‹ Résumé de l'histoire d'EspagneChapitre 7 sur 16 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

Les Phéniciens fondèrent, entre autres Avant villes. Godes OM Cadix; Médina Sida- ''.' nia, dont le nom rappelle celai de Si' looo. <2oii^si fameuse par son commerce et ses richesses. Gonquérans pacifiques, ils introduisirent, sans obstacle, dans l'heu-^ reuse Bëtique, leurs arts, leur langue et même leurs dieux. £n suivant les côtes de la Méditerranée, ils pénétrèrent dans les parties où sont maintenant Gre-^ nade, Murcie, Valence j ils s'avance-* rent jusqu'aux Pyrénées, qu'ils obtin-* rent la permission de fouiller, et ils en retirèrent une telle abondance de métaux , que , suivant le rapport d'Aristote et de Diodore de Sicile, ils remplacèrent, ^dans leurs navires , tous les ustensiles de fer et de plomb avec de l'or ou de Fargent, afin d'en pouvoir transporter ttne plus grande quantité. Cette prodigieuse richesse fit croire à l'incendie

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des Pyrénées et à Fétymologie de leur

nom.

Le bruit de leurs expéditions attira bientôt aux Phéuiciens la concurrence des Grecs. Ces babitans des grandes îles de TArcbipel , qui semblent formés pour dominer Mir Vélémeal qui les entoure , avaient entrepris de loogs voyages dans la Méditerranée , aprèft Texpédition , tout ensemble fabuleuse et historique , des Argonautes. Les Rbodiens , les Samiens et les Phocéens fondèrent succès* sivement des colonies sur le littoral de la Méditerranée , à l'Occident et au Nord. On attribue aux premiers la ville de Roses en Catalogne ; la fondation de Sagonte par les insulaires de Zante se rapporte à la même époque ; les êtablissemens des autres nations ou villes grecques ne peuvent pas être déterminés avec la même probabilité. Quant aux Phocéens, après plusieurs tentatives en Corse et en Calabre, conduits enfin par les vents et les oracles sur les côtes de la Gaule, ils y fondèrent, camme on sait, la ville de Marseille, De» deicendans de ceux-ci revinrent plus tard en

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Catalogne, et ils y bâtirent, pour Tagrandissement de lenr commerce, Am-^ p^friaSf au-dessus de l'Èbre ^ cette ville devint , comme le nom latin d'EmpO' rium l'indique assez , un marche ouvert a toute la Cehibërie, pour l'échange de ses productions avec celles de la Gaulé méridionale , et probablement de rtcalie.

Ganhage, marchande et guerrière, et surtout ambitieuse, ne pouvait aban«donner tranquillement aux Phéniciens et aux Grecs l'exploitation des richesses de la péninsule^ ayant avec ^s premiers une commune origine dont les liens s'étaient maintiemus dans tous les ten»gs, par \e$ effets d'une mutuelle assistance , elle dut trouver en eux des auxiliaires {4atèt que des rivant. Mais elle ne suivit pas l'exemple de leur modération } eUe établit d'abord des comptoirs, dit on ancien historien, puis des temples; et tm jour ces temples se transformèrent en forteresses.

Vers le troisième siècle avant l'ère chfétîenne, la première guerre punique avait forcé les Gafthagtnois d'abandon-

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net leurs plus riches établissemens dans la Béuque. L'an 287 avaiit Jésus-Christ , Amikar Ba^ca. vint avec des forces considérables reprendre leurs premières possessions ^ et les agrandir par des conquêtes qui s^étendirent jusqu'^ Barce^ lone , dont le nom fait voir qu'elle doit son origine à ce chef carthaginois. Il pénétra même dans l'intérieur jusqu'à l'Estramadure et le Portugal; cependant il trouva dans cette dernière expédition le terme de ses succès et de sa vie : blessé au passage de la Guadiana , il tomba de^on cheval et se noya.

Asdrubal ^ plus grand homme encore , poursuivit les conquêtes de son fjrère^ et soumit au joug carthaginois plusieurs villes de la Geltibérie aux environs de l'Èbre : son humanité lui concilia l'affeotion des vaincus, qui lui offrirent de s'allier à l'une de leurs plus illustres familles. Il épousa en effet une Espagnole, et fonda Garthagène. C'est sous lui qu'Annibal , jeune encore , s'instruisait dans le grand art de commander aux hommes , et préparait les terreurs de Rome. Après la dernière eJipéditioq

BB l'hISTOI]!^ d'eSPAGNE. i3

d'Asdrubal , •l'Espagne resta tranquillement soumise à Gartfaage^ pendant dijc ans 9 et fut traitée avec, les ménagemens que mérite une esclave^féconde et nOui*^ nciere.

Les peuples d'origine grecque, tels que les Sflgon|inset les Ampuritains^ qui habitaient les cotes de la Catalogne et du royaume de Valence , s'inquiétèrent de l'agrspidissement rapide de ces puissans voisins, et recherchèrent contre eux TaBiance de Rome.

Il n'est pas inutile de fake remarquer au lecteur que Tordre et la successiou des événemens de ce premier période^ antérietir à l'époque où la péninsule de-* vint le théâtre des sanglansMémêlés des deux républiques, sont fort incertains.

Nous adoptons la distribution des dates et des faits qui nou» paraît à la fois la plus simple, la plus probable et la mieux attestée^ mais il reste une ample matière de controverse à ceux qui veulent examiner à fond les difficultés histori* ques. Ils verront , en consultant les divers auteurs , que les uns font remonter les relations des Romains avec l'Espagne

t4 WiÉs&mÉ ■

aime ^KH{ue antérieure à* la première guerre puuiqutî ; que cet intervalle de domination tranquille deë Carthaginois , sfùquel nous valons d'assigner une durée de' dix ans, en doit petit-être- emporter bien davantaf e ^ et que c'est pendant £0 laps de temps qu'il faut placer les guertes et Tadministration des trois ei^ fai3S d'Asdrubal,' dont Pun s'est appelé Annibal r Ancien. Amilcar, frète d'Asdrubal^ laissa également trois fils; Hannon^ l'un d'eux , s^est rendu cél^re par soa expédition maritime le long des côtes occidentales de la Gaule.

Quoi qu'il en soit, ce que l'on peut déduire de plus certain des uionumem historiques / asse^ dokteux, de cette époque, c'est que les enfans des deux grands capitaines que nous av.ons signalés, provoquèrent 4eê mécontentemens des peuples d'Espagne, pour n'avoir pas imité la modération de leur père.

Rome, impatiente de recomsienceravec Carthage, et ne pouyant*voir sans «ne indignation jalouse l'étendue toujours croissante de ses conquêtes, accepta avec joie le rôle de isiédiatrice et de

DE i.'hisi>ohle o'espagne. i5 protectrice du faibles Elle se hâta d'en- Avant ▼oyey un ambassadeur en Afrique, pour '"V" prc}K>ser au sénat de ces fiers marchands, de borner leur doihiimtion k la rive droite de inSbre. La «agacitë piuiîque ne vit qu'un défi jst qu'une menacé dans celte proportion, sqppfêtée pour* tant avec tout ce que U.diplomalîe de cette antiquité pouvait avoir de^ plus réservé et de plus spéciaux. Mais lelle temporisa, parce que les conjonctures l'exigeaient; et œ» négociations suivaient leur cours, c'est4i-dire que \a. bonne foi carthaginoise et la loyauté ' roihaitïe étaient aux prises, lorsqu^Asdrubal fut assassiné par un esclare, qui voulut vet^er la m&ti de Tagus, prince espapagnol, son maître, injustement mis h.

mort par l'ordre du général carthàgi^ Boi^. Le vœu unanime de l'année dé-^ 1 fera le commandement à AnnH>aI, son neveu.

Yeofu en Espagne à l'âge de neuf ans , ce grand homme en avait alors vingtcinq. La révolte d'une grande partie des peu^^eë «de la péninsule lui fournit aussitôt une occasion d'attester la précoce

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maturité de son génie et de ses talens militaires. Partir, les vaincre, les 'réduire et rentrer à Carthagene* chargé de riches dépduillés, ^ fut pour lui Taffaife de quelques jours. L'année suivante 'il pénétra dans la partie qui a porté le itom de royaume de Léon, assiégea et- soumit les importantes places à^Arhucala et d'Elmantica , aujourd'hoi Salamanque. Le^ Espagnols furent plus irritét qu'abattus de ces revers. Ils n'o£fraient pas au vainqueur une de ces faciles ''conquêtes dont le sort d'une btttaiiicf assure la durée 5 et c'est là que comttience cette magnanime et terrible résistance contre les étrangers , Carthaginois «t puis Rqmains : résistance l^lle, que peu de nations , même dans l'antiquité, ai ont reproduit l'exemple.

Mais Aiinibal nourrissait des desseins plus vastes; il songeait à Rome, et se souvenait du serment qui l'avait destiné dès sa plus Cendre enfance à venger les maux qu'elle avait faits à sa patrie. Ses victoires d'Espagne n'étaient à ses yeux que les moyens et les préludes de son expédition future au-delà des Alpes.

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L^pagne soiin^se lui donnspi du renom y de l'or et d'excellens soldats. Il ne tarda pas à engager cette grande querelle y en attaquant Sagonte, .alliée des Romains. Sur le fondement d'une contestation émue entre ce(te ville et quelques alliés de Garthage, Ànnibal proposa sa médiation^ qui fut rejetée^ et dans une seule i^uit cette ville fut investie de tous les préj^mrat^s d'un siège formidable.. Vainement elle recourut à l'assistance des RoBiams. Geux-ci voulurent négocier à leur tour : il n'était plus temps; Annibal et Garthage avaient résolu de coipbattre. Soutenus d'abord par l'espoir d'être secourus, les âagontins se virent enfin livrés à leurs propres forces. Durant huit mois de siège, ils épuisèrent tout ce qu'il pieut y avoir dans la nature humaine de constance, de valeur et de magnanimité, ils ne furent pas vaincus par les horreurs d'une famine qui a passé en proverbe, famés Saguntinaj mais en^ ils succombèrent. L'histoire a signalé leur défaite comme un triomphe; elle s'est arrêtée^vec un douloureux plaisir sur

rê WiisïmÈ

les déiaiis de eet événemeaiy Fiin Aé ceux qnï ont le plus >coDtribué à consa-* crer l'antique vertu «spagnele à Tadlini* ration de la postérité, i^

L'écriiraiii dont la fonotion est de ré^ duire la narration historique, se trouw gêné de -ne pouvoir retracer avcjc ce détail qui ajoute tant à l'intérêt ^ de si nobles actions. Ajoutons dn moins à rinsufjfisanoe 'de notre récit, que les femmes des Sagontins, partageant Tkéroïsme de leurs époux , attendirent sur les remparts l'issue du dernier ^mbat , et (fat y spectati^ices attentives delà sanglante mêlée y quand elles eurent vu les derniers Espagnols tomber sous le fer ennemi, elles tuèrent leurs eafans et se précipitèrent elles-mêmes au milieu de l'incendie qui consumait les édifices de ia malheureuse Sagonle. Rome n'a jatnais puse laver de la honte d'avoir abandonné cette alliée fidèle.

!La nouvelle de ce désastre excita pourtant le remords et le trouble au milieu du sénat romain. Une satisfaction fut demandée k Carthage , qui la refusa avec arrogance. Alors «'alluma

DE LHISTOIHE P ESPAGNE. jg

cette detixièiB« ^errip pumqiie qui prépara la ruiné .dQ.la deraièi*e<le ces àeux r^uUicpifia.

Annibal se ijuit en route pour l'Italie avec oent .mille cembaitaDS^ pour ^arguer aux iRomaius la faligme de v«^ nir le chercljier eu Espagne. Si les Espagnols avaient eu plus^de politique , au lieu d'-épouier l'une de« causes rivalles y ils aiiraient'UtitqiienMnt songé à reconquérir leur indépendance, il la faveur -des iU visions de deux puissances , également À :iïedoutOT pour eux. Mais le génie d'AnnU>al ies avait subjugués; ils le suiviiien^t même en Italie^ comrme tant de nations drv^rses -que ce grand homme faisait imavcber d'accord sous ses drapeaiKx. ■

Kome opposa P. Scipion à^ànnijbal; et le général romain avait déjà débarqué à Marseille, lorsqu'il apprit que son adversaire 6e préparait à passer >le RliÔQe^ et qu'il se dirigeait vers les Alpes y dans le dessein de les franchir. Alors ^ laissant à son frère Cneiis le commandement des forces destinées à l'Espagne, ïl s'embarqua pour Gènes,

dans «le dessein de «venir joindre les troupes cantonnées sur le P6. Gneus vint débarquer avec ses légions à ^mpun'aSy dans 1§l Catalogne; et^ selon la plus commune' opinion , il est le premier qui ait planté les aigles romaines snr le sol <}e l'Espagne.

Hannon, général carthaginois à qui Anlhibal avait laissé la garde de Ja Gel- Sibérie /joignit ses forces- à celles d'Andobal, prince espagœl, et marcha à la Rencontre des Komains. La victoire se décida en faveur de ceux-ci ; elle abattit les partisans de Garthage, et la plupart des villes de Catalogne se donnèteat à se^ adversaires. On se fit quelque temps une guerre d'intrigujes et de trahisons. Le résultat de des pratiques était que le sang et l'or des Espagnols acquittaient les griefs des deux partis. Enfin Andobal et Himiiconr furent vaincus sur la mer vers l'embouchure de l'Èbre.

Cette défaite les ruina et ne leur laissa que Garlhagène.

Les deux Scipions venaient de se réunir. Ils marchèrent ensemble à de nouveaux succès. IMyûs rpn se ferait illusion

DE L^HIStOlRE D'eSPAGRE. Il

si, d'après les idées de grandeur d'âme que ce nom de Scipions est eu possession de réveiller, on se figurait qu'ils n'employèrent jamais contre leurs ennemis que des moyens avoués par l'héroïsme.

Quel vain mot que cette loyauté romaine toutes les fois qu'il fut question de vaincre et de dominer ! Pressée entre deux ambitions contraires, entre deux usurpations égalemept odieuses, l'Espagne seule doit intéresser dans le spectacle de ces sanglans débats. Malheureusemeùt l'histoire n'a presque toujours (yi'à signaler l'inutilité des effort» des hommes véritablement patriotes qui repoussaient également le^ deux interventions étrangères.

Annibal avait rebâti Sagonte, et ses murailles relevées étaient devenues Tasile oà les Carthaginois gardaient les otages qu'ils avaient 'exigés des villes restées fidèles à leur parti depuis le commencement de la guerre. L^ deux Scipions se rendirent maîtres de tous ces otages 7 par l'effet d'une insigne trahison qtfi leu> fut offerte et qu'ils ne repoussèrent pas. Cet événement désas-

VA BKSUMé

treux pour la puissance cartbaginoise ^ fil chanceler les fidélités douteuses, pour la garantie de6qu€41es des otages avaient été nécessaires : inai$ de plus grands malheurs* encore vinrent combla cette suite de revers-

Annibal, en Italie, après avoir de si près menacé les destins de la ville éCernette, commeniçait à voir pÂlir son éloile;^et son frère Asdrubal reçut du sénat de Carthage «l'ordre de marcher à.

son secours. Il partit avec la douleur d'abandonner aux Romains cette Espagne ^ qu'il regardait comme lacoDCfuêCe de ses pères, et où s'était. épuisée la meilleure pari de leur s«(Dg et de leur vie. Xes l^cipions lui fermèrent le pas^ sage aux bordi de l'Èbre^ et il fallut en venir aux mains. La fortune se pro« nonça encore une fois , et sauva ^eutêtre Ronte sur les bords de l'Ëbre. Asdrubal laissa sur le champ de bataille plus de vifigt-cinq mille hommes, et dix mille tombèrent au pouvoir de l'ennemi*

Carthage fit d'incroyables efToris pour soutenir ses généraux en E^agne^ cioq

DÉ l'histchee b'espagne. aS oa six batsiHles perdues après celle-ci , ^ la dëfection successive de la plupart de ses allies ^ ne la dëcouragèrent pas. Les Espagnpls portaient la peine de ces d^aites; et à chaque nouvel avantage remporte partes Romains, la cruautë et la rapacité puniqae cherchaietit une umfjtanle indemnité dans le ravage de qndqiie ville coupable de rébellion , c'est-à-dii^ , ^ coupable d'avoir «échangé ces fers. Datant trois ans%ncore, les àfitui ScipioDS poursuivirent la conquête ' entièreoe la péninsule avec une veine de bonheio: peu mêlée de revers. Leurs eon^pétiteurs , chassés de partout, se trouvaient réduits à Carthagène^ rl^ avaient même perdu les débris de cette illustre Sagonte , auxquels la reconnais^ sance romaine vtnt^ en fiassant^ payer UB hommage tardif. Les Sciprons la rendirent aax enfaiis de ceux qui l'avaient immortalisée.

Enfin la fortune parut se tlégoûter de marcher à la suite de ces deux t:apitaiœs qa'eHe avi^t comblés de ses faveurs. lis arvaîtfut vaincu durant sept ans; ils se reposèrent Se^x mois> et ce court in*

a4 BisuMÉ

tervalle d'inaction le^ perdit. Il suffit aux Carthaginois^ qui paraissaient auéai^ tis f pour réparer leurs forces et réorga- ' niser une armée. Us parvinrent même à faire passer à Annibal les secours aux* quels la vigilance de leurs adversaires avait jusque là mis obstacle.

Après s'être oubliés un moment dans la sécurité de la ^icti^ire , lès deux Scipions se /éveillèrent au milieu du danger. Les- Ckrthaginois avaient divisé . leurs forcés en deux corps d'armée. Les généraux romains opposèrent à cette ma^ nœuvre un plan d'opérations semblable, et se séparèrent aussi. Mais à peine sépa* «rés y Cneus fut abandonné des Gel libériens^ qui faisaient la principale force 4e sa division^ et ^ublius vk tomber sur ses flancs une redoutable cavalerie numide^ conduite par le jeune Massi-* nissa, venu depuis peu au secours des Carthaginois. Ils furent tous deux forcés à une retraite qui - ne fut heureuse ni pour l'un ni pour l'autre, Publius fut vaincu le premier 5 Cneus succomba après son frère, devant les forces réunies des généraux carthaginois. Ni l'un ni

DE l'histoire d'espagne. !à5 ,r^utre ne survécurent à le«r' défaite.

Publius^ après des prodiges de bravoure personnelle, fut^battu de son cheval par un coup de lance qui le perça de part en part. Gneus përit de même en combatlant avec intrépidité au milieu des siens. Une poignée de Roinains échappa au carnage , et se rallia sous la conduite de Titus Fonteius, à qui Publius avait laissé la garde de son camp. Ainsi s'évanouirent les espérances que Rome avait fondées sur les talens militaires des deux Scipions. Il restai^ pourtant en Espagne un Lucius Martius, qui entreprît de rétablir l'honneur des armes romaines et de venger la m^ort de ses chefs. C'était déjà beaucoup, dans l'accablement universel , que de concevoir la pensée de la résistance. Ce* valeureux jeune homme fît plus^ et battit deux fois de suite les Carthaginois. La petite armée qu'il forma , en réunissant aux débris sauvés par Fonteiiis les garnisons qui se trouvaient dans les villes des confédérés, paraissait sortir de dessous les cendres des morts, selon l'expression d'un auteur de l'antiquité.

ft6 ' 'Kis&wk

Lucius^artitis^ malgré ses victpires^ ii*àyalt point été confirmé dans le cornmandenient ]pa| le sénat. Chudius I9ëron^ nommé propréteur, vint lai succéder, mais il n^ le remplaça pas, et ne sut que se £aire battre honteusement par Asdrubal , après Tavoir laissé échapper des défilés des Y>ierres noires^ près de Jaen ^ où le chef carthaginois s'était imprudemment engagé. Rome se vit alors o))ligée de chercher un général qui réunît en lui la capacité des deux Scipions; et l'on sait cotnment, dans l'incertitude de ce choix difficile , le sénat en ayant référé à l'assembl^P générale du peuple, an jeune homme de vingtquatre ans s'avança, et rompant; le silence universel : « C'est moi , dit-il , qui » irai continuer la guerre d'Espagne, si » le peuple veut me coufiei: le soin de » venger la gloire de ses armes et l'hon- » neur de mon nom. v Ce jeune homme était Publius Cornélius Scipion, depuis \ Africain, ^

L'audace du jeune général fut heureuse : en entrant en Espagne il marcha à grandes journées vers Carthagène,

DE l'histoire d'espagne. a-)' voulant terminet' d'uQ seul coup la guerre. Cette cité opulente était le boulevard de la puissance des Carthaginois; dans tous leurs revers, elle leur servait d'asile et les soutehait par ses immeiastss ressource^ : elle avait résiste aux deùi premiers Scipions^ et saccoauba sous la fortune duUroisième. *.

Asdrubal, conaplétement battu par le jeune Romain aux portes dé Beculà^ aujourd'hui Caslocià ; eii. Andalousie , s'enfuit vers les Pyrénées , abandonnant enfin les belles contrées de l'Espagne du iHidi. Publius Cornélius, dès lors sans rival , dé%l*uisit les restes de la dominatioa carthaginoise par cinq ans de victoires , et acheva sa conquête par les séductions d'une générosité que les ]^upies de la péninsule n'avaient point encore vu pratiquer avec cette grâce majestueuse qui distiugaait )e plus célèbre des Scipions. Il acquit à sa patrie l'amitié de Massinissa et celle d'Andobal et de Mandonius , jusque là inflexibles ennemis du nom romain. Il n'est pas inutile de reniarquer que les Carthaginois et les Espagnols furent «urtoat frap-

pés du respect que montra le jeune vainqueur pour une belle captive tombée entre, ses mains >. La vertu que supposait cette manière d'user de la victoire était pi us^ grande aux yeux des barbares que le mépris de Tor et la valeur la plus intrépide.

Quelques Villes refusèrent pourtant de reconnaître la loi du général romain. Parmi celles dont Tes historiens latins eux-mêmes ont vanté la résistance , on cite Iliturgi et Astapa , aujourd'hui Estepa. Les citoyens de la première de ces deux cités avaient indignement assassiné les soldats qui, édbappés à la funeste déroute de Cneus, étaient venus leur demander asile. Ils n'espéraient pas de pardon , et , vaincus , ils n'en obtinrent pas. Ceux d'Âstapa renouvelèrent

. > Tout le monde connaît ce trait,. signalé par une sorte d'admiration classique sous le nom de /a continence de Scipion, Nous ne contestons pas le mérite d'une telle vertu; mais il est bon d'apprendre à nos lecteurs que Yalére d'Âtttie prétend que Scipion ne renvoya la fiancég d'Allucius qu'après y ayoir réfléchi quelquei jours.

DE l'histoi&s d'ssbaonb. %g r^xemple de Sagonte : à la v^lle d'étr^ réduits, aprè» une terrible résistance, ils élevèrent au milieu de la placet)ublique un immense bûcher, si^r le^el ils plkcèrent leurs richesses , puis les vieillards, lesiemfties et les enfans : la garde du bûcher était confiée, à cinquante guerriers intrépides, qtii avaient juré d'y mettre le feu dès que le signal en serait donné par la défaite et la mort de tout ce qui restait d'habitans jen j^at de cooibattre. Cela fut ainsi exécuté; et quand les KomainS entrèrent dans la viUe , les flammes d'un vaste incendie âévorai^it tout ce que le désespoir leur avait livré : Fargeot et l'or en cpulaients comme d'une mine embrasée; plusieurs soldats furent victimes de la cupidité (pâ les précipita sur ces trésors ruisselans.

Scipion retourne à Rome : Caton leA^nt remplace avec peu de gloire. Andobal *^*'Ç' et Mandonius le vint l'étendard de Vin- ^^ dépendance, se croyant dégagés de leurs sermens par les cruautés et les rapines des nombreux proconsuls qui se succédèc^t dans la lieutenançe d'Espagn^.

D'ailleurs ces deax princes abfiovnmt également le joug de Rome et celai âe Cartbagp , passaient de l'mne à l'autpe y suivant Jes circonstances , stUi^ordonnant 2|vec raison tous ces engagemens forcés et ill^itimes à lettrs devoirs envers la patrie. Ils coùihattirent , à la tête ie trente-quatre ibilW homnaes , sur les confins de TAragon et de Valence. La mort d'Andobal , percé d'un coup d« lance au commencement de l'action , décida la déroute des Espagnols : poursaivis avec acharnement par les vainqueurs , ils n'échappèrent à un massacre général qu'en livrant la tête de leur se« cond chef Mandonins.

Depuis cette époque , l'Espagne com* mença à être gouvernée par des préleurs , selon la division d'Espagne cinérieure et ultérieure, adoptée dès le con^ mencement de la guerre avec les Carthaginois. L'administration de ces préteurs était arbitraire, et l'impossibiUté d'un recours au sénat ^ leur assurant l'impunité, les pervertissait en véritables tyrans. Ils pressuraient , ils opprimaient le peuple , et lui faisaient sentir

DE l'histoihk o^espaone. 3i toute reffîra j-anie vérité de cette maixime odieuse, vœ victis, qui résonna tant ckec les Romains. Le feu qui eonvait sotts la pâleur de rabattement et sous )eis lambeaux de la misère éclata enfin : la pre* mière explosion s'en fit en Catalogne et en Andalousie , et il ne tarda paé à em-^ braser la Lusitanie entière j les cétes de la Méditerranée et la Céllibérie, c'est-àâire la plus grande partie de TEspagne. Cette seconde guerre fut affreuse , et , d^un côté comme de Tautre , ouvrit là carrière & tous les excès de la vengeance et de la cruauté. L'insurrection débor-i dait de partout comme Un torrent qui a brisé ses digues , et le sang espagnol , en coulant sur le ^ol de la patrie , en faisait sortir de nouveaux défenseurs.

Les Lusitaniens y entre tous, se signalèrent dans cette lutte glorieuse pour un affrancbissement qu'ils avaient invoqué les premiers. Les infamies de Sergius Galba et de Lucullus les avaient fait courir aux armes; et l'horreur du nom romain fut excitée par le préteur Vetilius.

Dix mille hommes rassemblés sur les j ^J^ frontières delà Lusitanie par l'amour de ,60/

^2 nésuiii^

la liberté et la soif de la vengeance , semirent en marche pour venir ravager le pays des Algarves et la Turdétanie , au* jourd'hui l'Andalousie, Moins bien disciplinés que braveSy^manquant encore d'un chef expérimenté, ib se laissèrent entraîner par l'ardeur du butin , et furent sur- Dris par Yetilius, qui avait succédé à &alba. Les Romains en massacràrent quelques-uns 5 et le reste de cette petite armée , jeté, par le désordre de sa fuite dans des défilés presque impraticables, y fut bloqué par les légions et réduit à se rendre ou à périr de faim. Le préteur o£frait de leur- assigner des terres pour un établissement dans les fertiles contrées du Midiy s'ils voulaient reconnaître la souveraineté de Rome. Un assez grand nombrç inclinait à accepter ces conditions^ lorsqu'un montagnard , jusque là simple soldat, et remarquable seulement par son imposante stature , élève la voix pour leur reprocher énergîquement leur lâcheté } il leur rappelle la perfidie de Lucullus. «Naguère, dans la ville de Panca, ce préteur avait livré au tranchant de l'épée vingt mille citoyens q^ui

DE l'histoire d'espaone. 33 s'étaient rendus sur la foi d'une capitu* lation solennellement souscrite. Vetilius est-il plus digne.de foi que Lucullus? ces tyrans ne sont-ils pas tous les mêmes? » L'homme qui parlait ainsi était Yiriates, d'abord pasteur, puis brigand, maintenant soldat , et bientôt général de ses camarades, sur lesquds il prit subitement l'ascendant d'un homme formé pour les grandes choses. II leur commifniqua son âme; il obtint d'eux qu'ils mourraient en combattant plutôt que de se livrer comme de vils troupeaux ; et rien n'étant plus aisé que de vaincre à des hommes une fois résolus à mourir^ Yiriates les tira de cette position difficile par un mélange étonnant d'audace et d'adresse i.

\ ■ Les commencemens du guerrier lusitanien n'ont pas été racontés de mdlne par tous les hisloriens : selon quelques-uns , après le massacre de Panca, Yiriates, déjà célèbre parmi les siens, conduisit ses compiignons non loin, des murs de cette ville, au Ûeu même où cette infirme, trahison s'était consommée^ et là, tandis qu'aij( milieii de ces tristes débris, déjà devenus la proie des vautours, cette multitude

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à. wm toar, il attira dans un prége Vieiiiins y qui s'était eogagé , avec un dépit iiâprudent, à la poursuite des rebelles. Les iégions du préteur furent taillées en pièces, et l«i-meme^ tombé vivant entre les mains de ces fiers barbares, fut tué d'un coup d'épée, dont l'un d'eux le ârappa dédaigneusement , le jugeant un être inutile et vil à cause dé sou excessive obésité.

éditait en gémissemens ; taadù que l'on recoïmaissait ma frère, Tantre un père ou on fils» Vidâtes rcDroaya le «adavre de Fiuie de ses filles , que aa jeattesse et son sexe n'avaient pu sauver. Le héros , venant d|es pleurs, souleva les restes de cette enfant, et, posant sa main sur ses blessures , il dévoua de si barbares en* nemis aux dieux, infernaux j il fît le serment de verser des flots de sang romain. Des milliers de voix se joignirent à la siemne^ to«s les glaives fiirent tirés ; et fkntr accomplir cette tragique cét^émonâe , un prisonnier, c'élMt un c^ievaîier rotiiain, fut linmolé dans cet endroit. Les princfplftiSL compagnons de Viriates, qui lui-même avait égorgé le capt^, plongèrent leurs mains dtrtis Ifes entraiHes fumantes de cette vietime eu répétant la redoutable formule ^'exécra-

tidti. '

DE L'HiSTOxmx d'espagnb. S5 Arrétoos-nous ud momem à ce Viria, tes , TuB des hommes les plus extra<n>di^ naires qai aient homilid les aigles romai* nés. La partialité des historiens latins a voulu le flétrir comme un misérable bandit, et a traité son grand courage de rapacité féroce. Ce paysan, dev^u Thoniieur de sa patrie, avait commencé par être un brigand , il est vrai ; mais ses déprédations ne s'exercèrent que sur Içs Romains, les d^rédateurs du monde, et c'est tout dire pour le justifier. D^il* leurs, il n'est pas donné à tous les mortels de choisir les sentiers par lesquels ils s'élèvent à la renommée. Yiriates avait la magnanimité d'un héros et l'inteHjgence d'un Scipion; dès lors qu'importent Son origine et le caractère de ses premiers exploits ? Il voulut affranchir sa patrie , et il Teût rendue libre en effet , 8Î la trahison n'eàt pas borné sa carrière. Ce brigand y selon les Latins, fut^ selon tous les autres, fidèle à sa parole, tem* pérant et généreux dans la victoire. Il n'eût pas fait mieux s'il tàl sorti du sang des Cornéliens.

Cette première victoire fot suivie de

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deux autres également complètes. Les Romaîos en furent abattus y et des légions entières fuyaient devant quelques centaines de Lusitaniens.Yiriates planta sur les montagnes de nombreux trophées formés des étendards , des aigles , des insignes y et même des vétemens des généraux vaincus, recueillis sur le champ de bataille. Le bruit de son noni jj^^ alla consterner Rome. Divers généraux iS.K vinrent continuer la guerre; YiriateSy malgré sa constante supériorité sur eux, rechercha la paix avant de lasser sa fortune; et le proconsul Servilianus accepta ses propositions pour sauver les débris de son armée. £n vertu de ce traité, qui fut ratifié par le sénat et le peuple roma&^^ les Lusitaniens restaient possesseurs du territoire qu'ils occupaient alors; les Romains gardaient le reste de leurs conquêtes; et l'on promettait^ de part et d'autre , de ne point franchir les limites reconnues. Tel fut le pacte qui mit (în à une guerre sanglante de quatorze années.

Quintus Servilius Gépion , successeur de Servilianus, demanda au sénat Tau*

DE l'histoire D*£SPAGNE. 87

torisalion de rompre ua traite qu'il présentait comme déshonorant pour la république. Par une sorte de pudeur^ dont il se dispensa dans bien d'autres occasions y le sénat approuva le plan de Gépion , sans lui donner d'autorisation os^ tensible : les hostilité devaient être spontanées. Cépion refusa de se charger à lui seul de l'odieux d'une telle perfidie^ et le sénat foula aux pieds les apparences aussi bien que la religion da ser^ ment. Les Lusitaniens furent subitement envahis en pleine paix. Yiriates envoya aussitôt vers Cépion trois de ses lieutenans. Ceux-ci , corrompus par les ofiPres du proconsul y s'engagèrent à livrer la tête de Yiriates. En effet, ayant pénétré dans sa tente pendant la nuit, ils l'assassinèrent d'un coup de poignard à la gorge , seule partie de son corps que laissât à découvert l'armure qu'il ne dépouillait pas même pom* prendre du repos. Aussitôt, lui ayant coupé la tête, ils partirent en toute hâte pour le camp romain.

Quand le matin fut venu , et que le bruit de cet assassinat horrible se répan-

38 KÉSUMÉ *

dit , les cris du désespoir et de la donleur remplirent tout le camp des Lusitaniens; et les soldats, accourant pour voir leur général, se précipitaient sur le cadavre couvert de sang en l'inondant de pleurs, et se relevaient furieux, cherchant les assassins. Telle fut la destinée de ce grand homme, et telle fut la pudeur de ces I^omains , eux qui parlaient tant de la foi punique! Au reste, quand les scélérats qui avaient privé l'Espagne de son vengeur vinrent en présentant sa tête demander leur récompense à Cépion , ce proconsul leur répondit, avec le sourire du mépris^ qu'ils devaient aller chercher leur salaire à Home.

Tantale succéda à Viriates. Battus sous ce nouveau chef, et dispersés , par la politique des vainqueurs, dans des colonies diverses et éloignées^ les Lusitaniens sentirent' que leur illustre général avait emporta au tombeau leur force et r^spoir de leur liberté. Abandonnant des champs ravagés et des cités réduites en cendre, ils se retirèrent dans les montagnes, où la servitude ne pouvait aller

DE l'histoire d'espagne. 3|^ les chercher; et lorsque les Romains leur offrirent la restitution de leurs propriétés, à, la seule condition de payep un tribut, ces barbares répondirent que leurs ancêtres leur avaient laissé du fer pour défendre leurs possessions,. et* non de Tor pour les racheter.

Pendant la guerre de Yiriates, une partie de la Celtibérie s'était soulevée^ enflammée par cet exemple. Numance, alliée des Romain^, ayant eu le malheur de donner asile à quelques Geltibériens fugitifs ', cet acte d'humanité lui fut imputé à crime de rébellion^ et le consul Quiutus. Fulvius Nobilior investit, avec toutes ses forces, cette cité fameuse, dont on assigne la place non loin de la ville de Soria.

Les Numaatins combattirent et défendirent avec vaillance une viUe dont leurs boucliers étaient les seules fortifications. Ils profitèrent d'un premier avantage pour demander la paix. FuU vins la refusa avec arrogance. Cependant les succès toujours croissans des Lusitaniens ayant détourné vers eux tout l'effort des armes romaiacs. Nu-

4o EÉSUHE

niauce respira jtisqu'au moment oà, succédaol a Junias Brutus, qui n'avait fait que paraître en E^af^ne, Quintus Pompeia» Rufus obtint ]e gouvernemeut de l'Espace ciu^ieure« Ce con- »ul se pri^enta avec trente mille hommes devant Numance^ qui ne renfermait que huit miUe guerriers. Ils rejetèrent la capitulation qui leur était offerte k la condition de mettre bas les armes, et se défendirent pendant un an arec un courage qui réduisit Q. Rufus à letir proposer une paix plus honorable.

Mais y par «n excès de confiance inexplicable, ils consentirent à un double traité^ l'un^ préservant leur indépen* dance et leur gloire^ devait être réel , mais secret; et l'autre^ fictif, mais ostensible> devait, par des conditions toutes différentes^ satisfaire l'orgueil du sénat et la majesté du peuple romain. Lorsque, sur la foi de cet arrangement^ ils curent posé les armes, Q. Rufus , par la plus lâche perfidie , ne voulut reconnaître et exécuter qu^ le traité qui les déshonorait; Cette grande contestation fut portée 4 la décision du peuple romain ,

DE l'histoire d'espagne. 4i lequel , avec sa bonne foi accoutumée , déclara que les articles secrets dont se prévalaient les Numantins ne pouvaient pas être reconnus.

En conséquence la guerre fut poursuivie , et le consul Popilius , siiccesseur dé Q. Rufus, les assiégea avec la plus grande vigueur. Il fut^repoussé et bSttu dans plusieurs sorties avec une telle perte de ses meilleures troupes, que la terreur superstitieuse di^Romains chercha^ dans je ne sais quels phénomènes , l'explication «urnalurelle de cet événement. Le consul Caius Hostilius Mancinus , qui s'était embarqué pour venir prendre Idr place de Q. Rufus^ fut sur le point de virer de bord , parce que les poulets sacrés s'étaient échappés pendant qu'il faisait un sacrifice; et défait, ces sinistres présages furent^ quant à lui , justifiés par l'événement , puisqu'il livra un^ bataille malheureuse y fit une paix humiliante, et reçut Un châtiment déshonorant.

Un seul ttait anecdotique peint sauvent mieux le caractère d'une nation que de longs récits. Celui que je vais

4^ RÉSUMé

citer donnera une idée juste du génie de ces iîers barbares. La ^ile d'uu citoyen de Numancé^ d'une rare' beauté, était aimée de deux jeunes gens de la même ville, tous deux nobles, tous deux vaillans aju même degré.' Le père, pour mettre fin à leurs prétentions rivales, et Se déterminer avec justice, déclara qu'il donnerait sa fille. à celui des deux qui lui apporterait la main droite d'un ennemi. Ils coururent aussitôt au camp des assiégeans, et furent stupéfaits de le trouver désert. Découragé par l'énergie de leur résistance, Maucinus avait levé le siège et honteusement pris la fuite pendant la nuit.

Les Numantins se bâtèrent d'atteindre les légions fugitives; avant la venue du jour , ils avaient massacré toute l'arhère-garde de l'armée romaine et jeté la terreur dans le reste. Us la réduisirent au point que pas un seul homme ne pouvait s'en sauver. Le superstitieux et tremblant Mancinus capitula sur les cadavres de plus de dix mille des siens. Les Numantins , qui avaient tant d'injures, tant de perfidies à venger, eureat

HE i/histoire d'espagne. 43 la gëoérosilé de. ne pas exterminer des légions vaincues, sous la condition d'une paix désormais durable entre Rome et Numance.

Ronie refusa de sanctionner ce traité , et Mancinus fut cité devant l'assemblée du peuple pour rendre compte de sa conduite. Les envoyés de Numance exposaient, avec toute justice, qu'à défaut de ratification ie la capitulation qu'ils avaient coosentie , les vingt mille hommes échappés au m'assacre devaient être remis à leur disposition } mais toutes les contestations de cette nature étaient jugées d'avance par la loyauté du peuple-roi : la guerre fut poursuivie. Mancinus, conduit en Espagne comme un criminel, fut jeté devant les portes de Numance, nu et chargé de chaînes.

Soit respect pour Tinforlune, soit mépris pour Rome et pour la vengeance trop facile qu'elle offrait , les Numantins ne voulurent pas le recevoir j et le malheureux Hostilius resta tout un jour dans cette situation , à la vue de ses compatriotes et de ses ennemis , rejeté par les uns et repoussé par les autres.

44 liÉSUM^

Malgré la rigueur de cet exemple et des ordres, du sénat pourt^ue la guerre fût continuée avec vigueur, telle était la terreur qu'inspirait Numance, que les successeurs de Mancinus craignirent d'approcher de ses remparts. Son nom était funeste 5 on ne le prononçait pas : tertor imperii, c'est ainsi qu'on la désignait toutes lés fois qu'il en était question dans le séoat.^Une quatrième armée fut décrétée pour aller reprendre le siège , sous le commandement de Scipion Emilien^ Mais parmi toutes les légions invitées à servir dans cette guerre^ aucune ne se présentant, on confia au sort le soin d'adjuger ce périlleux bon-* neur, que la force seule put faire accepter.

Avant Scipion , avec soixante mille hommes , i35. dévasta 1^ campagnes environnantes, intercepta toutes les communications, voulant réduirepar la faim ceux que les Romains ne pouvaient plus attaquer à force ouverte. Les Numantins, au nombre seulement de huit mille , firent des prodiges de valeur.^ cent fois ils forcèrent les lignes des assiégeans; cent fois^

DE L'HlSTOÏlCte D*E9I>AGNE. JjfS

sortant en ordre de bataille , ils défièrent l'armée romaine fout entière. Réduits enfin par l'opiniâtreté négative du général romain , et menacés des horreurs de la famine^ ils se seraient rendus.s'ils avaient pu obtenir des conditions telles à la vérité que ne les accordait jamais l'ingrate arrogance de leurs ennemis. Il fallait se rendre à discrétion ou périr. Ces hommes géiiéreux choisir^t le dernier parti. Ce qui en restait après tant de combats, dans lesquels avaient coulé des flots de sang romain , voulut' tentetr encore de s'ouvrir un passage à taravers les tranchées ruinées des assiégeans. Les femmes^ pour ne pas mourir seules, coupèrent les jarrets aux chevaux. Mais ils n'attendirent pas les horreurs d'une mort trop lente ; les uns prirent du poison, d'autres se percèrent de leurs épées; d'autres enfîn se firent un bûcher funé* raire de leurs maisons. Les historiens racontent encore que ceux des familles les plus distinguées, afin de mourir d'une manière qu'ils jugeaient plus glorieuse, établirent entre eux des combats singuliers y dans lesquels le vainqueur, après

4$ misvut

avoir coupé la tête au vaiucu ^ renouvelait sa lutte avec un autre adversaire jusqu'à ce qu'il succombât à son tour.

On en sauva à peine quelques-uns pour orner le triomphe du vainqueur.

La chuie de Numance plongea l'Espagne dans une stupeur profonde ; et dès lors, de proche en proche, la servitude s'étendit) et toutes les têtes se façonnèrent au joug. Les seuls faabitans du Nord furent redevables à leur pauvreté et à raspérité de leurs montagne» d'un reste d'indépendance.

Quarante ans d'une paix non interrompue suivirent cetévénement mémorable.

A l'époque des guerres civiles de Sylla et de Marius , Sertorius , l'une des plus illustres victimes de ces proscriptions^ se flatta de ranimer au prdUt de son ressentiment l'antique fierté espagnole. Il Avant les invita de nouveau k secouer un joug ^fif** ^"® l'affreuse avarice des proconsuls de Home avaient rendu insupportable. Les Lusitaniens se joignirent à lui. Deux victoires consécutives , l'une contre Didius, préteur delà Lusitanie, et l'autre contre Lucius Domitius , préteur de l'Es-

DE l'hISTOI&K d'eSPAGNE. 4?

pagne citérieure auc nom de Sylla , lui soumirent les deux provinces d'Espagne, et en firent un redoutable rival pour ce tyran de Rome. L'£spagne ayant déjà subi en partie les usages et les lois de la nation conquérante ^ Sertorius établit avec facilité un gouvernement semblable en tout à celui de l'ancienne république. Le but vers lequel ce grand homme marchait à grand pas était de donner mie rivale à la dominatrice du monde* en reprenant à leur source toutes les institutions qui avaient fait sa force, et dont elle s'éloignait chaque )bur davantage* La superstitieuse simplicité des peuples espagnols lui fut d'un grand secours pour faire adopter tant de nouveautés qu'ils devaient abhorrer ^ ce semble , comme choses romaines. Quoi qu'il en soit , l'Espagne eut un gouvernement populaire et libre comme la Kome d'autrefois. Elle eut un sénat et des tribuns du peuple, jdes édiles et des questeurs^ et l'armée, divisée en légions , fut instruite à toute l'excellence de la discipline romaine. On lui obéissait , on le croyaii inspiré des dieux , et

4B Rl^SOMÉ

]a biche blanclte de ^Sertorius était fameuse en Ëspagtie.

On ne peut dire tout ce que serait devenue TËspagiie sous le gouvernement de ce grand homme , et d'une administration douce , plus civile que militaire. La trahison , après avoir semé le désordre et la révolte autour de lui, vint mettre fin à sa carrière. Quintus Cécilius Métellus et le jeune Cnéius Pompée, depuis le rival si célèbre de César, lassés de lutter contre lui , se souvinrent du coup de poignard qui avait délivré Cépion deYkiates, et le firent assassiner par Perpenna, Tun de ses li€utenans. Ce Avant qu'il y a de plus affreux , c'est que cet '\ * assassin , s'étant fait un parti , se trouva en mesure de succéder à l'autorité de son général^ malgré rindignation universelle. Mais, battu par Pompée, il paya de sa tête l'infamie de cette trahison; et la plupart de ses complices, qui s'étaient sauvés en Afrique, tombèrent sous les flèches des Maures.

Quelques villes restées fidèles à la cause de Sertorius et de la liberté furent détruites par Pompée. On cite de ce nombre Osma et Calahorra.

DE l'histoiee d'espaone. 49 L'Espagne entière fut soumise. Jules César, qui, peu d'années avant, avait obtenu le gouvernement de FEspagne ultérieure , compléta sa pacification par la défaite de quelques peuples restés iadépendans dans la Lusitanie et la Galice.

A l'époque du triumvirat qui partagea la suprême puissance entre Crassus , César et Pompée , le gouvernement de l'Espagne échut à ce dernier, qu'itne faut pas confondre avec fi.ufus Pompéius, sou devancier. Lorsque la discorde éclata entre ces tyrans , f Espagne demeura tranquille encore quelque temps sous Afranius Yarron et Pétréius, lieutenans pour Pompée. Mais enfin il était dans la destinée de ce malheureux pays de redevenir le théâtre des plus sanglaiis débats et de cette gueire dans laquelle s'ensevelit la liberté de Rome.

Pompée et César songèrent tous deux aux immenses ressources de l'Espagne ; mais il était bien plus difficile au premier de la conserver qu'au second de l'envahir. César, qui venait de sou-

5o RÉSUMÉ

mettre la Gaule , trouva plus simple de passer les Pyrénées que de poursuivre son rival en Macédoine. Afranius et Pëtréius lui livrèrent une bataille aux environs de Mérida , et l'obligèrent à retourner sur ses pas. Cette victoire fut suivie d'une autre , remportée aux sour- Avant ces de la Sègre. Cependant César ayant J.-C. rallié à sa cause les peuples de l' Aragon * et de la Catalogne , reprit tout l'avantage dans un combat entre Lérida et Méquiuenza , et força les lieutenans de Pompée de se rendre à discrétion. Il retourna en Italie après avoir assuré les résûliats de sa victoire. On sait le reste ; et cette fameuse journée de Pharsale qui laissa entre ses mains l'empire du monde, jusqu'au poignard de Cassius.

Il fut cependant rappelé en Espagne par la crainte de voir les enfans de Pompée s'y former un puissant parti.

Munda , ville qui existait aux environs de la Malaga d'aujourd'hui , leur avait donné asile. C'est là qu'ils furent vaincus et détruits y après avoir combattu avec un courage digue de leur origine ^

BE L^HISTOniB d'eSPAGNE. 5i

et après avoir failli arracher la victoire à Jules. On prétend même que César fut sur le point de se percer de son épëéy tant la chance lui fut contraire pendant un moment. Mais enfin il terrassa ses adversaires , après s'être élancé lui-même à la tête de ses bonnes légions.

Les restes de cette malheureuse armée se renfermèrent dans Munda, cj^ se défendirent avec un acharnement qui rappela l'héroïque résistance de Sagonte et de Numance.

Dans le second triumvirat , l'Espagne échut en partage à Lépide. Octave, bientôt seul maître de l'empire, la soumit à un tribut perpétuel qui, par la nature des diverses espèces avec lesquelles il était acquitté , motiva la nouvelle division de l'Espagne en Tarragonaise , Lusitanie et Bétique. Par un effiet de cette hypocrisie impériale, dont la science fat si bien perfectionnée sous son successeur immédiat , Octave affecta Avant de ne prendre que le gouvernement des J-C. deux premières , laissant la dernière et ^^' la plus opulente de ces provinces à l'ad-

52 HÉSUXli

ministration directe du sénat. Dérisoire respect pour la majesté des formes antiques dont un peuple avili commençait à se payer !

Les Cantabres ,^ les Astures et les Galiciens, qui fc»()ue là avaient su conserver leur liberté y tentèrent encore de la défendre. La vénération qu'ils avaient conservée pour la mémoire de Pompée s'était tournée en intérêt pour le second de ses fils , qui , après le désastre de Munda , avait cherché un asile dans leurs montagnes. Ils avaient même pris les armes en sa faveur. Ce fut le prétexte de l'expédition dirigée plus tard par Octave contre eux ; mais l'on prétend que le- désir de s'emparer des métaux précieux qui abondaient dans ces contrées peu connues, en fut le motif réel. Après trois ans d'une admirable résistance, ces courageuses populations cédèrent, parce que toute leur jeunesse avait été moissonnée par le glaive romain. Les Vaccéens , les Austrrgons, les Turmodigiens, qui occupaient un paystrès^tendu , de la Biscaye à Burgos , et de Burgos jusqu'au royaume de Léon ,

DE l'histoire d'espaghe. 53 fureot soumis. Vingt mille Caniabres, forces de se rendre, furent incorporés dans les légions romaines, ou vendus conune esclaves ; mais ces derniers déjouèrent l'avarice de leurs maîtres , en s'arracbant à la seAritude par une mort volontaire.

Ce furent les derniers efforts et les derniers soupirs de la liberté espagnole. Cependant, chez les Caniab^es, plusieurs ne furent pas encore réellement domptés et soumis. Cinq ans après Tépoque que lious venons de décrire, on les voit courir de nouveau aux armes, et de leur premier choc enfoncer et mettre en fuite les légions d' Agrippa.

Vaincus une dernière fois par cet habile général., leur défaite fut si complète qu'ils ne se relevèrent plus. Dès lors l'Espagne fut tout entière réduite à l'humble condition de province ro^ maine.

Jetons un dernier regard sur celte Espagne antique, si 6ère et si foi;te, si digne de meilleurs destins , si digne d'avoir pu conserver au monde les saintes traditions de la liberté ! Aucun peuple

S4 RÉSUMlé

ne sentît plus vivement le prix de ce trésor, et ne le défendit avec plus de constance et de courage. Aucune nation ne résista plus long-temps à la puissance de Rome, et ne compromit plus souvent sa gloire. La fortuneAentre elles fut indécise, au point que plus d'une fois le monde attentif ne put dire qui donnerait ou recevrait la loi. Il ne fallut pas moins, pour la subjuguer entièrement, que le génie de tout ce que Rome a produit de plus grands hommes , les quatre Scipions, Pompée, Jules C^r, Octave et les meilleures légions de la république. Cette lutte sanglante dura deux cents ans ; et si une part des Espagnols n'eût prêté ses armes à la destruction de l'autre , il est permis de croire que le triomphe de leur indépendance eût couronné de si prodigieux efforts.

Sertorius disait à ses braves Espagnols « qu'il ne leur manquait que d'être » unis pour être invincibles; mais qu'ils » avaient trop de hauteur pour être » long-temps unis.» Avis aux nations qui ne veulent pas verser en vain leur sang pour conserver une existence nationale.

DE l'histoire fi*ESl»AGNE 55

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