RÉSUMÉ DE t’mSTOIRE
population , soit qu’elles s’eml3elKssen,t de • magniiiques édifices ou se fortifieut de redoutables châteaux , soit euün qu’elles commencent à porter au-delà des monts le superflu de leurs capitaux , et établis- ’seht ce profitable commerce d’argent qui valut long-temps eu France aux banquiers .et aux usuriers le nom de Xow&hrds. Il suit de là que les guerres si multipliées de ces pays n’allaient pas à tout détruire comme nos guerres d’aujourd’hui 5 que, circonscrites dans un étroit théâtre, elles n’enlevaient que pour peu de temps le citoyen aux occupations de la paix 5 et que, rentré dans ses foyers, le soldat de la veille donnait à de paisibles et fructueux travaux* toute cette libre activité qu’il avait déployée sur les champs de bataille.
Cependant une série' nouvelle d’événe-:
mens va sc développer dans le cours du treizième siècle. Les républiques de Lombardie , fidèles eu appai’euce au rôle glorieux qu’elles ont joué, vont changer toutefois' de poUlique ,• et prendre lest armes pour d’au très intérêts que ceux de leur- indépendance. Elles poursuivrorit
' DE LÜMBAfiDIB. 87
con Ire le second F rcdéric la haine qu’elles avaient jurée au premier , mais on me les verra plus animées par le besoin d’une généreuse rcsislancc ; leur ligue sei’a désormais au service des vengeances pontificales} et, comme par un juste retour de la fortuné , le prix qu’obtiendront leurs efforts ne sera plus la liberté, mais l’cscla- . •
- vage. ' .
A peine Othon IV était-il mort, et la im 8.
couronné impériale venait-elle d’échoir il Frédéric II , son rival , que ce prince , mguèi'e comblé de toutes les faveurs du saint-siège , .était d^ frappé de tous ses anathemeS. Honotius III et Grégoire IX avaient reconnu en lui un homme qu’il était malaisé de plier à leurs desseins^ aussi fier, aussi inflexible que son aïeul, aussi. habile à la guerre , et mieux instruit dans les ruses de la politique. De là l’empreSsement qu’ils mirent tous deuxàl’envoyér dans la Terre-Sainte J espérant Ue plus le revoir cU Italie. Et lorsque Fré- * déric eut trompé l’attente de Grégoire IX, en revenant au bout de quelques mois avec son armée victoHeusé, le pontife
88 RÉSUMÉ DE l’histoire ‘ ^ '
crut tous Jes moyens permis pour combatti‘e un si redoutable ennemi. »•
Par un article du traité de Constance, le droit avait été laissé aux villes de renouveler la société lies ïxymhards, toutes les fois que., cette mesure serait nécessaire au Ihtipnticn de leur liberté. Dès l’an 1226, les Milanais , craignant d’être punis pour avoir soutenu la cause d’Otbon , avaient fait tous leurs efl’orts pour ranimer l’esprit de l’ancienne ligue, et unir par un serment d’alliance toutes les cités qui pouvaient redouter la vengeance de l’empereur. Quinze d’e^N^'e elles envoyèrent des députés à l’église de San-Zenoue de Mosio : la confédération fut jurée pour vingt-cinq ans , et une dicte chargée de veiller au maintien de la paix et .de la liberté commune. Au moment où Frédéric , justement inquiet de cette union formée sous les auspices d’Honorius 111 , allait redemander aux républicains lombards ce qu’ils devaient à l’autorité impériale, le pape avait su désarmer sa colère par d’apparentes satisfactions. Grégoire IX eut la même adresse lorsque la
soudaine arrivée de Frédéric vainqueur l’obligea de concliurc avec lui la paix : il y fit comprendre la ligue de Lombardie.
Mais c’était seulement un retard momentané que se donnait sa haine, et lorsqu’il serait temps d’éclater , c’était des armes lombardes qu’il attendait sa principale force.
Frédéric , dont le séjour ordinaire était l’Italie méridionale, où son administration éclairée rappelait l’ordre et donnait la vie aux lettres et aux arts , vient tout d’un coup à apprendre que ■l’aîné de ses fils s’est révolté en Allemagne ] que la ligue' lombarde s’est mise dans les intérêts du rebelle, et que des députés de Milfcn sont allés lui ofl'rir la couronne de fer, toujburs refusée à son pèrb.‘ Le pape semblait etranger à cette vaste intrigue j mais tout faisait soupçonnerqu’il en était l’ânie. Frédéric eut bîcülôt apaisé la révolte, et envo3’é le coupable dans un cliàteau de la Fouille. Il lui restait H punir les complices ] il entra eu campagne contre les Lombards.
La fortune lui avait donné un utile
90 KEStJM^ DE L^BMTOfRE
allié : c’était Ecccliiio de Roinano, le troisième du nom , et que ses contemporains surnommèrent le Féroce, Eccelino était un de ces génies puissamment doués pour le mal , qui ^ lorsque le hasard les place sur un théâtre où leur terrible activité se puisse librement déployer , étonnent par l’incroyable excès de leurs forfaits. Habile et intrépide guerrier , plein d’audace et de vigilance , il s’illustra d’abord dans les combats : tourmenté d’une ambition sansfreiu , et ne reculant pas plus devant la renommée du crime que devant le crime « meme, il ell’raya ses voisins et en soumit beaucoup par la peur. Vérone s’était mise entre ses mains en lui eonférant lo titre de podestat, et il se flattait que sou alliance avec l’empereuf lui livrerait sans peine toute la marche Trevisane. Ce fut donc autour de lui que se rallia tout le 36. parti Gibelin du pays lombard : on y distinguait les villes de Crémone, de Parme, de Modène et de Reggio.
Pendantque les premiers coups de Frédéric s’adressaient, au gré de l’arabitionf d’Ecccliuo , contre la ville de Yicenee,.
DE LOMBARDIE. gi
et ^üC la prise de Padoue venait encore d’accroître le pouvoir de ce farouche tyran J tout était en mouvement au centre de la Lombardie, pour soutenir la seconde guerre de l’indépendance. Contre les cavaliers allemands de Frédéric, contre ses soldats sarrasins de la Fouille , Milati , Brescia , et les autres cités Guelfes armaient leurs milices citoyennes, qu’une longue expérience avait enhardies aux -cohibats. Elles ne tardèrent pas à rencontref l’armée impériale. Le souvenir de Lignano animait les Milanais j mais ils avaient été surpris , et la fortune ne leur perhiit qu*uhe opiniâtre et glorieuse résistance. La journée était déjà perdue pour eux, que tenait encore la compagnie des braves (dei forti), chargée de la garde du carroccio. Plutôt que d’exposer la sainte bannière de la croix et celle de leur patrie à tomber aux mains de l’ennemi, les braves eu dépouillèrent de leurs propres mains le carroccio , et se dispersèrent à la faveur de la nuit. Mais ce char , meme sans les enseignes qui y flottaient, était cùtore un assez l^eau trophée de victoire ,
91 RÉSUMÉ DE l’histoire
- Cl Frédéric l’envoya à Rome, avec de# lettres pour le peuple et le sénat, voulant ^ perpétuer par ce monument le souvenir de la bataille de Corte-Nuova dans la capitale du monde chrétien.
ia38. A ce terrible coup, le lien de la confédération lombarde parut brisé. La plupart des villes se soumirent, et passèrent dans le parti Gibelin. Quatre d’entre elles seulement gardèrent le serment de la ligue, et encore offrirent- elles de capituler. C’étaient Milan, Brescia, Plaisance et Bologne. Mais l’empereur , plein du ' souvenir de ses outrages, exigea d’elles une soumission sans réserve , *et, plutôt que d’accepter tant de boute, elles se décidèrent à courir les cbauces d’une lutte désespérée.
Brescia , assiégée pendant soixante et huit jours, renouvela les merveilles de l’héroïsme de Crème et de Tortone. L’iu- Irépidité de ses habitans , secondée du jeu formidable de ses machines, fit échouer tous les efl’orts de Frédéric IT, et arrêta le cours de sa fortune. Au même temps , Grégoire IX prenait publique-
DE LOMBARDIE. * q5 Tnent la ligue sous sa protection , lui procurait l’importante alliance de Venise et de Gênes, et fulminait en plein consistoire une bulle d^evcommiiiiicatioTi contre l’empereur. Celui-ci répondit vainement en solennelle assemblée aux anathèmes pontificaux par la bouche de son chancelier Pierre Desvignes. Les peuples étaient trop bien accoutumés à comprendre ces arrêts qui les déliaient du serment de fidélité à leur souverain , et en peu de temps les affaires du parti Guelfe furent relevées dans la Lombardie. La voix du pontife rassurait contre les menaces de l’empereur.
Grégoire IX alla plus loin encore.
Comme Frédéric s’apprêtait à venger dans Rome même ses injures , et que déjà plusieurs villes du patrimoine de saint Pierre étaient tombées entre ses mains , une croisade est prêchée contre lui, et de tous les côtés de l’Italie, les moines de Saint-Dominique et de Saint- François distribuent h ceux qui prennent les armes pour la cause du saint-siège, les mêmes indulgences qu’on accordait
94 ♦ RFSDMÉ DE l’hISTQIBE
aux pèlerins d’outre- mer. Ferrare, où commandait Salingnerra, Gibelin octogénaire, est assiégée et prise d’assaut par une armée croisée, et pour l’aire entrer tout le inonde chrétien dans les intércts’du pontificat, un concile universel est convoqué à Saint-Jean de Latran. C’était le dernier coup dont Grégoire IX pensait abattre Frédéric j mais il tourna contre lui-incme.
Les galères pisanes , unies à la flotte sicilienne de l’empereur , s’emparèrent des vaisseaux génois qui portaient les prélats du concile^ On les chargea de fers d’argent pour honorer leur captivité ; mais l’affront n’en était pas moins fait à Grégoire IX , qui n’y put survivre.
Frédéric mit toute son activité à in* Iriguer dans le conclave pour établir sur la chaire de saint Pierre un pape qui ne fût point son ennemi. Pendant ce temps les cités lombardes pouvaient respirer } mais elles aimèrent mieux retourner à leurs haines domestiques. Milan donna le signal et tout le reste suivit. Les Guelfes toutefois sortirent avec avantage de ces guerres, puisque les villes de Verceil et
de Novare , avec» quelques seigneurs , ■ entrèrent dans la confédération.
Entiu , après deux années d'agitations 134^. et de brigues inutiles , les cardinaux don" , nèrent un pontife au iponde chrétien. . ^ C’était Innocent IV , jusqu’alors Gibelin zélé et ami dévoué de l’empereur, mais depuis son implacable persécuteur. S’il faut en croire quelques récits contempo- ^ rains , il employa même contre lui lès armes de la trahison, et k deux reprises 'attenta à ses jours. Frédéric essaya de se ^ saisir de sa -personne j mais le pape lui -, échappa par une fuite habilenie'iit con-j certée, et s’en vint tenir à Lyon un concile contre lui.
Ce concile est demeuré fameux d a nà 1^45.
l’histoire. Innocent IV commença par y déplorer les malheurs de l’Eglisê, atta- * quée à la fois par les idolâtres au dehors , et .par les hérétiques au dedans 5 puis il eh rejeta toute la faute sur l’empereur Frédéric II, qu’il Iccusa de parjufe, d’impiété etd’alliance avec les ennemis delafoi.TaddeodéSuessaetPierre Desvignes protesté-,.
96 RÉSUMÉ f)E l’histoire
reot, au nom de l’empereur, contre les ac*
^ cusations du pape, et en appelèrent des décisions de ce concile, qui ne représentait pas légalement la chrétienté, à un concile plus complet et pins solennel. La sentence n’en fut pas moins rendue qui déclarait Frédéric déchu du trône impérial et convoquait les princes allemands à une nouvelle élection. « C’est le jour de la colère, le jour des calamités et du malheur,»
s’écria Taddeo de Siiessa eu se frappant la poitrine, et il alla porter dans Turin à . “son maître la nouvelle de sa dégradation.
Frédéric fut transporté d’une violente colère. Jetant un coup d’œil enflammé sur la foule qui l’environnait: « Ce pape,
K dit-il , m’a donc rejeté dans son synode !
« il m’a privé de ma couronne ! Où sont- « ils mes joyaux.’ Qu’on les apporte de- « vant moi. » Et faisant ouvrir' la cassette qui renfermait ses couronnes, il en fixe une sur sa tête : « Non, reprit-il, elle « n’est point perdue ma coi^onne ! ni les (c attaques du pape ni les décrets du « synode ne me l’ont enlevée, et je ne la
.. Jiiv izpti by C '/rtnglt'
«■perdrai pas sans quUl en coûte du « sang (i).
Frédéric soutint d’abofd ces fières paroles par une conduite énergique. .Il écrivit à tous les souverains de l’Europe en appel de la sentence pontificale, et invoqua particulièrement l’arbitrage de saint Louis , dont les vertus étaient alors une autorité religieuse plus respectée que celle même de la tiare. Mais la hauteur de son âme finit par plier sous les coups qui venaient i’assaillir sans relâche. Forcé à tout instant de défendre sa vie contre les atteintes de la trahison, et de punir^ ceux qu’il regardait comme ses amis le.s plus chers , attaqué par un rival dans ses droits à l’empire, peut-être aussi inquiet, ‘ pour le salut de son âme, des, anathèmes de l’Eglise, il fit effort pour se réqoncilier avec l’implacable Innocent I V- ^iguer.la profession de foi que lui imposerait le • pontife, renoncer à la double couronne, de l’empire et des Deux-Siciles en’.Taveur
. CO Mathieu Paris , citë et traduit par Slsmoudi, toia. III , pag. 65. '
g8 RÉSUMÉ DE l’uISTOIRE
de ses deux üls, s’engager k achever sa vie en terre sainte en combattant les inlidèles, c’était, il semble, mettre k l’absolution du pape un assez haut prix, pendant Innocent ne s’en contenta pas :
il se déclara seul juge de la conscience de l’empereur, et exigea qu’il vint en personne se soumettre k son tribunal.
Il n’espérait pas sans doute que tant d'humiliation fi\t accepté, et cependant il le fut. Mais au moment où Frédéric , pour se rendre k Lyon, traverse la Lom- Lrdie en appareil de paix , et sans toucher le territoire des villes ses ennemies, i apprend tout^d’un coup que Parme, cite iusqu’alors gibeline, H été soulevée contre lui par les parèns du pape. Son indignation se réveille k ce coup tout entière;il ne songe plus k s’aller humilier , mais k chercher la vengeance. Tout le paiti . gibelin' se rassemble autour de lui , et i va mettre le 'siège devant Parme.
Les républicains lombards, depuis un
siècle, avaient pris l’opinion qu’ils étaient
invincibles derrière leurs murailles , et cette confiance contribuait en effet beau-
coup à leur donner la victoire; Ainsi arriva-l il des Parmesans, qui, assiégés par une armée que le nombre et la vaillance rendaient formidable, tinrent ferme contre le péril , et sortirent à la fin triomphansi Frédéric recourut vainement „ pour abattre leur courage, à l’aflreux exemple que lui avait laissé son aïeul , et les fit assister à la sanglante exécution de plusieurs de leurs compatriotes. Ils bravèrent ce spectacle, comme tout le reste , et surent trouver l’heureuse occasion de surprendre l’armée impériale, en l’absence de son chef, et de s’emparer de Vittoria, ville qu’avait fondée Frédéric et où étaient déposés tous ses trésors.
Le parti guelfe jeta des cris de joie à cette victoire , et les Gibelins furent consternés.
Il fallut bien que Frédéric ramassât toutes les forces de son âme sous ce nouvel, échec et se remît aux prises avec la fortune ; car il n’avait rien à attendre de la compassion de sOn eOnemi. Maître par son habileté desafiaireS de Toscane, de tristes nouvelles lui vinrent de ses fils.
lOO BÉSUMÉ DE- l'HISTOIRE Conrad', Fainé, aVait été vaincu en Alleraagne^par Guillaume de Hollande, prctendont à Fempire , et les Bolonais avaient ~ fait p/isonniér k Fossalta le. jeune Heu> zius ,, couronné roi de Sardaigne. L’in- •ràyable acliarnementqui animait contre Frédéric les villes de la confédération ])arut alors dans un décret du sénat et du peuple de Bologne, par lequel ils s’inter- 'disaient à jamais le pouvoir de rendre à l’empereur son fils , sous quelque condition que ce fût j et ce décret fut exécuté pendant vingt-deux ans que dura la vie du' jeune prince , avec une odieuse persévérance.
C’était une triste consolation pour Frédéric , parmi tant de désastres , d’apprendre que son vicaire-général dans la marche Trévisane, Eccelino/e féroce, soutenaitsa domination par des cruautés inouïes pcutctre dans aucune histoire. Il en revenait peu de profit k la cause de l’empire , et la Lombardie n’en restait pas moins un champ de bataille fatal aux Gibelins..
Frédéric résolut de l’abandonner , espérant peut-être trouver le pontife moins
DE LOMBARDIE. loi
inflexible. Mais comme du fond de ses états de Naples il tentait de nouveaux et inutiles efforts de réconciliation , la mort vint le frapper au château de Ferentino, dans la Capitanate, et mettre fin aux longues agitations de sa vie. Il était Agé de cinquante-six ans.
Ce n’est point ici le lieu de tracer le portrait de ce prince , qui a trouvé parmi scs contemporains les plus violens détracteurs , comme les apologistes les plus* outrés. Nous nous contenions d’une seule remarque, et il nous semble qu’elle dira beaucoup. Durant la première guerre des Liynbards contre Frédéric Barberousse, le lecteur impartial sent que tout son intérêt, toute sa sympathie se portent du côté- des républiques et du pontife qui s’associe à leur cause. Durant la seconde contre -Frédéric II, tous ses vœux sont, malgré lui , pour les armes impériales.
^îerait-ce donc que celui qu’on appelait l’oppresseur était réellement l’opprimé ?
Quoi qu’il en soit, la mort de Frédéric II fut un grand événement pour l’Italie, et en particulier pour les villes lombardes:
RÉSUMÉ DE l’histoire Durant vingt-trois ans en effet l’empire resta vacant 5 et quoique après le grand interrègne Rodolphe de Habsbourg eût été élu, il ne put,^non plus que ses premiers successeurs, porter ses regards audelà des Alpes. Les provinces italiennes restèrent donc livrées à elles-mêmes et eurent le loisir de se reposer dans leur situation indépendante. Mais tel n’était point le caractère de cette époque , que * les peuples y recherchasseut la paix comme le fondement assuré du bonheur public; et si la longue absence du pouvoir impérial rompit les derniers liens qui attachaient l’Italie à l’Allemagne, elle p’y mit point terme aux troubles et aux guerres. Les noms de Guelfes et de Gibelins demeuraient avec la vieille habitude des discordes dont ils étaient le signal. Chaque ville, chaque seigneur, impatient du repos, chérissait ses haines comme un ' patrimoine qu’il lui fallait cultiver; et les choses eu furent bientôt conduites à ce point, qu’on vit partout de loyaux patriotes rappeler pai' leurs vœux les plus ardens l’autorité des empereurs, comme '
< DE LOMBARDIE. lo3 . * .
l'arbitre pacifique des nialheureuses que- «
relies de parti.
Cependant le moment approche où les républiques de Lombardie, placées longtemps à la tête du parti guelfe , vont descendre de ce haut’ rang et le céder k Florence, dont l’illustration vient de commencer. C’est que Florence , toute jeune % encore à la liberté , en a l’héroîque yigueur ; tandis que le patriotisme des Lombards, corrompu par les intérêts de faction , est près de succomber sous les ruses de la tyrannie. On peut dire que la croisade contre le farouche Eccelino fut , dans ces * ' ^
contrées, le dernier efïbrt de la liberté et comme le dernier souvenir delà concorde.
Eccelino , depuis la mort de FrédéricII, ,
était devenu souverain indépendant de presque toute la marche Trévisane.
Mainfroy qui , dans l’Ilalie méridionale , j
défendait les droits de la maison de Souabe -t
contre les pontifes , se trouvait heureux de l’appeler son allié-, et ne pouvait réclamer sur lui aucun titre de suzeraineté.
Les peuples apprirent alors quel était
l’aflreux génie de cet homme , livré tout
»o4 RÉSUMÉ DE l’histoire entier à lui-même. Le récit de ses barbaries semble fabuleux , quoiqu il soit a la fois consigné dans plusieurs chroniques contemporaines (i). Il ne se passait point de jour qui ne fût marqué par quelque spectacle^ de sang donné aux peuples qu il y traînait malgré eux. Proijienant sa cruauté de Vérone a Vicence , et de \ i” cence à Padoue, il enleva à ces trois villes la moitié au moins de leurs habitans , et fit du reste les aveugles instruinens de ses terribles volontés. De tous les cotés de l’Italie erraient des malheureux privés des mains, des yeux, des oreilles, et .se recommandant à la pitié publique, comme victimes des fureurs d’Eccelino. On trembla long-temps à ce nom, et peiit-etre ne fiit-on jamais sorti d’une lâche et muette terreur, si l’autorité religieuse n’eût fait entendre sa voix , et tourné contre l’impitoyable oppresseur de la marche Trévisanc la puissance du mot de croisade.
L’archevêque de Ravenne fut chargé
(i) Rclandini, la chronique du moino de Padoue , tic. , etc.
io5
par le nouveau pontife, Alexandre IV, de prêcher la guerre sainte, et de toutes parts on s’arma contre ce Jils de perdition, ce réprouvé de la J'ai , le plus] inhumain d’entre les enfans des hommes.
Les deux puissantes cites de Venise et de Bologne, Ferrare, Mantoue, Brescia, d’autres villes moins importantes, et avec elles un grand nombre de seigneurs , dont le chef était le marquis d'Este, l’ancien ennemi de la maison de Rornano , réunirent leurs forces pour cette entreprise. La guerre fut de quatre années.
Dès le principe , la fortune s’y montra contraire à Eccelino. Vainqueurs d’un de ses lieutenans , les croisés surprirent et lui enlevèrent la ville de Padoue. Eccclino s’en vengea en jetant dans les cachots et faisant périr toute une armée de Padouans qui combattaient sous ses ordres.
Ils étaient onze mille : deux cents éohappèrent. Plus tard , l’intrépide activité du tyran lui livra les troupes bressanes et puis après leur ville , où il entra , dit un j narrateur du temps, « plus redouté que « les inondations , la peste et les incen-
Ï06 RÉSUMÉ DE l’histoire « dies. >» Mais ce retour du sort en sa faveur l’aveugla : il voulut se jouer de * ses deux meîlleiirs alliés , Buoso de Doara et le marquis Pelavicino j ils le surent, et se dérobèrent à ses redoutables caresses en s’unissant à ses ennemis. Alors fut donné le signal de sa ruine.
Son armée était encore belle et florissante. Mais celle des croisés s’était grossie des milices de Crémone et de Milan ^ et en peu de temps on l’eut entouré de toutes parts et réduit à uüe position désespérée, Il s’y débattit avec vigueur j c’était Je tigre à ses derniers momens. Gependebi les ennemis venaient de lui enlever le pont de Cassano, et ses astrologues lui s avaient autrefois prédit que ce lieu ÿ et tous les autres dont les noms avaient une terminaison pareille, lui seraient funestes.
, A ce coup ou le vit frémir , lui qui n’a- "vâit été'iamais surpris en un moment de faiblesse ; et comme il s’élancait à cheval
* pour reprendre le pont , une flèche vint l’atteindre au pied gauche. Le découragement se inet dans les troupes. 11 essaie
* alors une retraite hardie parmi les batail-
Ions qui de tous les côtés l’eiivironneut'; ses soldais tombent sans cesse autour de lui ou prennent la fuite, et, blessé luimême, il finit par être prisonnier.
Un tel homme était curieux à voir aux mains de ses ennemis. Aussi un écrivain contemporain nous l’a représenté dans cette situation. « Eccclino prisonnier, dit H Rolandiui, gardait un silence menaçant»
« Il fixait sur la terre son visage féroce « et retenait en lui-incme son indigna- « lion. De toutes parts cependant les sol- « dats et le peuple accouraient, afiu de *< voir cet homme naguère si puissant , « ce prince fameux , redouté et cruel parte dessus tous les princes de la terre j et te chacun laissait éclater sa joie. « Sa captivité fut au reste de peu de durée j car, déchirant l’appareil de ses jjlessures , il mourut au bout de onze jours.
A la nouvelle de la mort d’Eccelino , la Lombardie entière sentit cette joie d’çtre libre qui transporte si vivement les cœurs, lorsqu’ils ont porté le fardeau d’une longue et dure tyrannie. Il semblait qu’avec Eccelino eût fini toute crainte* d’escla-
I08 RÉSUMÉ UE l’histoire
vage, 'et que désormais la liberté dût venir d’elle-mcme au devant des peuples. Elle s’en allait cependant , doucement éconduite et à petit bruit par d’insidieux despotes, qui se disaient ses défenseurs; mais elle s’en allait, et c'était pour ne plus revenir ! "
Les républiques lombardes n’étaient point assez vigoureusement constituées pour résister à cette maladie des guerres intestines, dont l’ancienne Rome avait su long-temps triompher. L’autorité dictatoriale qu’elle^établit dans son sein, comme un remède prompt et décisif dans les grandes crises , était pour elle sans danger ; tandis que la souveraineté militaire des podestats, limitée presque uniquement dans sa durée, menaçait de la servitude des peuples qui s’accoutumaient à appeler, ces chefs étrangers du nom de seigneurs et maîtres. On le vit bientôt à Milan , et il appartint à cette ville, qui avait décidé la cause de .la liberté dans la Lombardie , d’en décider^ l’asservissement.
Pagano délia Torre , seigneur de Valsassiiia , 's’était rendu cher aux Milanais ,
^DE LOlrtfiARDlE. JOiJ
en nccuei liant les débris de leur année fugitive à la journée désastreuse de Corle- Wuova. Mastiuo, son fils, cultiva habilement cette popularité dosa famille , et en toute occasion se fit le protecteur des intérêts plébéiens contre les gentilshommes. Aussi, loi'squ’en 125^ les voix se divisèrent pour l’élection d’un podestat , Mastino délia Torre fut choisi par le peuple, et opposé à Paul de Soresina , chef de la noblesse. Peu après , l’attentat d’un no- hle les ayant fait chasser tous de la ville, la guerre éclata , et les deux partis entrèrent en campagne. Au dedans de leurs jnura les bourgeois étaient toujours les plus forts : au dehors la cavalerie mieux armée |^es gentilshommes leur assui'ait la supériorité. C’est pourquoi rien de décisif ne sortait dè ces combats. Au\)out de quelques mois d’hostilités, on jurait la paix, et puis on se hâtait de la rompre. Ce lut vers ce temps que la noblesse milanaise ayant invoqué l’assistance d’Ecce 1 lino , pour qu’il leur rouvrît les murs de leur patrie , le peuple entra dans la ligue contre ce tyran , sous la conduite de Mas-
IlO RÉSUMÉ DE l’UISTO.IRE . '
isSq. tiuo. Le succès de 1 r croisade, lut eu j^raude partie louvrajje de ce CriêT Labile, et dès lors sa popularité se répandit par toute la Lombardie.
ia6o. L’année suivante, Lodi le déclare son seigneur} et dans cette petite cité, un pareil titre siguiliait une toute autre autQrité que dans Milan. La douceur de son administration est enviée des babitans de Kovare , et ils s’empressent de se placer i2jp3. sous sa souveraineté. Et quand il meurt, la renommée de sa maison est si bien éta- • blie, que presque en même temps est ^.déférée à sou fils Philippe la seigneurie 1264 - ' de Como , de Verceil et de Bergame,
Cependant, forcé d’être eu lutte per- .• - pétuelle contre les gentilsbomme^exilés ,
Mastino avait eberebé les moyeDs de tenir • la campagne avec une cavalerie égale à la • leur. Armer les bourgeois en bommes de cbeval était ebose impraticable. Il n’eut d’autre ressource que de prendre à la solde de la république le marquis de Pelavicino et ses gendarmes. Nous voyons le commencement des condol' tieri., Des cc moment l’importance guer*
‘rière des villes va s’effacer de jour en jour. La prépoildérance des armes va passer en d’autres mains ; et l’on ne sait plus être libre quand ou ne sait plus vaincre sur les champs de bataille. En peude temps, Pelavicino eut acquis une puissance presque aussi grande que celle des Délia Torre, quoique son nom fût moins populaire»
Pavie , Crémone , Brescia , Plaisance , lui obéissaient sous le titre de podestat ou de capitaine général.
Tel était l’état de la Lombardie peu- "* dant que se poursuivait dans l’Italie raé-' ridionale la grande querelle de la maison de Souabe et du pontificat. -Les papes (i) avaient vabicment essayé contre Mainfroy toutesleursplus terriblesarmes.
Jusque-là la couronne de Sicile , offerte à plusieurs princes étrangers , avait toujours été refusée. Saint Louis permit enfin de l’accepter à son frore Charles d’Anjou ; et ce redoutable aventurier , dont la vie s’était écoulée presque entière à guerroyer aux champs de la Palestine , embrassa
(i) Alexandre IV, Urbaiu IV, Clcniunt IV.
laSg.
RÉSUMÉ DE l’iMSTOIUF.
aviclcmenll’espoir d’une SI riche conquêlè.
Taudis qu’il part avec sa flotte* des ports de la Provence et s * 'h'rige vers les côtes de l’État romain , sa cnevalerie passe les Alpes , et , sous la protection du parti guelfe , travei’se la Lombardie-. Ce fut le signal aux deux factions ennemies de reprendre les armes l’une contre l’autre.
Pelavicino et Buoso deDoara déployèrent l’étendard des Gibelins ; mais la fortune ne les seconda pas ; les Provençaux arrivèrent en sûreté à Rome , et plus que jamais l’ascendant des Guelfes fut relevé.
Il n’appartient pas à notre sujet de raconter en détail les événemens dont le royaume de Sicile devint alors le' théâtre :
la Bataille de Bénévent , où Mainfroy trahi succomba vaillamment , et les horribles cruautés par lesquelles Charles victorieux fonda son empire ; deux années après , l’aventureuse expédition du jeune Conradin , sa défaite à Tagliaeozzo , sa mort héroïque sur un échafaud , et les nou- ’ velles exécutions du comte d’Anjou qui appelaient les prochaines représailles des . vêpres siciliennes. Il nous suffit d’a-
DE LOMnAFxniE.
voir indiqué tous ces faits , qui ne tiennent que de loin àjl’histoire de Lombardie.
Charles était venu eu Italie comme chef du parti guelfe : son premier soin fut de le ranger tout entier sous sa domination. Il lui en coûta de Icoigs efforts dans la- Toscane: le succès lui fut plus facile dans les villes lombardes. Une diète générale fut coîwoquée à Crémone , et les députés du roi de Sicile , qui la présidaient, demandèrent que toutes les républiques reconnussent ce prince pour leur seigneur. Plaisance , Parme , Modène , Ferrare , Reggio et Crémone y consentirent. Milan entraîna le refus des auti’esj elles voulaient dans Charles un ami , non un maître. Mais cet héroïsme fut de peu de durée ; l’ardeur de la tyrannie était devenue plus opiniâtre que * celle de l’indcpendance. Charles travailla si bien que les Milanais se soumirent ' bientôt à lui, et la plupart des autres ^ités en firent autant. Ainsi quelques in- "trigues suffirent à un usurpateur pour obtenir ce qui avait été refuse, les armes
ll4 UÉSüME DE l’histoire
à la main, à la légitime souverainelc des princes de la maison de Souabe. C’est que désormais il s’agissait du triomphe d’uii parti, non plus de celui de la liberté.
La même vérité se manifesta peu après avec une triste évidence , lorsque le pacifique ascendant du sage Grégoire X eut abaissé dans l’Italie septentrionale l’autorité de Charles j^’Anjou. Le Gibelin Olhon Viscouti, archevêque de Milan, que les Délia Torre retenaient depuis près de vingt ans en exil , prit contre eux les armes , et entreprit ^dc renverser leur puissance. 11 y réussit j et cette maison, qui commandait à ta Lombai'die presque entière, fut len versée en un seul jour.
Mais les Milanais , révoltés contre le vaincu, ne disputèrent pas au vainqueur ,leur obéissauccj ils coururent au contraire au devant de son pouvoir , et le nomme^ reut seigneur perpétuel de leur ville. A d^itcf de ce jour, commença le véritable asservissement des Milanais , et la longue domination des Visconli sur le pays lombaVd.
Enumérons à lu liàte quelques-unes des
d;-j ’-’ ed by
DE LOMBAEDIE.
petites tyrannies qui s’élevaient , au meme temps , dans les autres cités, sans raconter l’histoire leur établissement. Pavie, long-temps rivale de Milan , avait imité son exemple en se donnant unseigneur, et ne débattait plus désormais d’autre question que celle du changement de maître.
A la place de Manfredo Beccaria, elle reçut le comte de Langusco. Ferrare , Modène et Reggîo oliéissaicnt au marquis d’Estej Alberto Scotlo, que nous verrons plus tard jouer un rôle assez important, commandait à Plaisance. Crémone, Lodi, Comp, Crème, Verceil, Novare, Vicence, s’étaient soumises à d’obscurs souverains dont les noms chargeraient inutilement nos pages. Enfin, vers les dernièresannées du i3® siècle, on eut vainement cherché dans la Lombardie quelque trace de celle indépendance républicaine qui l’avait tant illustrée. Les peuples avaient cessé d’étrc libres, et leur gloire était passée.
Il serait curieux, avant de dire un dernier adieu à celte belle époque, de retourner no 4 . regards en arrière, et d’envisager avec détail la constitution inlé-
)l6 RÉSUMÉ DE l’histoire
rieure de ces républiques que nous avons vues si fières et si fortes eontre les aggres- ^ seurs du dehors. Mais une tclj^'ccherche serait trop longue et trop amue , et un petit nombre de traits generaux sufiu'ont ici à notre tâche.
On tomberait en une grave erreur , si l’on allait croire que la liberté d’alors ressemblât le moins du monde à celle que • possèdent ou que réclament nos états modernes. Nous définirions volontiers cette dernière, une garantie égale prêtée par la loi à tous les droits individuels. Que nul ne soit blessé dans sa sûreté personnelle ,• dans sa propriété , dansda manifestation de sa pensée ; c’est à peu près là qû’abou- • lissent de nos jours les vœux éclairés du ^ publiciste , comme les simples instincts du paysan illettré. Telle n’élait point la liberté pour les républiques lombardes.
L’indépendance au dehors , et au dedans la participation directe de tous a toutes les affaires, voilà en quoi elles la faisaient consiste)'. A’ ce double objet était saciifié tout le reste. Aussi une classe de citO}^3ns semblait-elle mettre obstacle à
Digiîized by *
DE LOMfiARÜlE. I17
l’un OU l’autre de ces droits ; on n’en respectait plus aucun en elle : les peines les plus arbitraires étaient justes à son égard , et c’étaient des événeinens de tous les jours que la confiscation des biens, l’exil , l’emprisonnement ou même la mort, prononcés paj^^e^eul emportement des passions popul^di^.^s^e qu’on a dit vingt fois deRoni(^®î’2ïtbènes, il faut le dire des villes italiennîTs : la liberté civile y était nulle.
Rien de plus simple que les moyens par lesquels un peuple maintient son indépendance 5 et, si c’est une chose assez rare, ce n’en est point une l^i^ savante que le patriotisme. Mais l’ordrepublic neseforidc pas aussi aisément que se gagne une bataille; et, quelque limité que fût le nombre de leurs citoyens , les républiques de Lombardie se fatiguèrent toujours à résoudre le grand problème de les admettre tous à la communauté des affaires. L’équité ppuvait avoir présidé d’abord au partage ; mais le moment ne tardait pas à venir où s’agrandissait la portion dequelfjucs-uns , où se rétrécissait celle’ de quel-
Il8 RÉSUMÉ D£ l'uiSTO'IUE
qiies autres , et de là les luécontenteinens ^ les factions, lesrenouyellemens continuels de la Ibrine républicaine. Il en arriva que les conslilulious politiques de ces peuples, s^ns cesse yacillantes nu gré des circons- ' tances, ne furent jamais, que d’informes ébauches, dont ^^|j^aits incohérens seraient peut-étre-^^urd’hui impossibles à réunir, pour lesiPprir au lecteur. Et 1 ou concevra sau^^*p^ine qu’appuyée sur d’aussi frêles foudemens , la liberté politique ait été mise à la merci des tyrans, du moment que les querelles de parti eurent usé le patriotisme, seul soutien de cet édifice mal ass^iré.
Nous avons peu parlé de la population des .campagnes, parmi cette suite d’importans événeinens où les Villes se trouvaient engagées. C’est qu’en effet elle n’a point eu de rôle à part, ets’ést toujours subordonnée à l’influente citadine. La seule ' politique que connussent les paysans , était de suivre la destinée de la ville au territoire de laquelle ils étaient attachés. Ils en recevaient un juge pour leur rendre la justice, des officiers pour com-
DE LOMBÀRBIË. ' . MQ
"mauder leurs milices en cas.de^gueiVe j mais du reste réglaient eui-inêmcs, et par des magistrats' qu’ils élisaient',’^ leurs* petites^ affaires .de communauté. Celles, d’entre^ les cités qui avaient un soin üieri ‘ entendu de leur richesse , s’occupaient par là meme du bien-être (îh leurs campagnes; et l’on doit citer comme un monument également utile au commerce et à l’agriculture, le navigUo grande, canal qui conduit à Milan les eaux dii Tésin à travers un espace de trente milles. Cet ou-** vrage est diî i3® siècle^''''^'■^M^f<'**->'
*# * Cf».
RÉSUMÉ DE l’histoire
troisiMe époque.
Dopais le commcicement du quatorsième siècle , 7 j usqu’aux guerres des Français en Italie. ,
^ Nous entrons dans une époque bien vdifTérente de celle qui a précédé t ce beau de Lombardie, où le patriotisme nous a donné de si, grands, spectacles, ne va plus .nous offrir que les débats sans gloire de petites tyrannies rivales , armées pour s’abattre, les unes les autres. Âu4ieu de nous'< animer des* émotions vives, et tu* multueuses qu’éproavaient tous ces peuples jouissant avec transport4lu sentiment de leur indépendance et du bonheur de régler par leurs mains leurs propres affaires, il faudra que nos yeux s’arrêtent avoc peine sur les mil^ ruses où s’exerce la triste industrie dü ^spotisme pour se
DE J[.OMDARDIE.
consolider et s’agrandir^ Ces l'épubliques enün, qui, comme celles de l’anliquité, avaient lait un instant oublier la modique étendue de leur territoire par les prodiges de leur héroïsme , vont trouver la destinée d’Athènes et de Sparte sous leurs tyrans j jusqu’à ce qu’une puissance con^quérante , à l’exemple de celle de Rome , vienne engloutir les dominations partielles dans le sein de sa vaste domination.
Toutefois les faits nous montrent que mieux valait encore pour. la Lombardie ce partage 'entre vingt maîtres , que la souveraineté d’un prince étranger. Du moment qu’elle ne sera plus qu’une province delà monarchie espagnole, tout ce qui fait la vie des nations y sera frappé de mort : tandis que , sous les tyrannies locales , la civilisation prendra encore quelques dévploppemens , et répandra sur le pays ses bienfaits. Il y a loin , en efi'et , de ce despotisme vaste et solennel , qui , à trois cents lieues de distance, dicte ses ordres par des lieutenans, et les fait exécuter par des armées , à l’autorité en quelque sorte domestique d’un seigneur
vaa RÉSUW.É DE- l’histoire qjue l’on.' voit chaque jour eu face et dont on mesure de l’œil tout l’empire. J1 faut bien qu’alors l’oppression se poSfe des bori^ à elle-même ) et il en coûta cher à plus idf’pp petit souverain de Lombardie 4’a'vori^irvoula, outrer son pouvoir. Le forn^idablecridePopoZo ! Popolol retentit à .ses oreilles , et lui dénonça un jour de révolution. . .î » »>
Mais, crtte révolution avait toujours pour effet d’ouvrir la route à un nouvel usurpateur qui se disait le protecteur d^ ^«Ùiple , et oubliait bientôt ce beau ti(jr^^)&.insi resta eux villes jadis honorées*du nom de républiques , la seule et triste garantie de la révolte ; et des orages de leur liberté passée , elles ne gardèrent que' le changement fréquent de tyrannie.
Exceptons-en Milan où s’établit l’autorité hérédiuire des Visconti , quoique parmi* d’assez longs et difficiles obstacles. - ’
* Instruit par l’exemple des Délia Torre , l’aixîbfivéque Othon Visconti- avait travaillé à perpétuer le pouvoir dans sa maison , et successivement il avait su réunir sur la tête de son neveu Me tleo les titres
de capitaine du peuple de Milan , de N(ivare , de Verceil , qui lui préparaient le ’ titre de seigneur. Il l’obtint en clFet h la mort de son oncle en iigS. Mais à peine maître de la souveraineté, un vaste complot SC forma pour l’en dépouiller, et la chute de sa famille parut décidée presque à l’origine meme de .sa grandeur.
Alberto Scotto, seigneur de Plai.sance,’ entra en grande jalousie deMatteo, parce que celui-ci , habileraent.empressé de se former d’utiles alliances, l’avait supplanté dans celle du marquis d’Este. Il fut facim h Alberto d’inquiéter le#tyrans suballernes de la Lombardie, sur la puissance jnenaçante de "Visconli j et de ces'inquiétudes , il les lit bientôt passer à une^ confédération armée contre Mattco. Nous n’énim>érerons pas toiTis les petits princes qui SC rangèrent alors sous la bannière d’Alberto Scotto , et auxquels les Délia Torre exilés vinrent se joindre. Leurs fofces furent assez grandes pour prévaloir contre celles du seigneur de Milan.
En effet , à peine venait-il de sc mettre en campagne , que la rébellion éclate
RÉSUMÉ DE l’histoire flans les mursde la ville où il a laissé son • fils Galeazzo avec la faible défense de deux mille soldats. Le cri de liberté l’accueille lui-même sur son passage , et , de toutes parts environné d’ennemis, avant même d’avoir rencontré l’armée confédérée, il est contraint à licencier la sienne , et a déposer le pouvoir dont il jouissait depuis èept ans. Ce ne fut point assez pour le peuple milanais en qui venait de se ranimer un enthousiasme de quelques momens pour l’indépendance républicaine, fl bannit tous les Visconli de son territoire , et rappfla lés Délia Torre.
Quelques autres villes s’étant affranchies comme Milan, elles en revinrent à l’ancienne idée d’une ligue pour appuyer leur liberté renais^iDle , et Alberto Scotlo en fut déclaré le clîef. Mais comméil exerçait ces hautes fonctions avec une justice assez impartiale , et que , sans distinction. . départi, il faisait rentrer dans chaque ville les citoyens exiles, alors éclatèrent contre lui les ressentimens des Guelfes qu’il avait relèves par l’abaissement des Visconti , et il eut à combattre la li^ue qu’il avait for-
méeet dirigée. Jl’y succomba, et ses,propres sujets échappèrent à sa domiuatioi^.
Ce fut parmi ces circonstances que reparut en Italie la puissance îrapéi'iale absente depuis soixante ans.
Les temps étaient bien changés depuis le jour où la mort de Frédéric II avait terminé le grand débat des prérogatives de l’empire et de l’indépendance italique.
En cessant de craindre le maître d’au-delà des Alpes, oaavait cessé de le haïr : les pontifes romains , pleinement vengés par l'extinction de la maison de Sôuabc , n’échauifaient plus les cités guelfes de l’ardeur de leurs inimitiés : enlin le zèle fervent des peuples pour le maintien de leur liberté s’était refroidi depuis qu’ils avaient commencé à obéir. Ou se dégoûtait aussi des excès que traînait à sa suite la violence des partis j et l’autorité impériale , dégagée du poids des anathèmes et ne faisant plus hautement retentir les menaces de l’esclavage, se présentait aux imaginations comme une médiatrice pacifique cl tutélaire qu’on invoquait, loin de la repousser.
JMous ajouterons à tous ces motifs q*ui dis-
126 RÉSUMÉ DE l’histoire
posaient les peuples en laveur du pouvoir des empereurs, les anciennes doctrines de l’obéissance passive , renouvelées etpréchécs dans toutes les chaires de droit par les jurisconsultes , serviles adorateurs de Justinien : mais nous n’attribuerons pas à cette circonstance particulière l’influence dpminante que M. de Sismondi lui a donnée dans son histoire.
Il n’est pas moins remarquable que la victoire du sacerdoce eût été dès lors et pour jamais reconnue par les empereurs.
Ilenii VJI venait bien en Italie avec l’entière conscience de scs droits de suzeraineté sur les peuples autrefois soumis à Othon- le - Grand : mais il avait abdique toutes les prérogatives que Henri IV^ ’ Henri V et les deux Frédéric avaient si vivement disputées aux papes. Il semblait même partager cette idée de quelques écrivains italiens du quatorzième siècle , que le monde chrétien appartenait tout entier a la puissance réunie des- pontifes et des empereurs , mais que dans ce haut coinniandemcnt la temporelle sesubordonnait à la spirituelle.
DE LOMDARÔIE. J'iy
Ce fut au mois d’octobre de l’anuée i5io que ce prince mit le pied sur le territoire lombard, et entra dans la ville* d’Asli. J1 y eut un empressement universel de tous les seigneurs autour de sa personne j Quido délia Torre , par-dessus les autres, lui oflrait de lui Jaire parcourir l’Italie eutière, l’oisel sur le poing et sans soldats , avec les seules ressources du parti guelfe. Henri les accueillit tout gracieusement , et , quel que fût leur parti , les fit entrer dans sou conseil. Mais il les obligea de renoncer au pouvoir illégitime qu’ils avaient usurpé sur les villes , où il leur substitua des vicaires impériaux. Eu recompense , des fiefs et des litres de noblesse leur furent accordés. Guido délia Torre parut seul tenir au pouvoir qu’il exerçait dans Milan , et voululun moment le défendre. Mais il reconnut l’infériorité de scs forces , et vint , sans ai'ines , à la tête du peuple , au devant de son souverain. Une fois que MUau eut donné le sigual de l’obéissance , tout le reste suivit , et l’empereur ceignit à Monza la couronne de fer.
laS KÉSUMÉ DE L’mSTaïUE
Il agissait toujours avec les villes eu , bon et loyal justicier, et l’on honorait les qualités chevaleresques qui hrillaient en sa personne. Mais, pauvre de patrimoine, et-n’ayant autour de lui que des aventuriers plus pauvres encore , il vivait àu^c dépens du pays où ilcésidait ; et force était qu’on se lassât à la fin de l’exigeante hospitalité de ses Allemands. Une augmentation d’impôts considérable excita surtout les murmures du peuple milanais , et pour embrasser la haine commune , les Délia Torre et les Visconti Semblèrent déposer leurs haines privées. « Aussitôt, dit « l’historien Trist^no Calchi(i) , le bruit te de cette réunion circule dans toute la « ville. Les seigneurs rivaux se sont « embrassés ! dit le peuple : ainsi donc « mort aux Germains ! Pourquoi ne pas « attaquer ces barbares ? Pourquoi rester « immobiles ? Anéantissons cette race en- « nemic , rapace et perfide, m Et ils vont sejoindre aux Torriani qui se préparaient à l’attaque. Mais la vigilance de l’empe-.
(i) llislor. [latrix , lib. XX.
DE LOMBARDIE. 129 f
reur les déconcerta, et Tls furent chargés impétueusement par la cavalerie allemande. Cependant, réfugiés dans leurs maisons et derrière les barricades de leurs rues , les bourgeois se défendirent avec avantage, et Henri craignait que l’arrivée , soudaine des Visconti ne vîut .écraser la faible armée qiii lui avait servi d’cscortc ’ plutôt que de défense jusqu’à ce jour. Ils arrivèrent en effet, nwis ce fut comme ses auxiliaires , et bientôt les barricades furent rompues , les maisons des Torriaui livrées au pillage et à la flamme, et Guido forcé de fuir avec son fils. La révoltcavait éclaté contre l’empereur presque en mènje temps dans toutes les villes guelfes de Lombardie : elle fut partout étoufjéc avec »/'
une heureuse rapidité. Brescia seule arrêta quelque temps les armes allemandes. .
Riais Henri finit par y entrer en vainqueur, et prit sa route vers Rome par Gènes et Florence. La mort vint soudainement le surprendre, peu après qu’éùt été posée sur son front la couronne des •
Césars , et au moment qu’il allait s’engager i3i3. dans une lutte violente avec le roi de
’ r3o RÉSUMÉ DE l'HISTÔIRE Naples , Robert, et lès G uelfés de Tos-
cane.
- Il ne faut point' se demander quels furent les résultats soii court et brillant passage travers le jardin de V empire, - comme le Dante appelait alors ITtalie. Ou voit trop qu’il ne fit que ranimer les fureurs des factions guelfe et gibeline , et qùe dans la Lombardie j eu particuirer , le rétablissement des Visc'onti fut son seul ouvrage. Dé Milan , ils étendirent ^ leur domination sur Crémone , tandis que ' s’élevait dans la^marche Trévisane celle i3j 8. des Carrare et'des Della'Scala.CanGradde, de cette dernière famille ,< enfla générosité d’accueillir en sa cour de "Vérone le Dante fugitif, et reçut, en échange de ses bienfaits, des éloges qui ont immortalisé son liom. C’était dès lors un point d’hj>uneur parmi les petits princes dont se couvrait l’Italie septentrionale , d’offrir aux lettrés la.baute faveur de leur patronage. ’ La mort d’Henri VII avait dépouillé Malteo Yisconli du titre de- vicaire impérial qu’il tenait de ce prince. Mais^il se rélerva celui de capitaine et défenseur de
hy Ijdoglc
DE LOMBARDIÉ. ï5i‘
• la liberté milanaise , et soq âge ainsi que ses lalens le plaçaient à. la tête du parti' gibelin en Lombardie. Plusieurs habiles chefs le secondaient : Can délia Scala , dont nous parlions tout à l’heure, Passerino Buonacossi , seigneur de Mautoue , le fameux Castruccio Castracani , dans la Toscane , et dans les états de l’Église , Frédéric de Montefeltro , seigneur d’Urbino. La querelle rallumée par la présence d’Henri , était ainsi devenue générale , et embrassait l’Ilalic entière. C’était le roi de IVaples et la république florentine qui dirigeaient les ellbrts des Guelfes. Tel avait été le progrès des choses ; que l’empire et le sacerdoce , premiers auteurs de ce grand débat , s’étaient eilàcés , et que, s’ils venaient à y reparaître, leur rôle n’y devait plus être que subalterne., l.’Italie y gagna l’ijj^nneur de se déchirer toute seule de ses propres mains ; et elle fut plus ensanglantée au quatorzième siècle qu’elle ne l’avait été dans les deux précédens.
Les succès de cettQ longue lutte, comme on peut le croire, furent très-divers j et
à chaque iu^ant tant de causes accidentelles renouvelaient les forces du parti qui venait d’clre abattu , que jamais victoire ou défaite ne pouvait être décisive. La guerre surtout se faisant presque uniquement pElr les mains mercenaires des compagnies d’aventure , le caprice ou l’avidité d’un condottiero transportait inaiute fois, en un clin d’œil, la supériorité d’un camp dans un autre , et bouleversait les plus savans calculs de la politique.
‘ La fortune favorisa d’abord les projets , de Matteo; et les armes du roi Robert échouèrent sur tous les points en Lombardie. Corne, Bergame , Plaisance , Tortone et Alexandrie furent annexées à la seigneurie de Milan , et Can s’avança rapidement de succès en succès dans la j 3 , 5 marche Trévisane. Ma^j^le pape Jean XXII vint bientôt mettre du côté des Guelfes les armes spirituelles , et l’inutile siège de Gênes , tenté par les Gibelins de toute l’Italie , abaissa la renommée de ce parti i 3 i q. jnsqu’alors victorieux» Ils furent plus heureux contre, un ennemi étranger que leur
Suscita le pontife romain. Philippe de Valois, destiné à porter plus tard la couronne de France, s’engagea imprudemment avec une faible élite de chevaliers de sa nation et quel(^es renforts italiens,, entre le Pô et le Tésiuet, enveloppé par des forces supérieures, s||iscriYit une honteuse eapitulation. Ainsi dès le principe se montre le caractère de ces guerres civiles, destinées à s’alimenter sans cesse de la guerre étrangère , et n’enfanter d’autre résultat que de nouvelles haines, fécondes en nouveaux désastres. ^
Ce qui étai^t arrivé à Frédéric II arriva à Matteo Visconti, que ses contemporains ont surnommé le Grand. Son esprit, toujours calme parmi une longue suite de vicissitudes politiques , parut tout/d’uii' coup se troubler sous je poids des anathèmes de l’Eglise. Il essaya de négocier sa réconciliation avec le pape 5 mais , comme son lils s’opposait à ce qu’il l’ache- • tât par de trop ruineuses concessions , il > prit le parti de mettre en paix son âme en abdiquant le pouvoir. Il vécut quelques jours encore , et donna au peuple.inila-
VN
i3aa.
l34 RÉSUME DE L HISTOIRE
liais le triste spectacle de sa vieillesse allhiblie et humiliée. Il ne quittait pas le pied des autels , et , récitant à hfuile voix le symbole de là foi catholique, invoquait • les assistans en témoignage de son orthodoxie , comme pour se rassurer contre la sentence quille déclarait hérétique.
Mais ce n’est jamais impunément que l’autorité souveraine se laisse voir en état d’humiliation. Les remords du vieux Matteo donnèrent crédit aux voix qui appelaient sa famille impie et ambitieuse , cnrtfemie de l’ÉgliSe et de la liberté des peuples ; et quelque diligence qu’eût mis Galeazzo à s’investir du titre de capitaine général, une insurrection le chassa soudainementde Milan. Il fut heureux pour lui qu’aucun nojn ne fût assez populaire pour se permettre alors la tyrannie 5 il fallut appeler république une oligarchie mal cimentée, et que composaient quelques seigneurs rivaux entre eux. AussidcLodioù il s’était retiré, Galeazzo Viseonti eut bien promptement assuré son retour dans Milan J et trente-quatre jours après son exil, il y était maître et scs ennemis en fuite.
Mais le génie de son père lui manquait, et les malheureux succès de la cause gibe- Jiue ne tardèrent pas à le manifester.
Presque partout, en Lombardie, en Toscane, en Ligurie, en Romagne, les Guelfes remportèrent de grands avantages. Ce \
fut le tour de leurs adversaires d’appeler des secours du dehors. L’empereur Louis i3a3. de Bavière, occupe à défendre droits au trône en Allemagne , ne put leur porter lui-même son assistance. Mai% la présence de ses ambassadeurs dans Milan, . ^
et la bannière impériale flottant snr les murs de cette ville suffirent pour relever leslaflaircs des Gibelins, et le général gucl- * ’
fe , Raimond de Cardonne, devint moins ' audacieux et moins pressant dans ses attaques. Galeazzo et les autres seigneurs de son parti gagnèrent ainsi du temps, jusqu’à ce qu’ils parvinssent à appeler l’empereur lui-même au-delà des Alpes.
11 les franchit au mois de février lO'Z^, et, avec une faible escorte de six cents chevaux, vint remettre sa fortune aux mains des chefs gibelins. Ils le condui- . .
sirent en triomphe à Milan, où la cou-
i 36 késümé' de l’histoibe ronne d’Italie lui fui donnée dans la basilique de Saint-Ambroise. Mais avant de quitter cette ville et de. poursuivre sa marche veVs.la Toscane, il s’annonça aux Italiens par le trait d’une lâche et ingrate politique. Galeazzo Yisconti avait été le fidèle allié de la caulse - impériale j et, sur de vagues rumeurs de haine qui s’éle-.
vaiént contre lui , il le fit saisir et empri-. sonner. Puis,, pour colorer cette violence d’i\ne apparence de justice , un jugement fut rend u par la diète d’Orci , qui déclarait l’ançien seigneur de Milan., traître au parti gibelin, et coupable de négociations avec l’Eglise romaine. Sous. le commandement dbm officier de l’empire , s’établit pour quelques mois un simulacre de ré-, publique milana^e.
Mais., avec cette même politique basset et intéressée , qui avait dépouillé et fait périr en exil le chef d’une maison dévouée à l’empire, Louis de Bavière, quand la fortune eut contrarié ses espérances, trafiqua de la ville et du territoire de Milan , pour acquitter la solde de scs ti'oupes révoltées. Azzp Visconti , fils de Galeazzo,
Lombardie à l’autre ^ on se déchirait
paya cent vingt-cinq mille florins la seigneurie qu’avait possédée son père , et le litre de vicaire impérial. Cet exemple, donné d’en haut , ne se perdit point , et ce fut dès lors à qui ferait des conquêtes pour la vendre. C’est ainsi que Marco Visconti, frère deGaleazzOjVenditLucquesàGhcrardino Spinola, émigré de Gènes. On conçoit 1 329 sans peine comment une ville était gouvernée par le maître qui l’avait achetée , et s’il était tenté de reconmiîtroquelques ~ droits à ceux qui lui avaient été livrés deniei’s comptans.
Louis de Bavière , comme Henri VII , arrivé en pacifique médiateur , n’avait laissé derrière lui que des haines civiles plus allumées que jamais. D’un bout de la