Rl^SüMK DE l’histoire
lence. Tous les meubles des Lodesans leÙD furent enlevé, , et deux jour, seulement Ifur furent laissés pour faire leur dermere réponse. Au bout de ee terme , ou . trouva la ville abandonnée : hommes!
'«mçs, enfans, avaient quitté leurs demeures plutôt que d’exposer l’honneur
<le leur eitéM’infamie d’un parjure.
Pendant ce temps, Frédéric s’était
so?ted”'r’'^ B'esciaj et, dans une te de d.ete , tenue sur le territoire de celte ville, il avait cité les Milanais pouV rendre compte de leur rébellion. Pour la seconde fois, ils tentèrent de se racheter -
aprixdor, et leur rançon fut dédaignée. -
n les proclama ennemis de l’empire et armée allemande s’avnnça sous léûrs murs pour les assiéger. S’il faut en croire les récits contemporains, quinze .mille cavaliers et cent mille fantassins étaikt ranges sous la bannière de l’empereur. * Milan, abandonné de tous ses alliés et
• eduit a ses propres forces , tint quelque emps contre un ennemi si formidable.
• ais la peste dévorait chaque jour- un grand nombre de citoyens : quelques Toix -
-SC faisaient entendre qui attribuaient les calamités publiques à la vengeance du ciel, irrité' d’une révolte impie. On per-,
mit au comte de Blandraté de traiter avec Lemperéijr, et les conditions qu’il obtint furent favorables. Milan garda sa liberté,, mais fut forcé seulement d’afïi’anchir Côrae et Lodi. . ' ‘
Ce n’est point là assurément l’inflexibie constance de Rome qui ne fait la paix que victorieuse. Mais il faut songer- que les républiques lombardes venaient de naître, qu’elles reconnaissaient la suzeraineté de^ celui contre lequel elles étaient en guerre,'* qu enfin le désespoir ne pouvait fournir à Milan aucune des ressources que Rome était assuréCid’y trouver,
Mais voici un des plus singuliers événemens de cette époque : c’est un hommage rendu aux formes, sinon aux droits de la justice par l’épée du conquérant.
Frédéric convoque une nouvelle diète à . * Roncaglia, et là il fait discuter ses prérogatives par des jurisconsultes , contradictoirement aux^rétentions que peuvent faire valoir les seigneurs ou les viÛes, Xes
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doctes Bolonais , serviles sectateurs de Justinien, donnèrent en tout point gain , de cause au pouvoir impérial. Tous les droits régniiens furent attribués à Frédéric 5 l’exercice de l’autorité judiciaire fut remis illimité entre scs mains , et des podestats , nouveaux magistrats institués par lui, en devinrent les dépositaires.
De plus , sous le prétexte du maintien de la paix publique , à l’empereur seul fut laissé le droit de guerroyer. On voit sans peine que ces décisions enlevaient aux communes tout ce qui avait constitué leur indépendance.
Frédéric se hâta d’user de ses avantages, et, au mépris des traités, dépouilla la ville de Milan de tout ce qu’elle avait laborieusement gagné par ses conquêtes.
Il ne trouva aucune résistance 5 mais il n’en fut plus ainsi quand il alla attaquer, comme en son sanctuaire, la liberté milanaise. Le chancelier de Frédéric, vou- ■ lant substituer aux deux consuls qui gouvernaient la république le podestat impérial , une émeute populaire éclata soudainement; chacun prit scs armes.
DE LOMDARDIE. 65
et le chancelier prit la fuite. Ainsi Milan rentra en -guerre avec l’empereur , e|| comme celui -ci ne se trouvait plus entouré de tous les vassaux qui avaient composé son armée , il demeura quelque temps avant do venger son injure.
Aussitôt qu’il eut repris les armes, il les tourna contre la petite cité, ou, pour mieux dire , la bourgade de Crème , fidèle alliée des Milanais. Crème était plus faible que Tortone , et sa résistance fut plus longue et plus opiniâtre. Frédéric, durant six mois qu’il l’assiégea, put apprendre ce que valait le courage de ces bourgeois de Lombardie, exaltés par. Je patriotisme. Plus d’une fois , irrité de leur audace , il voulut les ellrayer de cruaU'-
lés, et leur donna le spectacle dei, leurs amis ou de leurs parens , qui étaient comme otages ou prisonniers entre ses mains, livrés aune allreuse mort. « Bien- « heureux ceux qui meurent pour la patrie « et la liberté (i), » criait, du haut des remparts, un père à ses enfans qui allaient
(i) Radvic Frising , lib. II , cliap.
■. xï6o.
ii6x.
66 KÉSUMÉ DE l’histoire •
périr SOUS ses yeux ; « puisse aucun vicil- « lard d’entre nous ne s’asseoir sur les « cendres de sa cite! puissent tousinos « yeux se fermer avant qu’ils voient no- « tre sainte patrie tomber aux inainsim- « pies des Crémonais et des Pavesaus ! w Toutefois ni ce courage héroïque , ni les secours de Milan et de lirescia , ne purent ai radier Crème auxmaius de l’empereur j selon 1 usage, la vie fut laissée aux habitaiis, qui allèrent se réfugier dans les murs de Milan , tandis que leur misérablepatrie était pillée . brûlée et rasée.
C était enfin contre Milan même que Torage . allait éclater. Mais il s!a^issait d’une ville plus puissante que Crème ou Tortona, et Frédéric attendit trois ans sa vengeance^ Délaissé dü plus grand nombre de ses feudataires allemands, il eut la honte de se voir vaincu en bataille rangée par les compagnies milanaises, et de ne pouvoir eflaccr l’allront de ses armes qu en briïlant des moissons et détiuisant des villages. Lorsque enfin une nouvelle armée lui fut arrivée d’au-delà des Alpes , l’étendard impérial se déploya
DE LOMBAUDIE. ' 67
SOUS les murs de Milan, dont tous les alentours étaient des monceaux de ruines et de cendres, f^cs magisü’ats voulaient affronter les hasards d'une intrépide ré-;sistance; mais If peuple craignait la fa-mine 5 il s’ameuta contre ceux qui essayaient de lui donuer du courage, et ces mêmes consuls qui avaient proposé le généreux parti de se défendre jusqu’à la mort , furent contraints d’aller en supplians, la croix à la main, s’agenouiller devant l’orgueilleux Barberousse, et lui demander le salut de leur patrie. Leurs supplications, celles de plusieürs milliers d’liomni(^(t]ui les suivaient, émurent tous les cœurs , hors celui de l’inflexible empereur. Il ne promit rien, et pour le moment se contenta d’exigîr de tous les citoyens le serment de fidélité et de ruiner leurs fortifications, ajournant la sentence définitive de ce peuplé en angoisses.
Cette sentence fut à la fin publiée, et le 16 mars 1162, l’ordre fut envoyé aux magistrats de Milan de faire sortir de la ville tous les habitans sans aucune exception. Milan resta ainsi plusieurs jours
dans Le silence d’un désert; l’empereur y vint alors, et prononça le fatal édit par lequel celle grande cité devait être rasée jusqu’en ses fondemens, et le nom milanais eflhcé d’entre les n§ms des peuples.
L’exécution de cet arrêt fut confiée à tout ce qu’il y avait d’ennemis le plus 'acharnés de Milan parmi les Lombards ; ils se partagèrent par quartiers l’œuvre de destruction , et Frédéric ne se retira qu’après avoir contemplé la vaste, ruiue qu’il avait faite.
Tout trembla' à la nouvelle d’un si redoutable cMtiment, et les deux dernières alliées de Milan, Brescia et '(plaisance , s’empressèrent de déniolir leurs remparts et de combler leurs fossés , pour témoigner leur smiinissiou à l’empereur* La terreur facilita l’oppression , et ni Frédéric ni ses lieulenans ne mirent de bornes aux rigueurs de leur commandement. Partout, à la place des consuls, furent établis, des podestats impériaux; partout les. impôts furent éleVés à un taux exorbitant, etexigés avec une odieuse rapacité. Les habitans du Milanez et du
pays crémasque furent conlraînts de livrer au fisc les deux tiers de leurs reve-, nus annuels} et à peine la condition desvilles amies était-elle plus douce que celle des vdlles autrefois ennemies. On espéra que la présence de l’empereur serait une protection contre la violence de ses ministres J et quand Frédéric revint en Ita*> lie, l’année 1164, des députés milanais-, prosternés dans la fange et trempés des eaux d’une pluie abondante , s’offrirent supplians à ses regards pour qu’il prît en pitié leurs misères. Frédéric parut les entendre avec émotion , mais oublia bien vite leurs plaintes, qui ne firent qu’atti- ** rer sur eux de plus impitoyables ri- * gueurs.
Comme ils étaient sans espoir dans la clémence du maître^ les peuples de Lombardie se mirent à attendre d’eux-mémes l’adoucissement de leurs maux. L’exemple de la rébellion venait d’élre donné par des villes jusqu’alors étrangères au mouvement de liberté qui avait emporté* lè reste de l’Italie seplentrionale. Yérone, Yicencc, Padoue etTrévises’étaieot cour
^70 RÉSUMÉ DE l’histoire
fédérées p^ur repoussef la tyf'annie des.
magistrats impériaux, et la fortune^ a vîUt secondé leurs eflbrls. Au même temps , Rome et l’Italie méridionale embrassaient la cause du pape Alexandre ill contre Frédéric, et cclubci s’arrêtait dans une oisive indécision entre les deux orages qui s’allaient réunir pour fondre sur lui^ Ce fut alors que , convoquée par des députés véronais, une diète se rassembla au monastère de Puntido , entre Milan et Bergame , et les villes opprimées y mirent en question les moyens de se défendre.
La première résolution adoptée fut de re- ' bâtir Milan, dont les malbeureuxhabitans, distribués dans des bourgades ouvertes de toutes parts , étaient exposés sans défense aux attaques de leurs ennemis. Une formule de serment commun fut ensuite* proposée ÿ qui unissait les villes en une même confédéi’ation pendant vingt années , et les obligeait à s’assister les unes les autres dans la défense des privilèges qui leur avaient appartenu jusqu’au règne despotique de Barberousse. Toutes les pertes souffertes par chacune d’entre
DIgilizeCDy’
. elles dans cette guerre de liberté, devaient être eu outre réparées à frais communs par les autres. Les articles de la ligue ainsi conelus lurent portés dans les diverses cites, soumis a Lapprobaliou du parlement ou assemblée générale du peuple , et celte confédération , que six villes avaient souscrite d abord , en réunissait (quinze avant la lin de la même aUnée (i ).
Lout en ellef allait au gre de ses voeux.
IMilan s.était relevé de ses décombres, sous la protection des milices alliées. Lodi avait juré par foi’ce le serment de l’in-* dépendance. Le château de Trezzo, ou étaient déposés les trésors de l’enijiereur, avait été pris par l’armée de la li^nic; et,* pendant ce temps, Frédéric assiégeait vainement Ancône, et s’eUbrçait de faire prévaloir dans lloma les droits de sa couronne contre les analhèines d’Alexandre.
Bientôt un fléau vint ravager son arméd, dans lequel la superstition du peuple crut
(t) \c*nise, Vei'one , Viccnce , Padoue,'Trt*vise, iVrrare , Brescia, Bcrgame , CremODe , Milan, Lodi , J*laiaaiic*( , Panne, Blodèiic cl Bologuc»
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^2 RÉSUMÉ DÉ l’histoire .
• voir une marque de la colere celeste ; .
et en même temps que diminuait le nombre de ses soldats, sa cause allait tombant dans l’opinion. Il s’en aperçut, lorsque, ayant abandonne le climat malsain de la campagne romaine, il lit route vers la Lombardie. Tout était armé contre lui
. sur son passage 5 et quand , a travers mille dangers, il arriva à Pavie et y convoqua la diète du ro^'aume, quatre villes seules, Payie, Nüvare,''Yerccil et Como, et avec elles un petit nombre de feuda- ‘taires, se rendirent à l’appel de leur suzerain. Dans cette diète, toutes les cités confédérées , à la réserve de Crémone et *de Lodi,, anciennes alliées de Frédéric , furent mises au ban de 1 empire 5 et le gant de l’empereur , jeté au milieu de
• l’assemblée, leur Signifia son défi et les menaces de sa vengeance. La ligne lombarde répondit par une autre diète, où elle s'engagea, par serment, a chasser de l’Italie l’irréconciliable ennemi de ses li-
V ber tés.
C’est ici la véritable époque de gloire des républiques de Lombardie ; c’est ici
^ Digitiz^ by •
que l’esprit de rivalité fait place à une concorde patriotique , et que toutes , d’un même pas , marchent vers le noble but de leur indépendance. Ni craintes ni espérances ne détachèrent une seule d’entre elles de l’allianee sacrée qu’elles avaient conclue , et elles posèrent les armes, alors seulement que leur serment eut été accompli. N’oublions pas de dire que l’auguste protection du siège de Rome sanctifiait à leurs yeux la cause à' laquelle elles s’étaient dévouées, et qu’Alexandre III, en publiant dans un concile que tous les chrétiens devaient être exempts de servitude , méritait le beau titre de propugnaleur de la liberté italienne.
Frédéric avait fait retentir des menaces solennelles j mais il était impuissant à les accomplir. Une guerre d’escarmouches, dans laquelle il reculait sans cesse devant son ennemi , faute d’être assez fort en nombre pour le combattre , dégradait la renommée de ses armes. Il prit le parti d’aller chercher des forces en Allemagne.
Le champ restait libre aux confédérés j mais plutôt que de songer à réduire Pavie
74 RÉSUMÉ DE l’iIISTOIUE
et leraarquisdeMonlferrat, seuletdernier défenseur de là canse impériale , ils résolurent de bâtir une ville nouvelle, qui tînt en respect l’un et l’autre de ces ennemis, et en même temps perpétuât le souvenir de leur union et de leur généreuse résistance. Ce fut au confluent du Tauaro et de la Bormida, en un lieu que la nature meme semble avoir l’ortiüé, que .s’éleva cette cité, construite sous les auspices, et, pourmieuxdire, parlesmainsde la confédération lombarde. Les soldats de Milan, de Créinone et de Plaisance en ûirent les ouvriers; et, en dépit des.
prétentions -de l’empereur, qui voulait qu’elle fût appelée du nom de Césarée ^ elle porta celui d’Alexandrie : glorieux hommage rendit au pontife, ami des républiques italiennes. Tous les habitans des villages voisins furent rassemblés dans les murs de cette ville puissamment fortifiée ; et, au rapport d’un chroniqueur du .temps, Alexandrie, dès la première année de sa fondation, put mettre quinze mille soldats en campagne.
, Six années dé repos furent laissées aux
républiques liguées pour l'orlîtier leur indépendance. Il fallut tout ce temps à Frédéric pour mettre ordre à ses afiâircs d’Allemagne, et rassembler autour de lui une nouvelle armée. Vainement, pendant sou absence, son lieutenant, l’archevêque Christian, essaya, par ses • intrigues, de dissoudre le lien de la confédération lombarde. Vainement ce prélat guerrier mit aux dernières extrémités la ville d’Ancône, amie du pape, quoique étrangère à la ligue. L’esprit républicain Kii opposa la même résistance qu’avait rencontrée son maître devant Crème ét Tortonc, et avec une issue plus fortunée.
L’Italie était donc plus que jamais difficile à subjuguer , quand Frédéric déploya de nouveau contre elle le formidable appareil de sa puissance.
Après avoir livré aux flammes la ville de Suze, et forcé Asti de se rendre, il arriva sous les murs d’Alexandrie , de cette cité élevée comme en honte de sa défaite, et qu’à tout prix il lui fallait détruire pour relever l’honneur de ses armes. Aussi ui les pluies, ni les neiges,
ni toutes les rigueurs de l’hiver n’arrdtèrent sou ardeur de vengeance II espérait facilement emporter cette ville , bien ^défendue par la nature , mais faiblement par l’art , et que la construction hâtive * et débile de ses remparts faisait appeler Alexandrie de la paille. Mais toute l’opiniâtreté de ses eflbrts, toutes les ressources inventées alors pour assiéger les places , échouèrent devant la résistance 175. habilement concertée des Alexandrins.
11 alla jusqu’à essayer la traliison , et voulut surprendre la ville pendant que les solennités du vendredi saint avaient suspendu les hostilités. Ce moyen ne fut ' pas plus heureux que les autres j et , après quatre mois d’infructueuses tentatives , menacé de l’armée de la confédération , qui approchait pour secourir Alexandrie, il leva le siège , et sacrifia enfin son orgueil à sa sûreté.
Los fatigues du siégoet l’âpretédela saison avaient affaibli son armée : les confédérés l’eussent accablé sans peine. Mais telle était l’autorité du lien féodal , même parmi çes citoyens de villes libres, que,
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les armes à la main contre leur empereur, ils respectèrent le droit de sa suzeraineté, et semblèrent craindre, en l’attaquant, le crime de lèse-majesté. La guerre n’était pour eux légitime qu’en étant défensive.
Frédéric profila de cette disposition do scs ennemis pour négocier. Trois légats du pape Alexandre et des députés des républiques lombardes vinrent conférer avec lui à Pavie j mais tant de prétentions hostiles ne se pouvaient guère concilier, quand le recours aux armes était possible de part et d’autre j les conférences ne furent que des querelles , et l’on se remit à guerroyer.
Milan avait toujours été l’âme de la ligue : ce fut encore son rôle en celle circonstance, et comme Frédéric espérait surprendre et accabler les Lombards, avant qu’ils eussent réuni leurs forces que le dernier licenciement avait dispersées , il rencontra devant lui l’énergique et vigilant patriotisme des Milanais. Déjà le serment d’alliance qui leur unissait les autres villes avait été solennellement re- Uouvelé aux premiers jours de l’année.
78 RÉSUMÉ DE l’histoire -
Parmi leurs plus distingués ^ citoyens , deux cohortes de cavalerie s’étaieut formées, celle du carroccio et celle de la, mort , qui avaient juré de se dévouer au salut de la patrie. Le reste s’était enrôlé, chacun sous la bannière de son quartier j de telle sorte que , sans le secours de ses alliés , Milan se trouvait prêt à soutenir tout seul le poids de la guerre. La fortune lui réserva cette gloire, et ce furent les troujpes milanaises qui gagnèrent la fameuse bataille de Lignauo, où finirent la puissance et les cfi'orts de Frédéric. Ou crut même un instant que l’empereur, entraîné par la fuite précipitée de ses sol- . dats, avait trouvé la mort en cette journée j mais il reparut au bout de quelque temps à Pavie, et vint montrer à la seule cité italienne qui lui fût restée fidèle sa triste humiliation. C’était' là le résultat de vingt-deux années d’intrigues et de batailles ! Ici on se souvient involontairement de Xercès.
Frédéric n’avait désormais d’autre ressource que de chercher la paix , et il y mil sincèrement tous ses soins. 11 négocia
Cliÿi' -'edby
DE LOMBARDIE. /yg
«l’abord avec Alexandre III, Dans la première joie de sa victoire, le pontife s’était ccrie : „ Dieu a voulu qu’m, vieillard et " “"P'-être trionipluâtsans combattre “ d un empereur puissant et terrible. »
. sut user de ce triomphe avec une sace modération, et après que l’empereur eut abjure le schisme, il le releva de tout anathcinc, et le réconcilia avec l’Éjtlisc Il consentit même à entreprendrel’œiivre «liflicile de rétablir la paix entre les cités ombardes et l’autorité impériale. Dans ce dessein, une trêve générale fut conclue par tout’c l’Italie, et des conlérences a ouvrirent à Venise. Frédéric, .appuyé de ses jurisconsultes, maintint rieotireusenient toute réteiidtio de ses droits de suzeraineté sur les républiques. Il prétendait leur imposer les decisions de la dicte de Roncagha eu i,58, ou les replacer eu l’état oii’elles se trouvaient un siccle auparavant sous Henri IV Les coiiiinunes lombardes, tout en conseil ■ vaut leur allégeance envers l’empire, défendirent avec chaleur les prérogaKves <|.le depuis cent années elles avaient con-
80,’^ . RÉSUMÉ UE l’histoire
quises , et, saijs s’efl'rayer de quelques délections que venait d’essuyer leur cause, rejetèrent hautement les propositions impériales. Le pape, qui voyait échouer sou habileté conciliante devant des prétentions si contraires et si opiuiâtréinent maintenues, reconnut alors la nécessKé .
> > d’un parti mitoyen, et fit adopter aux uns
1177- et aux autres une trêve de six années.
Elle fut jurée par le comte Henri de Dessau, au nom de l’empereur 5 les consuls et les conseils de creclenza de chaque cité la jurèrent en assemblée publique , sur l’àme du peuple.
, Ces six années se passèrent en négocia-
, lions pour arriver à une paix définitive.
Les confédérés demeuraient inflexibles dans leurs prétentions 5 l’empereur soutenait fermement les siennes , et eu meme temps travaillait toujours par de secrètes manœuvres à détacher de la ligue quelques-uns des peuples qui la composaient.
Ce n’étart donc qu’ombrages et défiances de part et d’autre , et tout espoir d’une pacification durable s’évanouissait. Mais Henri , filade Frédéric Barberousse, sour
DE LOMBARDIE. 8l
d'étre associé par son père à la <louble cduronnc d’Allemagne et d’Italie dans le prochain concile de Constance :
c’est pourquoi il s’entremit comme médiateur, et après que, dans une diète des villes à Plaisance , les préliminaires de la paix eussent été convenus , les consuls et les recteurs de la ligue consentirent k venir la jurer à Constance , entre les mains de l’empereur. Par le traité qui fut alors conclu , les républiques lombardes gardèrent tous les droits , dits régaliens , qui étaient essentiels à leur liberté j il ne resta à l’empire que des prérogatives presque uniquement honorifiques. Ainsi fut terminée lai sanglante lutte du pou- , voir impérial et des cités italiennes : cellesci invoquèrent long-temps le traité de Constance , comme la base de leur droit public.
Nous sortons d’un spectacle d’héroïsme pour entrer , comme souvent il arrive eu I ces temps, dans un spectacle de faiblesse et dë misère. A peine 4éÜvrées des péi'ils du dehors , les villes de Lombardie retournèrent n leurs querelles domestiques.
q5 juin 1 183.
-i 'g giyj
• résumé DE'I’RiSTÔIRE
L’union momentanée des gentilshommes et des plébéiens est partout rohipue ; les haines de cité à cité reprennent leur cours.
Milan est en armes contre Pavie , Brescia contre Crémone, Parme contre Plaisance.
Il fallut que l’autorité impériale, d’ennemie qu’elle avait été , devînt médiatrice.
Frédéric, qui venait de gagner à la maison de Souabe l’héritage des Deux - Sicilcs , cherchait à appuyer du secours des peuples lombards les nouveaux droits de son fils à cette couronne. Il était intéressé k ; maintenir leur concorde , et les soins qu’il y mit furent puissamment secondés par là souveraine influence de la religion. Lé hiot de croisade retentissait alors en Eul'op’è : de toutes parts on s’apprêtait k* venger Jérusalem tombée aux mains de Saladin. La paix de Dieu prêcbéc aux cités italiennes désarma leurs rivalités, et des milliers de leurs citoyens suiviceut Frédéric dans le pèlerinage d’Oriertt où se
>«90. termina la vie de ce grand empereur.
' Henri Y1 , son fils et son successeur ,
recueillit sans obstacle seS étals d’Allemagne, prit possession des Deux-Siciles ,
DE LOMBAKDIE. 83
mais n’hévita pas de la haute vénéraliou ' dont avait joui son père en Lombardie, flurant ses dernières années. Sa dureté tyrannique le ht haïr ; à peine cut-il assez d’autorité pour mettre un terme à la guerre de Crémone et de Brescia.
' Cette guerre, que la croisade avait suspendue, se ralluma dès que Frédéric eut cessé de vivre. Les Créinonais avaient entraîné dans leur alliance un grand nombre de villes : Milan seul s’était déclaré pour les Bressans. Une surprise donna toutefois aux derniers la victoire , et la fatale journée de la Malemort fut inscrite eu lettres de sang dans les annales de la Lombardie. ^Au moment où les Bressans ullaieut use^^ contre leurs ennemis de tous les avantages de cette victoire , Henri VI vint commander aux deux partis de poser, les armes, et de se rendre leurs prisonniers. Mais la gnerre apaisée^ sur un pointvecommençait sur un autre, et le temps était venu où , sous le nom de Guelfes et de Gibelins, l’Italie devait être déchirée sans relâche. Ainsi se déclara , » dans la marche Trévisane , la rivalité des
84 RÉSUBIÉ DE l’histoire
maisons d’Este et de Romario, d’où tant de maux devaient sortir. Ainsi " cent autres querelles partielles naquirent de grande querelle clevcc entre le pape Innocent III et Othon IV, le successeur de Henri VI; et les villes mêmes sentaient si bien que l’état de guerre était devenu désormais permanent pour elles , que partout dans leur sein, à l'autorité civile des consuls , elles avaient substitué l'autorité toute hiilitaire des podeslals.-, C’étaient des chefs étrangers appelés par le peuple, et chargés de veiller à la tranquillité du dedans, comme a la sûreté du dehors, -à force armée. • -c ,
Quelques honneurs quCiAles Milanais eussent prodigués à Frédéric Harberousse vers la fin de sa vie, ils se souvenaient néanmoins qu’il avait autrefois rasé leurs murs, et un sentiment. de haine héréditaire se perpétuait parmi 'eux* contre la maison de Hohenstaufeu. Ils en donnèrent ’ une- preuve singulière , en désertant la bannière pontificale qü’ Alexandre III leur avait rendue si chère et si respectée, et en se plaçant sous celle de l’empire ,
îorstjue Innocentent pris pour champion du saint-siège le jeune Frédéric, fils de Henri VI. C’était là un nouveau sujet de discorde que les villes de Lombardie saisirent toutes avec une sorte de fol empressement , et à peu près eu nombre égal , elles se partagèrent entre les deux rivaux* ‘Nous ne fatiguerons pas nos lecteurs du récit des combats sans fin qu’elles se livrèrent , non plus que nous ne les appellerons au spectacle des luttes sans cesse renaissantes du peuple et de la no- Messe au sein de chacune d’elles. Il nous suffira de dire que d’après les circonstances varia la victoire. Ici les gentilshommes triomphèrent } là ils furent bannis.
Ce qu’il importe de remarquer , c’est tjue parmi tous ces désordres on ne peut dire que les villes- lombardes allassent en s affaiblissant et marchassent vers leur ruiné.' Au contraire, tous les récits de leurs chroniques nous‘mdmreiit:‘^ ëües mn notable accroissement de prospérité soit ' qu’elles agrandissent l’enceinte de leurs mursy devenue trop resserrée pour leur