DEUXIÈME ÉPOQUE
Ère chrét. — De i5 à 7 lo.
formation de la première monarchie gothique en Espagne,
Aux grandes catasti^opfaes que nous venons de décrire succéda une longue paix. L'administration de cet heureux tyran, Octave, si douce pour tout l'empire , fît particulièrement ressentir sa favorable influence à l'Espagne. Aussi la reconnarssance d'un peuple toujours ardent dans ses affections, lui éleva de nombreux autels; et une multitude de villes ajoutèrent à leur nom celui à^ Auguste '. Devenue toute romaine , cette
■ Entre antres, Sarragosse, anciennement Salduba, prit le nom de Cœsarea Augusta> Mérida, dont la fondation se rapporte à ce temps, reçut celui de E mérita Augusta, La -ville de Braga, en Portugal ^ prit la même addition. Jules César avait également été l'objet
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terre d'héroïsme se consola , par le charme des arts et par les illastons de Torgaeil , de la perte de sa liberté. Elle s'accoutuma peut-être à Toir encore une alliée plutôt qu'une souveraine dans cette Rome, qui semblait se plaire à partager avec elle sa grandeur , et qui honorait des faisceaux consulaires et couvrait de la pourpré impériale les enfans les plus distingués de l'Espagne. Les deux Cornélius Balbus , les empereurs Trajan, Adrien, Marc-Aurèle , Maxime et Théoddse, étaient espagnols.
Ainsi le peuple vaincu adoptait sans répugnance les lois , les mœurs et la langue, et même le culte des conquéraus^ Je ferai en passant cette remarque , que Tadministration des pays conquis fut en général beaucoup moins oppressive sous les empereurs qu'elle ne l'avait été avant eux. La raison en est toute
de ce flatteur hpmmage : selon Mariana , Ahubis sViait fait appeler Claritas Julia^ Ebora , dans la Lusilanie, LiheraUtas JuUa. On pourrait grossir beaucoup là liste de ces origines d^appella tiens composées.
DE l'histoike d'espaghe. 67 simple : il y avait beaucoup plus à faire pour une province , cPengraisser quatre ou cinq proconsuls, les uns après les aur très j que de satisfaire aii trésor des empereurs d'une manière fixe , dans la quotité du tribut comme dans la, forme delà perception.
L'événement qui paraît le plus inté- ^ ressant à signaler durant un kips de temps de plus d'un siècle depuis l'entière soumission de la péninsule , est sa nouvelle division , qui eut lieu sous le règne d'Adrien. On a vu qu'il y avait ia3. trois provinces sous les premiers empereurs , savoir : la Tarragonaise , la Eétique, et la Lusitanie. Adrien forma, des démembremens de celles-ci y la Galice, la Carthaginoise et la Mauritanie.
Cette dernière, qui n'appartenait potnt à la péninsule , mais à l'Afrique , se divisai t en deux Mauritànies , Tingitane et Césarienne. On y pourrait , pat la même raison, ajouter la province Baléarique formée de» deux iles de ce nom ei de la petite île Pityuse.
Adrien était un grand administrateur^ il fut plus vivement frappé que ses pré-
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■ clécesseui-s de l'inconvénient de centraliser trop le gouvernement de contrées si diverses par le climat , les coutumes particulières et le génie deleurshabitans y et toujours si rebelles à râgglomération politique. Chacune de ces six provinces eut un gouverneur particulier, qui ne rendait compte de sa gestion qu'à l'empereur. Dans l'établissement de la lé-^ gislation romaine en Espagne , tout ce qui était inhérent aux habitudes et aux nécessités locales fut soigneusement conservé : voilà pourquoi la transformation de l'état social s'opéra presque sans secousse et sans effort , une fois que les armes furent posées.
G>nstantin, ayant transféré le siège de son empire à Bysance^ changea la forme du gouvernement, c'est-à-dire l'administration , dans tout l'empire romain.
L'Occident fut partagé en deux pré fectures , dont l'une avait pour son département les Gaules , l'Angleterre , l'Espagne et la province Baléarique.
L'Espagne fut gouvernée par des légats consulaires , et par un vicaire, «ous Tau-
DB l'histoire d'espagne. 59 toritë du préfet , qui résidoit communément dam les, Gaules.
Des essaims d'hommes industrieux , sortis de TJtalie , vinrent 1i l'envi. exploiter l'opulente péninsule, et fondèrent des villes, dont un assez grand nombre existe de nos jours. De nos jours aussi le sol entier de FEspagne est encore couvert de magnifiques débris, qui suffisent pour attester la splendeur des monumens dont elle fut décorée par la constante prédilection des empereurs.
Ce ne fut que vers le commencement du V« siècle que le repos de l'Espagne fut de nouveau troublé par les causes ^ qui préparaient la décadence du vieil empire dont elle fajsait partie. Objet éternel de la cupidité des peuples étrangers , pouvait-elle manquer d'avoir sa part des irruptions des barbares du Nord ?
Sous les règnes des deux faibles euians successeurs du premier Théodose, les Goths , les Vandales, les Suèvcs, les Alains, appelé^ ^ dit-on ,^ par les ambitions rivales de Stilicon et de Rufin , débordèrent sur toutes les extrémités
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de l'Empire. S'ils étaient venus pour d'autres , ils restèrent pour eux. Le meilleur de l'Europe devint le patrimoine de ces peuplades à demi sauvages* Les Goths gardèrent une partie de la Gaule Gsalpine , s'emparèrent âe la Gaule proprement dite, et d'une partie 4io- de l'Espagne. Alaric entra dans Rome; et l'on ne sait ce que Rome serait devenue , si le roi barbare ne fût subitement mort à Cozensa en 4io.
Ataulphé, successeur d' Alaric^ abandonnant la Gaule Narbonnaise où il s'était établi, passa les Pyrénées, et vint s'emparer de la Catalogne. Le poignard d'un assassin y termina ses jours. Le court intervalle occupé après lui par Sigéric ne mérite pas d'être compté. Val lia se mit au service de FEmpire ; il^t , avec les Goths, la guerre aux Vandales, aux Suèves^ aux Alains, et les soumit pour le compte d'Honorius qui lui céda l'Aquitaine pour prix de ses services. Vallia mourut en 419*
A la mort de ce Yallia, qui parait avoir été un homme d'«in génie supé^ rieur, les Vandales se soulèvent^ re-
DE l'histqi&e d'espagne. 6i
poussent dans les gorges des monts £rvasiens , entre Léon et Oviédo , les Snèves qui ne veulent pas se soulever, m^issacreni les Romains venus à leur rencontre^ sous le commandement de Castinus 9 et passent au fil de l'^ée, chemin faisant , tout ce qui leur oppose la moindre résistance. Ce torrent sauvage se divise sur les bords de la mer. Une partie passe aux îles Baléares, et l'autre, sous la conduite de leur roi Gundëric, s'empare de Carthagène et de Séville. C'est alors que cette belle parti* du littoral de la mer^ que jusqu'ici nous n'aurions dû nommer que Bétique, prend le nom de Vandalousie , devenu par corruption celui d'Andalousie.
C'est à cette époque qu'Attila, rompant les dernières barrières de l'Empire, et l'inondant des bords du Danube jusqu'au Bosphore , ravage l'Italie , pénètre dans la Gaule, et vient jusqu'à Orléans. Théodoric , roi des Goths , et successeur de y allia , s'ateociaaux Romains, afin de préserver ses domaines de la Gaule. Les confédérés, Romains, Francs, Bourguignons et Golhs, arrêtèrent le
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Fléau de Dieu dans les plaines de Châ- Ions, en Champagne.
Le grand Théodoric, premier de ce nom , paie sa victoire de sa mort. Son fils Thorismond est élu par l'armée, puis assassiné par ses frères. A partir de ce moment, Thistoire de ces princes gotbs est une suite uniforme et fatigante de sanglantes catastrophes et d'actes de férocité, dont le récit, quelque sommaire qu'il çoit, ne peut entrer dans 452. notre cadre. D'ailleurs, la marche la plus scrupuleusement détaillée ne saurait tirer leur histoire de la confusion à laquelle trop de difficultés la condamnent. Ainsi , sans imposer à la mémoire du lecteur cette série rigoureuse de noms plus ou moins obscurs , nous nous attacherons à saisir les grands traits de cette époque; mais nous placerons à la fin du volume , pour l'intelligence de la succession des règnes , une petite table chronologique, établie sur les données les plus probables, des premiers roisgoths.
On a vu que les Suèves et les Vandales avaient usurpé en Espagne une bonne portion des conquêtes faites sur
DE i'histoir^ d'espagnb. 63 les Romains par les Yisigoths^ Ces deux '<
peuples 3e tenaient l'un l'autre en respect. Quand Genseric , roi des del'niers , lit son expédition d'Afrique , lesiSuèves, sortant de leurs montagnes , semîreiità ravager le midi« Théodoric II, roi des Ostrogoths, passa les Pyrénées pour se 4^* mesurer avec eux. Aux environs d'Astorga y les deux armées se rencontrèrent ; et ]es Suèves, trop inférieurs en nombre pour pouvoir balancer la victoire, se firent tuer jusqu'au dernier. Réchiarius leur roi , tombé entre les mains de Théodoric, dont il était beau-frère, ne put devoir la vie aux larmes de sa sœur. Au reste ^ un Suève ne demandait jamais la vie. Les barbares, Francs, Ôstrogotlis et Bourguignons , passent et repassent de la Gaule dans l'Espagne , emportant toujours de celle-ci de nouveaux trésors. Les débris des Suèves se tiennent au fond des hautes vallées de la Galice. Seuls ils résistent à Euric , qui s'empare de toute la péninsule vers 471* Rentré dans la Gaule , il étend ses domaines jùsqu'fi^ux rivages de Marseille , et meurt à Arles en 483^*
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Ce roi goth fut un grand homme^ et il a mérite à la fois l'exécration et l'admiration de son temps ; il assassina ou fit assassiner son frère Théodoric, et, mon lé sur le trône, gouverna avec autant de sagesse que d'équité : persécuteur des Catholiques, pacificateur de l'Espagne, et rédacteur de la célèbre collection des lois gothiques, connue dans la péninsule , et surtout dans l'Ara • gon , sous le nom de Fuero Jugo ^ il a beaucoup embarrassé les écrivains espagnols, qui avaient tant de bien et tant de mal à en dire. Mais, à partir de lui^ on voit que les affections nationales eu Espagne commencent à s'attacher aux princes de cette race. En parlant dé son 5o6. successeur, Alaric II , qui périt à la bataille de y ouille, de la main de Clovis, les historiens espagnols traitent le prince français de féroce , et disent qu'il avait injustement provoqué la guerre.
Des rives de la Meuse , Clovis s'était agrandi jusqu'aux rives de la Seine. Il s'était emparé de tout le pays gouverné par Syagritts , préfet de cette partie de la Gaule qui s'était rendue indépen-
DE l'histoire D*ESPAGlfE. 6S
dante ; et, après sa victoire sur Alaric , toute la Gaule gothique lui resta soumise. Les Goths ou Visigoths , réfugiés au-delà des Pyrénées , élurent pour roi un certain Gésalric , bâtard d' Alaric , au préjudice d'Amalric, fils légitime.
L'Ostrogoth Théodoric, maîlre de l'Italie , et qui déjà avait interposé sa médiation puissante pour conserver h son neveu une faible partie des domaines de son père , défait l'usurpateur par ses généraux. Gésalric passe en Afrique; reviebt en Espagne avec l'appui des Vandales; livre, aux environs de Barcelone , une seconde bataille , où il trouve à la fois le terme de ises espérances et de sa vie. Theudis, noble' gstrogoth, prend les rênes du gouvernement , du consentement de la nation , en qualité de tuteur du jeune Amalric.
Amalric, des qu'il fut en âge, monta sur le trône sans contestation , quoique son tuteur Theudis , qui s'était concilié Tâffection des peuples, pût le garder avec impunité. C'est un trait de probité philosophique remarquable en tout