‹ Résumé de l'histoire d'ItalieChapitre 8 sur 11 · UC · texte numérisé non relu

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UE LOn^HARDIE. i()5

oii il s était réfugié, et le cœur lui faillit eu songeant quelle œuvre inutile il avait faite pour la patrie. Il retrouva toutefois son courage , lorsque , saisi par les ga rdes tlu monstre qu’il avait 'égorgé , on lui fit subir toutes les rigueurs de la torture. Il confessa son crime comme on le lui demandait , mais sa confession fut pleine de tous les nobles sentimens qui avaient fait palpiter son cœur. On la recueillit par l’ordre des juges, et Ripamonti en a conservé le texte^ans son histoire. Nous ne pouvons le citer ici : nous rappellerons seulement les dernières paroles que lui prête un autre écrivain du temps : « Je « sais, dit-il, que j’ai mérité ces tour- « mens et d’autres plus grands encore U par les fautes de ma vie. Mais, quanta « la I)elle action pour laquelle je meurs ,

« c est elle qui soulage ma conscience

« Loin de m’en repentir,, si je devais re- « vivre dix fois , pour périr dix fois dans « les mêmes tortures, je n’eu donnerais « pas moins tout ce que j’ai de sang et de « force Jf un si noble dessein. » Et, comme le bourreau lui déchirait la peau de la

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IQ®- HÉSLMJÈ DE iflIISTOIHE poilrinc , il se laissa arracher uu cri par l’cxccs de la douleur , mais d’une voix rall’crmie dit aussitôt eu langue latiuc :

« Mors acerba,J'ama jjerpetua, stabilve- « tus meinoria Jacli. Mort prémaJ urée , « éteruelle renommée} la mémoire du fait <t durera à jamais(j).« Ainsi finit ce jeune héros, digne de vivre en un temps meilleur : il était âgé de vingt-deux ans. On lui donna tout has quelques soupirs: mais, sou action fut bientôt reléguée parmi celles qu’on admiraitoisivementdansleslivresde l’antiquité* Jean Galéaz* fils de celui qui venait de périr, fut reconnu comme duc de Milan sous la tutelle de sa mère , Bonne de Savoie , et personne ne songea à s’élever contre un gouvernement qu’il était si.

facile de renverser.

De rudes coups lui furent portés du dehors. Genes , secondée des armes napolitaines , chassa la garnison milanaise qui coininaudait dans ses murs, et ressaisit son indépendance. Peu après, les intrigues du pape Sixte IV appelèrent à prendre

(i) Macliiavelli slor fior., lib. ^

DE LOMDAUDIE.

part aux guerres d’Ilalie le courage, déjà devenu vénal, de la nation helvétique. Le comte Torelli , géné)’al du duc de Milan , lut vaincu par les Suisses à Giornico , et la paix qu’ils accordèrent leur lut richement payée. L’Italie paiera désormais plus d’un semblable tribut à ces vaîllans mercenaires.

Æc fut alors que Louis Sforza, surnommé le Maure \ oncle de Jean Galéaz , entreprit de se saisir du pouvoir en chassant la régente, dont il méprisait la faiblesse, et de commander sous le nom de son neveu. Tout lui'réussit sans peine , et l’opinion fut meme prompte à l’absoiidre du meurtre injuste du vieux Cecco Sirjj^ne^ , miuistVe sous trois règnes consécutifs. Le succès accrut son ambition :

c’était trop pour lui de laisser le simulacre del^uloriléà l’imbécile 3 ean Galéaz • il voulut porter la couronne ducale, et ce projet le jeta dans des inlrigucs qui coniribuèrentbeaucoup à amener lesFra lirais en Italie.

L’iiisloire change dcfaco avec ces grniulcs expéditions, une nouvelle époque en nnncncc.

QUATRIÈME ÉTOQUE: '

Depuis l'entrce' (les Français en Italie, iZ|^,jusi^ qu'à Fanncxion du duché de Milan à la monaridiie •►-espagnole, 1 535. ‘ '

.* La .fin du quinzième siècle avait, vu s’opérer une révolution presque universelle dans 'les états' de l'Europe. Presque ■ partout le pouvoir rojal, vainqueur des /agnations qu’avait produites l’esprit de — .liberté , commençait à gouverner

repos el indépendance. Les souverains pouvaient tourner au dehors leurs regards jusqu’alors uniquement fixéf au dedans de leurs provinces ÿ ils pouvaient ;péhser à d’autres guerres qu’aux, guerres féodales, et le moment ne devait pas être ' ' éloigné où les ambitions rivales se rencontreraient. -

' Leroi d’Espagne, FerdiQgud-le-Catho-

liquc , venait d’affranchir la péninsule des derniers restes de la domination des Maures , et ses vaisseaux partaient pour découvrir cet autre univers dont les tré-

sors étaient destinés à enrichir ses descendans. Maximilien , quoi(^ue limité dans son commandement , quoique pauvre de ressources, avait cependant agrandi la mai- .son impériale par l’acquisition des Pays- Bas ; et le vieuxrespect des peuples italiens pour les prérogatives de l’empire lui pro- . mettait , dans les querelles qui se débattraient au-delà des Alpes une haute influence. L’Angleterre , épuisée du sang qu’elle avait perdu dans la guerre des deux Roses , s’était remise presque sans condition au prince qui lui donnait le repos, et Henri YII commençait la race despotique et à la fois populaire des Tudors. La France enfin , façonnée doucernent à l’obéi^ance absolue par Cbar-i les YII , avait fait sous Louis XI un plus rude et plus complet apprentissage de la soumission* aux volontés du 1110nai'que , et le pouvoir royal avait été mis.

hors de page, *

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UOO U^^SLMÉ DE L’uiSTüIUE

Mais , comme l’auloriLé monarchique ^ était partout h sa uaissauce , et qu’à peine venait de s’accomplir la défaite des liber- p?; • tés populaires , l’énergie qui avait animé «■ les peuples dans leurs débats avec la l’oyauté , n’avait pu encore tout- a - fait s’éteindre. Il fftllait un exercice à cette activité nationale , et on le lui trouva en se jetant dans les guerres étrangères.

Cela est surtout vi’ai de la France. On y avait été si fatigué du gouvernoment rigoureux de Louis XI , qui ne laissait 1 essor à aucune noble et énergique passion, que, dès les premiers jours du l’ègne suivant j on s’empressa de retourner aux troubles intérieurs , et aux guerres de fiefs. La fégence d’Anne de Bcaujeu avait été laborieuse et agitée, et tout armée que lut V cette- princesse d’une foule de préroga- -î lives nouvellement conquises , il lui fallut du temps pour se rendre maîtresse des factions. Charles VIII, rievenu majeur,

. ' trouva sou royaume pacifié , mais autour du tri\ne une noblesse «ombreuse , impatiente du repos , avide de combats et de gloire ,* et qu’il fallait à tout prix satis-

DE LOMUAUUIE.

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faire. L’humeur du roi s’accordait d’uue

merveilleuse laçou avec les dispositions des peuples : « Ce petit roi , comme dit « Bi antôme , appelé tel à cause de sa pe- « tite stature et débile complexion , était « très grand de courage , d’iune , de

vertu et de valeur Dès ses tendres

ti ans, il Conçut en soi ses belles ambi- « tions. » C’est - à - dire , que ce qu’il cn- ^ tendait journellement répéter à sa cour frappa de bonne heure sou imagination et que,, parce qu’on l’avait sans cesse entretenu de conquêtes, il rêva d’être roi conquérant.

Les princes de la maison d’Anjou , appelés à l’héritage de Naples , par un de.s. caprices de la reine Jeanne , avaient au- Irclbis disputé ce royaume aux rois d’Aragon. La fortune leur avait été contraire, et ils s’étalent légué les uns aux autres leurs vains droits , jusqu’au moment où l’extinction de leur race les fit passer à Louis XI , avec la possession plus solide et plus réelle de la Provence. Louis XI , occupé chez lui , négligea de faire valoir des titres dont il se souciait peu. Les peu-

101 RÉSUMÉ DE l’HISTOIUE .

secs de son fils furent tout autres , et l’on eut dit que nulle partie de son héritage ne valait pour lui ces provinces napolitainesV'^dont l’incertaine possession était au bout des lances de ses chevaliers. Il ne songeait donc qu’à la conquête des Deux- Slciles, après laquelle viendraient cellede Byzance, et la restauration de l’empire

latin en Orient.

D’autres prétentions étaient en même .

temps élevées par une autre branche de la maison de France. Le duc d’Orléans se regardait^ comme légitime possesseur du Milanez , que lui avait transmis son aïeule Valentine de Visconti ; et , s’il sacrifiait momentanément la réclamation de ses droits à la politique de son souverain , il se réservait de les faire valoir quand serait rompue l’alliance avec Sforza. Il ne savait pas encore qu’il régnerait lui-même sous le nom de Louis XII , et pourrait alors appuyer ses titres de toutes les forces de la monarchie française.

Au temps où se préparent ainsi pour VItàlie de grands événemens qui en doivent renouveler la face , et , pour dernier

résultat , lui enlever son indépendance, arrêtons un moment nos regards sur l’état de cette belle et malbeureusc contrée.

Elle devançait alors de beaucoup en civilisation tout le reste de l’Europe. Les nations ultramontaines étaient à ses yeux des barbares , comme aux yeux de l’ancien peuple de Rome , et elle était fiere de les voir tributaires de son industrie et de ses lumières, pour adoucir et policer leur rude existence. Elle leur connaissait bien une supériorité de forces , que lui avait révélée la fréquente apparition des bandes germaniques et de la cbevalerjp française 5 mais elle se reposait sur son savoir faire politique , qui lui avait toujours réussi. Il faut convenir qu’en eflèt l’esprit italien était fort versé dans ces finesses et ces ruses qui , bientôt après, réduites en système et élevées au rang de science, formèrent la diplomatie moderne.

Le quinzième siècle nous oflre uniperpétuel exemple de ce jeu savant et compliqué, où se débattait la question de l’équilibre de la puissance, entre cinq ou six étals de forces k peu près égales. Cette

2o 4 JtÉSUMÉ DE L’hiSTOinE

question sera tout à l’heure cell^ de l’Europe.

La richesse était un autre avantage que possédait l’Italie sur les contrées voisines, et qui lin inspirait beaucoup de confiance.

Malgré les continuelles souflranccs de la guerre , une grande prospéi’ité publique •y régnait encore, etlaplupart des ennemis qu’elle avait eus j usqu’alors s’étaient laissés désarmer par l’or. Elle comptait qu’il en serait toujours de meme, et que les Français et les Allemands qui viendraient s’engager dans ses querelles , se contenteraient d’eu remporter des milliers de florins , ou de prendre rang parmi les bandes mercenaires de scs condottieri ; inold'bien trompeur de confiance , puisqu’au contraire cette renommée de la richesse italienne fut le plus puissant appât pour l’avidité étrangère , et donna soif, à tout ce qui dirait grossier et pauv^fe , des opulentes dépouilles de la civilisation.

Depuis assez long-temps le commerce d’une grande partie de l’Europe , et surtout de la France , était aux mains des

ïtalieiis. Les Lombards d’abord, puis les Floreiilins, étaient les seuls banquiers, ♦ou, SI l’on aime micuY, les seuls marchands d argent que connussent les rois et les barons français. Comme ils ne manquaient pas de faire t;n cette profession 'de gros bénéfices, on s’en prenait souvent à eux de la détresse "]^iblique, et, par édit royal, on les volait et on les chassait. Mais le besoin ramenait toujours

eux, et uri^e bonne partie de la fortune du pays passait en leurs mains : d’oii s’excitaient naturellement contre eux la haine et la convoitise. On espérait, quand il fut qùcstion d’aller combattre en Italie, que les profits de la guerre répareraient les pertes de l’usure.

Maissi cet éclat de la civilisation n’avait pu péiir au milieu de toutes les guerres du quirftieme siecle; si de magnifiques inonumens attestaient partout le progrès des beaux arts j si les mœurs étaient empreintes de politesse et dq douceur, c’était là tout ce qui restait de gloire à ritalic;.

et combien n’avait-elle pas perdu ! Sous ' la main des tyrans avaient été étouffées

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aofi nKsuMii de l’iiistoirE toutes les vertus publiques dont s’étaît illustré l’Age de la liberté; les idées de (jésintéressement, dedévouement, avaient* été oubliées : jouer hal)ilement, et user de tous les moyens pour gagner la partie, c’était là l’unique maxime des gouvernemens comme des individus. De là le Imnteux spectacle des perfidies et des crimes de tout genre qui remplissent Tbistoirc de ces temps , et qui ne causent jamais le ^moindre étonnement à celui qui les raconte. Il s’agissait de réussir; tout était légitime. Lorsque survinrent les invasions étrangères, et que les Italiens sentirent peser sur eux les dures lois qu’impose la force, l’arme de la trahison leur devint plus familière; elle leur devint eu quelque sorte sacrée comme celle de la faiblesse, et l’usage du poignard et du poison lut chez eux journalier. Le générenx peuple qui' avait si vaillamment défendu sou indépendance, au douzième siècle, se laissa appeler, au seizième, un peuple d’assassins. Mais à qui imputer la faute de cette alTreuse dégradation des mœurs? aux victimes. ou aux oppresseurs ? L’Italie fut

trop belle , selon le regret d’un de ses p<j^*tcs ; et de Ih ses vices , comme ses misères.

11 làudrait peut-être ajouter aux^râits de cette l'apide et incomplète 'esquisse un parallèle entre l’art de la guerre'chez les Italiens et^çhez lés peuples qui vinrent les attaquer. Mais les résultats nous montreront assez commentles manœuvres plus habiles d’ord,inaire , et mieux calculées des condottieri , durent céder au choc impétueux des coursieft ' et des hommes de 1er de la cavalerie française, aussi bien qu’aux rangs serrés vCt aux longues piques de l’infanterie suisse.

Revenons à la Lombardie. Ludovico Sforza, ouLouis-le -Maure, qui y commandait pour son neveu JeanGaléaz, avait reconnu de bonne heure tous les dangers qui mcnaçaientalors de delà les Alpes l'indé})endance italienne. Aussi proposa-t-il une ligue de toutes les puissances contre l’cnuemi commun, etvpulul-il qu’eu Envoyant chacune à Rome leurs ambassadeurs, le jour de l’inauguration du nouveau pape Alexandre YI, ellessifnifiassent solennellement à la chrétienté leur invar

ao8 HKSUMli DE l/riISTOlRE »

riablc résoliilion de rester unies cbutrô touteattaquedudeliors.LeducdeFerrare^ la réfmblique de Florence, et le roi de- IVaplcs, avaient accédé à ce^projet : mais,, quand il fallut l’exécuter, tout échoua par les soties prétentions de Pierre de^ Médicis. Sfor.za se jeta alors dans una politique toute contraire.

11 avait acheté de l’empereur Maximilien le titre de duc de Milan , et consominéaifisi son usurpation. Mais, quelque précieuse que fût pour lui celte légitimité émanée de la chancellerie impériale , il se décida à en cacher quelque temps le litre.

Jean Galéaz avait épousé Isabelle d’Aragon , petite fille du roi de Naples, princesse douée du courage qui manquait à sou mari. Elle ne cessait de provoquer par ses plaintes la vengeance du roi, sou aïeul, contre l’usurpateur, et il élatt à craindre que cette vengeance vînt à éclater. Florence se fût armée contre Ludovic • »

dans cette querelle j Venise et le pape ne l’eussent pas secouru , et ses sujets de Lombardift se fussent peut-être mis eu ré- "volte^ 11 lui fanait donc uuappuiélrangcr ;

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