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DE LOMBAUDIE. aoQ
le bruit de préparatifs de Charles VIII retentissait déjà : il se tourna vers la France, t Aussitôt partirent pour ce pays deux habiles négociateurs, chargés d’entretenir les rêves belliqueux et conquérans du jeune roi , et de décider son conseil. Le comte de BeTgiojoso et le comte de Caiazzo savaient à merveille l’art de négocier, et en même temps qu’ils subjqguaient l’esprit faible et ardent de Charles VIII, ils répancjiiientror et les promesses parmi scs courtisans. Ils firent si bien que l’expédition fut à la fiu arrêtée, et une convention conclue entre le roi de France et le duc de Milan. Lonis-le-Maurc devait ouvrir le passage de ses états à l’armée française y lui donner un secours de cinq centshomnics d’armes, et prêter à Charles deux cent mille ducats, au moment de son départi Celui-ci s’eiiigageait à défendre contre toute attaque Louis-lc-Maure et son duché , à laisser à^ea disposition deux . cents lances françaises dans Asti , ville appartenant au duc d’Orléans j enfin , à lui accorder , quand il serait maître de iSaples., la principauté de Taren'te.
210 HÉSUMÉ DE l’histoire
- On tint ce traité quelque temps secret; mais la clairvoyance italienne le devina , et le vieux roi Ferdmand employa tous les moyens pour faire changer de vues à Louis Sforza. Tl était trop tard : l’armée fi’ançaise franchit les Alpes; Ferdinand mourut , et laissa le poids dhine si rude guerreà sonfils Alphonse II, penclantque Charles reçu par Louis- le-Maure ,
•qui semblait lui faire les honneurs de l’Italie, hâtait sa marche vers les provinces méridionales. La mort soudaine de Jean Galéaz permit alors à l’usurpateur de prendre publiquement le titre de duc de Milan. Il n’en fut pas plus affermi; car op publia qu’il avait empoisonné son
neveu, elles Français, épouvantés de cet affreux bruit, commencèrent à songer sur la foi de quel homme ils s’étaient engagés dans une si lointaine expédition.
Leurs pressentimens ne les trompaient pas# Dès que Sl'oratJ put les trahir avec avantagé , il s’empressa de le faire. Peut-r cire Charles YIII, enorgueilli de sa rapide conquête,' ne l’avait -il pas assez ménagé, et s’était-il mal souvenu de quel-
DK LOMBAKDIE. ’ 211
qiies-unes de ses promesses : peut-être le duc d’Orléans proclamait-il trop haut dans Asti ses prétentions au Milanez.
Quoi qu’il en soit ’ Louis-Ie-Maure, quand il s’agit de Tonner une ligue pour afl’ran-^ 'chir l’Italie de la domination française , ^ut un des premi^^à y accéder , et il eut bien vite mis eu oubli ses autres sermens d’alliance.
C’était Venistfqui , à la vue de l’indépendance italienne en péril, avait conçu le projet de cette ligue ; et ce fut le d^e qui le signifia officiellement à l’ambassadeur français , le célèbre Philippe de Coinines : « Me dit le duc, raconte celui-ci « dans ses Mémoires , qu’eu l’honneur de « la Très-Sainte Trinité ils avaient con- « clu ligue avec notre saint pèi'e le pape , « lès rois des Romains et de Castille , eux « et le duc de Milan , à trois fins : la « première , pour défendre la chrétienté « contre le Turc j la seconde, pour la « défense de l’Italie j la tierce , à la pré - « servalio’n de leurs états , et que le fisse •c savoir au roi. u Charles YIII avait ce<r pendant acheté la paix bieu assc^ chère-
212 HÉSU!\l|j'.tWE L HISTOIRE u
ment de’ Maximilien et de Ferdiot^nii'ie- Catholique : mais le premier, tou jfltiirsett besoind’afgeiit , cherchait de Iqus mo^çns.
à en acquérir 5 et l’autre , selon l’expre^^ ' ^ion de,.Brantônie , fesaïl bon.marché de-^ sa foi, bnen eût .pu dire autant de Louit Siorza. ' f"
Il est hors de notre sujet de raconter en détail la pénible marche des. troupeS; ü'ançaises , ramenées par. 4eur roi à travers . toute l’Italie jusqu’au champ de Fornovo,.qflj^llustra une grande .butaill.e. L’armée des confédérés , ,,au nombre de quarantév^r mille hommes , était'réuniésousHes ordres’ ‘ de François' de Gpuzag^ue , marquis, de Mantoue , l’un ^ des oondoitieri .les plus renommés de ntalie. Nenf raille Français, excédés de fatigué , étaient en face>dé cette armée, et la vainquirent^ La 'tactique^ italienne^ appuyée du nombre, eut beau déployée \4ôutes ses ressources y -la furie . française^' à laq^iîelle rieo’^ne pouvait ré-:^* sister (i), l’emporta. Le roivqui, pendant la journée, avait signalé sa vuleür,persoii:- t
(i) Noitpussianii^rosislure/tttla Jmia Irance^c. , ..
• Qiqilized by Cî t^iwU
DE LOMBARDIE. > Qi5
iiellc, ne. gagna de celle bataille que.
l’avantage de poursuivre sa roule sans trouver d’année devant lui, et d’arriver en sûreté dans Asti, üa renfort de vinj^ mille Suisses vint l’y rejoindre, et rieu ne lui était plus aisé que de punir alors, rinfidélité^de Louis- le, -Maure. Le duc d’Orjéans l’en pressait vivement ; ildui faisait voir comment la conquête du Milanez relèverait la fortune des' Français en
Italie, et assurerait la position chancelante du faible corps d’armée laissé pour garder Naples. Ses conseils. élaieut hardis, , mais en meme temps' ils étaient sages :
on ne les écoula pas- La noblesse dé\.
couragée voulait rentrer dans ses foyers., Charles lui-même était- impatient de revoir son royaume. Il se décida donc à conclure un' traité particulier avec le duc de Milan , et repassa les Alpes, laissant seulement dans Asti Jean-Jacques 'Trivulzio , avec cinq cents lances , comme pour se gai’der une porte ouverte quand il voudrait rentrer en Italie.
Tl n’y rentra pas, et bientôt le duc de Monlpcnsicr ,»qui restait ^vec cinq mille
• aï4 . KÉSUMÉ. DE l’histoire ' j 4 gÎ 6 . hommes pour pVotéger.tout le royaume de Naples, capitula et mourut. Dès lors les efforts de la ligue italienne se tournèrent tout enfiers contre Florence , ou l’éloquence enthousiaste du père Jérôme Savonarola maintenait la fidélité aux intérêts de la France. Cette courageuse république soutint fermement la lutte , à peine aidée def quelques faibles secours que lui amena Trivulzio : mais, la faveur populaire s’étant détournée de Savona-r < ♦ rola , on le condamna comme coupable ^498. d’hérésie , ‘et onde brûla sur la place' publique. C’était le temps meme où mourait Charles VIII , et où son successeur annonçait sur l’Italie de nouveaux des- ' seins. ’ i
Il préluda à leur accomplissement par des négociations. C’était peu de 's’être assuré l’appui d’Alexandre VI, et de s’être gagné par des largesses César Borgia , son fils. Louis XII voulut que le succès lui fût garanti par une de ces solides alliances que l’intérêt seul peut former, et qui ne fût pas exposée, comme celle de Charles Vlli avec Sfdrzà , à être rom-
DE ÉOMBARDIE. qi5
plie dès le lendemain. Il proposa à Venise le partage du Milanez , et rambiticnsc république , qui trouvait dans le caractère du nouveau roi plus de motifs d’assurance que dans celui de sou prédécesseur, n’hésita pas à souscrire au traité.
Ou le signa à Blois , et trois mois entiers on sut le dérober à la connaissance de Louis-le-Maure.
Mais les pi’éparatifs du monarque français étaient publics, et ses force^telles qu’elles devaient sans peine écraser le duc de Milan. Aussi rien n’égala l’activité de celui-ci à se chercher des alliés.
Il intéressa d’abord à sa défense l’empereur , son suzerain j mais une expédition contre la Suisse anéantit l’armée impériale , et Maximilien, senza clanaro, resta infenobile. Frédéric, roi de Naples, promit, et ne put rien tenir, épuisé comme il l’était par la guerreprécédeute. Le Turc, vivement sollicité d’attaquer les possessions vénitiennes , se mit seul en mouve- • ment, et occupa Venise sur mer, sans toutefois la pouvoir entièrement distraire de ses conquêtes de terre ferme.
2i6 résumé ‘de l’histoiue
XI suivit de^tout cela que Louis Sforza , délaissé de tout le monde , eut a soutenir seules ressources le poids d’une formidable : il y mit du talent et
^jlrcourag^ ’ f - X '
D’actives levées fui'ent faites en Italie et eu Allemagne , les places mises en état de défense , lés généraux qu’il croyait les plus habiles et les plus fidèles chargés du CQinmandement , avec ordre de, harceler l’arm*ie française sans jamais la combattre 5 il espérait par là traîner la guerre en longueur, et gagner le temps de se créer# de nouvelles ressources. Tout était sagement calculé} tout fut déconcerté par l’impéritie ou la trahison de scs lieutenans, et à sa troisième journée démarché au-delà des Alpes, Trivulzio, gu i commandait les Français , avait fait otiwr les portes de dix villes.
liOuis-le-Maure commença à trembler } la fidélité des Milanais lui était suspecte.
Aux jours de sa puissance il avait foulé dédaigneusement l’opinion populaire } à la veille de sa ruine il essaya de se la concilier. Convoquant tout ce qu’il y avait
-■ DE LOMDAT.DIE. 9.17
«le distingué à Milan par le rang et lajbr* lune, il rendit à cette assemblée un compte détaillé ^de son administi^tion , excusant par la nécessité toutes les rigueurs qu’il s’était permises, et tâcha de se l'aire honneur de tout le bicu qu’il 'avait fait, i'c qu’il essaya surtout, ce fut fl’exalter'les esprits par l’odieuse image de la tyrannie étrangère , opposée à la tlouceur d’un gouvernement national.
Mais il est rare que , quand l’pfîcctiou s’est retirée y. les plus belles paroles la puissent ramener ; *et ce n’est pas en avouant sa peur, qu’on parvient à inspirer aux autres le courage.
Le pouvoir de Louis-le-Maure s’en alla donc comme dé lui-mpme, aux approches du péril, ainsi, qu’il arrive de toutes les. dominations impopulaires. Il venait dc^quitter Milan , qu’il laissait en état de faire une longue résistance , et' Milan arbora aussitôt les couleurs françaises.
La Lombardie entière suivit avec einpressement cet exemple 5 Crémone ouvi'it scs portés aux Vénitiens, Gsgnes reconnut la souveraineté de «Louis XII , et dans
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218 RÉSUMÉ DE l’histoire
l’espace de vingt jours > les Français reçurent du soulèvement universel des peuples , ce qu’ils comptaient emporter les armes à la main. Quand il eut appris la marche triomphale et la rapide conquête de son armée , le l'oi se ^âla de la suivre. Le peuple de Milan accourut, en foule à sa rencontre : on lui chanta des hymnes de joie ; ôn le salua du titre de grand roi et de libérateur de la patrie , et , à l’exception de Frédéric de Naples , toutes les puissances italiennes lui envoyèrent leurs ambassadeurs. Ce fut à qui briguerait son alliance- Il l’accorda au marquis de Mantoue , au seigneur de Bologne, an duc de Ferrare, et à la république florentine. Puis , après quelques semaines , il quitta Milan , laissant pour y commander J. J. Trivulzio , qui devait y faire peu chérir son autorité. ^
On se dégoûta bien vite de l’arrogance et des dures exactions de ce gouverneur , et l’inconstance de la multitude se mit a regretter l’ancien pouvoir. Louis Sforza, qui avait pré^ru ces dispositions , levait chez les Suisses une armée , et en peu de
^ ms LOMBA«OlE. ‘ aiQ
temps , U repartit eii Lombarde avec ci nq cents gendarmes et huit milf^iiitassins.
La rapidité de ‘sâ^^ marche égala celle qu*on avait naguère admirée dans, l’armée^ française. Trivulzîb' en fut effrayé , et ' désespérant de tenir à Milan ÿ;'àû milieu de l’explosion des haines populaires , U se retira versNovare. Cinq mois après être sorti de sa capitale , Louis-lè-Maurey rélà-* tr»,'et ses sujets parurent ivres dti Imhheiir de- lé éévoir. Ils avaient' éprouvé que le gonvernement de l’étranger était pire que le sien. Parme et Pavie retournèrent de même à' son obéissance : mais les menaces des armes françaises et véni-
tiennes empêchèrent de se déclarer d’au- ’ très villes qui l’eussent fait avec le même empressement.
Il s’agissait dé pousser jusqu’au “bout cette heureuse révolution et - dé prévenir une nouvelle conquête* Aprèsavoir pris Novarc , et fait passer aous ses drapeaux quatre mille Suisses enrôlés sous ceux de la France j Sforaa* grossit encore ses forces d’un nombre considérable de ' gendarmerie italienne , et de tous cotés
i5oo.
3bo >' KÉsi;mé i>E l’histoihç^
[ vigoureuse, résistance. Mais
Louis Xll^nbp moins'aclii’, ne le laissa
pas loug'teilips respirer , et en moins de.
six mois renlTit' en campagne. Les <deux
• années étaient en faée 'l’une de l’autre cutre Milan et Ndvâre : les Suisses formaieiit des deux'côtés pr^que toute l’iiitaulcrie ; ceux qui combattaient pour la Ÿrance étaient plus nombreux j Us entreprirent *de séduire leurs compatriotes et les entraîner à la désertidii. LrârsJ-ma-
^ nœuvres eurent’ un plem succès. Une
. émeute éclate soudainement dans le camp de Sforza j les mercenaires réclament tumultueusement leur solde arriérée y. et
* jucnacent de se retirer , ne voülaat-pas , disent-ils , verSer le sang de lenra-frères.
Sforza les apaise un instant , en abandon-
' nant à leur avidité tout ce qu’il a d’or et . d’effets précieux, ecleurpromettanrtdavanlage.'* Mais lanécessité lui commandait de livrer bataille ; atUrement , ilallait ctreiuveîîti et séparé de, sa capitale. C’est alors que se montra toute l’indigne lâcheté des Siiissos : non contens de refuser de combattre, ils repoussércut Icsiustaiices duduc de
■ CoogI
Milan qui les suppliait de l’emmener du moins dans leur retraite, et de pourvoir à sa sûreté. Tout ce qu’ils lui accordèrent fut de» le cacher dans leurs rangs et sous leui- habit, tandis- qu’ils défileraient au milieu de l’armée française. Ou l’avait désigné d’avance aux chels enuemis , qui le reconnurent et se saisirent de sa personne. Après avoir accompli leur Irahi- . son , les montagnard» quittèrent l’Italie, et* enlevèrent en passant au duché de Milan la ville de Bcllinzona, que Louis XII ne put songer à réclamer. Cependant, maître de Slbrza et de* tous les princes de s sa maispn le roi de France les traita avec ..rigueur ; ils. furent tous enfermés en France dans des prisons ou des couvens.
Lüuis-le-Maure y acheva sa vie après dix ans de captivité, Ainsi la Lombardie rentra sous la doniirratfbn des Français, et la j)Opulace inilaaiaisc retrouva de l’cnthousiasme pour les maîtres qû’ellc vcïiait il peine de chasser.
La conquête du Milanci n’était pour le roi de France qu’un acbeminemcn'là celle- ■^•es. 31ais là il craignait de rcncori-
tte j.--
■XTX
RÉSUMÉ DE l’iHSTOIRE
Irer la rivalité de l’Espagne , et ne l’évita qu’eu signant un traité de partage du pays qu’il allait çnvahir, avec Ferdinandle-Catholique. Les armes espagnotes et i5oi. françaises réunies n’eurent pas de peine à déposséder le faible Frédéric : mais la ' politique peu loyale de Louis XII ne lui tourna guère à prolit , et deux années i5o3. après , Ferdinand et son grand capitaine ^ Gonsalve , plus savans eu perfidie , avaient enlevé aux Français leur part de cette in- ^ juste dépouille.
Cependant le pape Alexandre VI était . mort, et sous le nom de Jules II, lui avait succédé le cai'dinal Julien, de la Rovère. Ceponjife, sans imiter les inlâ- ’ mies de son prédécesseur , n’apporta pas dans la chaire de saint Pierre l’esprit de justice et les vertus pacifiques qui con-.
viennent au vicairfi de Jésus -'Christ.
Mais du moins moutra-l^il un zèle ardent ' pour les 'intérêts de l’Italie , et tous ses clforts furent consacrés à l’affranchir des inllueuces étrangères qui l’opprimaient.
‘ Chasser les Barbares, c’était là l’unique^ pensée de Jules II ; c’est pour P'-'
Digitiz’ed'by
, 'DE Lombardie:^* ♦ as3
<ju on le vit couvrir du casque ses cheveux * '' blancs et monter 'intrépidement à la ^ brèche. ;
Le traité de Blois avait mis en paix; i5o5.
Ferdinand et le roi de France : Maximilien y était entré, et avait* Vendu ' à Louis XII, comme auparavant à Sf’orza , l’investiture du Mil^ez. Le p*ape s’qpplfi , qua alors a séduire ces trois princes par'
1 appat des riches -dépouilles'* Hé la république vénitienne qu’il voulait dès'* long-temps humilier, et , âprès’des négo- < • ‘
ciations plus d’une fois rompues,et re-.. .
nouées, fut enfin conclue la fameuse ligUe de Cambrai. Padoue% Vçrorie et
Vicehce devaient être rendues à l’empire: Jsoo. •
Crémone, •'Brescia, Crème, et d’autres .. • villes démembrées du duché de Milan ,v’ seraient restituées au roi *(16 France 5 au
roi d’Espagne, les conquêtes des Vénitiens dan.s Je royaume de ’ Naplès j à '
Jules II enfin, leurs possession dans là* B-omagne. Mais ce qu’n^perait l’habile • ^
pontife , c’est <ï«e, l^eUise uneVois abais- ' sée J. direction' suprême des afiaires * e 1 Italie passerait en ses mains, et qu’il
724 I\ltSLMK DE l’iIISTOIRF.
en tournerait sans peine toutes les forces^ ^ contre les Ilarbares.
LÜes plus rudes coups furent portes à la.
puissance de Venise. Louis XII qui , d’après les tenues exprès du traité , devait entrer le premier en campagne, vainquit à Aignadel l’armée de la république , et poussant rapidement ses avantages , conquit eu peu de jours Brescia , ^Crème , Crémone, Pizzighettonc , et tout ce qui manquait du duché de Milan. Ceint le signal aux* autres alliés d’assaillir de toutes parts les frontières vénitiennes j et bientôt la superbe oligarchie des dix , troublée, en ses couseils et pliant sous les circonstances, implora humblement la .paix du pape , de l’empereur et du roi d’Espagne. * ' ^
Maximilien^ quiii’avait encore prçsqVic l ieu gagné à la guerre , refusa de traiter wuis le roi de France, ol*»Lta(jûa la ville de Padou»» avec 'la plus redoutable armée (jui cvit jamAi.i paru dans les guerres d’Italie. F<frdinaiul rëSu» aussî momentauéméut fidèle à i’alliatÆe. . Mais lut plus» traiiabU , et (juand \!enise lu4.
parla en suppliante, il retroiWa sou allaclieinent aux intérêts italiens , et sa haine pour les étrangers, Sa première démarche fut de relever le sénat vénitien des anathèmes dont.il l’avait chargé : bientpt il va plui loin , et pendant qu’il essaie de se rapprocher plus étroitement du roi d’Espagne, auquel il accorde l’investiture de JNaples , ‘il éclate contre le roi de France , excommunie son allié le duc de Ferrare , envoie une flotte pour attaquer Gênes , et enfin détachant de lui les Suisses , par des prédications fanati- ; ques qui retentissent au loin dans leurs montagnes , les fait descendre en armes dans la Lombardie. La lutte devint alors, plus acharnée que Jamais, Après s’être fait autoriser à combattre le pape par l’assemblée du clergé de France , et avoir , convoqué à Pise un concile général de la . chrétienté pour l’établir juge entre lui et sou ennemi, Louis XII presse vigoureu- i5ri., sèment la guerre contre le^ Etats de l’t>glisc, en même temps ^que conjtie ceux ‘ des Yéniliens. Mais lès instances de Jules 11 forcent enfin Ferdinand à se décla-
226 KÉSIJMK DE l’histoire
rer, et à prêtera la cause italienne l’appui des armes espagnoles : Maximilien , toujours peu soigneux de sa dignité et chancelant dans ses résolutions, conclut avec Venise une trêve qui est le prélude d’une prochaine ‘paix : et voilà que hi formidable ligue , à la tête de laquelle s’était mis le roi de France, est tournée contre lui tout entière.
Les scrupules de sa conscience l’engagèrent à tout faire pour obtenir la paix de Jules II : mais le pontife répondit à ses^ propositions avec une hautaine inflexibilité. Alors passa en Italie , pour y soutenir la fortune de la France , le jeune et brillant Gaston de Foix , duc de Nemours, destiné à une si courte et si glorieuse vie , et qui , dans une campagne de quelques mois , déploya des talens pour la guerre, dignes d’être admirés encore aujourd’hui. Raymond de Cardoune , vice-roi de Naples, assiégeait dans Bolôgne un corps de l’armée française , et le pape,*impatient de redevenir maître de cette ville , pressait les opérations de tout son pouvoir. Déjà un effroyable as-
DE LOMnXRDIE. l’I’]
saut avait été donné , et Pielro Navarro avait fait jouer avec succès contre les murs les mines dont il était l’inventeur. Gaston de Foix , occupé à tenir tête aux Vénitiens du côté de Ferrare , apprend le danger de la place , et aussitôt, malgré un vent et une neige horribles, il se met Janvier en route , et avant la nuit il est dans Bologne , sans que l’ennemi ait eu la moindre information de sa marche. Dès le lendemain , Cardoune étonné leva le siège.
Mais au môme instant , des événemeiis plus ménaçans pour les affaires de la France se passaient en Lombardie. Brescia , mécontente du joug étranger, et regrettant le gouvernement républicain , venait de se rendre à Andrea Gritti , provéditeur de Venise : Bergame avait peu de jours après arboré le lion de .
Saint-Marc : Crémone et Crème allaient suivre , et dé proche en proche on ne ‘ pouvait savoir jusqu’oli reteiV^ivait lé cri de la liberté. ^Tout fut arrête par l’admi- ‘ rable^diligeuce de Gaston de Foix : U part de Bologne, n’attend pas j’autorisation du
^ 7îj 8 ' RÉSUMÉ DE I.’HISTOrRE
marquis de Manlque pour traverser ses . ■ étals, rencontre et inet en fuite a Isola’
délia Scala le général vénitien Haglioni , j
et au bout de neuf jours déploie scs tentes Sous les murs de Brescia. Il somme •• aussitôt la ville de se rendre : on lui ré- |
pond qu’avec l’aide de saint Marc on saura bieA la garder. Huit mille hommes • défendaient la place 5 douze mille l’attaquaieut « tous fleur do chevalerie » sui- , Février vaut l’expression de Bayard. Ce fut 1 merveille que l’habiletc et l’ardeur avec lesquelles l’assaut fut conduit et soutehu.
. Mais après une vive et opiniâtre- résis-
tance , un Français s’est élancé enfin sur | le rempart : c’était le chevalier sans peur et sans reproche. Un coup de pique le renverse, et « si commença à dire au sei- « gneur de Molard : Compaignons, faites a marcher vos gens ; la ville est gaignée :
« de moi, je ne saurais tirer oultre, car « je suis mort. » La ville était gagnée en effet , et‘tout n’y fut plus que massacre et ’ pillage. Le duc de Ncmouis parvint à arrêter la rage de ses soldats ; mais ü leur donna le lendemain une barbare satis-
f wi» s • ^ ,4<”; '
^ faction, en faisant décapiter sur la place publique le comte Avogaro, auteur de la défection de la ville.
.A peine respirant de ses fatigues," Gaston*reçut l’ordre de marcher en toute .
hâte vers 1% Romagne pour y chercher combattre D. Raymond deCardonne.,^ Louis XII, qui se voyait à la veille d’étre attaqué dans scs états par le roi d’Angleterre e^ celui .d’Espagne , avait bcsoni q*»’ un coup prompt et décisif fût porté en Italie pour y accabler le pape, âme de la ligue. Un autre motif commandait de brusquer l’a flâne : depuis la défection . des Suisses, l’infanterie française se composait à peu près toute de laudsknechts ( lansquenets ) , mercenaires soldés en Allemagne, avec l’autorisation de l’enipereurj et, eù changeant dè politique, . , Maximilien venait de retirer cette uuto^ * risation. Encore quelques jours, et les avocatoires impériaux étant publiés dans l’armée , il devenait impossible de retenir, les laudsknechts sous les étendards de la France. Il fallait donc sans délai âu'duc de Nemours le combat et la victoire. ' *
Avril
l3o RÉSUMÉ DE l’histoire
Rayniond de Cardonue au contraire ^ faisait tout pour éviter une action. Mais il ne put se décider à abandonner Ravenne assaillie par l’armée française , et près de se rendre. Il vintofiVir la bataille. Les premiers succès en furent pour les Espagnols, dont l’artillerie ravageait îe^ rangs de l’infanterie ennemie , pendant que la leur , couchée sur le ventre , ne souffrait aucune perte. Cette habile disposition était l’ouvrage de Pietro Navarre , dont les inven lions perfectionnèrent beaucoup alors l’art militaire (i). Mais le chef de la gendarmerie italienne , Fabrizio Colonna , impatient de voir ses cavaliers »
seuls exposés à tout le feu des Jjàtteries françaises, et condamnes à rester immo- .biles", fit un mouvement en avant, que Navarro fut forcé de suivre avec ses fantassins. ^La redoutable impétuosité des gendarmes français reprit par là tous ses .
(i) C’ëUit lui qui avait commence la belle orgaiiisallon de l'infanterie espagnole qui , durant tout le seizième siècle , lui donna tant d’avantage dans les batailles.
Di; - b', -
avantages, et eu un instant la cavalerie espagnole fut rompue et dispersée, et l’infanterie elle-même, qui avait déjà entamé, le corps des landskneclits, rudement chargée, céda le champ de bataille.
Cependant elle se retirait en bon ordre , et Gaston de Foix , irrité du massacre .
qu’elle avait fait des siens et de son opiniâtre résistance , ordonne Contre elle une dernière charge. Il est blessé et renversé de cheval , et un soldat espagnol lui traverse le corps de son épée. L’honneur de la journée n’en resta pas moins aux Français , mais trop chèrement acheté," puisqu’ils avaient perdu le héros qui seul pouvait alors soutenir et faire triompher leur cause en Italie.
Louis XII pleura amèrement la mort de son neveu , et , sentant toute la perte ‘ qu’il avait faite , il s’empressa , quoique victorieux , de demander la paix. Elle lui fut encore une fois refusée , et , plus ardent que jamais aux combats , Jules II enrôla sous les drapeaux de la sainte , ligue vingt mille Suisses qui fondirent de leurs montagnes sur la Lombardie, amc- ■i
RÉSUMÉ DE'tfHISTOlRE avec eux le fils ‘de Louis- Ic-M aure ,
• r ' Sforza échappé de sa capti-
:t"t^éia:ba-raevou
c SS6 a'afumev l’armée françajse -et la
PaLe qui la eommanaalt, éta.t .mpu.sy maiutculr la aisciplme, seul
sapplémeut au"'
::rme^:Xuao„ncr ;our ee c,u’o„ avait conquis aanslaRomagnc et acMUi. la aLnse au Milanea. Mats ae,a les Vénitiens et les Suisses y avaient pené-
leé, et le vœu aesliabitans les secouait.
Crémone est occupée au nom ^
,„Uien Sforaa i Milan ^ Tilus être conserve , et I on se ' Pavie • Pavie même est abandonnée , e
^leTrocbe on proche tout ce quiVestea^^
troupes françaises se retire en Piemon .
Cepenaant lé cavainal ac Sion , égal u
pape e» Suisse , rcmcliiMavim.lienSlm ta
îJclefs ae Milan : le nouveau auc y ei.li e
rrgranaepoiupe, et le peuple en,^
■ <le Le , célèbre rinaugiiration ac so.
tlL par le massacre ae tout ce qm Lie ae'^Français malaacs ou blesses dans
Oi>. zedby
D£ LOMRAàDlE’.
ses murs. Les , vengeances populaires s’exercent avec la même férocité dans le ' reste de la Lombardie. *
Le vœu de Jules II était accompli, et l’Italie purgée de ceux qu’il regardait
; comme lès plus redoutables d’entre les Barbares. Il se préparait à poursuivre son œuvre , et à chasser les Espagnols , d#mcme qu’il avait chassé les Français, lorsque la mort vint l’enlever à ses desseins. Sa vigoureuse politique fut r<ftnplacéc par l’adresse de Léon X j et si le siège de Rome n’y perdit rien , l’indépendance italienne eut gravement à en souffrir. En effet , il laissa tout aussitôt V enise SC détacher de J’alliance pontificale , pour retourner àiCelle de la Frahcé 5 et , .
comme quatorze ans auparavant , le Milanez fut attaqué de deux côtés par les • forces combinées du roi et de la république. La violence, cl la rapacité des Suisses, pires que celles des Français, etla hojiteuse nullité du duc Maximilien, avaient eu^ quelques mois .fatigué les peuples et épuise leur patience.' Aussi leur soulèvement eu laveur de LouU Xll . uo ^
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254 RÉSUMÉ ftE l’histoire lut-ilaussi prompt qu’il l’avait été naguère • contre lui, et Sf’orza n’eut plus d’asile qu’à Novare , dans les rangs de l’armée helvétique. Il trouva dans ces merceuairesplusde fidélité qu’aupres dfe la meme ville n’en avait trouvé son père : leur vûillance lui rendit ses états. Étonnés de la hardiesse des montagnards qui s’étaientélancés sur leur artillerie etl’avai^t tournée contre eux , les Français se dispensèrent en moins d’une demi-heure de combat, et, emportés par une terreur panique, se sauvèrent jusqu’en Piémont, où la Tréinouille recueillit leurs débris pour les ramener en France. Ainsi , après tant de vicissitudes successives , le Milanez retourna à la maison des Slbrza , et Louis XII , trop heureux d’obtenir la paix pour son royaume de toutes parts envahi, mourut avec le chagrin d’avoir • perdu sa conquête.
Sou successeur n’était point fait pour perdre la mémoire de ses droits, et se laisser décourager par l’exemple des délàites passées. François I«‘, jeune et entreprenant, avide de. gloire et de puis-
DE LOMnARDiE.
sance , illustré déjà par de nobles laits d’armes, tourna, dès les premiers jours de son règne , ses regards vers l’Italie.
La prudente économie du roi , père du peuple , lui laissait des ressources toutes prêtes pour entrer eu campagne j et, bien qu’avertis par plus d’mi revers , ses sujets étaient disposés à le suivre. Leur confiance était sans bornes dans un prince qui leur apparaissait comme l^plus brillant modèle de la chevalerie , et qui , en ses vices comme en ses vertus, représentant parfaitement l’esprit de son temps , était environné de tout l’éclat de la popularité naissante.
Il lui fallut peu de temps pour renouveler ses traités avec son fiflur rival , Charles d’Autriche , le roi d’Aujglctcrre , Henri VIH, et la république de Venise.
Ferdinand, Maximilien, Léon X et les Suisses s’obstinaient à rester en armes :
il alla les chercher en Loinba’rdie. C’étîdent toujours les troupes des cantons helvétiques qui faisaientl’iinique appui du faible Sforza J mais déjà il avait éprouvé leur ft)i chancelante , et les enipor.temcns dejieur
Vt7l6 RÉSUMl? DE l’histoire rapacités Peu s’cii l'allut qu’aux approches de l’année française ils ne l’abandonnassent , et ils n’en furent retenus que par l’ascendant du cardinal deSion, qu’ils étaient accoutumés à reconnaître. Ils sortirent donc de Milan , pour aller au devant du roi de Fraftce, dont les quartiers louchaient presque aux portes de cette capitale. C’était une mauvaise position que celle des troupes françaises en avant de Marignan , h Saint - Donato'et Sainte- Brigitte : mais on lie s’attendait pas à y être attaqué. Aussi les Suisses , arrivés au déclin du jour , commencèrent par tout renverser devant eux. Ni les coups d’une batterie dirigée par le fameux Pietro Navarfo , paîsé au service de France , ni les chargés impétueuses de la gendarmèrie , ne les arrêtèrent; et, après quatre heures de combab, à la lumière de la lune, tout ce que purent gagner les Français , fut de se replier sur une meilleure position , et de relever leurs batteries. Ils attendaient le jour , et leur roi passa la nuit .sur un afl'ùt de canon. Le lendemain ,• les Suites revinrent û la charge avec lit iViéme
DE LOMBARUlEj 257
inlrépidité : maïs tous leurs elTorls pour s’emparer de l’artillerie qui éclaircissait leurs rani's étaient inutiles : la cavalerie UC cessait de charger sur leurs flancs 5 et ils • commençaient à chanceler , Ibrsque retentit le cri de guerre des, Vénitiens , et parut l’Alviauo avec une faible avantgarde , qui fut prise pour toute son armée. Les Suisses n’osérent pas l’attendre , et se replièrent en bon ordre vers Milan. Ainsi finit la fameuse journée de Marignan’, cette bataille de ge'ans , comme l’appelait Trivulziô : elle ^décida du sort de la Lombardie.
Tout se* soumit en ,cfiet au roi de France ; et les Suisses ayant évacué le pays , les deux châteaux de Milan et de Crémone restèrent seuls a Maximilien Sforaa. Il voulait tenir dans lé premier, .avec une garnison de deux mille hommes qu’il y avait enfermés ^ mais Pietro Navarro avait pris le terrible engagement de l’y faire sauter avant vni mois, par le moyen de scs mines chargées , et le faible prince s’empressad’évi ter ce sort en capitulanLPeu luiîmportail de pèrdre unpouvoLr
238 niiSUMÉ DE l’histoire
dont il n’avait recueilli que de si tristes profits, et les promesses libérales deFraiiçoisI®‘'sufiisaieut pour l’en consoler. Aussi s’écr*a-t-il, en signant la capitulation,, qu’il if aurait plus à souffrir désormais 1? insolence des Suisses , les extorsions de Maximilien et les perfidies de s Espagnols.
François I®'', se trouvait au même point ou avait été Louis XII, à l’entrée de sa carrière, et plus grand même que lui de toute sa gloire personnelle. D’actiyes négociations suivirent , ’ et lui assurèrent sa conquête. Les 'Suisses , dont l’inimitié avait été si redoiftable à la France , se réconcilièrent ayec elle par Iç traité de Genève , et peu après s’attachèrent’à elle plus étroitement encore par un acte de paix perpétuelle. La guerre finit aussi avec Léon X , mais peu honorablement pour le monarque français , qui sacrifia au pontife les libertés de l’Église gallicane. Enfin , le traité de Noyon , couclu avec Charles , roi d’Espagne , et auquel accéda le vieux Maximilien , mit. en paix Fiançois I«‘‘ avec tous ses ennemis , Iç laissa maître trânquille du MÎlauez , et en
DE LOMnARDIE. UÜQ
fit le plus puissant , comme le plus glo- • l ieux des souverSins de l’Europe.
Mais , par une singulière et constante fatalité , la puissance et la gloire iie furent jamais de longue durée pour les Français et pour leurs rois : après de grandes prospérités , suivent aussitôt de grands revers. La mort de Maximilien avait mis en présence l’aml)iti(5n jalouse du roi d’Espagne etdeFrançoisI®'^. Les électeurs allemands placèrent la couronne impériale sur la lete de Charles, at dès lors oommenca
entre les deux monarques cette rivalité qui devait être si acharnée et causer tant de maux à la France.
C’était pour IfO Lombardie une triste nécessité de devenir leur champ de bataille. A peine vient d’être consommée l’union de Charles -Quint et du ^perfide Léon X ', que leürs intrigues travaillent .
sourdement toutes les villes du ûlilanez , en attendant que leurs armes les viennent attaquer. Passant d’esclavage en esclavage , et de vexations en vexations , les malheureux Lombards en étaient arrivçs à ce point , que tout gouvernement leur
i5ai.
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a4o RÉSUMÉ DE l’histoire «tait indiirércat , et qu’être cVilivrcs de l’oppression présente était leur seule inquiétude. Le c^^oinniandenient despotique de Lautrecleiir pesait ; ils se laissèrent aller sans peine à l’idée de changer de maître , et essayer encore une Ibis des ’ Sforza. C’était François II , frère de Maxi-
milien , qu’on leur promettait pour duc.
Ils secondèrent donc de l^urs inécontentemens la ^narche hardie du marquis de Pescaire vers Milan , et cette ville fut remise aux troupes espagnoles. Lodi, Pavie,
- Parme , Plaisance , Como , se livrèrent de
même aux alliés , pendant que Lautrec allait dans l’état de Brescia se mettre sur une faible dcl'ensive>I On le laissait sans ressources et l’on .voulait qu il gagnât | des batailles : tout ce qu’il put faire , fut de tenter un coup de main sur Milan,, que déconcerta la vigilance des généraux impériaux , et de se faire vaincre à la iournée de la Bicoque , pour satisfaire
les exigeantes clameurs des Suisses. Après
quoi, il alla se justifier à la cour , 'et laissa à son frère quelques villes à perdre et • . le traité d’évacuation à conclure.
Die'
Délivrés des Français, les peuples de •Lombardie ne tarderont pas à s’apercevoir que Sfoi'za n’était pas leur véritable maître , et qu’ils obéissaient à l’armée espagnole , plus dure et plus violente eu ses exactions que né l’avaient jamais été les lieutenansdes rois deFrauce. Mais tel était ’ l’ascendant que Cliarles-Quint commençait dès lors à prendre, qu’il fallait que tout lui cédât 5 et V.enise même , que ses
intérêts attachaient à la cause française ,
. » * - . ■* fut obligée d’y renoncer et de subir ' l’alliance impériale. Le pape , l’empereur le roi d’Angleterre, l’archiduc d’Autriche , le duc de Milan, les républiques dç Florence, de Gênes, de Sienne et de Lucques, tels étaient les ennemis que François !"■ allait trouver à combattre en
Italie , et il n’y avait pas un allié..
Cependant , ni les menâtes de cette ligue, ni les embarras que lui suscitait au dedans de son royaume la révolte du connétable de Bourbon, n’ébraulèrent sa résolution de reconquérir le Milanez. Il place une puissante arn^e sous les ordres de l’amiral Boimivet, son favori, dont il
q 42 eésumé de l’histoire
ignore ou ne veut pas savoir la présomptueuse inexpérience. Bonnivet avait eu* tcte trois des plus grands capitaines du siècle : Prosper Colonna , qui avait appris aux Italiens les utiles lenteurs de la guerre défensive contre l’impétuosité française j le transfuge Bourbon , qui avait tant contribué à la Tictoire de Marignan; et Pescaire, que Brantôme, en témoignage de sa haute renommée,' appelle le grand marquis. Ce fut encore une campagne perdue pour la’ France.
Après six jnois d’eflorts mal dirigés'et de mouvemens irrésolus , il fallut se mettre en retraite : Bonnivet fut blessé au passage de la Sésia , Bayard y mourut ,’ et la Provence fut ouverte aux armes impé-^ riale's.
Le roi de France ne voulut plus alors se fier qu’à Uii-même et à sa fortunei Mais, avec beauco\ip de vaillance , il n’élait guère moins étranger que son favori Bon-, nivet à l’art de la guerre. Au lieu d’écraser les débris des impériaux qui fuient en désordre du siége.de Marseille , il chercheà les devancer en Lombardie. Au lieu
de les poursuivre, dispersés et frappés de , -
terreur , à la sortie de Milan , il les laisse échapper pour satisfaire, en assiégeant i5a5.
, ' le château de cette ville', h l’honneur de
sa couronne. Lorsqu’enfin, sous les murs de -Pavie , il peut , en levant le camp , éviter l’approche d’un ennemi plus fort ' . ^ •
que lui en nombre , et que le défaut d’argent et de vivres va ruiner tout à l’heure, il s’obstine à l’attendre en dépit de tous les conseils , et à courir les risques d’une " désastreuse bataille. On connaît les tristes ^ résultats de cette journée de Pavie, où périrent des milliers de 'Français, où le. * roi fut prisonnier et où 's’honorèrent^ ' également le génie, la bravoure et la
courtoisie du marquis de Pcscaire. ''
L Italie trembla de cette victoire des impériaux. Jusque-là elle avait paru se consoler des désastres que lui apportait ‘ la guerre , en voyant les deux puissances rivales y perdre leur sang et leur or, et n’arriver jamais à un triomphe décisif. Il semblait que pour la première fois elle s avisât qu’à l’une des deux devait appar- ’ *
tenir enfin la victoire, que celle-là com- * •* ,
Dt - - ;
244 RÉSUMÉ DE* l’HISTOIRE
inânclerait seule , et' qu alors ce serait fait jJe l’indépendance italienne. Aussi n y eut-il qu’un sentiment dès qu on se vit a la merci du vainqueur de Pavie ce iut .
de former ixne ligue contre 1 empea eur , comme on l’avait fait .contre le roi de France. Les Vénitiens furent les premiers à mettre en avant ce projet. Le pape Clément VII y accéda , et ils réunirent leurs sollicitations pour engager 15. régente de France à poursuivre-' la guerre; malgré la captivité de son fils, et à empêcher l’asservissemebt de l’Italie. François Sfoi- .za, réduit au rôle subalterne de gouverneur de province pour l’empereur, et chaque jour fatigué des plaintes de ses peuples contre la tyrannie espagnole, n’était retenu d’entrer dans cette confédération que -parce qu’il y trouvait les Français, trois fois spoliateurs de sa famille! La régente leva cette difficulté en renonçant pour son fils atonies prétentions sur la Lombardie, et le chancelier de Slbrzâ', Jérôme Moroui , devint un des plus actifs promoteurs de la nouvelle ligue d’indépendance.
Mais il fallait lui donuei: uiichcf qui la f)ùt fa^re triompher par l’éclat de sou nom et de sçs talons. Ou jeta les yeux sur Pcscairc , que Tou savait- jaloux des pi’éféreuces accordées par Charles-Quiut à sou favcM'i Lanuoy. Il était né eu Italie : on présuma qu’il aurait les senliniens et le patriiOtisraed’uuItalien.Oii Icsupposa am- V bilieux : e’ctail mieux calculer} cl, aunom du souverain pontife, ou lui offrit la cou- ^ rouiie de Naples. Il est periuis de croire que Pescaire se laissa un moment éblouir par cette magnifique promesse, puisqu’il rem it à des théologiens le soin d e décider si , feuda taire napolitain, il devait plusd’obéis • sancc au pape , -son haut suzerain , qu’à l’empereur , son suzerain immédiat. Mais survinrent les conseils de la prudence , les hésitations , et puis des espérances d’ambition.miçux fondées. François Sforza était gravement malade : Pescaire crut qu’en le trahissant, il gagnerait aisément de Cbarles-Quint son héritage. iVyant doue tout révélé à l’empereur , il n’en continua pas moins le rôle de conspirateur italien, lit 'lojubcr dans scs pièges
RÉSUMÉ DE l’histoire
•l’habile Moroni, et ayant réuni autour de lui tout ce qu’il put de forcçs espagnoles occupa la Lombardie presque entière. Mais , pour prix de sa lâche duplicité, Pescaire avait espéré la mort de Sforza et le duché de Milan. La fortune lui réservait un terrible mécompte :
, car Sforza se rétablit», et ce fut lui quimourut.
Les Italiens regardèrent la fin soudaine et prématurée de Pescaire (i) comme un châtiment du ciel , et n’en devinrent que plus obstinés dans leur résolution de chasser les Barbares, Mais Clément VII n’avait point la vigueur de Jules II , et la politique de Charles-Quint était mieux avisée que celle de Louis XII. Il devait s’en suivre que les Barbares triompheraient et que l’Italie serait esclave. Gç fut l’ouvrage de deux années. Cependant la ligue avait été le même jour proclamée en France , à Venise el,à Rome : François I®'^, rendu à la liberté, promettait une armée , les Vénitiens s’avancaient sur l’Adda , et des
(0 II n'eUil âge que de trente-six ans*
‘de LUMDARDIE. 247
soulèveraeiis éclataient de toutes parts en Lombardie conti’e l’oppression impériale.
Tout promettait le succès , tout échoua.
Le roi de France ^ se délassant dans les plaisirs des rigueurs de sa prison, se laissait aller nquchalamment à négocier avec l’empereur, au lieu d’envoyer des soldats au-delà des Alpes. Le duc d’Ürbin , chef de l’armée confédérée, au lieu d'étonner les Espagnols par la rapidité de ses manœuvres , et de les écraser par le nombre, n’avançait que peu à peu, puis reculait, et ne saisissait aucun avantage.
Le pape enfin, par son avarice, compromettait le sort de scs armées , et , par son nnpi udence , livrait Rome aux bandes désordonnées du connétable de Bourbon.
V enise seule faisait fermement son devoir.
' Il arriva bientôt que le chef de la chrétienté fut prisonnier aux mains deCharles- Quint, et que la cause italienne sembla perdue. Alors se réveilla rinsoucian'ce du monarque français , et ses armes repa- 1 urènt en Italie. Laurec , comme il ne manquait jamais d’arriver, y débuta pai' ’ tles succès : il prit et remit à son allié
PP
Sforza les villes d’Alexandrie el de Pa Vic' ,* ,
^ la chance était belle pour lui de pousser
■ ses avantages, et l’affreuse lyranuie du
commandant espagnol , Antonio de Ley- ^ va, lui promettait dans Milan l assistance d’un mouvement populaire. Sforza el les Vénitieus le pressaient de ne pas laisser ( échapper l’occasion : il répondit que sou . . armée était levée poi» accomplir la déli- „
vranee du pape, et s’achemina vers l Italie méridionale. Là, il conquit rapidement . •
nue grande partie du royaume de Naples ,
et’ comme il en assiégeait la capitale , suc-
' comba, avec pi'esque tous les siens, a nue
< ^ maladie contagieuse. . ^
Au mêmelemps , ,1e duc de Brunswick ■ était venu porter secours eu Lombardie
à la détresse d’Antonio de Ley va , cl d’ef- ^
, IVoyables barbaries avaient signalé sa
' marche. 'Après avoir quelque temps vcou
de leur pillage, ses laudskncchts, que .
l’empereur ne payait pas , se dissipèrent , cl leur chef repassa eu Allemagne. L ar- ; méc de la ligue n’en fit pis plus de progrès le comte de baint-Paul et le duc • d’Urbin se bornèrent à de values démon^
• DE. LOMBARDIE.- r-' - ^
tralions devant MÜau.: la "uerrc était sans i résultat ;,on s’cn lassaft de part et d’autre.
La question finit par être remise aux intrigues diplomatiques.*
Ainsi le sort de l’Italie dépendait de l’habileté que mettraient à négocier le roi de France et l’Empereur. Le premier avait de nombreux alliés dont il devait defendre les intérêts. Venise ét Florence, plusieurs fois sollicitées d’abandonner la confédération et de se mettre sous la protection impériale, s’étaient fait un point d’honneur de garder l’alli^ince française. Le duc de Ferrare avait couru tous les risques par le même principe de fidélité :
Sforza même s’était obstiné à garder jusqu’au bout sa foi. Il y avait enfin à Gênes et dans le royaume de Naples de nombreuses et puissantes familles qui avaient vivement embrassé lés intérêts de la ’ France, et y avaient joué toute leur fortune. Une politique généreuse était ici le devoir de François 1®*' : il ne counutqu’uné politique intéressée. Il sacrifia tous ses alliés pour s’obleuir à lui-inêinc de meilleures, condiliôus , et abandonna l’Ilalic
35o"* ' RÉSUMÉ DE L*H1ST0IRE entière à la merci de l’empereur.’ Calculs ■ d’ua égoïsme bien aveiïgle et bien imprévoyant , comme le prouva l’avenir ! Ce fut en effet là le coup qui décida de la suprématie de la maison d’Autriche en Europe.
Cependant le ti'aité de Cambrai venait 4e* faire Charles-Quint plus puissant en Halie quc ne l’avaient été Charlemagne , ni Othon , dans les temps du moyen âge.
Cette malheureuse contrée passait en ses mains épuisée par des siècles de guerre , dépouillée de' toute sa force et de toutes les vertus qui eussent pu la lui rendre.
Appeléepar l’étatdesa civilisation à vivre en esclavage domestique ,^1 lui fallut vivre" sous 'la servitude étrangère. Florence seule eut encore le courage de se débattre une année, et d’honorer, par des actes d’un incroyable Tiéroïsme, les derniers jours de sa liberté. Tout Je reste se soumit en silence , et attendit la volonté du maître.
Aussitôt la -paix conclue , l’empereur s’était embarqué à Barcelone, et «vait abordé à Gènes avec une armée nom-
Ir
T>E LOMBARDIE. a5u’
l)reuse. Il venait prendre possession de sa conquête. Tout ce qu’il y avait de puissances italienne^ fut comme cité à comparaître devant son tribunal à Bologne.
Sforza V vint chercher sa sentence :
moyennant une somme ' de neuf cetit .mille ducats, l’héritage de ses pères lui fut laissé ; on en démembra toutefois le comté de Pavie en faveur d’Antonio de Leyva j et la ville de Como, avec le château de Milan, resta aux mains de Charles-Quint , en gage du tribut qu’il avait imposé aux*peuples lombards. La violence fut nécessaire pour arracher une.
somme aussi énorme à des populations ruinées, et leur haine contre la domination espagnole ne fit que s’en accroître :
c’était pour jamais une haine impuis- - saute!
•Aux mois de mars et de février i53o , Charles-Quint , reçut des mains de .Çlé-^ ment VII les deux couronnes de Lom^ bardie et de l’empire. Cinq ans après, la mort de François SIbrza , qui ne laissait . point d’héritier , lui livra le, duché de Milan , et dans tout le beau pays qui
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^5gi. RÉSUMÉ DE l’hISTOÎRE ' «
* avait > formé - l’aucienne Lombardie la maison . d^Eîstc j maîtresse de Modenc y de
^ Reggio e£de.;F.ermre\*et Frédéric de
• (îonzague', possesseur de Manloue , couservèrent se.uls i'- sous , 1 e titre ^de .feudatain'es de l'empire y les faibles et derniei es apparences d’une souVorîfiuclé ihdcpendaule. Le reste forma uue.proviiice déjà monarchie espagnole.