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Mastino délia Scala prétendait régner plus impérieusement que Can son père dans la marche Trévisane , et disputait Brescia aux Guelfes. Au-delà du Pô, les désordres de la guerre s’accroissaient de l’afireusedévastation à laquelle des bandes allemandes laissées par Louis de Bavièrot livraient les campagnes . Les opprimés cru-
Tî
. >?)8 RÉSUMÉ DE l’iIISTOIKE
rent encore une fois au bienfait d'une intervention étrangère, et l’on prit confiance en la brillante réputation dont jouissait dans toute l’Europe le roi Jean de Boliéme. Ce prince était en efi'et de son temps le parfait modèle de la chevalerie :
plein d’all’abilité et de courtoisie, il s’était trouvé mal à l’aise chez les peuples grossiers qu’une alliance politique lui avait donnés à gouverner. Voyageant donc de cour en *<our, et faisant partout éclater sa grâce et sa valeur dans les tournois, sa galanterie auprès des nobles dames, son éloquence à calmer les discords, il s’était fait un renom sans pareil et qui tenait en quelque sorte du prodige. Aussi, un fol entraînement précipita tous les peuples sursespas quand il parut eu Italie. Brescia et Bergame pacifiés lui attirèrent les vœux et la soumission d’une fouie d’autres cités, et Azzo Visconti lui-même ne commanda plus que comme son vicaire.
Mais son impartialité alfectée entre les Guelfes et les Gibelins , et ses étroites liaisons avec le légat du pape , Bertrand du Poiet, dont les intérêts semblaient
DE LOMIÎARDIE. O9
opposés aux siens, refroidirent bienlol
cet enthousiasme universel, et les calculs » ■ '
de la politique commencèrent à entrer en jeu. On soupçonna les vues d’uu prince allié en meme temps du pape et de l’empereur : on craignit qu’il n’aspirât à dominer, avec l’appui des deux pouvoirs, sur l'Italie entière j et le singulier résultat de ces craintes fut une alliance entre les Gibelins de Lombardie d’un coté, et de l’autre, Robert, roi de Naples , .et la république de Florence. Un traité de partage devait également agrandir chacuno des parties contractantes. 11 était inipossiblequeleroideBohémerésislâtà l’unirm extraordinaire de tant de forces : vainement traîna-t-il à sa suite une élite brillante de clievalerie française, et fut-il secondé de toute l’assistanee du pontife d’Avignon (i). Après quelques courses de coté et d’autre pour ranimer en sa faveur le zèle languissant despeuples, il reconnut la faiblesse de sa cause, et, sans essayer la
(i) La translation du Saint siiegc à Avignon avait eu lieu vers l’an l3o7, sous le pontifical de Clcuient V,
l4o BÉSUMÉ DE l’histoire
fortune des armes , prit la résolution soudaine d’abandonner Tltalie. Maisjj^il ne voulut pas perdre l’occasion de s’enrichir .
ParirTc , Crémone , Modène , Reggio , étaient entre ses mains ; il les vendit à des familles de petits. tyrans, et s’en alla, avec les florins qu’il avait recueillis , briller à i333. Paris dans les tournois. C’était toujoui’S là la destinée dernière , parce que c’était le véritable lot de cef aventureux personnage. On çonjiaît sa mort’ à la journée de ' Crécy.
Il faut ici renoncer à suivre des evénemens qui ne s’enchaînent plus entre eux.
et qui dans leur extrême diversité n’ont qu’une médiocre importance. , Ce sera bien assez d’avoir mentionné la guerre de cinq années , que l’amlnticux et habile Mastino , 33 délia Scala soutint contre les républiques ' à réunies de Venise et de Florence. Moins 1 338. d’intérêt s’attache encore à celle que firent ï343 Visconti à la cité de Pise, pour tâcher à d’y établir leur souveraineté, déjà affermie 1345 . Qn dix villes de Lombardie (i). Un seul
( 1 ) Milan, Coino , Vcrccil, Locli , Plaisance ,
DE LOMBARDIE, i l4i
fait mérite d’cti e remarqué parmi ces débats obscurs et acharnés; c’est le commencement des condottieri et de leurs bandes mercenaires , dont l’influence va' devenir si grande sur les destinées de l’Italie.
La compagnie de Saint-Georges, ramas d’Allemijnds amenés par les empereurs, se réunit sous le coinmandcmeut de raventurier-Lpdrisio Yisconti , un des.inembres de la famille qui gouvernait Milan; et, au nombre de deux mille cinq cents boiiinics, sans prétendre aaiti’e chose que le pillage, sans avoir d’autre ennemi que la civilisation , ils se mirent en marche pour porter partout le meurtre et l’incendie.
Milan , la plus riche cité de la Lombardie*, devait la première sentir leurs coupSi Mais on reconnut tout ce qu’il y avait de péril de la part de semblables gens , et un grand effort fut lait pour les détruire. Cinq combats leur lurent livrés en un seul jour par LucchinoVisconti, oncle d’Azzo ;
Creino , Borgo San Donnino , Cremonù , Bcrganic et Drc^cia, • H* ,
'142 RÉSUMÉ DE l’hISTOIKE ils fureut anéantis ; mais trois mille faii-^ tassius et cinq cents cavaliers milanais étaient restés sur le champ de bataille , et à*T*épouvantable acbarnemeitt que mit alors à se battre cette foule d’aventuriers, on s’aperçut que les guerres de brigan-t dagcs étaient pour eux les seüles guerres sérieuses. La grande compagnie de l’Allemand Werner , autrement appelé le duc Gua rnieri, suivit peu apres, mais plus heureusement, cet exemple ; après avoir pille la llomagne tout entière , une partie de la Toscane et de la Lombardie, elle obtint des seigneurs de cette dernière contrée le libre passage en Allemagne , pour y aller jouir des richesses qu’elle avait amassées. Observops en passant qu’àja même époque, au milieu des guerres anglaises, le même fléau commençait à dévaster la France.
Ce fut peu d’années après que commença à retentir eu Italie la voix enthousiaste et populaire du fameux Colas de Rienzi. Ayant su émouvoir le peuple ror main par les souvenirs de sa glorieuse antiquité, cet éloquent tribun avait fondé
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bE LOMbAROfEi l43
dahs la ville des papes, abandonnée de ses souverains, ce qu’il appelait le bon état, c’est-à-dire, une forme de gouvernement républicain qui faisait rentrer sons le joug des lois l’orgueil et la turbulence de la noblesse. Concevant bientôt de plus hautes pensées , il voulut entraîner l’Italie entière par le prestige de liberté dont il avait séduit les Romains, et fit dénoncer le bon étal à toutes les républiques et à toutes les seigneuries.’ L’enthousiasme des peuples parut en quelques endroits répondre à cet appel qui leur était fait vers un meilleur ordre de choses.
Mais le rôle de Rienzi s’acheva trop promptement à Rome même pour que son influence fut puissante et durable en Italie j et ce fut une brillanté et courte
• représentation de théâtre qu’il donna à
♦ l’ancienne capitale du monde.' Des illusions de sa grandeur passée elle retomba bientôt sous le triste empire de la réalité , et revit en son sein la tyrannie et les factions. De la même sorte s’évanouit l’ésprit qui avait un moment agité Milan et les villes de Lombardie.
l44 KÉSUMK DE l’histoire,
Survi/il la fameuse peste de i348, que le touchant récit de lioccace semble avoir particularisée à la ville de Florence, et qui lie dévasta pas seulement l’Italie, mais à peu près l’Europe entière. Décrire les ravages qu’elle fit dans le pays lombard n est point de notre tâche. Ce sera assez de rémarquer que tout le temps de sa durée , et même une ou deux années après , les haines ctlcs"gucrres parurent oubliées, tant elle avait dépeuplé et mis en deuil lés familles.
Cependant la puissance des Visconti s accroissait toujours, et lorsque mourut , en i35o, Lucchino, successeur d’Azzo , seize des plus grandes villes de Lombardie obéissaieutà cette ambitieuse maison.
Aussi, à dater de cette époque, pendant le cours de tout un siècle , des guerrés .
continuelles sont le fruit de cette politique ^ envahissante : tantôt ce seront les tyrannies voisines que nous - verrons s’unir contre cette souveraineté qui menace de les anéantir : tantôt ce seront les états gouvernés encore en républiques , qui s’armeronten faveur de leur libcrté.attaquée.
DE LORÏBAKDIF.. l45
Jean l’archevêque, frère de Luccliino, le remplaça dans la seigneurie milanaise, et conclut un important marché qu’avait commencé son prédécesseur. Malgré les cris de rage du peuple qui protestait qu’il ne voulait point être vendu , la ville de i35r Bologne fut remise entre ses mains*pour deux cent mille florins. Bologne était une ville de l’État de l’Église, et les foudres de Clément VI allèrent soudainement menacer l’archevêque de Milan , s’il ne restituait une propriété acquise d’un lieuteuaut qui n’avait aucun droit de la vendre. Mais Jean Visconti répondit au légat du pape avec l’esprit hautain et l’inflexible amhition de sa famille. Dans la cathédrale même, tenant d’une main la croix, et de l’autre une épée : « Voici,
« dit-il, mes armes spirituelles et tem- « porellesj avec les unes je défendrai les « autres. » Et, pour léguer à ses descendans le souvenir de sa conduite en cette circonstance , il se lit peindre par la suite dans cette fière attitude (i).
( I ) Nous avons sous les yeux une copie de ccppiv
l46 •,-RKSUMF, DE l’hISTOIRE
La cour d’Avignon ne pouvait laisser impuni un tel outrage. Mais elle essaya vainement de mettre les armes à la main
des seigneurs guelfes de Lombardie ^ et une diète oii ils se rassemblèrent se passa tout entière en inutiles pourparlers.
Florence seule entra en lice coiJtre le puissant chef'du parti gibelin , et soutint avec énergie les attaques du lieutenant de Jean l’archevêque, Visconti d’Oleggio.
Elle rattacha bientôt à sa cause la république vénitienne, pendant que Gênes se donnait au prélat milanais, et la querelle se débattit alors sur terre et sur mer avec un égal acharnement.
Les intrigues de Jean étaient plus à redouterencorequescsarmes. On eut bien voulu le faire condamner devant le siège .pontifical, pour son obstination à garder Bologne; mais l’or qu’il répandit à Ayignon gagna, sa cause; et Clément VI, après avoir retiré tous les interdits dont il l’avait frappé, lui permit de conserver
trnit, duns la collection dos liisloriens' italiens de Gruevius , loni. III.
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DE LOMBARDIE. 1 4y
Pologne pour douze ans en fiefdel’Église.
On travailla par toutes sortes de moyens à rendre jaloux de sa puissance les Gonzagne qui commandaient à Mantoue et à Reggio, le marquis d’Este à Ferrare, les Délia Scala à- Vérone et à Vicence, les Carrare à Padouet Mais ces princes rencontrèrent trop d’embarras chez eux* pour s’occuper des ailaires d’autrui , et il est remarquable qu’à la meme époque des conspirations aient éclaté dans chacune de leurs quatre maisons. Ajoutons qu’ils aimaient les plaisirs tandis que les Visconti aimaient le pouvoir , et qu’ils étaient de races qui dégénèrent, les autres de celles qui s’agrandissent.
Une mort subite enleva Jean l’archevêque aux plans habilement concertés de sa politique. C’était le moment où l’empereur Charles IV , fils de Jean de Bohùnje , allait descendre en Itîilie , etque, pour abaisser l’autorité des seigneurs de Milan, il négociait contre eux une ligue de ces petits tyrans, dont nous parlions tout à l’heure, avec la république de Venise. Le vaste domaine des ^isconli fut partagé entre
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l48 RÉSUMÉ DE i/HISTOIRE les trois neveux du prélat et leurs forcés diiniuuées. Mais tel était le simple et vulgaire appareil dans lequel l’empereur parut au-delà des Alpes, qu’il fut facile à cette maison puissante de l’éblouir par son orgueilleuse magnificence ; telle était sa faiblesse, qu’ils lui inspirèrent sans * peine la crainte, et le contraignirent d’aller promptement à Rome se réfugier dans les honneurs de son couronnement : après quoi, il abandonna l’Italie.
Mais les inconvéniens d’un partage, ;dans une famille ambitieuse et pleine des exemples du crime, ne tardèrent pas à se . manifester. Oleggio, qui gouvernait pour eux Bologne, se déclare indépendant, et est proclamé seigneur de cette ville. Au lieu de cacher aux yeux de leurs ennemis ce triste témoignage de leurs discordes, ils en font voir un plus éclatant encore J et Matteo Yisconti meurt empoisonné par la main de ses deux frères. Ou cessa de craindre une maison qui s’aifaiblissait elle-même par des forfaitsjdomestiques , et tout ce qui ne dépendait pas d’elle en Lombardie prit les armes.
‘ î DE LOMBARDIE. l4g
Celle guerre dura quaire années. Les commencemens en furent contraires à Galéaz et Bernabos Visconti. Le marquis de Montferrat leur enleva Asti , Tortone, et tout ce qu’ils possédaient de villes dans le Piémont. Un coup plus terrible leur fut porté encore par l’enrôhement de la grande compagnie sous la bannière des confédérés, C’était une de ces bandes d’aventuriers dont nous avons signalé la première apparition en Italie , et que chaque jour rendait plus communes.
Mais aucune n’avait été iusqu’alors aussi forte en nombre et aussi redoutée.
Deux mille fantassins et quinze cents cavaliers la composaient; sons leur premier chef, le frère de Montréal, chevalier de Saint-Jean , ils avaient pris à la fois les habitudes de la discipline militaire la plus rigoureuse et des brigandages les plus elirénés. Ayant plusieurs fois déjà changé de maîtres, ils avaient parcouru à peu près toute l’Italie , et leur nom y était le signal de tous les maux. Aussi ce fut un découragement universel parmi les troupes des Visconti, lorsqu’elles appri-
l5o RÉSUMÉ DE E’hiSTOIRE *
reht qu’elles avaient de tels ennemis à combattre. Il fallut que le vieux Lodrisio , autrefois élief lui-même d’une baiide pa- •reille , fût tiréMu repos par ses jeunes parens , et essayât sur les Milanais et les mercenaires allenmnds tout* l’ascendant d’un nom illustré dans les combats. On consentit enfin à le Suivre, et la grande •compagnie périt sous ses coups.
Cependant la turbulente Gênes venait dé chasser de son sein la garnison inila- •naisé; ef Pavie, inutilement assiégée de- ■puis 'l)lus‘ d’un an,- résistait encore aux armes des vYisconti. Ils'plièrcnt sous les circonstances, et demandèrent • la paix anx seigneurs confédérés. Elle leur fut sans peine accordée'. Mais Pavie n’y était pas comprise , et ils tournèrent toutes leurs forces contre cette ville.
Un singulier événement y était survenu dans le cours du siège. Comme les habitans , effrayés du nombre de l’armée, ennemie, jetaient leurs armes- et demandaient à capituler, un homme parut aii milieu d’eux, avectoute l’antorité que donne l’éloquence soutenue des cxcinples
DE U)MBAHD1E. i5l
d’une vie ausl^re et sainte. C’était le iiioiue Augustin, Jacques tle Bussolaii.
Chaque jour , durant tout le carême de l’année i356, il tonnait du haut de la chaire contre les vices des grands qui , en corrompant le peuplé , avaient éteint sou patriotisme J et tel était, l’ellet de ses religieuses exhortations ^ qu’une.* foule de citoyens, a|^ès avoir abj^ré'aii tribunal de la pénitence leui^ -désordres et leur lâcheté , allaient VcliTlai^ient combattre surlesrcmpartsTll lii^^ar révçilvler à ce point leur courage ^altu, qu’au .sortir de l’église U, les condfRÇi^^îh jour, hors des porleg|^le la ville, contre le .camp , ennemi , auquel ils livrèrent une furieuse attaque. Rien ne put résister a leur ardent enthousiasme j les trois redoutes de l’armée milanaise furent successivement emportées, et Pavie délivrée du siège.
Le premier soin de Russolari fut alors de la délivrer aussi des tyrans qui l’avilissaient. Un sermon, où il demandait ‘‘le rétablissement delà religion et de la liberté, lit cette révoluliou. Les Beccaria furent
i52 résumé ÜE L^j^STOIRË
chassés, et' le gouvernèm*ènt républicain rendu aux Pavesans. Ce n’était point ^ assez encore : intrépide capitaine, Busso-
1357 . lari les mena, sur le territoire de Milan, reprendre les récoltes de l’année qui leur avaient été enle’vees.- -,
On s’arAia- de tous les moyens contre ce singulier pqihgoir de l’éloquence qui , poûr^k-'Ste'ïîQdide fofs dep^s dix ans , étonnait l’Itali‘e‘,H^ti;arque , qui avait encouragé parj^ siîiobles vers les efforts de Rienzi,, aMCssa à*T5ussolari une lettre où il co n^m nait son patriotisme. Les supérieurs^IT^ux du moine Augustin lui ordonnèrent de mêmo^ soumission aux Visconti. Il regarda, comme plus saint que le serment de son ordre, celui qu’il avait fait à Dieu de défendre sa patrie , et , s’il se trompait, persista dans sa géué- ’ reusé erreur. Une nouvelle armée plus forte que la première marcha alors contre
1358. Paviej un nouveau siège commença , et la résistance des citoyens fut encore une fois héroïque.
Mais les efforts humains out un terraej le marquis de Montferrat ne pouvait plus
OE»tOMBARÜIE. . 1^3
secourir Pavie ; les habilans des campagnes , que n’cchauftaient pas Jes prédications du prêtre enthousiaste , se rendaient à l’ancien ascendant des Beccaria. Les ressources des assiégés diminuaient, et une affreuse épidémie mettait leur courage à de nouvelles épreuves. Bussolari comprit qu’il fallait céder, et dressa un acte de capitulation qui remettait la ville aux "Visconti , mais y maintenait le gouvernement municipal qu’il y avait établi ; fai- Ble garantie contre le génie despotique d’un ennemi accoutumé à se jouer des traités ! Galéaz promit tout, et n’observa rien. Bussolari, dans son admirable désintéressement, n’avait rien stipulé pour luimême. On l’envoya expier sa désobéissance à ses supérieurs dans une prison de son ordre , où il mourut. Cependant une forteresse , élel^e dans Pavie , assura aux Visconti l’obéissance de ses habilans. Alors comj^iença leur vengeance. Par un raffinement, de barbarie dont les plus sanglantes pages de l’histoire offrent de bien rares exemples , un édit fut publié qui. prolongeait durant quarante Jours
l54 • RÉSUMÉ DE l’histoire' les tortures de leurs victimes. Chaque jour pair avaitson supplice. Chaque jour impair rendait aux malheureux la force de supporter les souft’rances du lendemain j et tout finissait par la‘ roue.
Pour les conquérans une guerre naît d’une autre. Oleggio n’avait pu maintenir son indépendance, et Bologne était i36o. rentrée sous l’autorité de l’Eglise. Bernabos Visconti déclare aussitôt la guerre au pape, etcelui-ci se fortifie de l’alliance . des Florentins et du roi de Hongrie , tandis que la république pisane se joint aux seigneurs do Milan. Une seule chose, vaut d’étre mentionnée dans la longue suite de combats que pendant quatre années on se livra en Lombardie et en Toscane î c’est l’arrivée d’une nouvelle compagnie, dite la comp^nie anglaise , que la France dévastée TOVoya aux peuples d’Italie. Engagée au service des Pisans., elle commit dans l’état de Florence d’affreux ravages. Et ce qu’il y avait de pis , c’est que le fléau de ces terribles aventuriers survivait à la guerre ; et , quand Beri36-i. nabos eut conclu sa paix avec l’Église,,
DE LOMBARDIE. l55
• Jeap Hawkwood n’en continua pas moins à faire vivre "ses hommes de meurtres et de- rapines. ••
L’état de l’Italie , déchirée en tous sens .par les factions , assurait d’ailleurs les 'compafrnies que leur oisiveté ne pouvait être de longue durée. Jamais cette malheureuse contrée n’avait été arrosée de sang comme elle le fut dans la dernière partie du quatorzième siècle , et dans le commencement du siècle .^suivant. Il est inconcevable que la ^richesse du pays , livré à de continuelles’ déprédations , n’y ait point péri tout entière 5 de même qu’on s’étonne de trouver encore tant de belles qualités dans le caractère italien , avili par tant de tyrannies , et fa- ' miliarisé chaque Jour avec l’habitude des crimes les plus atroces. • • . ■*
IL est triste de rencontrer dans toutes .ces calamités l’amhitipii des Yiscontî.
Mais d’illustres alliances accroissaient l’insolent orgueil de cette famille. Isabelle de France, 'fille du roi 'Jean; avait été donnée en mariage au )euneJean Galéaz. i 3 Goi Quelques années après ( i368 ) , Yiolante
l56 RÉSUMÉ DE l’histoire <le Visconti avait été unie à Lionel, duc de Clarence, fils d’Édouard III , roi d’Angleterre ; en richesses comme eu puissaiice'V ils marchaient égaux des maisons souveraines de l’Europe. Ennemis des papes , ils bravaient leurs anathèmes , armes usées contre les princes italiens , et le cruel Bernabos ne craignit pas de faire manger par force, au légat d’Üri3Gg. bain V , le parchemin d’une bulle qui l’excommuniait, avec les sceaux de plomb qui y étaient attachés. Scs gardes et son peuple furent témoins de cet outrage fait à l’Église. Quanta l’Empire, les Visconti se souvenaient de son nom , mais seulement pour s’en faire un i*empart , et ne craignaient rien de sa puissance. Aussi Charles IV-, qui revint se faire mépriser en i363. Italie, et s’annoncait comme leur ennemi, fut-il heureux, qu’ils lui accordassent, la paix avec quelques milliers de florins. ,
" C’était une grande merveille qu’entre deux frères, également ambitieux, le partage du commandement n’eût élevé au- ’ cuue discorde , et qu’ils eussent toujours
* travaillé de concert à leurcommun agrau-
<3issement- Mais à peine Galéaz eut cessé de vivre , que l’union de famille est rompue 5 el Jean Galéaz son fils , impatient de 1378. régner seul , s’empare de la personne et des États de son oncle Bernabos , qu’il i385. sait tromper par les apparences d’une dévotion timide et superstitieuse. Après avoir conduit cette intrigue , Jean Galéaz en mena bien d’autres , et depuis Mathieu -le- Grand , nul n’ajouta plus que lui à la grandeur de sa maison. Son projet lut d’abattre toute autre souveraineté que la sienne en Lombardie : il y parvint.
Une audace et une perfidie qui ne respectaient rien , mais se couvraient toujours d’une pompeuse ostentation d’équité , à l’aide des mensonges officiels des' manifestes , telles furent les voies politiques de Jean Galéaz. Ses premiers coups s’adressèrent à la maison, naguère florissante, des Délia Scala; et le dernier des princes de ce nom remit Vérone, Vi- 1887. cence et tous ses domaines aux mains d’un ambassadeur de l’empereur Wenceslas , qui les vendit au seigneur de Milan. Le souverain de Padoue, François Carrare, ,
l58 RÉSUMÉ DE l’histoire . '
tomba bientôt après- Mais ici le triompbe de l’habileté dé Jean Galéax lut de faiie ^ entrer dans sas desseins la république vénitienne^ qui pourtant en devait prendre ombrage, et d’endormir la politique vi- ■ gilante de cette aristocratie marchande, toujours si avisée et si heureusé en ses ’ spéculations de commerce et de conquête.
De ruse en ruse il arriva à tenif entre ses mains les deux Carrare , à mettre garnison dans Padoue, et à faire flotter sur les bords de l’Adriatique, a la face meme de Venise, la bannière des Visconti. Il promit alors aux Padouans d’humilier avant cinq ans la superbe rivale qui, du sein des flots ou elle était à demi noyée y se riait eu repos de la fortune chancelante • des cités ses voisines.
Bien ne lui résistait plus dans toute l’étendue du pays lombard} et, s’il ne commandait pas en maître aux princes de ' Savoie et de Montferi’at, aux seigneurs de Mautoue et de Ferrare, il les tenaft;
• du moins en sa dépendance. Que n’avait pas h craindre la liberté italienne d’un génie si avide de conquêtes , joint à une
, • ^ DE LOÎ^BARDIE. ' lt>Q
puissance si fermement établie ! Jean Galéaz était plus menaçant peut-être pour clic que ne l’avaient jamais été les empereurs, et sa tyrannie domestique semblait devoir se fonder plus aisément que la domination étrangère des souverains d’Allemagne. Mais l’i mplacable haine de F rançois de Carrare qu’il avait dépouillé , et l’énergie républicaine du peuple florentin , élevèrent devant son ambition des obstacles qu’elle ne put franchir.
CetCfe lutte dura jusqu’à la mort du despote milanais : la fortune en fut variée, et mille incidens la compliquèrent: Du fond de son palais où la peur le tenait renfermé , Jean Galéaz enfantait sans cesse les plus hardies entreprises ; mais plus d’une fois le sort contraire lui fit expier chèrement cette faiblesse d'âme qui tremblait de mettre la main aux projets que lui-même avait conçus. Il éprouva de grands revers. Il s’en releva toujours, parce que toujours il avait en réserve , pour les temps de détresse , beaucoup d’or et l’audace du crime. L’ennemi qu’il ne pouvait vaincre, il le faisait assassiner.
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l6o RÉSUMÉ DE l’histoire Tout le territoire de la Toscane et celui de la Lombardie furent successivement , le théâtre de cette guerre acharnée. L’in-
fatigahle activité du vieux François de Carrare , qui partout cherchait des ennemis' à l’usurpateur de ses domaines, fit entrer dans cette querelle le duc de Bavière , le comte d’ Armagnac , et d’autres princes étrangers. Wenceslas vint luimême y gagner de nouveaux mépris pour la couronne impériale. Des deux côtés combattaient les plus fameux condottieri de l’époque : John Hawkwood, le chef de la compagnie anglaise, avait un digue ad- '' versaire dans Giacomo del Vcrme, général des troupes milanaises. Enfin , après cent sièges et batailles , après des flots de sang répandus, des millions de florins dépensés, et l’horreur des plus noirs forfaits attachés à son nom, Jean Galéazsemhlait avoir forcé la fortune. L’empereur venait de donner à son autorité en LomiJgS. hardie une confirmation solennelle, eu l’investissant du titre de duc de Milan , et l’admettant parmi les feudataires de l’empire. Cette légitimité nouvelle, assurée
DE LOMBARDIE. l6»
à son pouvoir , imposait le respect aux peuples que sa tyrannie faisait trembler :
tout ce qui avait d’aboi’d pris les armes contre lui, Yenise même, redoutait les perfidies inouïes de sa poliîique, et demeurait frappé d’une immobile stupeur. Florence seule , au milieu de cet universel abandon , restait fidèle à la cause de la liberté } mais la prise de Bologne venait de lui enlever son dernier al- '4'’* Jié j et, de toutes parts environnée par les armes de son ennemi , bile voyait l’Italie entière et la mer même fermées à son commerce. Ses finances épuisées allaient périr de ce coup , et tout annonçait que cette généreuse république était près de suc- y* comber à la fin sous les efforts qu’elle faisait depuis dix années pour l’indépendance italienne. Jean Galéaz souriait à l’espérance de voirson ouvrage accompli,, ^ lorsqu’un soudain incident vint tout changer. Il s’était retiré au château de Marignane pour y fuir la peste : elle vint l’y atteindre j et , effrayé de l’apparition d’une comète qui s’était montrée dans le ciel , il crut y voir le signe certain de sa
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i6q résumé de l^histoire mort.,« G’était Dieu, disait les derniers rêves de son orgüçU'j nait avis aux hommes de ce grand êvêiiement, m Et il. lui en oilrait des actions dfe
grâce. . . / • ^ ^;-r
L’habile politique de Jean' Gal^z se montra jusque dans la manière dont il régla sa succession. Il était impossible de^ mieux protéger qu’il ne le fit. la minorité de ses fils et de leur fprmer un wnseil de régence avec les meilleurs capitaines, ou de plus adroits négociateurs. Les finances' qu’il leur laissait. étaient en bon ordre, et un partage aussi égal qu’il pouvait l’être devait satisfaire leur- ambition. L’aîné ,
Jean Marie, avec le titre de duc de Milan** gouvernait tout le pays compris depuis le Tésin jusqu’au Mincio. Philippe Marie , le second , possédait toutes les villes situées au couchantdu Tésin , ou au levant du Mincio : on Pappelait comte de Pavie.
Gabriel Marie , le troisième ,. mais filsbâlard, était seigneur de Crème et de Pise . Cependant tout partage est une cause nécessaire d’alïâiblissement , même alors qu’il n’entraîne pas la discorde , et la puissance
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<d«s‘yisconti était trop grande pour man-' quel* d’eariemisK^»? •» - i '
ie vit bientôt. Dans Milan ^ l’hnmeur altière de Catherine , ; duchesse douairière, admise au conseil de régence * soulève des haines , et elle croit les élouf-
fer par des èruautéaû Plusieurs des anciens ' ^généranx de'Jean Galéaz s’empressent de fuir les caprices impérieu:^ d’une femme, ot vont offrir leurs bras à Florence ou à ^ l’Église. C’est peu encore : l’esptit de sé- *^dition s’agite dans la plupart des^^Ues de ■' Lombardie dont les Visconti ont enchaîné l’indépendance , ét vingt révoltes éclatent h la fois. Gréinonè Monne le signal 5 et Ugolih Cavalcabo y relève le parti guelfe , dont ie.nont ùiêtne semblait perdu en Lombardiei'^l&éhiev Breiipia , Ber game ; Lodi, PlaisanCl' ^ sdlVéntaussitôt cetexemple; la’ fortune y décide diversement en faveur des Guelfes et des Gibelins , dont les vieilles liaines'oht été ranimées Mnais
.partout du moins on s’accorde à abjurer l’obéissance dès Visconti, et les séigueu' ries partielles ont recommencé. •“>
'Ainsi étoit tombé en moins' d’ùné an>
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164 RÉSUMÉ DE l’histoire née l’édifice laborieusement élevé par les talens héréditaires de Matteo , Jean l’archevêque , et Jean Galéaz. Florence cependant profitait de ses avantages ; elle presssrit les secours du pape , et donnait rendez-vous à ses milices avec les troupes de François de Carrare, sous les murs de Milan. Mais une intrigue habilement conduite détacha de la ligue le pontife i4o3. Boniface IX ; et Carrare s’engagea dans une longue et opiniâtre guerre contre Venise, où il succomba. On vit alors cette république rivaliser de cruauté avec les p!us odieux tyrans, et faire lâchement périr son ennemi prisonnier , avec ses i4<)6. deux fils. Par cette réunion de circonstances , les Visconti échappèrent à la l'uine complètetqui semblait les menacer j ^ et , s’ils luttèrent contre Florence avec ^ , désavantage, ce furent quelques châteaux de perdus, et non leur souveraineté.
Mais le temps n’était plus où , en secouant le joug , les villes de Lombardie pouvaient rentrer dans la tranquille possessiondeleur indépendance. Ellesavaient échangé le l epas du despotisme contre les
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violences de l’anarchie, et leur condition était devenue cent fois pire. Passant chaque jour d’un maître à un autre , elles subissaient l’affreux droit^de la guerre, exercé sans pitié par des mercenaires qui ne se souciaient de vaincre que pour piller.
Une journée de victoire avait toujours pour lendemain une journée' 'de supplices , et les tortures du feu ou du chevalet arrachaient aux malheureux bôurgeoiscequ’ilsavaientpu sauver des avides mains de la soldatesque. Tel fut le triste résultat de la révolution qui démembra pour un moment la puissance des Visconti , et rendit les peuples lombards au régime des tyrannies locales. On ne tarda pas à regretter la tranquille, quoique rigoureuse , domination de l’ancienne seigneurie.
Cependant il y avait pour la haute fortune des princes , comme pour celle des peuples, de sanglantes vicissitudes. La duchesse Catherine ayant fatigué les Milanais par l’excès de ses barbaries , on prend les armes contre elle , on la chasse de la ville , et quelques factieux comroan-
l66- RÉSUME DE L'’I1IST01RE dent au nom de son fils , Jean Marie , dont ils se sont empares. Surprise peu apres dans la ville de Monza , où elle avait cherché un asile, elle est jetée en prison, et meurtempoisonnée Onne tarda pasà s’apercevoir que les cruautés de Catherine étaient un jeu à côté de celles ou se précipitait l’affreux génie de son fils. Gouverné, ainsi que son frère Philippe Marie , par l’ascendant de Facino Cane , tyran d'Alexandrie , ce jeune prince ne s’était réservé , des droits de sa souveraineté , que celui d’ordonner les supplices. Des dogues, nourris de chair humaine , étaient pour l’ordinaire les exécuteurs des hautes œuvres de sa justice : il faisait déchirer ses victimes par leurs dents impitoyables.
Le spectacle de cette horrible chasse était la plus vive de ses jouissances. Un assez grand nombre de gentilshommes , parmi lesquels deux Visconti , de sa propre famille , périrent ainsi sous scs yeux. Mais Facino Cane, entre les mains de qui se trouvaient les aflâires , étant tombé mortellement malade , le peuple milanais frémit d’étre livré à ce monstre , dont rien
ne retiendrait plus riiunieur féroce. Une ,
COI juration fi^ formée par plusieurs gen- ,^,2, tilshommcs , qui le massacrèrent.
Les conjurés voulaient traiter Philippe Ma rie comme son frère , et donner leduché de Milan à Astor Visconti , fils ua- ,
lürel de Beruahos , que l’on appelait le 0
soldat sans peur. Mais Philippe Marie les ,
déconcerta par la soudaine énergie qfie lui inspirèrent les circonstances. Maître du château de Pavie, il s’empressa d’at- ‘ ^
tacher à sa cause les partisans de Facino Cane , et de l’ecueillir son héritage en épousant sa veuve. Ce fut assez de cette ’ .
nouvelle pour armer en sa laveur tout ce qu’il y avait de soldats à Milan. Fidèles '
au souvenir de leur général , ils proclamèrent duc de Milan celui qui s’était fait son héritier 5 et Philippe Marie eut bientôt affermi son autorité eu Lombardie , et envoyé à la mort les meurtriers de son frère. ' .
Tous les historiens s’accordent à re- ..
connaître dans Philippe Marie plusieurss
des traits qui distinguaient le caractère '
de son père Jean Galéaz. Même audace , ^
l68 RÉSUMÉ DE l’histoire
d’entreprendre , sans oser rien exécuter par ses propres mains ; raqjjjie habileté à connaître les hommes , et à les approprier à ses fins J même politique de ruse et de scélératesse 5 mais avec tout cela moins de force d’esprit , moins d’aptitude aux affaires , moins d’arC à séduire les peuples et à les éblouir par des apparences de grandeur. Un forfait domestique , que rien ne lui rendait nécessaire , déshonora les premières années de son x'ègne.
Fatigué de voir sa bienfaitrice dans son épouse , et sans doute aussi gêné dans ses pcnchans désordonnés par l’austérité de son union avec une femme plus vieille que lui de vingt ans , il résolut de la faire périr, et lui intenta un procès d’adultcii e. Béatrix , livrée aux plus affreuses tortures , protesta constamment qu’elle était innocente. Mais le jeune Michel Orombelli , qu’on accusait d’être sou complice , eut moins de fermeté d’âme , et fit les aveux que lui demandait le bourreau. Rien de plus noble , de plus touchant que les paroles adressées par la duchesse , au pied de l’échafaud , à ce
T)E LO'MBARDIE. 169
Taible jeune homme , qui n’avait poiut su résistera la souffrance. L’historien Amiré Bigli les a conservées, et nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici cet héroïque et irrécusable témoiguage de son innocence. Elle eut la tête ti'anchée.
Cependant c’était alors l’époque la plus marquante des condottieri en Italie!
Sans parler d’Angelo Pergola , Guido Torello, IN'icolas Picciuiuo, et quelques autres dont la renommée était grande dan^les armes^ deux hommes. par leur seule valeur et leurs talens militaires s’étaient élevés à la* plus haute fortune.
C’étaient Braccio et Sforza. Tous deux s'étaient mêlés aux révolutions qui agitaient le royaume des Deux-Siciles j et, ^ sous le faible règne de Jeanne II, tous deux avaient gagné sur le champ de ba-^ taille des titres, des fiefs, et presque des couronnes. Bientôt même celle de Milau • ^ sera sur la jête du fils de Sforza. Mais:, ■' •avant qu’il paraisse sur la scène , im éclatant personnage doit arrêter nos regards , soldat d’aventure comme tous ceux dont nous parlions tout à l’heure.
l'JO RÉSUMÉ DE l’histoire
plus grand qu’aucun d’eux dans les combats, et destiné ''à une illustre infortune.
François Carinagnola était issu d’une luimble famille du Piémont , et, s’étantfait soldat dès sa jeunesse, avait corn battu parmi les troupes de Facino Cane. Lorsqu’à la mort àcçecondoiiiero Philippe Marie ras * sembla sou^ses ordres la garuison deMilan , afin de poursuivre dansMouza son compétiteur Astor Visconti , un homme frappa ses regards par son intrépidité au milieu de la mêlée. Il lui donna un commandement. Il l’econnut bientôt que se trouvaient réunies en lui toutes les qualités qui fotlt le grand capitaine. Il l’investit aloi's de toute sa confiance, et le mit à la tête jde ses armées. Mais il n’avait pas su découvrir dans Carmagnola d’autres qualités qui s’accommodaient mal avec les caprices hautaiqs d’un tyran, et qui le rendraient un jour son ennemi après qu’il aurait été l’instrument- de sa grandeur. ^ TfV
La plupart des villes démembrées de 'l’héritage de Jean Galéaz étaient encore aux mains des anciennes maisons seigneu-
riales qui les avaient reconquises , ou même des généraux de ce prince qui y avaient usurpé le pouvoir. Le duc de Milan voulut les reprendre, et, se fiant à Canna'gnola , ne craignit pas la ligue de tous 'ceux qu’il tentait de dépouiller, commandée par l’habile et aclil* Philippe Arcelli. Ses espérances étaient bien fondées. En moins de sept ans Carmagnola le fit plus puissant que n’avait été son père. Plaisance, Brescia , Pergame, Lodi,
Pavie et d’autres cités furent rapidement emportées par ses armes. Gênes le vit arriver menaçant sous ses murailles, et fut obligée de résigner entre les mains du duc de Milan sa turbulente indépendance. Il sut même soutenir l’honneur des bandes itjilicnnes contre la redoutable infanterie des Suisses, que nul ennemi n’avait impunément provoquée jusqu’alors; et, après la sanglante bataillé .
d’Arbedo, maintenir à son maître la possession de la vallée Levantine. Enfin la couleuvre des Visconti était arborée depuis les sommets du Saint-Gotbard et la frontière du Piémont jusqu’au golfe de
rjl RÉSUMÉ DE l’histoire
Gènes et aux états de l’Église , et Philippe Marie, sans sortir de son palais, semblait avoir renouvelé l’ancienne monarchie d’Alboin. Tout avait été l’ouvrage d’ua . seul homme. Le duc de Milan s’en souvint d’abord, et Carmagpola, créé comte de Castelnuovo\ marié à Antoinette Visconti,. parente de Philippe, fut comblé de richesses et d’honneurs, et se bâtit à Milan un magnifique palais, encore appelé aujourd’hui \eBroletto.
Mais Philippe Marie avait l’âme trop basse pour être long-temps reconnaissant , et tant de bienfaits étaient un joug qu’ri s’empressa de secouer. N’ayant plus à soutenir la guerre que contre Florence , de toutes parts environnée d’ennemis^ il tenait oisive depuis quelque temps la valeur dé Carmagnola. Tout d’un coup le commandement des galères génoises , qu’on lui avait promis, lui est refusé 5 trois cents gendarmes qui- étaient sous ses ordres», lui sont enlevés ; il demande et n’obtient pas justice ; il veut voir et ne voit pas son maître : transporté d’indignation , il laisse pour adieu au duc de- Milan de terribles
DK Lombardie. 1^5
menaces q^ui arrivent à son oreille, et va promettre son épée à quiconque se fera l’enuemi de ce prince ingrat.
Florence , depuis deux ans , avait repris le rôle glorieux qu’elle jouait sans cesse en Italie , celui de protectrice de l’iiidcpendance commune. Mais le sort l’avait cruellement maltraitée. Braccio , qui commandait ses armes, avait péri les armes à la main j les ti'oupes napolitaines, celles de l’Église , celles du duc de Milan assiégeaient de tous côtés ses frontières , et six défaites conséculi ves.vcnaientd’épuiser toutes ses ressources. Rien n’él)ra niait sa constance ; mais l’ellbrt qu’elle faisait , en . ren trantpour la sept icmç fois en campagne, devait être le dernier , et son unique espoir était dans l’alliance de Venise qu’elle sollicitait depuis long-temps. Venise , toujours lente et circonspecte dans sa politique , sentait bien que tôt ou tard elle aurait à guerroyer contre le duc de Milan, et qu’il lui redenianderaitVicence, Véron, e et Padoue , qu’avait possédées son père.
Maiselle attendait, pour se déclarer , que l’occasion lui promît des chances a.ssu ré c«.
174 ^ RÉSUMÉ DE. l’histoire
de succès , el jusque-là respectait là trêve . C’était ainsi qu’elle avait laissé arriver les Floreritmsiusqu’auxpiuspressan tes extrémités , et peut-être eût-elle tergiversé core, 'si Carmagnola ne l’eût entraînée II. de plus promptes et plus généreuses résolutions..
Philippe Marie avait essayé de faire empoisonner à Trévise cet habile capitaine , dont il redoutait la vengeance. Il n’en fallut pas moins pour dissiper les ombrages du sénat vénitien, et leur faire prendre conQance au nouveau général que lui envoyaient ingratitude et l'a déloyauté duï.||iup de Milan. Carma|^pla) .les a ni- ' bassadeurs-de Florence Visconti , .
sont tour à tour enteudus dans une asseui- *
blée solennelle. La tortueuse adresse de.
l’orateur de la tyrannie cherche d’inutiles subterfuges contre la voix de l’indépendance italienne prête à succomber ,-et celle du yaillant condotliero qui promet ^la victoire : François de Gonzague, seigneur de Mantouc, que pressaient les armes milanaises , ajoute ses prières à aous les motifs qui peuvent décider la
guerre : enfin , le doge Foscari s’écrie :
/( jQue partout où la liberté élève ses dra- « peaux , le nom vénitien soit aussi rc- « pété ! M Et , comme par la puissance et sous les auspices de ce mot sacré de ^ liberté , l’alliance est conclue entre V cnisc et Florence. Peu de joui’s apres Canna- * gnola reçoit des mains du doge le bsiton et l’étendard de capitaine ,»'à l’autel de Saint-Marc,
Nous' emprunterons à Machiavel (i) les propres paroles dans lesquelles il raconte les çommencemens de cette lutte entre le tyran de la Lombardie et les deux républiques confédérées : « La guerre , dit-il ,
« se concentra tout entière en Lombardie, .
oùGarmagnolalacondùisitavecvîgueur. j
a En peu de mois, il enlèva au duc une .•
K grande étendue^de pays ^ avec la-ville de M( BrdÉcia ; et la maftièrC dont se fit cette \
« dernière conquête fut, en ces temps et en «' derparcilles guerres ^ Regardée comme « une merveille. »L’inlé'rvention du'pape ■'
Martin Ysuspendit^ientôt les hostilités^ et
(i) Storia Fiorentina , lU». IV. ‘‘i ' '
résumé de l’histoire la paix fut conclue à l’avantage de Venise.
Mais, dès l’année suivante, la perfidie , du duc de Milan recommence les combats.
U a pris a sa solde quatre des plus fameux condottieri de l’époque, Angelo Pergola, Nicolas Piccinino , Guido Torello , et Francesco Sforza , que l’avenir lui-destine pour successeur : quinze mille soldats cuirassés sont sous leurs ordres, et, d’après le système guerrier de l’époque , lui doivent assurer la victoire. Cependant il a • oublié l’habileté du capitaine vénitien , et la jeunesse de celui qu’il a donné pour chef à ces quatre officiers de fortune.
Charles Malatesti s’obstine imprudemment a livrer bataille dans un terrain désavantageux , et reste prisonnier à Maclodio avec huit mille des siens. Mais la nuit meme qui suit cette journée , la liberté leur est rendue à tous paut leurs vainqueurs j et Carmagnola , malgré les représentations des commissaires véni- .^tiens i ne songe point à arrêter cette générosité de ses compagngns d’armes.
Faut -il toutefois appeler cet acte d’un si beau nom? Un historien coulcmjîorain ,
soldat d’aventure lui - même Andrea Redusio , nous laisse croire le contraire.
Selon lui , il en faut rapporter la cause à la crainte où étaient alors les hommes de guerre de voir finir les combats , et de s’entendre crier par les peuples : Les soldats à la charrue (i). Ainsi régnait entre les armées qui se rencontraient sur le champ, de bataille une sorte d’union d intérêts , qui leur commandait de ne se point faire trop de mal les unes aux autres, afin d’éterniser les guerres.
Malgré un échec si terrible en apparence , Philippe Marie rentra aisément en campagne : tout se réduisait pour lui à une perte d argent. Les chevaux et les armes lui manquaient, les hommes lui restaient. Il savait d’ailleurs que Florence, quoique victorieuse , était trop épuisée pour continuer long- temps de porter les armes. En effet, elle entraîna son alliée à conclure une seconde paix qui dura trois années. Philippe Marie fut forcé de ren-^ dre a Carmagnola ses biens.
(0 Ad ligoaem slip«ndiaiii.
178 RÉSUàlÉ DE l’histoire *
Mais , lorsque se renouvelèrent les hostilités , la fortune abandonna tout d’un coup ce grand capitaine. On eût dit que son habileté meme l’avait délaissé. Dès l’ouverture de la campagne , il est surpris et mis en déroute aux portes du château de Soncino , dont il venait prendre possession. Peu après , il seconde mal les opé- , rations de la flotte vénitienne, qui remonte le Pû afin d’attaquer Crémone. X.es galères'milanaises triomphent de Venise , sur l’élément même où règne cette superbe république , et un armement de six cent ' mille florins est détruit sous les yeux de Carraagnola, impuissant à lui porter secours. Un murmure d’indignation accueille au palais de Saint-Marc le général qui a cessé de vaincre ; toutefois on lui laisse encore le commandement. Mais, au lieu de réparer ses échecs , il reste immobile ; une épizootie qui frappe eu Italie tous les chevaux le condamne à l’inaction. Carmagnola éprouva alors , que ringratitude des républiques est pli»s redoutable encore que celle des princes.
Ses revers étaient devenus autant de tra- < »•
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* juized b>- GoOJ^ll.
hisoDs devant la soupçonneuse oligarchie qui gouvernait Venise : il lut résolu de le perdre, lîappelc pour dire son avis sur la paix, le confiant guerrier arrive à Ve- i^Vx. nise au milieu des plus magnifiques honneurs. Ou le conduit eu pompe Jusqu’au palais du doge, où est assemblé le'sénat,'^* et là tout ce corps s’empresse de lui prodiguer des témoignages d’estime et de respect. Le premier, il est invité à énoncer sa pensée^ mais la discussion est artificieusement prolongée jusque dansla nuit, et on l’exhorte en conséquence à congédier les hommes de sa suite fatigués de la route. Alors se dénoue l’atroce comédie où chaque sénateur avait pris un i;ôle de mensonge et d’infamie. La garde du doge se précipite sur le guerrier sans défense et le charge de fers.’ Dès le' lendemain on le soumet, 'blessé comme il l’était, aux plus cruelles éprêuves de la torture. On le cite à un tribunal que l’historien ]\avagero appelle le college secret, et qui le condamne à mort. Après quoi il est conduit, avec un bâillon dans la bouche’, entre les deux colonnes de la Piazzetta (la petite ^
place), elle bourreau lui tranche la tête. Le conseil des dix publia que Carinagnola avait avoué son crime au milieu des souffrances de la question. Mais îLnc dit point quel était ce crime , et toute l’Italie refusa de croire à l’équité d’uh> dont on avait fait une oeuvre de . ténèbres. ^ '
La querelle du despote milanais et des républiques confédérées, sans cesse interrompue par l’épuisementdes deux ’par- ' ' lis, se rallumait aussi sans cesse dès qu’on ' avait pris le temps de respirer. Moins que' jamais nous ne devons songer à suivre dans leurs détails toutes ces opérations militaires; car,, d’un bout à l’autre de l’Italie,' se multiplient à l’infini les expédi- * lions partielles , ^ et nulle passion éner- ' gique, nul noble sentiment n’entre en jeu dans celte suite de combatS, et de sièges où brillent uniquement l’industrie et la vaillance des condottieri. Les habiles intrigues de Philippe Visconti,‘les savans calculs de la politique vénitienne, le patriotisme même de Florence , tout, «Efface devant la haute importance du per-
. DE LOMBARDIE. l8l
sonnage qnc jouent alors François Sforza et Nicolas Picciniuo : peu s’en faut que les factions de ces deux soldats de fortune ne remplacent eu Italie l’ancienne querelle et les anciens noms de parti des Guelfes et des Gibelins.
Mais Picçinino devait n’avoir d« gloire que celle qui se gagne sur les champs de bataille. François Sforza se montra digne lils de celui qui avait disposé eu maître du trône de Naples, et imposé sa protection à une reine qui le haïssait. Son père l’avait laissé un des plus puissans feudalaires do Pltalie. 11 s’en lit le premier souveraitj. ^ •
Rien de plus singulier que les vicissitudes de sa fortune , maîtrisées , comme elles le furent toujours par les ressources de son génie. Il aspireà lamaindeBlancho»
de Visconti, liWe de Philippe Ma^, et cependant commande contre lui les armées de Florence. Bientôt il force les deux partis à une trêve qui convient à sa politique , passe' du côté du duc de Milan , se détache de lui pour se mettre au service
des deux républiques, et au moment où
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