RÈGNE DE CHARLES-QUINT
Charles de Luxembourg, depuis rempereur Charl^s-Quint, fut la tige de la dynastie autrichienne qui remplaça sur le trône de Castille la maison de Bourgogne f établie en Aragon et en Castille depuis quatre siècles et demi. Les histo^ riens donnent pour chef à cette maison de Bourgogne^ «n Castille, Raymond de Bourgogne , qui aurait passé en Espagne sous Alphonse VI ( en 1082), avec un autre prince de la même race, Henri de Bourgogne, devenu de son côté la souche de la maison royale de Portugal. L'établissement de ces deux princes fut la récompense des services qu'ils avaient rendus contre les Maures. Raymond de Bourgogne avait épousé Urraque , fille d'Alphonse VI , et depuis mariée en secondes noces à Alphonse d'Aragon, surnommé le Batailleur. La double couronne d'Aragon et de Castille passa à Alphonse VII y issu de ce mariage dû
DE l'histoire d'espagne. ^dS {HT idce bourguignon avec la turbulente Urraque, et que l'histoire signale, comme le lecteur Ta déjà vu, sous le nom d'*empereur. Il faut pourtant avouer que ces origines ne sont pas absolument incontestables. Des historiens espagnols prétoident que ces princes étaient de la maison de* Lorraine. Des écrivains français, pour flatter leurs maîtres, ou par orgueil national, en ont fait des princes de la maison de Bourgogne, "qui reconnaissait pour Uge commune Robert, rot de France, fils de Hugues - Capet. De sorte que , loi^que les Bourboùs sont venus reprendre l'héritage de charies V par Philippe d'Anjou, ils n'auraient fait que rentrer dans leuf-s droits : mais l'in* certitude des titres, en pareil cas,xnultiplie les prétentions également fondées ou également illégitimoK.
On a déjà une idée des principaux év^ Démens auxquels le règne de ce prince doit la plus grande partie de sa cà^rité , parce qu'il intervint sur la scène ou comme héros principal , ou comme moteur secondaire : c'est-à-dire le schisme de Luther et la conquête de l'Amérique par Cortez, Alniagre et Pizarre, qui
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acheverentronvrage.de Colomb. Il faul ajouter à ces faits impprtaos le soulèvement des communes de ,Cas tille , la rivalité de Charles avec François I**", la bataille de Pavie et la captivité de ce dernier; ensuite la révolte de Gand et l'abdication si célèbre de ce monarque, suivie de sa retraite dans le monastère de Saint-Just , après ce fameux traité de Passau, .châtiment proportionné à sa démesurée ambition. Telle est la série des matières historiques que nous allons parcourir en peu de pages. Mais il convient d'avertir le lecteur que l'histoire de cette époque est moins que toute autre susceptil^le d'être résumée d'une manière satisfaisante dans les proportions si restreintes que nous avons été obligés d'adopter; et qu'elle mérite d'ailleurs , par sa haute importance, d'être l'objet d'une étude spéciale attentive. Les quarante années que comprend ce règne sont plus pleines de choses, de combats, négocia-^ tiens, traités, alliances, élévation de maisons nouvelles ; que plusieurs siècles des époques précédentes. Les affaires d'Espagne, durant ce nouveau période, se trouvent mêlées à celles de l'Europe en-
DE L^HISTOIBE d'eSPÀGNE. ^65
lière, qui travaille laborieusement à renfantement de cette pondération politi(|uey ébauchée par le traité de Passau, et achevée par celui de Westphalie, quatre*vingt-douze ans plus tard, après que la France et l'Autriche se furent dis^ putéy durant trente ans, cette suprématie monarchique du continent qui avait échappé à l'héritier immédiat de Ghar^ les y. IMous ajouterons une seule remarque, c'est que le célèbre Robertsoa, en consacrant deux volumes iu-4^ à son admirable histoire du règne dé Charles Y ^ n'a encore prétendu faire qu'un abrégé.
Les Castillan^ étaient impatiens àe voir leur nouveau souverain. Charles- Quint se rendit enfin ^ leurs vœnx^ mais, à peine arrivé en Espagne , la mort de l'empereur. Maximilien, son aïeul, et la majorité des suffrages des électeurs de l'Empire y l'appelèrent à un trône qtu, en éblouissant son ambition, lui fit^ pour un moment, perdre de vue celui de Castille. Cependant, avant de quitter ses nouveaux sujets, il convoqua les cortès. Il désirait que la nation approuvât le choix qu'il avaitfait du caidina] Adrien pour exercer en son absence la plénitude
ià6S Ktsmtà
de l'autorité royale , et surtout il voulait avoir de l'argent pour faire son voyage d'Allemagne avec la magoificence convenable. Il paraît d'ailleurs que l'Empire avait des besoins urgens auxqu^s il fallait pourvoir. Mais la rapacité flamande avait déjà trop indigné la nation pour qu'elle fiât disposée à céder facile* m.ent sur cet article à un prince qui n'avait paru un moment qu'environné de sa cour étrangère , et pour demander de l'argent. Ce qui choquait surtout l& Ës^ pagnols, c'était le monopole des emplois du gouvernement par les étrangers. Si CiKirles^ an lieu de disgraciet Ximenès, l'eût accueilli et se fût oonduit par les conseils de ce grand homme , il est probable qu'il aurait eu plus de succès auprès des cortès. Il convoqua successivement celles de Castille, d'Aragon, de Catalogne ; et n'obtint de toutes , sar^ tout de ces dernières , que des libéralités parcimonieuses, accompagnées d'une grande abondance de doléances et de réclamations. Une nouveauté déplut beaucoup, ce fut la subite convocation en Galice des cortès de Castille et de Léon«. On s'indignait de voir sortir le numé-
DE l'hisïoibe d'espâgne. 267 raire du royaume. La nomitiattîon du nevau de Qiièvres à Tarcbevéclië de Tolède avait paru un attentat sans excase au3t intérêts de l'Etat et aux lois de TE* glifiie; car^ce jeune homme n'avait pas même l'âge reqnis. L'orgueil du clergë espagnol devait étreblesâé de cette pré^ férence accordée à un étranger, dont l'unique titre était de tenir par les liens de la parenté à l'ancien gouverneur du prince; et il est probable que ce corps puissant^ quia toujours conservé en Es* pagne l'arbitrage des passions pt^ottlaircs^ nef ut pas étranger aux troubles que nous allons décrire bientôt* . .
Qiârles ferma l'oreille aux plaintes de la nation^ et refusa d'entendre les procureurs ou députés de quelques grandes villes qui sollicitaient une audience. A ces graves motifs de mécontentement vint se joindre le bruit vrai ou faux qu'il avait formé le dessein d'emmener avec lui Jeanne sa mère.
Yalladolid se souleva ; plus de six mille hommes en armes se réunirent au son de la cloche sur la place de cette ville, eaa faisant entendre ces cris : Vive le Roi, et périssent ses perfides conseillers.,^
a6S RésuM^
' Si leâ seigneurs flamands , et , entre autres ; Chtèvres, qui accompagnaient le {H'ince , n'eussent pas* immédiatement pris la fuite , ils couraient risque d'être pendus sans miséricorde sous ses yeux même* Cependant une contenance ferme et quelques châtimens^ sans excès de sévérité , arrêtèrent momentanément la sédition y et Charles' put continuer son voyage.
Mais les cor tes s'ourrirent vainement 1 520-4 Saint- Jacques de Galice. Les députés des principales villes, savoir, Tolède, Salamauque, Séville, Cordoue, Toro, Zamora, Avila, etc., refusèrent, avec une inébranlable fermeté, les subsides qui leur étaient demandés. Charles fut étonné de cette résistance; cependant il donna dès lors une marque de cette circonspection et de cette souplesse qui depuis lui servit daus plus d^une circonstance difficile , en se contentant d'exiler le procureur de Tolède, qui s'était en quelque sorte mis à la tête de l'opposition.
A ceue nouvelle, Tolède se souleva et prit les armes pour la défense de ses immunités. Un de ses principaux citoyens,
DE l'histoire B*£SPAGN£. 269
jeune 4iomine plein d'ardeur et de courage , se mit à la tête de ce mouvement {>opulaire. Il s'appelait Padilla. Les historiens lui associent dès lors son épouse dans le rôle orageux et brillant dont sa destinée voulut le charger. Cette femme ^ digne par son caractère des siècles les plus vigoureux de Rome, parait avoir influé sur les résolutions de son mari , à qui elle ne survécut, comme on le Verra bientôt, que pour le remplacer.
Les mesures que prit Charles pour arrêter cette sédition, dont le mouvement de Yalladolid n'était que le prélude, ne servirent qu'à exaspérer les mécontens. L'alcade et tous les officiers royaux furent obligés de prendre la fuite. Les cornrtiuneros , au nombre de vingt mille hommes, s'emparèrent de l'Alcazar i et des portes de la ville. L'entremise de quelques prêtres qui •euls purent faire entendre leur voix , sauva la vie au corrégidor qu'ils avaient au premier instant jeté dans un cachot .
s Nom maure, générique, de la résidence royale.
Charles fat ua peu plus heureux auprès des Cortès de la Corogne; il eu obtint une somme assez cousidërable payable en trois ans; toutefois ce ne lut qu'à des conditions assez humiliantes ; il fut obligé d'essuyer de nouvelles remontrances, par lesquelles les députés des villes ou procureuis du pays exigeaient, entre autres choses, a qu'il ne fût permis à personne, sous peine de la vie , de sortir de l'argent du royaume ; que les emplois et les dignités ne fussent conférés qu'aux nationaux ; que sa majesté fît promptement son voyage et se hâtât de rentrer dans ses états sans plus traîner des étrangers à sa suite* i>
Toutes ces représentations, corroborées de révoltes y furent vaines. Charles partit la vue fascinée par l'éclat de cette couronne impériale qu'il allait chercher. Il avait à la hâte organisé un gouvernement de régence, dont )e cardinal Adrien devait être l'âme : mais ce n'était plus Ximenès* La fermentation devint générale , et bientôt l'explosion se fit. Les communçros de Ségovie pcndirent'lousles alguaziJs et officiers royaux
De l histoire d'espagne. 271
dont ils purent se. saisir. La ville de Zamora^ excitée ^ la révolte par son archevéqi^e méme^ mit plus d'atrocité esncore dans les efiEets de son ressentiment. Yalladolid voulut traiter s^ députés ainsi qu'avait fait des siens Ségovie^ parce qu'ils avaient consenti un don ou subside de deux cents millions de maravédis. Les mêmes scènes tragiques eurent lieu à Madrid , ainsi que dans les principales villes de la Castille et du royaume de Léon^ en6n l'Espagne entière parut embrasée. Le gouvernement impor pulaire qui représentait le roi se vit dans la situationU plus périUeus;e>Padilla profita de la consternation des régens et <te l'incertitude qui en était la suite pour entrer à TordésiUas , et s'emparer de la reine folle, afin de donner à la révolution un fantôme de chef, ou peutêtre un motif, assez superflu, de légitimité. Les ordres les plus rigoureux furent expédiés au nom de cette prix^cesse. Le cardinal Adrien s'étant sauvé à la faveur d'un déguisement, se r^éfu- ;gia k Rioseco y d'où il écrivit à Charles qu'il risquait de perdre F£spagne s'il ne hâtait son retour. Les communeros
écrivirent de leur côté, faisant valoir, avec autant d'évidence que d'énergie, la justice de leur cause. A la vérité leurs victoires sur les troupes royales avaient reculé b^uôoup les limites de leurs prétentions. La série des griefs dont ils demandaient le redressement dans une sorte de manifeste qui fut rendu public, fait voir combien d'abus minaient cette monarchie^ et l'étendue des racines que l'arbitraire avait poussées sur le terrain des communes naissantes. Les communeros voulaient que l'on restituât aux cortès leur indépendance et leur antique ascendant, ou plutôt ils voulaient profiter de l'occasion pour constituer ime représentation nationale telle qu'il n'en avait jamais existé en Castille* Ils demandaient donc, pour leurs députés, l'égalité numérique dans les états avec le clergé et la noblesse^ ils voulaient que nul d'entre eux ne pût être salarié de la Cour; que l'assemblée des cortès eût lieu tous les trois ans, nonobstant le refus ou l'oubli de convocation de la part du roi; que les privilèges usurpés par la noblesse fussent abolis, quelle que fût leur ancien-
DE li'fllSTOIRE D*ES»ÀONE. ^fj^
nèté ou le motif de leur concession ; que les terres seigneuriales rentrassent^ en matière d'impôts^ sous l'empire dé droit commun ; ils demandaient enfin que le clergé fût contenu dans les limites d'une juridiction spirituelle^es évéques obli-* gés à résider; que l'établissement royal cessât d'être onéreux aux communes , et que les étrangers n'obtinssent pas une injuste préférence dans la dispensation des emplois y sur les nationaux.
Dès que cette déclaration eut été rendue publique , les prêtres et les nobles, premiers instigateurs de la révolution > ouvrirent lés yeux devant elle, et reculèrent épouvantés. Ils s'étonnèrent d'avoir pu penser que des insurrection»
populaires s'accompliraient à leur profit. La plupart défectionnèrent ouvertement, et tous résolurent d'arrêter le cours d'un incendie pour lequel ils avaient fourni les torches.
Charles ; prévenu par les Flamands^ répondit aux communes d'une manière batteuse mais ambiguë, promit son retour, bref, chercha à gagner du temps.
£n même temps il invita secrètement la noblesse à prêter main - forte à son
gouvernement, et joignit à cet insînaa* tions une mesure encore plus efficace, qui fut d'^issocier au cardinal , pour la direction des affaires publiques^ trois des principaux personnages de la grandesse. .
Cette souple politique eut l'effet désiré : Burgos posa les armes; la noblesse de Castille et de. Léon les prit aussitôt; les comtes de Haro et d'Onate commandèrent les forces des royalistes , qui pouvaient s'élever à dix ou douze mille hommes. Les commXineros ^ en nombre un peu inférieur, leur présentèrent la bataille, ayant Padilla à leur tête* Après diverses fautes des confédérés , qui obligèrent ce dernier à effectuer sa retraite sur Toro, il fut battu aux environs de Villalar, et ayant été blessé dans l'action, il tomba au pouvoir des royalistes avec la plupart des chefs du parti populaire. iSso. Dès le lendemain ils subirent tous la . peine capitale ; et pour nous servir de l'expression d'un écrivain national, la liberté de la Castille expira avec ces hommes généreux.
Villadolad implora sou pardon; on sentit qu'il ne fallait pas marchander
DE l'histoire D'£SPAGN£. ^'jB
UDe^mnistié geoërak : dix-huit têtes seulement tombèrent après celle de Par dilla. Cependant ce résultat fut singulièrement amer au peuple ; et livré Stxix sentim^BS de la douleur, de' la crainte et de l'indignation, quand Tartnée royaliste victorieuse entra dans Yalladolid ^ elle fut accueillie par une solitude et «n vaste silence qui avaient quelque chose de menaçant.
Les autres villes qui s'étaient soule^ v^s suivirent l'exemple de Valladolid, à l'exceptioii de celle de Tolède , où la Bonveiie de l'exécution de Padilla et de •es compagnons prMk^it im e^et tout contraire à cet abat|;em«at universel. I^e parti royaliste, et il y en avait un flans cette ville, crut triompiier de l'exalta^ lion de» commwieros, efi ouvrant pev* fidemeat les portes au marquis de Vil^ lena ; mais le courage d'noe généreuse femme fit échouer leur dessein. Doua Maria Pacheco, veuve de Padilla^ fut an de ses êtres , dit Pedro de Gnievar^ dans le recueil de ses lettres, pour les-* qnels les langues devraient avoiV des expressions non communes ; elle Vem* para de l'Alcazar^ et contraignit les
troupes de Villeua h évacuer la place;. Tolède ^t j>ieQiôt bloquée par plusieurs jdîvtôions rëufiies de l'armée royaliste , qu'up prem^or succès avait triplée de nombre; mais \es cotrwumcros^ animés, soutenus par le grand caractère qi^e dér ployait cette, héro'ioe , se défendirent avec la plus rare intrépidité. Privés de vivres, de munitions et de. secours, ils se précipitaient dans le ctmp des assiégeons avec toute la fureur du désespoir : enfin après avoir perdu dans une.de leurs sor^ ties les moins heureuses jusqu'à seize cents hommes, ils furent forcés de capituler. La médiation du clergé leur fit appliquer l'anmistie; tous quittèrent les arme$ : la seule dona Maria, soit qu'elle n'espérât pas de grâce , soit que le supplice der son époux l'eût rendue implacable, soutint dansl'Alcazar un siège de plus de trois mois. Après plusieurs assauts inutiles , les royalistes ayant enfin forcé sa retraite , elle leur disputa le terrain pouce à pouce , et finalement ne prit la fuite que lorsque tout espoir de résistance, fut perdu. Elle se sauva avec son jeune fils, tous deux déguisés en paysans de l'Estramadoure, vers le Poriu-
içàl. Tout fat fini, et l'arrivée de Charles acheva d'assurer la tranqailh'té. La réponse que ce prince fit à un délateur mérite d'être citée. Ce lâche venait avec empressement offrir une victime. «Vous » auriez mieux fait, lui dit le monarque, » de l'-avertir que je suis ici, que de me » dire ou il est. p
Ce fut pendant les troubles suscités parles communeros, que Henri d'Albret, comte de Périgord , qui , sous le précédent règne , avait épousé une princesse de la maison de Navarre ^ fit , à l'instigation et avec les secours de François I^, une tentative- sur la Navarre. L'armée française assiégea et prit Pampeltme , qui , selon quelques auteurs , était défradue par Ignace de Loyola, depuis fondateur dç la trop fameuse société -de Jésus : ce qu'il y a de certain au moins, c'est qu'il se distingua à ce siège. Cependant les Français , au lieu de se fortifier dans la Navarre, ayant voulu pénétrer dans la Castille , furent battus à Navas de Esquiros et rechassés au-delà des Pyrénées.
Apres l'échec reçu en Navarre, François 1^% jaloux de la puissance toujours
^7^ nÉsowt
croissante de Cbaiies V^ renouvela ses préteatîons sur le duché de Milan ; ce prince cherchait obsUnément une occa-»
sion pour commettre au sort des armes la question de prééminence que les électeurs de l'Empire avaient décidée entre lui et Charies V, en donnajit ia préférence à ce dernieri
François de Sforce , dont le père avait été protégé par la France , fut violemr ment dépouillé de ^on duché» Charles 86 ligua avec Qément Vil contre les Français : on sait que cette guerre^ dans laqudleles troupes impériates obtinrent une assez constante supériorité, se termina par la fameuse journée de Pavie , qui mit le roi de France entre les mains de son peu généreux rival. Cette époque exige quelques détails.
»5ai. Charles se ligue avec le pape, TEmpereur et le roi d'Angleterre, contre François P'j le roi d'Angleterre, qu'il visite à son retour de Flandre, lui prèle des sommes considérables. Charles avait séduit le cardinal Volsey , qui gouvernait Henri VIII. François I*' favorise la levée de boucliers de Robert de La Mark, souverain de Sedan^ contre l'Ëm-
DE l'histoire d'eSPAGNE. 2^9
pire, et.Bayard va secourir Mézières :
les troupes impériales et celles de l'Eglise inondent l'Italie; Lautrec sort de Milau avec les Français. François Sforcc reçoit de l'Empereur l'investiture du dliché de Milan:; k& Français prennent Novarre et sont ensuite défaits à la Bicocque. Le roi de France , à cette nouvelle, rebrousse chemin, et les Vénitiens, ses alliés, iraiient avec l'Empire. François renouvelle ses hostilités, du côté de la Navarre, et ses généraux '^^^* prennent Fontarabie , que la lâchelé du gouverneur Franguet reod bientôt aux Espagnols.
François!" arme de nouveau contre ritalie , dont tous les souverains se liguent .contre lui; la brooiilerie de sa mère, la duchesse d'Angoulêmei avec le duc de Bourbon, qui l'avait mépri»
sée , disent les mémoires, motive la trahison de ce dernier^ qui fait offrir ses services à rEmpereui*. 11 promettait de soulever la France , tandis que François P*", occupé en Italie, se verrait en outre tomber sur les bras l'Angleterre et l'Espagne, qui devaient attaquer, la premrière en Picardie, et la seconde
a8o KÈsimà
dansleB^arn. L'Empereur eiwoie douze mille Allemands au comiëtable de Bour-bon; le roi d'Angletepre fait débarquer trente mille hommes à Calais^ Fontara-
i5a4^bie est reprise par )es Espagnol» : la guerre frappe a toutes les portes de la France-
Les Français sont malheureux eix Italie* Après avoir bloqué Milan il»
sont obligés de lever le siège; ils perdent Biagrasso et sont forcés à une re* traite n^heureuse- après l'évacuation de cette place. Toute la valeur de Bayard ne peut réparer les fautes de
i5a4-So'i'û^6(7 qu'il avait remplacé dans le commandement de l'armée. £et intrépide guerrier, modèle de loyauté chevaleresque et de patriotisnle , est tué dans cette retraite , et ses dernières paroles sont un reproche au connétable de Bourbon qui combattait contre son pays. Les débris de l'armée repassent les Alpes.
Les Impériaux entreprennent une invasion en France, toujours de concert avec l'Angleterre. Le duc de Bourbon fait le siège de Marseille, et le lève bientôt, faute des secours qui lui avaient
DE l'hist4)ire d'espaciïe. a8i ët^ promis. Il repasse en Italie. Le roi de France prend quatorze mille Suisses à sa solde. L'infanterie suisse (lassait alors pour la seule qae Ton put opposer avec avantage h l'infanterie espagnole. Mais les Suisses , comme les Allemands en général , étaient de mu«tins stipendiés y et subordonnaient toa«jours le zèle de leurs services 'à l'exactitude du paiement de leur solde. De là le dicton si connu i ^ et quUl n'est pas au-dessous de l'histoire de recueillir/ car il tient lieu de beaucoup/ «de pages pour donner une idée de ce qu'étaient alors ces grandes bandes qui vendaient tantôt à l'un, tantôt à l'autre, leur bravoure mercenaire.
Le roi de France s'empare de nou^ veaadu Milanais; mais le marquis de Pescaire reprend l'avantage à Marignane Les Français assiègent Favie; L'avis de Bonnivet avait prévalu dans le conseil sur celui de tous les ofEciers qui trour .iMiient cette entreprise inopportune.
L'armée impériale s'avance au secoua ée cette ville. Le roi ^ de France, dont
> Point cTargent point de Suisse.
282 HÉSUMi
diverses causes avaient affaibli Tarmëe^ Yttxi éviter la bataille } mais les Itnpé* ritux, profitant de leurs avantages, la 2 5a5. lui apportent dans ses retranchemeos^ On avait persuadé aux Espagnols que l'ordre était donné aux Français de ne leur faire aucun quartier; ils se battirent en désespérés, et ce sltatagème décida peut-être du sort de la journée^ Le roi chevalier tomba couvert de bleesu* tes, après avoir eu un cheval tué sous luié Un grand nombre de chevaliers distingués périrent^ et Tctourdi Bonni^ vet chercha Fexpiation de son imprévoyance en se jetant au plus épais des lances ennemies. Après le combat^ les officiels de Tarmée -espagnole vinrent Courtoisement baiser la main de leur royal prisonnier f et nn simple soldat espagnol lui présiftita une balle d'or qu'il avait fait fondre la veillé, afin^ dit-il, de lui donner une mort plut ho-* norables'il avait pu parvenir à le tuer. Les Espagnols ont toujours été fort glorieux de la journée de Pavie ^ et ik portent aux nues la conduite et la va^ leur de leurs deux plus célèbres capitaines de cette époé[Ue, don Adtonio de
DE l'hISTOX&£ B*ESPAGN£. a83
Ley va , qui commandait la place SMttiégée par le roi de France^ et le marqoii de Pescaire. Quelque exagération qu'il y ait dans les éloges qu'ils se donnent avec beaucoup de naïveté, il n'y a rien k leur dire ^puisqu' enfin nous fûmes battus et faits prisonniers ; mais il est bon défaire remarquer au lecteur, comme indice d'une transition commençante à d'autre mœurs , ou du moins d'une mo^ dilication subi^par le caractère natio* nal , qu'à partir de cette époque le mot de rodomontades^ récemment inventé, fut l'objet de fréquentes et justes appli* cations à l'excessive fierté des manières espagnoles. La sagesse et la modération que leur souverain môme avait affectées jusque là, se noyèrent dans l'ivresse de sa fortune. U avait toujours écrit à Volsey de sa niain , et signant : Votre Jils et cousin Charles; aussitôt après la ba^^ taille de Pavie il se contenta de lui faire écrire par un secrétaire, et de signer simplement Charles* , Les succès de Charles V en Italie furent le sujet d'une inquiétude universelle chez les princes de son tetnpi.
rïaples, la Sicile, le Roussilion et. la
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Ce«iagoe , avec la Navarre et toute la I«ombardie , lui apparlenaienl ^ le roi de France était en son pouvoir ; les fioances' de ce royaume étaient dans le plus triste état; Charles avait beaucoup d'or : que ne pouvait - il pas entreprendre? Lia suite immédiate de ces réflexions fut , de la part des Italiens^ une tentative assez mal combinée pour enlever François I*', le seul adversaire que l'on crût pouvoir opposer à Taii^bition de Charles V. La vigiluice de l'officier chargé de la garde de ce captif illustre fit échouer le projet, qui n'eut d'autre résultat que d'obliger les Espagnols à transférer François de la citadelle de Pizzigthone à Madrid , et de rendre sa captivité plus étroite^ On sait que Charles le visita, l'appela son frère, le combla de caresses, et tira d'ailleurs tout le parti qu'il put de soni malheur et de l'abattement d'esprit qui en avait été la plus malheureuse suite.
François futiorcé d'abandonner toutes ses pi'é tentions sur les éuis de Milan, de Gènes , de Naples , des Pays-Bas et de la Bourgogne; il offrait même de rendre au connétable de Bourbon ses di-
DE l'hISTOI&B d'eSPAGHE. sSS
gnitës et ses états. La paix de Madrid i^^^confirma touies ces douloureuses concessions; avec la conditiou subsidiaire que si au Bout de six moi» elles n^ëiaîent pas rigoureusement accoiuplies^ François viendrait se remettre en prison } en foi de quoi , disent les Espagnols , il engagea sa parole royale.Ënsuite ils reprochent vivement au prince français d'avoir envoyé des ambassadeurs quand il fut de retour à Paris , pour proposer des équivalons. Reste à savoir jusqu'à quel point des conditions si durenlent imposées pouvaient être garanties par la parole d'un roi malade et prisonm'er. A coup sûr Charles eût été encore moins scrupuleux. Il était trop, prévoyant et savait trop ce que vaut parole de roi ^ pour que l'oa puisse partager l'opinion cle quelques historiens modernes, qui mettent d» son côté une candeur mêlée de vanité , et de celui du prince français une perfidie profonde. Ce jugement est uavéritable déplacement dies rôles et une mierversion complète des caractères. La vérité est que ni l'un ni l'autre ne crurent à l'exécution du traité; mais qu'ayant tous deux besoin d!une
trère^ iU la firexit, isa l«i «btmaat ce nom mentesr de paix y qui eA si doiix k l'oreille de» peuples, surtout quaiid ils sont hàxsméi par les (|tteFelles et les d^ lires ambitieux, de leursmaî très. C^iraltë avait pourtanl toutes les aj^renoes de sincérité respective qu'une trausaotiiEm politique peut emprunter des amitiés domestiques ^ puisqu'il fut cimenté par le mariage du roi de France avec la reine veuve de Portugal^ sœur de rEmpefreur, princesse aimable qui ^ malgréson titre de douairière, n'avait que vingt^mik ans.
Ce. fut durant les altercations aux-* quelles donna lien la non exécution du traité de la part du roi de France^ que ce dernier Bt proposer à Charles d'en &* nir par un combat singulier , et lui eo^ i5a7. voya un cartel en forme. L'Ëmper^ir accepta le défi malgré l'avis de seci con^ seil f et le lieu du combat fut fixé entre Andaje et Fontarabie. Restait à décider le choix des armes , et l'on avait pris quarante jours pour cela. Le délai était plus que suffisant , cependant le coni^at n'eut pas lieu. Charles , a dit4MiJécrivatn, nf aimait pas le téie-à-téte .sanglant x ;
» Guederyille , satirique, éditeur d'une corres-
DE iii'HiSTOtafi d'espagne. 087 ' NoufrdSe ligue de la part èes souverains d'fttalie, à la tête desqiK^s figurait le pape Clâneui Vil, dont cette sainte allianee emprunta ic nom, car die s'appela liffte Clémentine y ou.de k liberté lie l'Italie. L'Eîmpereur mit en œuvre toutes les ressources de la plus subtile <iipk>maiie pour la dissoudre, ou du moins pour en détacher Clément VIL Le Saint-Père fut inexorable et ne se montra pas ému de Timminence du péril que feraiem; courir à la chrétienté de nouvelles guerres entre ses princes, tandis que les sifcdès etTaudace croisfifflHe du Turc infidèle les menaçaient toas* Charles prit alors d'aulres voies pour fléchir Sa Sainteté. Le connétable '^28. de fiourbouy à la tète des bandes espagnoles, ût le siège de Rome. Il fut tué à l'assaut. Le prince d'Orange prit le (GomnEumdement des troupes, et entra vainqueur dans la capitale du monde chrétien , sans aucune peur des foudres spirituelles. Rome fut saccagée durant six jours par les dévots Espagnols et les Flamands^ comme elle aurait pu l'être
pondance de Hurtado de Mendoza, ambassadeur deCharles-Quint auprès du pape Paul III.
2^ misuMiÊ
par les Vandales et ks Huns. Lepape se retira dans le diâtean Saint- Ange, en-* vironn^ de ses pâles cardinaux ^ au boat d'un mois de si^e , le manque de vivres' força le vicaire de Dieu à capiUiler, et de dures conditions lui furent imposées par le roi Githolique. Le pape <:on86Dttt à tout, promit tout, et la nuit suivante se sauva sous un déguisement àOrviette, ville fortifiée et défendue par les troupes de la ligue.
Charles Y déplora hypocritement sa victoire, à la nouvelle des suites qu'elle avait eues pour la cité papale , et poussa même la momerie jusqu'à remplacer par un deuil général dans sa cour les fêtes qui étaient préparées pour la naissance de son fils Philippe.
Les Français repassent les monts pour aller délivrer le Saint-Père , s'emparent de Pavie, et vengent par des massacres les pénibles souvenirs attachés à ce nom. Ils s'avancent en vainqueurs dans le royaume de Naples, et assiègent cette ville. L'escadre française, commandée par le Génois Doria , la bloquait du coté de la mer, et elle détruisit presque entièixïment l'escadre espagnole. Plusieurs
DE l'histoire d'eSPAGITE. 289
officiers -généraax espagnols ^^ du plus grand mérite, avaient déjà succombé ^ et la garaison diminuée, abattue, s'attendait à un assaut qu'elle eût été pro- Labement hors d'état de repousser, ]orscue la trahison de Doria, qui passa subitement du côté des Impériaux, vint changer la scène. Voilà encore une de ces cuconsiaLUces Jbrtuiterfieht heureuses pour Charles Y, dans lesquelles il hiut reconnaître sou génie supérieur pour l'iutrigue.
Les Français ne rapportèrent d^Italie, dans cette dernière expédition, que le mal de Naples. Le pape, fatigué de la présence des étrangers, amis ou ennemis^ eut la sagesse de demander la paix au nom de la malheureuse Italie, et d'y disposer le roi de France. Ces ouvertures amenèrent la paix de Cambrai i^ ïSagj qui fut signée en partie sUr les mêmes bases que celle de Madrid. Le dauphin et son frère aîné, otages livrés à l'Em-
* Cette paix fut appelée paix des dames, parce quMle avait été négociée par la duchesse d^Angoulême, mère de François I*'', et Marguerite d^Âutriche, tante de Charles-Quint.
^9^ RÉsusié
pereur en garantie du premier Iraîlé, furent rendus moyennant deux ini])ions d'ëcus d'or. Le roî d'Angleterre et la plupart des princes d'Italie accëdà'ent ëgalement au traité de Cambrai. Charles passk à Boulogne^ où le pape^ doinant un grand exemple de charité chrétienne, lui plaça sur Ta tête la couronne impériale.
Bientôt après Charles fut dans le cas de se montrer à la hauteur des obligations que lui imposait son titre, comme protecteur de la chrétienté. Soliman, ayant fait marcher des troupes pour occuper la Hongrie et la Bohème, fut repoussé par les Impériaux, commandés par l'Empereur en personne.
Immédiatement après cette guerre d'Italie, durant laquelle le pape avait été traité avec si peu de ménagement par son fîls bien-aimé le roi Catholique empereur, il est assez curieux de roir celui-ci courir en Afrique au secours 1534. d'un Infidèle. Charles employa des forces immenses au siège de la Goulette, pour rétablir sur son trône Muley-Hastem, qui en avait été expulsé par le fameux Hariadan-Barberousse. A la vé-
DE l'hISTOI&E I)*£SPACNE. ' %^\
rite, le rai de Tunis était feudataire d«B rois de Gastille. Cette nouvelle entreprise., qui,, du reste, fut couronnée de succès, est une preuve de plu5 de l'activité d*âme prodigieuse et de l'ambition non moindre de Charles -Quint.
Soit qu'il ait <:hercl3Lé des ennemjs, ou que sa fortune lui ait suscité des rivaux , sa vie entière ne fut qu'un ^mbat.
François Sforce meurt et laisse sesi535. états au monarque qui les lui avait rendus. Aussitôt le roi de Franœ réveille , sur le duché de Milan, s^s prétentions assoupies. La guerre recommence. Les Français sont repoussés des portes de l'Italie , après quelques coups de main heureux dans le Piémont. Charles pénètre en Provence et assiège Marseille. Cette ville se défendit avec courage j et un auxiliaire inattendu, la peste, vint à son secours. Charles.se replia sur Nice avec u^e armée qui semblait avoir été décimée par l'ange exterminateur. Le siège de qç;tte plac»
n'offre pas de circonstance plus remarquable que la iport de Garcilasso de la Véga , dont la renommée poétique ne s'est pas bprnée à son pay^.
Tant de guerres avaient tari les sources dont s'alimentait le trésor de la couronne. Il fallut recourir à de nouveaux impots ; et la ville de Gand se souleva. Le soulèvement allait être universel ^ et la disposition des esprits réclamait les plus prompts remèdes. Il ne suffisait pas d'arriver , il fallait arriver à temps. Charles, pWin de confiance,, de Taveu
f.^ des historiens espagnols ^ dans la houne foi et l'honneur de François !•',♦ demanda à traverser la France , ce qui lui fut accordé. La loyauté^ l'hospitalité chevaleresque du monarque français^ et les propos de cour auxquels donna lieu la présence de l'Empereur chez son ancien prisonnier , sont choses fort connues*. La révolte des Pays-Bas fut arrêtée par la présence du maître et par le ministère des bourreaux.
' ^'' Cette malheureuse lutte pour le duché de Milan recommença bientôt. Charles se faisait battre eu Afrique par les Algériens; il était allé les attaquer avec une puissante escadre, qiie la tempête vainquit à denii, lorsque le Piémont, le Brabant, le Luxembourg et le Roussillon virent à la fois leurs fron-
DE l'histoire D*ESPAGNE. 2^"^
tières couvertes de troupes noml>reusès.
Perpignan, assiégé par le Dauphin avec quarante-quatre mille hommes , fit une vigoureuse résistance, et le siège fut levé. Les succès et les revers furent partout balancés. Les Français gagnèrent en Savoielameurtrière bataille de Cérisoles; mais Charles, soutenu par le roi d'Angleterre , pénétra en France du côté de la Lorraine ; et ces op^érations militaires se terminèrent par une nouvelle paix , qui fut conclue à Crespy. On y stipula ^^44de nouveau la renonciation du roi de France aux états de Naples et de Milan. Pendant que ces longs démêlés avaient lieu en Italie, la réforme envahissait TAIlemagne , et le nord de l'Europe n'était pas plus tranquille que le midi. Luther était puissamment soutenu par plusieurs princes de l'Empire^ entre autres par l'électeur duc de Saxe et le landgrave de Hesse. Mais, pour avoir une idée des vicissitudes du luthéranisme à l'époque de sa naissance, et des résulta^ de l'intervention de Charles V , il faut reprendre les choses d'un peu plus haut, a Dans sa première diète , tenue à Worms l'année i52i , à l'époque de soa *
premier voyage en Allemagnie , Charles avait fait rendre un édit de proscription contre Luther et ses adhërens , c'est-àdire qu'en les déclarant déchus de la paix publique, il avait ordonné qu'ils fussent traités et poursuivis comme ennemis de l'Empire , selon toute la rigueur des lois. Cet édit , dont l'Eiâpereur et les légats du pape ne cessaient de presser l'exécution, devait incendier tout l'Empire. Des princes et états catholiques, excités par le cardinal Campége, se réunirent, en 15^4, à Ratisbonne , et y adoptèrent des mesures extrêmement rigoureuses pour faire exécuter l'édit dans leurs états. Il n'en fut pas de même des princes et états qui adhéraient à la réforme ou la protégeaient. Pour leur appliquer les dispositions de l'édit , il aurait fallu en venir à une guerre civile, que les membres les plus sages du corps germanique cherchaient à éviter.
» Les esprits s'aigrirent à Is^ diète que l^empereur tint à Augsbourg^ en i53o, 011 il fît rendre un décret qui condamnait la confession de foi que les princes protestans lui avaient présentée^ et qui
i>B l'histou^l q*|bspagne. 295
leur fixait un terme^ flaos IgqifBl ils devaient , en ce qm concerne les articles contestés, se conformer à la doctrine de rÉglise catholique. Poussés ainsi à bout, ces princes prirent le parti de s'assembler à Smalcalden^ sur la fin de cette même année, et d'y jeter les fon démens d'une alliance défensive , qui fut depuis renouvelée à plusieurs reprises. Jean Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe dit le Mâ^/zam/7^ , landgrave de Hesse, s'en déclarèrent les chefs, A. cette union des Protestans les princes catholiques opposèrent une ligue qu'ils appelère;it sainte y parce qu'elle avait pour but la défense de la religion catholique.
» Tout annonçait la guerre civile,, lorsqu'une nouvelle irruption que firent les Turcs en Hongrie et en Autriche y. engagea le parti catholique à passer, en i53a, à Nuremberg, avec les princes unis un accommodement en vertu duquel la paix cnlreles états des deux religions fut arrêtée et approuvée par l'Empereur, pour durer jusqu'au moment où un concile général ou quelque nouvelle assemblée en aurait décidé autrement. Cette paix fut renouvelée dans
plusieun aÉsembtées subséquentes , te^ nues dans les années 1534, iSSg, i54^^
» Cependant les princes prêtes tans ayant persisté dans leur refus de reconnaître l'autorité des conciles convoqués par les papes , et leur union prenant de jour en jour de nouveaux accrolssemens, l'Empereur, après avoir fait, en i544> à Crespy, la paix arec la France, et conclu un armistice de cinq ans avec les Turcs, résolut de faire la guerre à ces princes qui , forts de leur union et des relations qu'ils entretenaient avec les puissances étrangères, croyaient pouvoir lui faire la loi. Ce fut en 1 546 qu'il lança un édit de proscription contre l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, les deux chefs de l'union, et qu'en s'alliant secrètement à Maurice, chef de la branche cadette de Saxe et proche parent de l'électeur, il réussit à transférer le théâtre de la guerre du Danube sur l'Elbe. L'électeur^ défait par l'Empereur dans une action qu'il lui livra à Muhlberg, le 24 avril i547, loï»l>a luimême au pouvoir de son vainqueur, et le landgrave de Hesse eut; deux mois
DE l'histoire d'eSPâGNB. ^97^
après , le même sort. L'union de Smalcalden fut dissoute ; et l'Empereur, qui se voyait alors l'arbitre de l'Empire, convoqua une diète à Augsbourg, dans laquelle il joua le rôle de dictateur. Un gros détachement de ses troupes, reparti dans la ville ^ lui servait de garde, et tout le reste de son armée campait aux environs. Ce fut dans cette diète qu'il conféra au duc Maurice Télectorat de Saxe, donlit dépouillait l'électeur Jean- Frédéric, son prisonnier. L'investiture solennelle du nouvel électeur eut lieu à •Augsbourg le ^4 février i54B^ et ce qui mérite surtout d'être remarqué, c'est que dans la même diète l'Empereur conjura la perte et l'entière ruine du protestantisme, en forçant les princes et les prdiestans de se réunir à l'Église romaine, moyennant un formulaire connu sons le nom d'fnterim, qu'il leur fit adopter, et qui ne leur laissait, par forme d'arrangement provisionnel, et jusqu'à la décision du concile , que l'usage de la communion sous les deux espèces , et le mariage des prêtres.
» Ces succès de Charles-Quint, qui semblaient devoir l'ériger en maître ab-
a^B EÉSUIKE
solu de ['Empire , fureat bieolot suivi* de revers qui éclipsèrent toute la gloire de son règne. L'électeur Maurice^ quoiqu'il lui fut redevable de sa nouvelle dignité y crut devoir profiler de l'état de détresse où le mauvais état de se^ fioauces avait réduit ce prince , pour tâcher de limiter de nouveau son autorité, et de rétablir le cuite protestant dans ses droits. C'est dans ces vues qu'ayant mis dans ses intéré ts quelques princes de l'Empire, et conclu, en i55!2 , à Chambord, une alliance secrète avec Henri II, roi de France, il marcha avec tant de rapidité contre l'Empereur qu'il faillit le surprendre à Inspruck , et qu'il l'obligea à recourir à la ix^édiation de son frère Ferdinand, pour conclure avec Mau-^ rice le traité qui fut signé à Pasaiu le a août i552. La liberté du culte protes* tant y fut sanctionnée, et w convint qu'une diète générale serait convoquée en Empire, pour y régler les articles d'une paix stable et permanente^ entre les étals des deux religions i. i>
C'est sur ces entrefaites que le nou-
' Koch, Tableaudesréuolutions de P Europe.
DE l'hISTOIKE d'eSPAGKE. 299
Veau roi de France, possédé comme ses aïetix de la passion de ce funeste Milanais, commença la guerre tout à là fois dans la Lorraine, les Pays-Bas et ritalie. Charles-Quint oublia pour un moment les intérêts de la foi catholique , et caressa même les chefs protestans pour les séparer de la cause de la France. Il voulut commencer par reprendre Metz^ mais il eut affaire au duc de Guise, qui s'était réhfermé dans cette place avec la résolution de la sauver ou de s'ensevelir sous ses ruines.
D'ailleurs l'armée impériale était assiégée de son côté par une épidémie terrible. Ce revers fut pourtant m<)ins sensible à Charles que l'échec qu'il avait éprouvé devant Marseille. Dés ce moment il parut rassasié de guerre ; et d'amers dégoûts semblèreift lui faire expier ses trop longues prospérités. A la nouvelle de la journée de Eenti, en Artois, où ses troupes furent mises par les Français en complète déroute, «Ah! s'écria- t-il, on voit bien que la » Fbriune est femme > ; die aime les
< L'espagnol est plus uaîf et pka «nergicfue;
3oo aésuMi
» jeunes gens et dédaigne les vîeillards.i^ De pénibles infirmités plaidaient plus vivement encorepourle repos; la goutte s'était glissée, sans respect , sous le^ vingt ou trente couronnes de César Charles- Quint. On sait quelle autre triste maladie avait précipité au tombeau , avant terme, son opiniâtre et brillant rival le roi de France^ C'est alors que Charles se déter^iina à cette abdication si fameuse, et choisit pour sa retraite le monastère de Saint-Jiist. Probablement le désir de pouvoir une dernière fois étonner le monde, entra pour quelque chose dans cette résolution ; l'éclat et la poqape dont il entoura l'exécution de son dessein; l'espèce de panégyrique qu'il prononça, en faveur de son règne , permettent d'adopter cette idée. Le sacrifice aurait eu plus de grandeur s'il eut été accompli avec plus de «implicite.
L'ex-empereur ne goûta pas long-temps les équivoques douceurs de sa retraite; il voulut, par une singularité assez re-
il y a : Como se conoce que la Fortuna es dama cortesana, que gusta de los mozos y se cansa de los viefos !
, DX l'histoike b'bspaone. 3oi niarqnable , vivant encore , célébrer ses funérailles, et )a mort le prit au mot; il succomba peu de jours après, frappé du spectacle qu'il s'était donné : il avait résigné le sceptre à son fils en 1 556 } il mourut en i558.
Boa »ÉstJMé