oaliouâle , qui s'indignait d'une telle guerre. Ce roi de Léon, en mourant, fidèle aux sentimens si peu paternels qu'il avait montrés pour Ferdinandy nomme, au préjudice de ce der* nier, ses deux filles pour ses héritières. Mais ces princesses ne s'opposèrent point au vœu des peuples, et ne contestèrent point à leur frère .la validité de ses droits. Nouvelle réunion des royaumes de Léon et de Castille, qui ne furent plus divisés à partir de ce moment.

Les Almoravides , que les suites de la journée de Tolosa avaient jusque là re« tenus dan^ leurs limites, enhardis par les trouhles qui suivirent la mort d'Alphonse IX, recommencèrent leurs ion cursions , et reprirent toutes les placés qu'ils avaient perdues sous le précédent t^gne. Alors eut lieu, dans l'intérêt de la défense commune , une ligue entre 1^ Castille, la Navarre et l'Aragon. Il

DE L'HISTÔtRE I^'eSPAGITE. i43

raît même que ce traité détermina les limites géographiques de ce nouveau royaume et ses rapportis avec la Castille. Ses frontières étaient tracées au midi par le cour» de FÈbre, et elles sont restées telles depuis; mais ses prrn* ces se reconnaissaient feudataires des rois de Oastille, au couronnement desquels ils s'obligeaient d'assister tenant Fépée nue à la main. Ce traité fut tout aussi religieusement observé que tant d'autres. Quoi qu'il en soit , Ferdinand III fit la guerre aux Maures avec un très-grand succès.

Des guerres civiles continuelles , une administration entièrement oppressive et qui n'avait phis rien de celle des fondateurs, avaient miné tous les établissemens des Sarrasins en Espagne.

Lorsque Ferdinand III, dit le Saint, réunit au royaume de Léon celui de Castille, les possessions des Maures se bornaient à une partie de l'Andalousie, le royaume de Grenade, avec les provinces de Murcie et de Valence. D ailleur» le mahométisme avait perdu son ressort moral, et l'enthousiasme reli-

144 nismn^

gieux des conquërans s'était presque en" tièrement dissipe parles effets d'une trop loDgae opulence et des gaerres intestines. L'institution naissante de' la cheva-* lerie avait an contraire ranimé toutes les croyances généreuses des Chrétiens.

Les premiers chevaliers avaient dans l'âme je ne sais quoi d'enÛanuné et d'austère qui en fît souvent des hommes prodigieux. Malheureusement quelques vertus étaient achetées au prix de trop de superstition. On souffre en lisant que ce Ferdinand III, décoré dans l'histoire du nom de Saint , attisa de ses propres mains , en passant à Paleneia , le bûcher de quelques malheureux hérétiques.

Il ne faut pas s'étonner, après cela, si ce prince jouit d'assez de crédit auprès des papes de son temps pour obtenir de lever un subside sur les biens du clergé afin de pouvoir continuer la guerre contre les Maures.

Cette guerre funeste aux Musulmans leur fit.perdre en peu de temps Cordoue, Jaen , Séville. De sorte qu'après un peu plus de trois siècles d'existence , ce brillant royaume des califes d'Occident se

DE L^ttlSTOIftE a'xSPAGNK. J^B

^Qi^vm piesq^e ii^iit ^iHier veB$ersé d«q» les murs de Greni^e. Il y avait hka^ eocore un petit roi de Miircie^ ^ui , pour se préserver d'une rqine immi- Qet^e , se fit le vassal de saint Ferdinainii*

Saiojt Ferdioancl ^non content de ppovoir battre les iiifidèles, çheïs lui , voulait encore les Aller chercher en Terre- Sainte^^ lorsque la mort l'arrêta. Alphtase X lui succéda; ce prince, re- ,25, Qontuué par des ajctes très-divers j, fut appelé le Sage .- il eèt mieux valu le Bommeir le Savant; il réforma le calendrier-, écrivit <des disquisHions g^'^nv Ditticaks , et perfoctionna la rédat:tiop du recuj^l des lois newnié la^ Partie dasp fQnné.par;Son pè;ye. 11. fut, le premier qui fit. rédiger les actes pujbliqs en laogile vulgaire : tout cela était ^^ile; lUais il r^Qubla les ingpôta et ahéra la monnaie*, Toutes les sciences lui étaient familières fhorsrcdle qu'il aurait ei^ besoin 4le connaître pour éviter de tomber dans le mépris où le jetèrent les fautes de son gouvernement. Cet exemple et celui de son prédécesseur peuvent prou-

t4S ' AÉsuifi

ver que ton» ces majestueux sobriquets de l'histoire, de saint, de sctge , et de -grand, n'expriment pas des jugemens sans appel i la postà-itë : ii n'y a que celui de gros contre lequel elle n'ait pas à réclamer, puisqu'il n'est l'expression que d'une citeonstance physique assez indi£fôrente en elle-même.

1262, Alphonse 3Ue ligua avec le roi d'Aragon pour réduire les rois de Grenade et de Murcie^ qui faisaient des tentative^ pour rétablir leur indépendance ; il fut moins heureux à soutenir ses prétentions au trône impérial d'Allemagne; il se crevait des droits par sa mère^ fille du duc de Souabe et empereur. Quelques barons allemands firent de sa ridicule crédulité un trafic utile, en alimentant ses espérances jusqu'au moment où l'élévation de Rodolphe de Hapsbourg vint les détruire. D'ailleurs^ s'il eàt réussi , il paraît qu'il se serait brouillé avec le pape, qui protégeait ouvertement Richard , comte de Gomouailles.

Ce pape, Urbain IV, lui avait, dit-on^ •permis de prendre le titre de roi des Romains; mais fatigué de son obstination 4 s'arroger celui d'empereur, il ex-

DE Z.'KISTaiftB H^SSPÀGHB. 1:4,7

pédia un breCà Marehevéque de SévHle, lai mandant d^averlir le roi (fa*A eût à s'abstenir de ir^ubler la . pà&x de i» chrétienté , et de se préVàiiîr*d*]Hi litre cftti ae luîrap(>arienéi<kpa», puis<|â'il y avait un émperear p*r l»i 'sacréiet cou* ronné; et ce^ som pmné d'exe^munu-nic€tUon., ?; ^ - .

Les dehnèrès années du règne d*Al^ pboMe4édiiièBtefaraDit troiiMéet/j)«r de itMtvdles iau^j^iies et de oonivelles rebellkMis^ de» (du^ puisssuis keig9em*s de sen royaiome. Les Lara , lesr Haro , de Casuro et Mendoza, *ces maison* fHiisr santé» doni les ambitions rsVSbleii av«i«i«: causé tant d'inquiétude à ses pcMécesr seurs , ayant à' leur ié(e le priticx; Philippe son frère 9 voulaient lui ravir nn sceptre cpi»,- malgré sa sagess^i il ne savait pas tetur gvèc assez de forcjoau^ dessus d'entfc^ Comme ces grands vas- i^^o. saux alléguaient des motifs d'intérêt public , une atoemblée des états parut nécessaire ponr lerminet leurs différends.

Mais, neiooaaptant probableâ&ent pas assez s«ff J'indépendaece de cette assemblécf ^ ilsi piKil30nt;le parti , Sans attendre sa déeMÎQW'y à» se retiiér chez le rot de

i4>8 *^ xÈswmL

Grraïade; peu détenips étprèsy Âiphoaëe lesrappellé'et lesinéiniègre dans irois tiem et dtgnkëffvpMir prévenir il» suîtet'do odHe'iiéfecfekNi.

R fini on TOf^gè «n France , pcmr avoir yaUR «ntrevaft^ airec 4î«ëgoire*X; élise «citiietl ir BeatMâire^'il vouiaic toQ}our» le trône de rEmpire^oa tout SHi moins le doché de-Souabe. Le pape , ]i# voiila«t le sAtisfairtB' sur aiiciiiii'de oespoim», taiaccoi^a par compensation \e»Hfrcias,c*em,¥k^Aift te tiers ides d^es qu'où a Gétttume d'ap|)Uqaer it la rëpatatiod des êg\k^. Pendant >i|li'ii ââsak oBt iffutile Yàys^0, le- roi de Grenade enTahistatt la Ca&title ; a^ec Paîde àvL roi de Maroc. A la faveur de oci troublai^ de nouvelles et redoutables anobidoBS paraisseot si» hi scène : enfin , Alphonse le Sage ^taiv sienacé • de perdre la couronne Joi^s^il rentra dai» ses ëtaU^^ Ferdinazid , son ^Is lakië^ s'hait mi$ àJatéte des plus braves chevaliers do la Castille, pour aller au aeooH|:s diç l'armée chrëlienue , qui venait de perdre tes deux généraux yNuiies de Lara , dt Farcfaevéque de IMàde ^ dans me balaillo quWie avaii^ livrée aux

DE l'hISTQUUI U^BU»ACKE. 149

Maures : il périt en route. Sanclie, son irère , encore pins brave que lui y prit le cotn mandement «les forces chréti«p8t, équipa ime flotte nombreuse, et saura JaeJi« La nation y charmée de son courage ^ l'appela à occuper un trèue €[ue l'absence intempestive de son père laissait vacant; il avait déjà pris les rênes du gouvernement sous le ticre de ré-»

gent , et il était déjà reconnu comme tel par lés cours yoisines, en comptant k France , lorsque son père arriva à Badajoz. Al>andonné de ses sujec»^ ee sage prince ne vit d'imti'is parti à prendre que de soUid(er te secours de Tempereur de Maroc» qui ne lui fut pas refiisé< Le miramolin ti^àver^a le ^détroit en faveur du monarque chrétien , et lui adressa , dit-on , ces généreuses paroles : % Je vous ^traite ainsi parce que vous « êtes malheur'eux ^ et ^alliance que je % contracte au jourd'hni ' avec voué vth. » d'autre but que de Venger ki cause » de tous les rois et de totts les pèreé. ^ Les fast^ de !a monarchie chrétienne, depuis qu'elle etislàit , n'aVâieht cer^ taiftement t*ien offert- de pareil; Cette tUiance n'eut pourtant pas le

i5d EisuMi

résultat qu'Alphonse s'en ëtait promis, parce que la nation favorisait ouvertemen^le fils : il fallait que le père fût bien méprisé pom* qu'un peuple aussi généreux encourageât une telle rébellion. Alphonse recourut à la France ^ puis au pape, de qui il obtint toutes les consolations <]ui pouvaient émaner du vicaire de Dieu : le pape excom.munia 1284- ses adversaires. Sur ces entrefaites, ce pauvre roi motnrut en pr<^>arant, par son testament, de nouveaux sujets de discorde à ses enfans.

Sanche, déjà surnommé le Brave, et qu'il eut été plus juste d'appeler le Mauvais, lui succéda. Son frère aîné don Juan^ qui n'avait eu que la ville de Séville , contesta la validité de ses droits, et trouva, comme il arrivait à tous les prétendans , un puissant parti. L' Aragon se déclara pour lui; la guerre eut lieu et amena, de part et d'autre, des atrocités qui s'exerçaient aux dépens du peuple; chacun de ces princes faisait piller les villes et massaa^er les citoyeyis qui tenaient pour son rival. Don Juan avait appelé à son secours les Maures de Marcic La grandeur d'âme d'un Castil-

DE l'histoire D^ESPAGNE. iSl

laB , gouvernear de Tarife , mérite d'éire citée. Jybn Juàn faisait le siège de cetteplace ; le fils d'AloDzo de Gusfnari , qui la défendait y étant tombé étatise %e» mains , fut exposé à la vue de Tarife , par Tordre de ce prince ^ avec menace, de le faire périr û le gouverneur ne livrait pas la place. « Si vo«b commettez un crime aussi atroce , répondit Gusman en lui jetant son épée, vous qui êtes né {H'ince et chrétien , sachez que non-seurlement fe préfère le sacrifice de moa.

fils à la perte de mon honneur^t mai^. que i'aurai le -courage de vous donner des armes^ pour exécuter le meurtse que vous méditez. « Tapdis que cet héroïsme admirable tenait en suspens Chrétiens et Maures , dpu Juan ^ qui ne comprenait .pas cela , plongea son poignard dans le sein de l'enfant. Con^ment se faisait-il qi^'une nation, qui avait de tek hommes souffrît de> tels princes?

Voilà la question que l'on est tent^ de se faire en parcourait ces tristes annales.

Ferdinand lY était etafant lorsque 199$.. Sanche le Brave mourut.Quatre Xacii^is s'élancèretii à la fois autour de samino*> ritéf degx lui disputaient même lac cour

ronne, parce qu'aux yeux d^oue patlie de la oatioa, les droits de la branche aînée, représemée par les enfeus de Juan de I^ra , sol^siitaient toujeurs : les deux auttes tm voûtaient' tvoir que la régence , attribuée & la reine Marie par ie testament de Sanche le Brave. Alpkense de LsMKerda se fait couronner roi de Léon et de Gastille ; un antre don Juan, troisième fils d^Alphonse le Sage, appujf«é du roi de Portugal, a^enypare de Hi Galice, puis de Sévîlle , et prend aussi le titre de roi de Léon. La troisièmeiactîoii se compêM^ de la plupart dés grands^ qui revendiquaient k régence comméuft privilège de la noblesse.

Enfin, la quatrième soutenakiee prétentions dé f infant' Henri , onde dùro^ mineur, qui voulait celte r^enoe exolusivement k ions les autres, d'abcvd parée qu'il était le premier gentilhomme du royaume , en second lieu parce qu'il était prince du sang royal.

-Les cor tes, assemblée^ à Vaflladolid, rocoitnurent le droit de ce demi^i la Mne-mèye ne Kii céda qii^un vjân dtre; elle eut le talent de conserver Foutcorilié : -ce qui -peut donner une asspz huailte

]>E L*91STOUlB X^'-fiSPAOHE. l5S

idée du caraelère et du génie de. cette {nûncesse. Maïs il faut ajouter qu^ duraot cette :miDerilëy fardeau si pesant pour une femme, die défendit aree alitant de constante que de couvage le tiiiie de son fils /attaqué de tous oètés , etqi^elle fiiit assez hd>ile pour .déjoua les complojtis de tant de prâsaa^ enae^ mis f sa conduite, au milieu <)« ces am«bâtions xivales , qu'elle parvint k dësar-^ nuer ou à satisfaiize, parait avoir, été un dief-^d'œuyre de pcdttique et dp denér4té*cTant de soins et de peines ne diâiinèroBt aux royaumes de Léon et de Gastille qu^n prince médiôcie et qui ne prit pas l'équité pofur sa vartu favovite ; il fut appelé^ VAfoûmé^ parce que les deux, frères Garvajal , qu'il fit pr^piter du haut d'un rocher, sur le aimplesoi^q^ çon d'un crime, en marchant au supptice protestèrent hautement de leur inaoc^Dce, et l'ajournèrent à paraître dans trenU jours devant Dieu. On dit qu'il mourut au bout de ce temps en effets d'une indigestion^ ce qui , toutefois, ne doit rien faire perdre de son prix à cet acte de la justice divine.

U y eut sous ce prince une seconde

i54 KÉsvuér

tenue des cortès^ à Méctioa del Cumpo, pour prononcer sur les diffi^ends de Tin*fant don Juan et des Haro qui prétendaient tous deux à la se%oeurie de la Biscaye, et que Tintervention royale n'avait pas pU.mettre d'accord. D'autiw faits appartenant à ce règne prouvent plus expressivement encore que l'auto* rite royale était assez limitée. Les étatsgénéraux des cortès de ValladoUd accordèrept à la raine Marie des subsides sans lesquels ell^ n'aurait pas pu faire la guerre aux rebelles. L'un de ces.rebelles étant réduit^ entre au service du roi Ferdinand IV; mais il ne s'engage que pour six années.

i3o2. Vers ce temps , à la faveur de la puissance papale, parvenue déjà à son apogée , les biens ecclésiastiques parvinrent à s'affranchir, totalement -des charges publiques et de l'exigence des rois. La fameuse bulle Clcricis Laicos fut acceptée dans un concile provincial ténu à Pennafiely ville du royaume de Tolède : le pape y défendait aux ecclésiastiques de payer aucun ^subsides aux prince», sans y être autorisés par le saint Siég^. Un'hisu>rien remarque sur cette bulle ,

BB l'hISTOXRB t>' ESPAGNE. lS5

qu'elle fut reçue au moment même où les états étaient obligés d'accorder de nonveaujc siibsjdés au roi pour payer dix mille marcs d'argent que Boniface Vin avait exigés pour la légitimation des enfans de la reine Marie.

Nouvelle minorité^ nouvelle régence, et guerres civiles renaissantes à la mort de Ferdinand iV^-qui laisse un fils en bas âge, Alphonse XI« Toute l'histoire i3i3. de ces malheureux temps est dans ce peu de mots. Les infans ou princes du sang se disputent la régence^ la contestation est portée devant les cortès assemblées à Palencia : on intrigue de part et d'autre, et les cortès se fractionnent en divers partis. La reine Marie, illustrée par la sagesse Ûe sa tutelle sous le précédent règne , entreprend encore une fois, malgré son grand âge ^ de prévenir les troubles : elle j réussit Les cortès de Burgos accoAent le titre de tuteurs et de gouverneurs aux infans : l'un d'eux se distingue contre les Maures de Grenade; ce malheuT'eux état maure, livré de son côté aux divisions intestines les plus cruelles et les plus sanglantes, devenait de jour en jour une proie plus

facile pour les ChréUteo&^ Les soccès dvs deux princes sont pourtant snlris db revers; ils se brouillent. par juloiiste^ sont battns et périssent, Lctroi était toujours niineur; de nouv^ux aspiransà la tutelle paraissent sur la scène; la reine Marie, qui ju$q9:i0 là avait été la providence du peuple , n^urt; et ce royaume de Léoii ot d^ Casûlle tombe daôiB Tanardiie U plus déj^oraUet»

i3a5. Alphonse^ onzième du ntHu^et^ de grandes qualités et .une . énm'giie précoce de caractère. H fui .Sfurttomnàé le Plongeur ^le Ju^ter. Il faut wnye- Bir que sa justice ne f lU pas toujours éclairée y et il la pratiqua souvent d'une ilianière peu séante à la majesté royale. U poçurittivait lea dâ)ris des factions, devenus de» brigands, jusqu'au fond des» bois et des cavernes; ce qui n'était ni d^un chevalier, ni d'un roi, mais d'un prevôti. Les grands vassaliL fi:prent comprimés et tremblèrent sous ^on gouvernement vigoureux. Un grand exemple de sévérité abattit ktiit fierté ; ils vinrent don Alonzo de Haro perdre la tête ixix un écbafaud.

Il eut la guerre avec ses voisins d'A-

DB L*HISlWlïi#'ï)*ESPAONE. VS'J

ragon et de Portugal; il la fit aux Maures avec un" égal succès. Le roi dTe Maroc avait jpassë en Espagne ayec une paissante artbl^é; il fut défait dans deux expéditions diflEérentes : la première fois à Arcos, la seconde à Salado. LesMautes'j'^^n*'«vmp[ii plus en Espagne que 6i«nadeetiifae partie dè'la proviBce de y^alëïice} 6»ta»mençnënt, conmee onvoit, à.tqair.leiir camp de réserve chèe etik

Al^botue «bti^eprivlie 8i<^ défibrai.

toy^^'afTfdtëté Hvvë aux Matois* par qQ dâéyidr g^tlvernèttr. ' La* pesté rikt ^<» secQarsf dbs as^géi , détvuisit VàTmé9:ê^€hiiétven9y m ledr ixK^eti inx»i^ na.4 1) venait dc^nendTQ Algésive , d^ttt le i^^g^ hii avait 'Coàtéd^immeuses tra^ vnfix, el^aj^it ëpnisé le tféior; aa poittt (f^e: ce prince eût recoure au même (i^ ofattix expëdfent c^ aVait tant dépopuleahé Alpliolise te Sage , savoir, Tâl té- 1 35o. rattbn des nÉOTmaies.

I&8 wémxé

RÈGNE DE PIERRE \£ CRUEl!

i352 De^ mains d'un roi qui Rappelait le i368 ^'^^^E^^^y ^* Caslille tombe dans celles d'un tyran qui s'est appelé le Cruel.

Parmi tant de princes sai\guiiiaires , nUl encore n'avait mérité d'être ainsi sahnommé , au jugement de la patience des peuples. L'histoire a confirmé l'arrêt d'exécration porté contre celubci. Ses atrocités n'ont rien de vulgaire^ et nous devons ralentir un peu la rapidité de notre marche, pour faire connaître son règne avec plus de détail que celui de ses prédjécesseurs , dussions^nous sortir un moment du cadre d'un résumé; Car il faut que l'histoire, grande ou petite, ait sa morale, et le sujet est ici fort bon» Commençons par remarquer combien fut déplorable, à cette époque, le sort de la péninsule tout entière. Quatre scélérats se partageaient l'Espagne chrétienne. Pierre le Cruel était le fléau de la Castille^ Pierre IV, dit W Cét^^

DE x«'histoiile s'espacne. 1S9 ntonieuXy de F Aragon^ Pierre I^, dit le'Justicier^ tm de Portugal, ûe versafit pas le §aDg arec autant d'abondance et de facilité que les deux prenfifcrs , mais son Apteté sairrage n'en faisait pas un tyTan moioB insupportable» GhaiiesII, dit le Mausfais^ne semblait mé que pourla^honlf de la France sa patrie, et le malheur de la Navarre son royaume.' L'Elspagoe musulmane^ réduite presque au royaume de Orebadé/ humiliée par de longs revers , déchirée par ses dis*sensions perpétuelles ^ n'avait. plus rien ni de lagrandeur, ni de k prospérité^' ni surtout de * la sagesse qui avaient' distînfgué les règnes libéraux et glorieux des anciens souverains de €ordoue« Dans* cette rapde décadence, les Maures pa« tissaient des délires ei des rivalités de leurs che£i.

Quand les peuples^ lassés de souffrir, songent à se venger ou^à s'affranchir, ie& malheurs qu'une révolution amène leur sont ordinairement imputés; mais les partisans du pouvoir ne peuvent s'en' prendre à la révolte , des n^isères publiques , lorsque trente provinces , silencieusement courbées sous la verge de la

tjrra^âie , osent à.potBe iaicc /BnlMuke des gémisftemem. Tel>étail Véuu, deJa nuHieurease Espagne au €oqimmeBa»> ment de cette dernière jBoi^ié.cliK aa¥« siècle. Il n'y avait pas sni' iont» aa sorvf^Ce, «n seul hànteauqni Aedépoiât contre les criioBues. de Upl d'aboinitiai- Lies princes. Tout .odui dés peii{de6 était dans lenr lâcheté et dansi'oabU de ces constitutions ^uiftiqaès qui ho^ donnaient, le droit de faire et de défiuve leurs rots.

. Rien n'est si oonmi .que les .sanglans démêlés de Pierre le Cruel avise Henri de Transtamare sopi frère, fiU akié de la malheureuse .Eléonor^ de Guspaan, aY«c qui Aipkonsa XI avait çontradé un mariage secret.. Aidé de ses^den frères Frédéric et TeUo, des secours de la France et surtout du hrâs de Dm* guesclin , Henri s'empara de 1^ CaidUe, et monta 9 aux aoelamtationft d'mi peur pie harassé de tyrannie, iur ie trône d'où tombait Pt^e 1^ €niel. Mai» nous fierioiB voir le tigre trop en raecoord, si i^tts ne premens pas les chosua ^mn peu plus haut.

Pierre le Ouel 'avait un favort : 4fé'

DE L'Hisrbiâir d'espagne. i^i

uit den Jeati Alf^ûse d'All>i]quer<{i]e, i 4)at , dit tki vie^x ibistorien ^ il avait donné toiaèsles afiecH^ùnâ de son oœtir» €m bobled él' t<^i^$ ftffiçotioiis se eoo- Tel'tii^ÈHt ctt fôrdcitë cféîitt^é %èiis ce« ^î 5'ihdi^aient dé l^insolence dtt^ favori. Là nifiistm de Lara , dont la fietHé i^étftit révollëe la priemière , ressente àmsi" k ipreisiiire les «fietô de tai ireageattëédtt ^ran. 11 tie tarda pasi corn- ^réhdte daiii la-iU^é proscrîplioil!i et dans \é Inéto^ màs9adré uûe f<daîù de grandis qui oyaient '^épousé lés iàtérécs dë'Ia'inàSëôn de Lara' contre ^bI Jeaft à^onsè d!A.H)ùquef que.

Ayant par cette large saignée^ dit nii^déieri^^ue jy déf& cite, rendu le calmé à'ia Gastâïé, H séhgéa à se marier. H jeta les yeux sur Blanche de BoibA>pn, fille de Piètre^ duc de Bourbon. Des ^ïudmtoàdéurs Vinrent k deâiander, et la princesse se toit aussitôt eti i^ottte pour aller joindre ^oU auguste ^é(»etitJ: ^ chatïnëe , ass«H^è^t-dn , de la senttb^iilë, de la téàdrés^ et de la grâce que Pierre toeëMiit dans les lettres qui lui avaient été remisés' de sa part, t Ma^henreusementl, dans Piutervalle

i6a Bitenii^

du d^art des ambassadeurs à l'arrivée de la princesse française^Pierre vit Marie de Padilla, qui était à la suite de la duchesse d'Albuquerque^ et eu devint éperdument amoureux : au milieu de tous ses homicides il était pourtant capable d'amour; mais ses amours étaient teintes de sang comme ses amitiés; le monstre fut endiaîné , sans être adouci par cette tendresse ill^itime, et il sacrifia la princesse française à sa maîtresse, trois jours après l!avoir épousée.. Il chassa tous les officiers qu'elle avait amenés de Fcance, et la confina daps une étroite prison , la réservant au poison qui devait bient&t abréger sa vie.

Pierre ne sortait des voluptés que par des. accès d'une férocité inconcevable; on eût dit que le sang de ses sujets redonnait à ses organes énervés par le plaisir leur vigueur première. Tous les grands épouvantés désertèrent sa cour.

Il alla en personne chercher un de ces fugitifs, Nugnez de Prado, grand-maître de l'ordre de Galatrava , et le fit jeter et presque aussitôt massacrer dans le château de Maqueda.

Après cette expédition, il séduisit,

DB l'hIST01&£ D*£SPAGNE. l63

par For ou par la peur, deux évéques qtâ oser eut dëdarer nul son mariage aveoBlakiche de Bourbon, et il la répudia pour ^Kmser Jeanne de Castro, se moquant de ce qu'en dirait le pape. 11 abandonna cette nouvelle épouse après les premiers embrassemens , et revint à Marie de Padilla.

Les chroniqties espagnoles vantent singjulièrenient Tesprit et les' grâces de cette femme célèbre. Il parait même qu'elle essaya plusieurs fois de {aire un généreux usage de l'ascendant qu'elle pouvait avoir sur l'esprit de Pierre.

Mais il redevenait le Cruel en sortant de* ses bras* Elle fut accusée de sortilège. L'excès de la passion qu'elle inspira ne pouvait se faire comprendre à son siècle que par la magie. Son empire , pourtant , n'était que naturel , car il ne fut pas indestructible,

Ferdinand de Castro , frère de la dernière épousée, fut le promoteur d'une nouvelle ligue > dans laquelle entrèrent une foule de grands seignem^s castillans, et même Henri, Frédéric et Tello, frères du roi. Les efforts qu'il fît pour doB^ter cette rébellion la grossirent. U

i66 aésmcÉ' < ' ^

d'Aragon; Jeanne d<f Lara, 'veuve de Tello et souveraine de Biscaye, pour s'approprier cette province.

Henri, conite de Transtamare, frère adultérin de Pierre, menacé du même sort que tous les malheureux enfans is-^ sus d'Ëléonorç de Gusman , cherche uû asile à la cour du roi d'Aragon , qui lui donùe une armée; Après cette première tentative , qui ne fut point heureuse $ liii légat du pape arrive pour pacifier ]a malheureuse. Espagne : un traité est conclu entre l' Aragon et la CastiUe^ et, par l'une des danses , les sentences de mort et de confiscation portées contre le prince de Transtamare sont soleilneliement révoquées. Le tjran viole ce traité aussitôt après l'avoir signé : Henri fuit; ses partisans se dispersent, et en attendant de pouvoir mettre la main sur eux , Pierre se débarrasse par le poison de Blanche de Bourbon, sa première femme, qui , bien que captive dans Talavera de la Reyna, était pour lui un. sujet permanent d'inquiétude et d'entiui.

Cette princesse était âgée de vingt-deux ans : ses vertus et ses malheurs en avaient &it l'objet d'un intérêt luÛYer-

DE L'HISl!tOIBB-B*£SPAGNE. 167

sd ea Fts^oce et en Espagne. Marie de Padim meurt pela de jours aptrè» : rien n'égale la SjçnsibiUté et la profonde affliction de Pierreie -Cruel.

Mahomet Lagu^. avait usurpé la couronne de Grenade sur lousef, qu'il avait assassiné. Makometie Vermeil détrône Lagus et usurpe à son tour : ctaignan( le roi de Castille , il s'allie contre lui ÇLvec le roi d'Ajragon, . Le roi de Casîtiile renouvelle aussitôt son traité livec ce dernieiv et prend en main la cause de Lagus. lie Vermeil tremble et forme l'imprudente ré^lution de venir solliciter l'amitié du roi de Castille; il se présente avec une sqite peu nombreuse y rsms avec des apparences magnifiques et surtout avec un luxe de pierreries éblouissant. Le roi de Castille l'accueille avec grâce , traite avec jui , et peu d'instans après le faisant arracher de la table où il l'avait convié, il le fait chai'ger de fers, et commande qu'on le promène dans Séville monté sur un âne.

Bientôt après, le malheureux prince maure périt avec trente-'Sept de ceux qui l'avaient accompagné : on prétend que Pierre le poignarda de sa main*

MahMaetLaf^ remonta 9Cfrrd ti^éf^, et pesta tributairfB de* hi Ga^tiUe;

Les hinoriQD» FeRiarc|[uetit; c^e dail^ la même année qu^ teti- Be passait, Pierre le Gruel pleura , avëb une tendî%S6e eiti'aortlinaii'e , un fils qu'il avait eu <ie Marie de Padilla.

Henri de Transtamaré était parveiib à itttëres^r lia France 6ti sa faveuK Piett^ le Cruel rechercha» , de son côt^', l^p{Aii de Gharli^ le MateEraîs ^ rbi êk Navarre ? ces detix princes se Virent à Saria. Charles le Mauvais, aprè» vit f^sfez long etktretien^ avoua ^veic médestie que t^ierre était un plus ^àrid si^él^àt que Mf nùTais ce n'était ^si& un scélérat plus habile : CItôrleb É^èthblk veuk(ir le prouver eti efiti^ant -dm^ là iignc formée conwe hii pat la Fraââé , l'Aragbn et le Porlu^l, au méprîà^ dk l'accord qu'il venait de signer. ^

Henri de Tfanstamare entrée Esp^ gbbavètf^uguesëUnfeninbiùsdë Vingecittq jourâ il se vit maître cte là mbitië du royaume. Pï^re quitte la péâinstilè avec un petit nombre de partisane; et Henri, setnrôyànt désoi^ais paisible possesseur de la couronne y se hâte de con-

DE L'HIST^mtl D^'eSPAGNE. «69

gédier ces faiHeH^és eoing^iés blauehes que lui avait aâienées Dug^esclûi^ ^ que leurs brigaodages daos les pro«> yji>ce9^de^raiice(y après le tiîaiié de Bréf- Ijgi^^ avaie^ fait nomminr pillards ou malandcîns-* Mais la fortune chai]^é de face; le prince: Noir viient eu Espa^n^ poup y soutenir la cause de Pierre le Cruel , qui ëtaitaUë- en Gùieraie mènr f^er son* assistance. Henri mîrcfia h la rencontre de son rival ; la bataille^ se donna près de^Navarette cciiitrelk^s^de Dugneâeltny et eiie fut perdue. Pierre le drnd némbnta sur le tr^e^pair une ré<vofaition plus rapide encore que celle qui l'en avait renversé.; . . i ;

Sèn premier soin fnt de faireidressër des ëohi^uds dans toutes les villcsw Le prince de Galles le quitte, ind^pé dé sa cruauté non moins que des' injur«f personnelleB qu'il en avait reçàes. Le sang rutstèle en Espagne^ lés historiebs rapportent ' une anecdote quii mâ^ite dTétre citée; Urraqué d'Osorio, riche veuve et d'unefaautenoblessei est coodamnfée à être bràlée vive , parce que son fils, Alphonse de Gnstnan , suivait Transtapare dans sa fuite. Une fille

170 nésmiÉ

nommëe Isabelle d'Avalos, attacbëe à cette dame^ «craignant qae qudiiti sa maîtresse^ agitiëe par la douleur , viendrait à tomber, sa robe ne se détachât et ne présentât Urraque d'Osorio dans un état indécent , entra avec elle dans le bûcher , et tint sa robe jusqu'au moment oit les flammes étouffèrent cette généreuse domestique. »

La France fait de nouveaux efforts en laveur de Henri deTranstamare. Arrivé sur la rive de l'Èbre qui sert de frontière à la. Cas tille, il jure de ne jamais plus quitter cette terre ^ vainqueur ou vaincu. Burgos lui ouvre ses portes :

Pierre résistait habilement avec l'aide de quarante mille Maures. L'arrivée de Duguesclin avec six cents chevalins français rappela la victoire sous les drapeaux de Transtamare.

La fin tragique de ce Pierre le Cruel n'a pas été racontée par les Espagnols et les Français avec les mêmes circon^ stances. Le récit des premiers fait de la peine , parce qu'on y voit la loyauté chevaleresque compromise jusqu'à un certain point par la conduite de Ber-

DE l'hISTOI&B d'sSPAGNE. I7I

trand Dugue^lin. Suivant celte versicni, le roi de Castille , après sa dernière défaite, assiégé dans le château de MoQ'* tiel , se voyant sur le point de tomber entre les mains de son frère ^ fit agir auprès du chevalier français un gentilhomme e^gnol qui avait avec ce dernier d'anciennes relations d'amitié, pour en obtenir qu'il facilitât son évasion.

Duguesclin, feignant d'entrer dans les vues du prince, l'attira dans. sa tente à la faveu]^ des ombres de la nuit, Qt aussitôt qu'il y futarrivé, Henri de Transtamare, prévenu de ce qui se passait^ accourut : n Où est le roi de GastiUe ? » demanda-t'il, A ces mots , Pierre , qui n'avait pas été reconnu de* son frère, s'avançant avec fierté : « Me voici , » lui dit- il. Henri l'accabla de sanglantes invectives , et en même temps s'élançaat sur lui avec fureur, il le blessa de sa dague au visage. Une lutte féroce s'engagea entre les deux frères ; mais bientôt Pierre tomba frappé de plusieurs coups de poignard. Le maté à pugna* ladas. Froissard., contemporain de l'événement , met ce qui regarde Dugue&-

17^ ftÉsom^

cliti , dans celte narration, sar le compte d^un antre licier de Tarmée française , maïs il ne le nomme pas.

Les états de Castille y dft un historien, pensant moii» à avoir nn roi lëgitime qu'à en a?voir un bon, ^'empressèrent de baiser la main de fleur libëratear, et passèrent également l'éponge sur le vice de sa ùaissaocé ^ sur son parricide et sur son ttturpation.

Des vertitts réelles firent d'ailleurs exccfserVoubltiet* du moins, et le défaut dfua titre légitime et -le meurtre êtxok lAéehaat frke. Henri II était igénéi^^ux au suprême de^; il fut appelé le £/hétxU. La justice est sans doute une v«rttt ptm udle dans un prmce, parce qu'elle est utile à tons, tandis que la lîb^alité ne brille que d'un éclat onéreux âa peuple ; maiis Ton se souvenait de Tafi^eusé avarice de Pierre le Cruel.

• Ce prince ne se vit pas d'abord paisible successeur du tr^ne qui lui avait 1370. coûté tant de travaux. Le roi de Portugal , ligué avec l'Aragon , le Maure de Grenade et la Navarre, voulut faire valoir ses droits à la couronne de Castille, comme descendant de Sanclie IV.

D£ l'hISTOIEE d'kSPAONE. I7S

D'an autre c6té , le duc de Lancastrè , Crire du prince àe Galles , se mit sur les nuigs , à rinstigaiion du roi d'Aragoo , comme représentant de ceux de sa flemme y fille de Pierre le Cruel et de Marie de Padilk. Cette unioa scanda* hsttse aux yeux de la nation avait pourtant été légitimée par les certes; et <piand même cette légitimité aurait pa ^tre contestée, disaient les partbans da duc j bâtards pour bâtards , il vaut mieux que les enfans du roi héritent de lui que ceux dé son frère. Henri sot triompher dé cettie l^uepu^ante ; mais là mort ne lui permit pas de fonir long*» temps de soa triomphe.

Les niiémes prétentions se réveillèrent i SSo. il sa mort. Juan P' ^ son héritier, abattit celles de l'Aiigletçrre par une victoire navale. Il entre dans le Portugal, s'em^ pare d'AhnéIda et deBadajo^, et réduit le roi Ferdinand à faire la paix. EUe est conclue au moyen du mariage de llrtth avec Bélitrix y la fiMede son adver^sàSh. Mék là non réunion des couronnes était soigneusemebt stipulée, qùoiqne la couronné de Portugal fîdt dévolue aux enfans qui nattruient de ce mariag<i

l»;4 RisuMK

Ferdinand meurt. Au mëprîs de ce rë-.

cent traité y Jean s'avance pour prendre possession du royaume. Les Portugais ne veulent pas le reconnaître, préférant avoir pour roi l'un des frères du défunt. Jean fait le siège de Lisbonne , la peste vient le forcer de le lever, et les Portugais se donnent un roi capable de soutenir l'indépendance de la nation :. c'était le grand-maître de l'ordre, militaire^ d'Avis, alors régent du royaume. Cet habile capitaine battit complètement le ix>i de Gastille à Aljubarolta.

La paix suivit cette défaite, et la Gastille goûta im moment de repos. A iSqo. la mort de Jean P', son. fils. Henri III étant en bas âge , on nomma un conseil de régence, dont la composition. doit être remarquée. On y comptait les plus grands seigneurs du royaunie en t^ombre égal avec les députés choisis par \f» villes, et ceux-ci avaient le même rang^ étaient revêtus des méufies pouvoirs que les prélats et les grands^ ^p^niai lesquels figuraient Frjédéric , ^(i^de^é* néyente, fils naturel, di9i HeQi;| Il et oqicIq du feu roi; Pierre ;> comte de Transiamare y Alonzo à' Aragon, marquis de

WT^'Vf^wVWw -ft» "IW^- iwi I l| il.»l iili llii I ■■!

DE l'histoi&e D^ESPAGNE. 1^5 y illena ; les archevêques de Tolède et de dompostelle ; les grands-maîtres de Saint-Jacques et de Galatrava.

Mais cette régence, où l'influence des grands n'était pas suffisamment balancée par celle de seize députés des communes ayant le même rang de préséance qu'eux , ne. fut pat moins orageuse que toutes, celles qui l'avaient précédée. La guerre civile semblait l'élément naturel de cette noblesse castillane, si fièreet si turbmlente , veillant autour du tr^e des rois avecune ^quiète: jalousie > et limitant, par la rébellion, la prérogativ:e royale qui tendait à s'agrandir. A la faveur de ces troubles, excités. par une régence composée des hommes les plus, ambitii^ux et les plus remuans de l'état y. le Portugal reprit nne attitude menaçante, et les Maures de Grenade ess^yèrient une irruption. Henri , que la nature avait dédommagé^ par. le; don d'iuie^âme forte, de la faiblesse de son corps ^ eut l'audace extraordinaire de vouloir gouverner n!ayant pas encore quinze ans. Si le succès ne l'eût pa» justifiée, on douterai t. si cette audace fut antre chose qu'une témérité d'étant.

176 Viisiawi

L'aittitié de la France lui fut d'un grand secours comuse à son père ; «t il est probable que râtturanee de cet appuî contribua 9 plus que toute autre consîd^âtion^ à retenir les m^écontens.

Ce prince qui; le prenûer^ a sériessemenl; nfiëdité l'expulsfi<Mi del Maures et la ruine .du mabométisme en Espagne > j^ iqùi fit la guerre ans corsaires de Baibarie, pliis brigands et plus {éroces alors , ipt'ils ne l'ont jamais été^ reçut pourtant ^ans sa cour et combla d'iiottnean un âmbysadeor de Tamer* laqu Entre les rois comme entre les particuliers^ il: ne s'agît que de fortune. i4o7* A la mort de Henri Ilf les Castillans, qui avaîrat faitime si longue épreuve des aftrfhenrs: qu^eptralnaît^ujonrs tote régeàtier en elci^t les prétentiods di- ▼exsercle totti les grands, vonllrrent, passant par* dessus les droitè^ de don ^uan il, k^ritief mineur delà couronne, reeonnaEÎtre pour roi son oncle Ferdinand y qù^ttii^ réitniôn fort rare de grande qiâilltés avait <léjà signalé à Tesiinie luitio'nale. - Fer dftiand refusa te sceptre,' ce qui n*ai»rive jamais' qu'aux bommes véritablement : dignes de le

SB l'hISTOHIUË oIsâTAGNE. I^*^

portor.ll consanûl seolement à-parlager vrec là reine o^ce le £ardeau de T^ad-» nunistsitimi.. Ma» faiiâniôtsa renommée^ aooraepait les leîcteires qu'il remporta sur les jf aaitaiifini apport une ceoroiir. oe^dent Faccqpiatiea xie devait rien coûter k la .probiié. Il fut au par les cori^ 4ie TAragon.

OoQ Juanr^^na je^ne5 il régna longtemps et mal. La fs^iblesse de s<m carac* tère <t les. XÉ^ de son éducation le Uvjcèren^ k iHoviipatiou des favoris.

AJyane deZ4AnA9 gragod^onnétable^ de« vnm roi sou»* le Aom de sfin maître^ excita rindignatÂon . publique par son £iste.et ses hauteurs» lies grands copsr pirirent sa perte ^et celle du roi^ qaj «Vibtînt la paix que par le renvoi àe êon favori* Il reprit ce favori lorsqu'il i42ft crut avoir ressaisi la puimi^e; omis un prince de ce caractère ne pouvait pa« «voir "une âme inaccessible au soupçon , et dès qu'on lui eut fait voir ^ dans le crédit toujouBS croissant d'AIvare de Luna, «ne sorte de nivalité avec son pouvoir y la perte du favod fut jurée. Gelui^i ne tarda pas à monter sur l'é* chafaud, et le prince pnt se faire ua

mérite aux yeux de la niaiion de ct^tm satisfactioii accordée à sts craintes ou à sa jalousie^ Don Al v are mourtit arec un grand courage^ et le penple, tëmoia de 9on supplice 9 et voyant les fondraiiles de cet homme naguère si chargé d'opulence et d'honneurs, faites aux frais de la pitié puhUqoe, passa' subitement de la hakie anx marques de l'affliction et du regret.

i45S. Don Pacheco, marc^k de ViHena, joua y sous Henri Vlm^Êssant, le rôle qu'Alvare de Luna avait Joué sons celui de Henri l'Infirme ; iftais plus heureux que son devancier, il put trouver un asile à la cour de Portugal , lorsque son règne fut à son ^rme par l'effet de ses complots multipliés contre le pnnce dont il tenait tout. L'insolence de ce nouvel enftfnt de la fortune excita un mécontentement universel; et les symptômes de rébellion se fortifièrent au second mariage du roi avec Jeanne de Portugal, qui fut l'ouvrage de ce favori. Le premier mariage de ce prince avoc Blanche de Navarre avlut été annulé pour cause d'impuissance, et les historiens font entendre que la rumeur

DS l'histoius d'espaove. i^g pnbtique accnsail le roi d'avoir introduit dim.lajroyalje couche BertraiMi dç }« Gùeva ( qui partagea, avec Yillena la , faveur de so» iûaitre ) afio. d'avoir une postérité à. placer entre le^tr^ne. et ses frère et âoeur Alphonse ^t Isabelle, qu'il détestait mort^eÛemeuU Cette injfamie fut infructueuse, bien que l'adciiltère eût été produclftf^ Les «droits de la feuiiie princesse qui en naquit furient vaine^ ment reconnue s.i^^a mort djç ce roi impuissant, sa fein^ paternité se transforma en une juste âétris^urç pour sfi mémoire. , , -j

Mais il avait éprot^<^,de s<m virant 1465. lUae non moins sanglapfte . humiliation. Une ligue formidable des ptus grands fdgneûrs de la CasUUe , qui avait été provoquée parJes intrigues .de Villena depuis sa disgr&ce, et à la tête de laquelle apparaissait le roi d'Aragon, procéda solennellement à la déposition du monarque dans la ville d'Avila. On éleva , hors des murs de la ville, un vaste théâtre , au milieu duquel paraissait sur un trône Veffigie du roi revêtu de ses ornemens, une couronne sur la tête, un sceptre en main^ et l'épée de

t9# aiftoié

justice à s«n côté. L'aotttMticai' œntve "^ le anmarqne fut lue à hante votv^ et h •eâtience de dëponttea pimieneée en présence d'une assemblée nombreiae.

Aprèt la lecture du premier artiîde des charges y farchevéque de Tolède s'a* vança et ôta la couronne posée sur la tête de l'effigie; après celte du second iMrtkie, le eomte de'Pfacenti» arvadia ^épëe de justice; h la fin du troisième;, le oomte de Bénéveute enlera le acepL tre;' enfin , à la suilé -du quatrième y doA Diego Lopez de Stuniga renvena l^eftgîe du trène, et au m^me instam AI^ phobse, frère de Henri y Ait proclanaé roi de CastSlle et de Léon, à la place do monarque déposé.

Cet acte de ^uveraineté de la paît des états y qui pouvait cr^er contre la royauté un préèédent si àtmfgtxep^i^ n'ayant pas été sanctionné par la rîc^ toire^ est resté comme un fait is^, plus propre à con^ater l'audace que les droits de la noblesse, en qui résidait alors, en y comprenant le cierge , tout le pouvoir et toute là forde de ces a$- ^mblées improprement appelées nationales; cependant c'est avec raisonqu^

DE l'histcsbê d'espaove. iSt Robertsoa fait a ce sujet la remarqua suivante : «.Les chefs de faciioo les plus » audacieux u'auraient jamais osé eu 9 venir à de semblables extrémités, et » leur donner tant de publicité et de » solennité y s'ils n'avaient été encoura- » gés par les idées que le peuple même 0 s'était formées de la dignité royale > » et si les lois et la nature du gouver» » nement de la Gastille et de l' Aragon » n'avaient pas préparé les esprits à apr » prouver des démarches si extraor- » dinàires , ou du moins à y consentir. »

Quelques faits plus honorables signalent pourtant le règne de ce prince; il enleva Gibraltar aux Maures , que les Chrétiens avaient perdu sous le règne d'Alphonse XI. A la. vérité il fut rede- \

vable du recouvrement de cette place importante, bien moins k son habileté qu'aux divisions de ses ennemis et à la trahison d'un Mahométan converti à la ibi chrétienne. Ses prétentions sur le comté de Barcelone ne furent pas couronnées du même succès. .*

Les Catalans y opprimés par Jean 11^ roi d'Aragon^ avaient pris les armes pour te faire justice; ils avaient révoqué, par

tth acte soleniid , lear serment d'obéissance à ce prince, le déclarant, lui et ^e^ èestendani , indignes de-montér suv ié trône; ils tentèrent ensuite d'ëtabiir eti Catalogne une fomie de fÇDuyerne- Inent républicain. I^n» cette fermenta* tion, un parti se forma pour rècotmaitre le roi de Castille. Henri se bâta puéri* îement de prendre^le^itre dé roi deBai^ celone ; mais il ne sut pets mettre cette rébellion à profit. Yillena, qui ne voulait pas la guerre, négocia avec Louis XI relativement k ceproyet, et le résultat de ses intrigué» 'fut de le faire avorter V;oihplétement. lïtô deu& tois Loirfis XI 'et Henri ayant eu une entrevue à Mau^ léon, retournèrent dhacttn dans leurs l^ts, pleins de m'épris l'un pour l'autre : Hemi trouva que Louis était taet' quin et igtloble, et Lôùis, ^ue 'Henri était fastueux et sot. Vlllena fut puni die Sa perfidie par Texil, et t'est alors quc'il Se joignit à la .ligue qui procéda un peu plus tard à la déposition du monarque dans Avila.

DE l'histoirs d'espaons. i83

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