AND INTERMEDIATE STATIONS
Tlie distances are shewn in Enylisli Miles.
Pahtah
Sooha^
Girgeh
Bj*llianeh
Farehoot
37 Keneh
Luxor
Ermeut
Esneh • '
Edfou
Silsileh ^
ice
Kom
Assouan
NOUVEL EMpIRE THÉBAIN i oâ
Son successeur immédiat Schabatoka ne semble pas avoir laissé de grands souvenirs ; mais sous Tahraka, TEgypte fut de nouveau reconquise par les Ethiopiens. Vers 672, Tassyrien Asaraddon envahit et conquiert la vallée du Nil qui devient vassale des villes qu'elle avait autrefois dominées; mais trois ans plus tard Tahraka réussit à chasser les Assyriens. En 667, Assourbanipal envahit de nouveau TEgypte, et en 666, Tahraka réussit encore à rejeter les Assyriens. Mais ceux-ci revinrent à la charge, réussirent à s'emparer de Memphis ; puis encore chassés, ils refont une troisième grande invasion et saccagent Thèbes. L'Egypte n'était plus de taille à leur résister : elle était passée au second plan, tandis que l'empire Assyrien occupait le premier. Il est facile de comprendre que, sous cette dynastie si mouvementée, il n'y ait guère eu de loisir pour cultiver les arts et que par conséquent nous n'ayons que très peu de monuments à enregistrer comme lui appartenant.
La xxvi* DYNASTIE, saïte d'origine, comprend neuf princes et dura 198 ans environ. Les premiers rois fondateurs de cette dynastie eurent à repousser les Assyriens ; ils sont peu connus et pas un seul n'a été retrouvé sur les monuments : nous ne connaissons leurs noms que par Manéthon. Ce
184 NOUVEL EMPtRE THÈBÀIN
sont : Stéphinatès, Nékhépsôs et Nekhaô. C'est à cette époque qu'il faut faire remonter la dodécarchie dont parle Hérodote et à laquelle Psamétik se . serait le premier substitué. Il eut recours aux mercenaires grecs pour chasser à la fois les Assyriens au Nord et les Ethiopiens au Sud de TEgypte ; ils le rendirent ensuite maître de FEgypte entière. Dès lors il s'occupa tout entier de fermer les plaies causées par la guerre et les invasions. Il ouvrit. - 1 Egypte aux Grecs, mercenaires et commerçants; ; c'est à cette époque qu'il faut faire remonter l'éta- . blissement des deux colonies grecques de Cyrène ,. et de Naukratis, et par conséquent la lente et superficielle infiltration des idées grecques en Egypte, et aussi avec beaucoup plus d'influence la . pénétration des idées égyptiennes, de Tart égyptien , chez les Grecs. Les princes de la xxvi® dynastie s'appliquèrent en effet beaucoup à restaurer le culte , des arts, et leur époque est connue sous le nom de Renaissance saïte^ la dernière qu'ait tentée l'art égyptien avant de disparaître définitivement. C'est à cette époque que furent construites certaines tombes remarquables, celle de Pétamounoph, à El-Assasif, dans la nécropole thébaine, et celle de Bokenranef, dans la nécropole memphite. Le tra- . vail de la statuaire est beaucoup plus fin et plus poli qu'aux époques précédentes, et les monu-
NOUVEL EMPIRE THÉBAlN i^t
ments en sont épars un peu dans tous les musées d'Europe : le Louvre a en plus les monuments du Sérapéum qui remontent à cette époque très peu ancienne pour TEgypte.
Nekao II fut un roi entreprenant : il appela à son aide les ingénieurs grecs qui lui reconstruisirent une flotte et ce fut sous son règne qu'on vit en Egypte les premières trirèmes. Il fit désensabler le canal qui unissait le Nil à la mer Rouge, lequel était obstrué depuis la xx® dynastie. Il fit exécuter la première expédition autour de l'Afrique par mer, afin de reconnaître la forme de la Libye : ce furent des Phéniciens qui firent ce voyage d'exploration. Il sut tirer partie de l'armée que lui avait laissé son père pour conquérir la Syrie ; mais il fut vaincu près de Karkémisch par Nabuchodonosor qui lui reprit sa conquête. Il mourut deux ans après sans avoir pu saisir l'occasion de prendre sa revanche.
Son fils Psamétik II était encore enfant et mourut avant d'arriver à sa majorité. Pendant son règne eut lieu une expédition contre les tribus éthiopiennes. Il mourut en 589.
Ouhabra, l'Apriès des Grecs, lui succéda et régna 20 ans. Il reprit aux Assyriens les côtes de Syrie, mais échoua devant Cyrène. Son échec fut l'occasion d'un soulèvement : son armée fut vain-
i56 ' NOUVeL EaiPlRÉ THÉBÂIN
eue et lui-même fait prisonnier; maïs il fut traité d'abord avec honneur, jusqu'au moment où il fut réclamé par la populace de Sais et qu'il lui fut livré. C'est sous son règne qu'eut lieu la construction du grand et magnifique temple de Sais que décrit Hérodote. La grande amitié de ce roi pour les étrangers causa sa perte.
Son successeur fut un homme du peuple qui se trouvait à la tête de la sédition, il se nommait AhmèSf d'où les Grecs ont fait Amasis. Il était très fin, très circonspect et très rusé : sous son règne l'Egypte eut une période de paix d'un quart de siècle, et il fit tous ses efforts pour rendre son royaume prospère. Lui aussi désira les Grecs, les attira à sa cour et leur confia certaines . hautes charges, au grand scandale des vraisEgyptiens.il fit beaucoup construire et restaurer. On peut citer de lui : le colosse de 25- mètres qui se trouvait devant te temple des Petah, à Memphis ; la construction d'un temple à Isis dans cette même ville, 1 les monolithes qui se trouvaient à Saïs^et le sarcophage immense qui est encore en place au Serapéum de Memphis. Sous son règne, Sais devint ce qu'avait été Thèbes sous les xviu* et xix® dynasties: mais elle ne devait pas rester longtemps dans sa prospérité ; elle est aujourd'hui réduite au misérable village de Sâ-el-Haggar.
Nouvel empire thébaïn 157
Psamétik III qui fut le successeur d'Ahmès ne régna que six mois : l'invasion de Cambyse fils de Cyrus, roi des Perses, vint ruiner l'Egypte encore une fois. Hérodote a raconté en termes émouvants le récit de cette invasion, les malheurs de Psamétik III et de sa famille.
La xxvu« dynastie vit tout entière la domination persane qui dura 121 ans. Cambyse commença par traiter TEgypte et ses habitants avec assez de douceur ; mais après Téchec de l'expédition qu'il avait envoyée contre Carthage et la malheureuse entreprise contre l'Ethiopie, il changea complètement : des accès de folie furieuse le rendirent cruel, il incendia un grand nombre de villes, viola la momie d'Ahmès dans son tombeau, s'attaqua à la majesté d'Apis en personne et son nom devint pour les Egyptiens le synonyme de cruauté folle. Il finit par quitter l'Egyte, après en avoir confié le commandement au Satrape Aryandès. Celui-ci, selon le témoignage d'Hérodote, fut si ébloui par la richesse de l'Egypte qu'il se serait résolu à se rendre indépendant et qu'il y aurait fait frapper monnaie. Ce récit serait appuyé par la découverte faite par Ch. Lenormant d'une pièce de monnaie où aurait été gravé le nom d'Ayran, mis pour Aryandès. Mais peut-être ne
1S8 NOUVEL ÉMptftÊ tHÉBÂlN*
faut-il voir là qu'une de ces légendes dont lès Grec^ étaient aussi friands que les Egyf)tiens. Quoi qu'il en soit les marchands grecs et phéniciens qui pullulaient en Egypte s'aperçurent bientôt que ces monnaies que connaissaient les Perses favorisaient leurs transactions et ils les adoptèrent unanimement.
Darius I«' succéda à Cambyse et tâcha autant qu'il le put de réparer les fautes de son prédécesseur ; il témoigna un grand respect pour ■ la religion de TEgyte en faisant restaurer les tem- » pies que Cambyse avait pillés avec autant de cu--^ pidité que l'avaient jadis fait les Assyriens, et en ? faisant rechercher un nouvel Apis pour remplacer celui que Cambyse avait tué. Il ouvrit de nouveau le canal qui reliait le Nil à la mer Rouge, et fit' construire le grand temple d'Amon à la grande oasis d'El-Khargeh. Tout cela n'empêcha point qu'en 486 l'Egypte se révolta contre Darius^ et ne se donnât un roi nouveau nommé Khob- basch .
Xerxès I" rentra en possession de l'Egypte, et rien ne vint troubler sa possession tant que dura son règne, de 483 à 455.
Artaxerxès P' lui succéda et dut réprimer un ^ soulèvement qui avait à sa tête un prince descendant des anciens rois et nommé Inaros. Ce fut-
NOUVEL ÊMpIRÊ THÉBAirî il
sabs. doute sous son règne qu'Hérodote fit son voyage en Egypte,
En 405, sous Darius II, surnommé Nothos, l'Egypte réussit à s'affranchir du joug de l'étranger.
La xxviii® DYNASTIE, Originaire de Saïs, n'eut que trois rois Amyrtée I", Pousiris et Amyrtée IL
La XXIX* DYNASTIE, d'origiue Mendésienne ne comprend également que trois pharaons Nephéritès, Akhoris et Psamouthis, qui ont été retrouvés sur les monuments sous les formes de Nïfaaarout, Haqor et Psimaout.
La XXX® DYNAsiiE, Originaire de Sebennytos, ou Samannoud, comprend aussi trois rois et vit définitivement la chute de l'empire égyptien.
Nectanébo P', en égyptien Nakhethorheb, régna de 382 à 364. Avec l'aide de Khabrias, chef de mercenaires athéniens, il repoussaune invasion des Perses commandé par Pharnabaze et l'athénien Iphicratès. Il eut le temps de s'intéresser aux œuvres de l'art et fil construire l'un des temples de Philée. Son sarcophage se trouve au British Muséum, à Londres.
Il eut selon Manéthou, pour successeur Téôs, dont on ne sait rien.
160 NOUVEL EMPIRE tUÉBAiN
Puis vient Nakhetnebef, ou Nectanébo II, le dernier anneau de cette longue chaîne de rois qui commence à Mînâ ou Menés. Il régna douze ans^ et dans ce court espace de temps, il fit de nombreuses restaurations ou constructions dans le Delta, à Thèbes et jusqu'à Philée. Sous le côté politique, il fut d'abord heureux dans les guerres qu'il entreprit grâce à des généraux grecs, tels que Diophantos, Lamios et Agésilas ; mais en dernier lieu il fut battu par les Perses qui s'emparèrent à nouveau de l'Egypte en 340. Nakhetnebef se sauva en Ethiopie en emportant ses trésors, et depuis jamais un Egyptien n'est remonté sur le trône des Pharaons.
La XXXI® DYNASTIE fut persaue et dura seulement huit ans^ jusqu'à la défaite de Darius Codoman, ou Darius III, par le grec Alexandre qui établit en Orient la prépondérance de la race grecque. C'est ainsi que finit l'anlique Empire Egyptien.
La domination des Grecs en Egypte
La xxxii® DYNASTIE, d'origîne macédonienne dura 27 ans.
Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine, surnommé le Grand, est accueilli en Tan 332 comme un libérateur par les Egyptiens qui ne pouvaient plus supporter le joug pesant des Perses. La conquête de TEgypte ne lui coûta aucune difficulté et il sut gagner la confiance relative des Egyptiens en se montrant zélé pour leur religion, en sacrifiant au bœuf Apis et surtout en se rendant au temple d'Amon, dans la grande oasis, pour consulter Toracle de celui dont il disait être le descendant authentique. Il ne resta que peu de temps en Egypte, partit pour continuer ses conquêtes, pousser jusqu'à Tlnde et revenir mourir à Babylon^. Il voulut que son corps fût
transporté dans la ville nouvelle qu'il avait fait bâtir en Egypte ; en effet, on' lui fil de riches et splendides funérailles dont un historien grec nous a laissé le récit, et Ton plaça son corps dans Tendroit qu'a décrit Strabon et qui fût appelé Sôma de sa destination.
La ville nouvelle bâtie par le conquérant macédonien est Alexandrie. En parcourant la côte Nord-Ouest de TEgypte, Alexandre observa qu'une ville placée en ces parages tiendrait facilement tête à toutes les autres villes pour concentrer en elle tout le commerce de la Médî-' terranée et de l'Europe, pendant que d'un autre* côté elle serait nécessairement le débouché par lequel les produits de l'Orient passeraient en Occident. Il choisit comme emplacement de la nouvelle ville un promontoire anguleux, avec deux ports naturels ; derrière, c'est-à-dire au Sud-Ouest était le lac Maréotés, avec le Nil qui l'alimentait. Le conquérant macédonien fit, dit-on, tracer l'enceinte, qui avait environ quatre lieues, par ses soldats avec la farine qu'on leur avait distribuée : il s'était réservé à lui-même d'indiquer l'emplacement des édifices. La ville fut coupée par deux voies, comme une circonférence par deux diamètres formant des angles droits : elle fut ainsi partagée en quatre quartiers par des voies larges,
LKS GRKCS EN EGYPTE 163
dit*on, de 14 mètres et qui* commandaient tout un système de rués, de ruelles tracées sur un plan donnant Tapparence d'un échiquier. Dans c^tte enceinte était comprise Ja forteresse égyptienne de Rakoti, qui forma le quartier Ouest et qui forme aujourd'hui la partie de la ville habitée spécialement par les indigènes. Le Bruchium, le quartier royal, était situé au Nord-Est et correspondait à remplacement qui va aujourd'hui de la mer et de la place des consuls jusqu'à l'obélisque faussement dénommé aiguille de Cléopâtre et au cap Lochias. Le quartier du Sud se nommait quartier du Soleil. Plus tard, la ville s'agrandit considérablement, et ces agrandissements seront signalés à mesure qu ils se produiront. L'architecte grec Dinarque, celui qui, dit-on, proposa au fils de Philippe de lui tailler une statue colossale dans le mont Athos, fut chargé de diriger les travaux. A peine fondée, la ville d'Alexandrie fut envahie par une foule de gens toujours en quête de nouveautés, par les Juifs, par les négociants grecs, par des Asiatiques, par des représentants de toutes les nations alors connues : ce fut un vaste caravansérail pour le monde entier ; mais les Egyptiens n'y accoururent pas en grand nombre et se cantonnèrent à Rakoti: tandis que les nouveaux venus et le monde entier ne parlaient que
164 LES GRECS EN ÉGVPfÉ
d'Alexandrie, eux, ils n'appelèrent jamais la nouvelle ville que de l'ancien nom égyptien. Ils la considéraient en effet comme implantée de force sur le territoire égyptien par droit de conquête, comme une cité étrangère à leur pays, et tant que dura la domination grecque, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée des Arabes, ils dirent couramment : sortir d'Egypte pour aller à Rakoti et quitter Rakoti pour monter en Egypte. La population composée de ce mélange de nations diverses et formée dans de telles circonstances fut toujours une population fougueuse, ardente à la réaction : nous n'en verrons que trop la preuve dans les événements qui passeront sous les yeux du lecteur, et cela jusqu'en ces dernières années.
La mort d'Alexandre, le 2 Avril 323, fut suivie, comme chacun sait, d'événements tumultueux.
D'abord son frère, Philippe Arrhidée, fut proclamé roi, et le gouvernement de l'Egypte, de la Lybie et de la côte arabique fut donné à l'un des généraux d'Alexandre, Ptolémée, fils de Lagus. Peu de temps après, un fils posthume d'Alexandre, né de Roxane, la fille du roi de Bactriane, vint au monde et fut aussitôt associé à la couronne de son oncle Philippe Arrhidée ; mais bientôt la femme de celui-ci, Eurydice, fomenta la discorde entre son mari et Roxane qui dut cher-
cher le salut de son fils dans l'Épire. En 317, la mère d'Alexandre, Olympias, ayant fait assassiner Philippe qui était né d'une autre femme, le jeune Alexandre JEgos fut seul roi, à Tâge de 6 ans. Cassandre lui ayant été donné comme tuteur, le jeune prince ainsi que sa mère fut jeté en prison; car son tuteur convoitait l'héritage d'Alexandre : il y resta 6 autres années jusqu'à ce que les soldats du conquérant, mécontents de la position faite au fils de leur prince, exigèrent sa mise en liberté ; mais l'année suivante, en 3H, le jeune homme fut empoisonné à Tâge de 13 ans.
Les noms des deux successeurs d'Alexandre et d'Alexandre lui-même sont inscrits sur plusieurs monuments de l'Egypte ; c'est à cette période de rhistoire égyptienne qu'il faut en effet faire remonter la restauration des villes et des édifices que les Perses avaient ruinés : Louqsor, Karnak, Tile d'Eléphantine,Tanis, les hypogées deBeni-Hassan, sont là pour le témoigner. Le commerce afflua dans la ville d'Alexandrie qui devint dès lors le centre du commerce pour le monde entier, ainsi que l'avait prévu son fondateur.
La xxxvni® dynastie fut la dernière des dynasties qui gouvernèrent réellement l'Egypte et lui furent particulières : après çUe, l'Egypte deviendra pro-
vince romaine ou province byzantine; elle n'aura plus d'autonomie. Cette dynastie est nommée Lagide ou Ptolémaïque ; elle comprend vingt-et-un souverains et dura près de 300 ans, 275 ans en nombre juste.
Après les guerres qui s'élevèrent entre les divers généraux d'Alexandre, en 305 avant J.-C, Ptolémée qui avait gouverné TÉgypte sous les premiers successeurs d'Alexandre et en leur nom, ne résista ' point à l'exemple contagieux de ses collègues qui s'étaient taillés de petits royaumes dans lespro-vinces qu'ils administraient en sous-ordre. Ayant * toujours montré de la douceur et une certaine justice dans sa manière de gouverner, il s'était fait chérir de ses administrés qui se rangèrent d'eux-mêmes sous son autorité. Il est connu dans l'histoire sous lenomdeSoter, c'est-à-dire Sauveur, qui lui avait été décerné par les Rliodiens. Le commencement de son règne, même une grande partie^ se passa à faire des guerres continuelles à des compétiteurs jaloux de ses succès : ses anciens collègues ne pouvaient lui pardonner d'avoir si bien réussi, où ils n'avaient guère fait qu'échouer. En 285, après vingt ans de règne, il associa à la couronne Ptolémée II, surnommé Philadelphe, son fils ; puis il abdiqua en sa faveur^ et passa la fin de sa vie dans des honneurs presque
divins, que tous ses anciens sujets lui rendirent àTenyie. A cette occasion, une fête fameuse fut célébrée dans la ville d'Alexandrie, et la description qui nous en a été donnée par Callixène de Rhodes nous fait assister aune véritable féerie, telle qu'on en voit dans les Mille et une nuits. Chose remarquable, ce prince méritait ces honneurs autant qu'un homme pouvait les mériter. Ce fut u,n prince civilisateur, plus encore que guerrier ; non seulement il comprit la pensée d'Alexandre en fondant la ville d'Alexandrie, mais il en lit plus q.ue n'avait rêvé le conquérant macédonien. Il sut attirer dans la nouvelle ville et y fixer tout ce que la Grèce contenait de gens illustres ou simplement remarquables dans les lettres et dans les sciences. 11 dota la ville de fondations qui avaient une grande utilité, et il sut en plus la décorer de théâtres, d'hippodromes, de gymnases qui attirèrent une véritable affluence de populations grecques. Il fut en réalité le second fondateur d'Alexandrie. Ses successeurs suivirent les traces de sa politique et c'est ce qui rendit l'Egypte prospère pendant plus de deux siècles, jusqu'au jour où les Romains en convoitèrent la possession et surent s'en rendre maîtres. Ptolémée Soter mourut deux ans après son abdication.
Ftolémée Philadelphe, sans avoir les talents de
son père pour la guerre, était un organisateur remarquable. Son règne qui dura trente-six ans fit le plus grand bien à l'Egypte. IJ comprit que, pour avoir un commerce prospère, la première chose à faire, c'est d'avoir des routes sûres; il s'appliqua donc à rouvrir aux communications les anciens chemins de l'Egypte à la mer Rouge ; il créa les ports de Bérénice et de Myos-Hormos, rouvrit les routes de Coptos à la mer Rouge, rétablit le canal qui faisait communiquer le JNil à la mer Rouge et attirait aussi le commerce de l'Arabie. Curieux de connaître tous les livres, il fit traduire, dit-on, la Bible en grec et c'est ce qu'on appelle la version des Septante ; il encouragea beaucoup le prêtre Manéthon à composer cette histoire d'Egypte dont les restes sont encore de nos jours le fil d'Ariane qui sert à guider l'historien dans le labyrinthe des diverses révolutions égyptiennes. Voyant l'importance que prenait de plus en plus l'empire romain qui venait de vaincre Pyrhus, il fit une alliance qui devait conduire TEgypte à la dépendance.
L'an 247, Ptolémée III, surnommé Evergète ou bienfaisant^ commença un règne de 26 ans, qui porta l'Egypte au faîte de la splendeur. Il reprit la polilique des grands conquérants égyptiens : ses expéditions en Ethiopie et dans la Syrie
lui soumirent presque toutes les provinces que comprenait Tempire égyptien sous la xvui« dynastie. Ses victoires Tavant rendu maître de Suse et d'Ecbatane, il en profita pour en rapporter quantité de divinités égyptiennes, jadis faites prisonnières et eulevées par Cambyse, et cette action le fit surnommer E vergeté par le peuple égyptien, charmé de voir rentrer en Egypte les défenseurs du pays. Sa cour fut le rendez-vous de tous les savants, et surtout des astronomes : de là vient que la constellation appelée Chevelure de Bérénice fut ainsi nommée pour flatter Tépouse d'Evergète, la célèbre Bérénice IL
Ces premiers princes de la dynastie des Ptolémées portèrent la puissance de TÉgypte jusqu'au plus haut degré ; mais il s'en faut de beaucoup que leurs successeurs aient suivi le même chemin et pratiqué la même politique. Peu à peu la prospérité amena son cortège ordinaire de vices, et les vices amenèrent les crimes que le lecteur va voir se dérouler sous ses yeux.
Ptolémée IV, en 222, ouvre la liste en faisant assassiner son père, comme le dit le peuple, et pour protester contre cette accusation il fait graver sur ses médailles le nom de Philopator : celui qui aime son père. Sous les premières années de son règne, la Syrie fut reconquise par Antiochus ; mais
Philopator réussit à infliger une sanglante défaîte à son ennemi, près de Raphia. Sa sœur et épouse Arsinoé l'avait accompagné jusque sur le cham|) de bataille. Rentré dans la ville d'Alexandrie el soumis à son ministre Sosibe, il se livra à tous les excès et finit par faire assassiner sa femme, pour se donner tout entier à la courtisane Agathoclée. Arsinoé longtemps stérile lui avait donné un fils qui fut Ptolémée Epiphane et qui était âgé de cinq ans à la mort de son père. Les compagnons de Philopator cachèrent sa mort, afin de pouvoir piller le trésor royal et se partager le pouvoir pendant la minorité de son successeur.
Ptolémée V, Epiphane, régna de 203 à 181.' Antiochus de Syrie profita de sa minorité pour enlever toutes les villes de Syrie soumises aux Egyptiens ; puis, par suite de ses guerres' contre Rome, il rendit toutes ses conquêtes en les donnant comme dota sa fille Cléopâtre, qui devait épouser Epiphane. L'an dix-huit de son règne, Epiphane s'était attiré le mépris et la haine de ses sujets par la manière arbitraire dont il exerçait son pouvoir ; lorsque chacun craignait pour sa vie, il fut empoisonné. C'est sous son règne que fut rendu le décret célèbre que nous a conservé la pierre de Rosette.
Ptolémée VI, régna de 181 à 146 ; à'peme âgé
de cinq ans à la mort de son père, il eut pour tutrice jusqu'à sa majorité sa mère Cléopâtre. La onzième année de son règne, la guerre ayant éclaté entre l'Egypte et la Syrie, son armée fut taillée en pièces près du mont Casius, il devint prisonnier des Syriens qui s'emparèrent de Memphis. Les Egyptiens pour ne pas avoir d'interrègne appelèrent au trône son frère Evergète ; mais les Syriens ayant décidé de ne pas occuper l'Egypte, Ptolémée VI, qu'on avait surnommé Philométor, revint dans la ville d'Alexandrie et partagea son royaume avec son frère. Deux ans après, Evergète accepta le gouvernement de la Lybie et Philométor resta seul en Egypte ; mais la mésintelligence s'étant mise entre les deux frères, ils passèrent quatre années à se faire la guerre, puis ils se réconcilièrent. Il mourut après un règne de 3S ans. A sa mort, Ptolémée Evergète II, septième du nom, frère de Philométor accourut de Cyrène où il se trouvait et s'empara du trône d'Egypte en épousant sa belle-sœur, sous le fallacieux prétexte de servir de tuteur à son neveu ; mais le jour de son mariage, il fit étrangler le jeune prince. Ce commencement ne fut pas déparé par la suite : il fut cruel de propos délibéré, presque par plaisir. Son peuple se souleva et le roi s'enfuit à l'étranger pour ramasser les troupes qui devaient Taider à con-
n2 LES GRECâ EN EGYPTE
quérir son royaume. Rentré dans la ville d'Alexandrie où, au lieu d'Evergète, le bienfaiteur, le peuple Tavait surnommé Kakergète, le malfaiteur, il s'efforça de s'attirer la confiance et pendant les dernières années de son règne, il se fit le protecteur des savants et écrivit même un commentaire sur la zoologie en 24 livres. Il mourut en l'an 117 av. J.-C.
Ptolémée VIII, Soler II, aussi surnommé Lathy^ re, fut choisi pour lui succéder, par droit d'aînesse par sa mère Cléopâtre, dite Cocce, quoiqu'elle eût préféré son second fils. Il dut répudier sa sœur, et épousa une autre de ses sœurs, nommée Sélêné (la Lune). Bientôt les menées de la reine Cléopâtre, qui fit répandre le bruit que son fils voulait la faire assassiner, soulevèrent la ville d'Alexandrie et So^ter II dut s'enfuir à Chypre, après un premier règne de 10 ans. (107 av. J.-C).
Ptolémée IX, Alexandre, lui succéda, appelé au trône par sa mère : il se brouilla bientôt avec l'impérieuse princesse et se retira h Chypre pendant que son frère Soter préparait en Syrie une expédition contre l'Egypte : la menace d'une invasion de l'Egypte par Soter le fit rentrer en grâce près de sa mère < mais le danger ayant disparu, Cléopâtre prit le parti de se débarasser d'Alexandre qui la prévint en la faisant assassiner. Surpris dans son
tES GBECS EN ÉGYFrK ll3
crime, il dut s'enfuir dans Tîle de Cos, pour échapper à la fureur des Alexandrins qui rappelèrent son frère. C'est lui, dit-on, qui fit enlever le sarcophage d'or dans lequel reposait Alexandre-le- Grand pour lui substituer un sarcophage de verre.
Soter II, rappelé en 89, fat reçu avec une grande joie par les Alexandrins ; mais la Haute Egypte ne voulut pas le reconnaître, et il dut la soumettre: ce fut pendant cette expédition que les monuments de Thèbes souffrirent beaucoup de déprédations. Soter mourut en 82.
Ptolémée X, Alexandre II, lui succéda et régna neuf ans ; mais non sans difficultés, car à la mort de Soter II, sa fille Bérénice devint d'abord reine ; mais un fils d'Alexandre P', alors détenu à Rome, près du dictateur Sylla, se rendit en toute hâte dans la ville d'Alexandrie et, pour ne pas livrer l'Egypte aux horreurs de la guerre civile, il épousa Bérénice et régna sous le nom d'Alexandre II ; il la fit assassiner dans la suite. Son règne fut peu fertile en événements : il essaya de se rendre agréable à ses sujets ; mais les Egyptiens ne purent lui pardonner le meurtre de Bérénice, la ville d'Alexandrie finit par se soulever contre lui, à cause de ses cruautés, et par le chasser de l'Egypte. Il mourut à Tyr, léguant par testament l'Egypte aux Romains. .
114 LES GhÊCS En ÉGYPtÉ
Les habitants de la ville d'Alexandrie chaisirent un membre de la famille des Ptolémées, Pto*lémée Denys, pour succéder à Alexandre II :
c'est celui qui a été surnommé Aulète à cause de sa passion pour la flûte. Le testament d'Alexandre II ne fut pas accepté par Rome et Jules Césâr, qui avait d'abord voulu en faire reconnaître la légitimité, devint un partisan d'Aulète. Mais les Alexandrins se révoltèrent contre lui, le chassèrent, firent asseoir sur le trône ses deux filles Cléopâtre et Bérénice; alors les Romains, Cleo- • pâtre étant morte, replacèrent Aulète sur son trône: il en profita pour faire mourir sa fille Bérénice et. tous ceux qui lui avaient prêté secours. Il mourut ' lui-même la troisième année de sa restaui&îîon . après un règne total de 21 ans, de 79 à 52.
Le fils aîné d'Aulète et sa sœur Cléopâtre montèrent alors sur le trône : Cléopâtre étant majeure prit le titre de reine. C'est la fameuse Cléopâtre dont parle l'histoire. Elle épousa successivement ses deux frères qui moururent l'un après Tautre. Elle se fit chasser d'Alexandrie et se retira en Syrie d'où elle se disposa à conquérir l'Egypte. Mais les événements ne lui laissèrent pas cette peine ; Pompée, vaincu à Pharsale par Jules César, vint demander un asile au Ptolémée qui régnait alors, et ne rencontra que la mort. Malgré la duplicité
de Ptolémée qui avait voulu faire sa cour au vainqueur, celui-ci attaqua, près de Péluse, Tarmée égyptienne qu'il rejeta dans le Nil où Ptolémée fut noyé. Il rappela Cléopâtre qui régna de nouveau avec son second frère qu'elle fit assassiner en Tan 42. De son commerce avec Jules César, elle avait eu un fils qui est connu dans- l'histoire sous le nom de Ptolémée Césarion. Elle envoya sa flotte au secours des triumvirs dans leur lutte contre Cassius, et les triumvirs lui permirent de donner le titre de roi d'Egypte au jeune Césarion. Accusée cependant d'avoir favorisé Cassius sous main, elle fut citée à comparaître devant Antoine à Tarse en Cilicie. Elle s'y rendit en tel appareil, sur sa barque fameuse, que le triumvir en fut ensorcelé et la suivit bientôt en Egypte (41). Il vécut auprès d'elle, quand ses expéditions guerrières, comme la conquête de l'Arménie, ne l'appelaient pas ailleurs, et il lui apportait son butin. Il la proclama reine des rois et son fils Césarion roi des rois (36). C'est là que commença l'inimitié d'Anloine et d'Octave qui devait se dénouer à Actium. La reine d'Egypte assista à cette bataille célèbre chantée par Virgile, elle fut la première à prendre la fuite, suivie de son adorateur; celui-ci organisa la résistance; pendant que son amie faisait offrir son sceptre au vainqueur. Puis elle s'enferma
116 tES GRECS EN ÈGVPTÉ
dans un tombeau et fit répandre le bruit de sa mort. Antoine, ne voulant pas lui survivre se perça de son épée ; mais avant de mourir, il eut le temps de connaître la supercherie de son idole. La reine croyait qu'elle pourrait subjuguer Octave par ses charmes ; mais Octave résista et la reine^ comprenant qu'elle ava"it perdu la partie, se fit piquer par un aspic et mourut. C'est ainsi que TEgypte devint province romaine.
L'histoire de cette dynastie ptolémaïque, si heureuse et si grande d'abord, qui se perdit ensuite par la licence, le crime et l'ambition démesurée du pouvoir, demande quelques réflexions que le lecteur ne sera sans doute pas fâché de trouver ici. Le succès des premiers Ptolémées n'est pas difficile à expliquer. L'Egypte venait de traverser une longue période de désarroi politique et moral; trouvant chez le premier des Lagides une très grande bonne volonté de se faire bien venir des Egyptiens, comme cette bonne volonté était servie par une grande puissance physique, il ne futpasdifficile que l'harmonie régnât entre le gouvernant et les gouvernés. Ce qui touchait le plus les Egyptiens, c'était leur religion : ce qui leur avait surtout fait détester les Grecs et toutes les nations du Nord en général, c'est que, partis du même point de départ que le peuple égyptien, ils sont arrivés
à toute autre chose apparemment. Les Ptolémées eurent Tesprit de le comprendre : au lieu de travailler à gréciser TEgypte, ils travaillèrent à s'égyptianiser eux-mêmes, laissant au temps, à l'habitude d'une vie commune et d'une fréquentation journalière, le soin de faire progresser la civilisation égyptienne. Ils n'eurent aucune difficulté à se croire les chefs de la religion égyptienne, au même titre que les anciens Pharaons dont ils étaient devenus les successeurs ; ils eurent grand soin de couvrir le sol égyptien de temples qui célébraientleurs vertus officielles et qui témoignaient de leur religion ; ils firent même couvrir les murs de ces temples de scènes et de légendes où les rites du culte égyptien sont exposés et illustrés tout au long : sous ce point de vue, les grands et magnifiques temples de Dendérah, d'Ëdfou, de Philée, pour ne pas parler des moindres, sont des monuments inappréciables pour l'histoire des idées humaines. Ils travaillèrent à embellir ceut qu'ils ne construisirent pas : c'est ainsi qu'au Sérapéum de Memphis, ils construisirent ce demi* cercle où se trouvaient les statues des hommes les plus célèbres de la Grèce ; c'est ainsi que fut construit dans la ville même d'Alexandrie cet autre Sérapéum dont la renommée devint universelle. Tout ce qu'il y avait de gens éclairés dans le mon-
de grec et romain fut bientôt attiré par les initiations secrètes des cultes de Sérapis, qui n^étail que le nom grec de l'Osor-Hapi égyptien, et jamais TEgypte n'eut autant de vogue que dans cette époque. Si Ton veut s'en tenir à cette constatation superficielle, on trouvera que TEgypte joua un grand rôle dans le développement de la civilisation humaine ; mais combien ce rôle n'apparaîtrat-il- pas plus grand, si Ton veut bien se dire que, sous les voiles qui cachaient au vulgaire les idées profondes, il y avait des idées éminemment morales auxquelles l'Egypte était déjà parvenue depuis longtemps, qu'elle avait peut-être trop jalousement gardées pour elle et qui se répandaient alors d'elles-mêmes sur le monde.
Les hommes qui avaient été assez habiles pour comprendre la nécessité de cette ligne de conduite dans la question religieuse, ne pouvaient manquer défaire semblablement dans les questions politiques. Au lieu de bouleverser l'administration égyptienne, ils n'eurent qu'à se laisser aller au fil du courant égyptien, tout en prenant leurs précautions en vue de la sûreté et de la continuité de leur pouvoir. On a souvent dit que les Ptolémées en Egypte innovèrent beaucoup, qu'ils instituèrent quantité de choses inconnues aux Egyptiens : ce serait bien plutôt le contraire
qui serait vrai. Malgré les révpIutioDS, les guerres civiles ou étrangères, la machine gouvernementale était si solidement établie en Egypte, qu'elle avait toujours continué de marcher toute seule, en vertu du mouvement imprimé et de la vitesse acquise. Les Ptoléniées se contentèrent de conserver toutes les charges et les fonctions'adminislratives de TEgypte ancienne, en leur donnantun nom correspondant en grec à côté de leur nom antique en Egyptien ; les premières et les plus importantes de ces charges, ils les réservèrent à des Grecs; les autres, ils les laissèrent entre les mains des Egyptiens. Us conservèrent Tancienne division administrative de TEgypte, en l'augmentant quelque peu ; ils s'aperçurent bien vite que leur capitale était trop éloignée du centre de TEgypte : ils songèrent à créer un autre centre dans la Haute- Egypte d'où Tautorité put aisément se faire sentir jusqu'aux extrémités de leur empire. C'est pour remplir ce rôle que fut fondée la ville de Ptolémaïs, dans la Haute-Egypte, non loin d'Abydos, nommée Pesoi par les indigènes, ou plutôt que fut restaurée Tune des plus anciennes villes égyptiennes, la ville de Thinis qui avait donné son nom à quelques-unes des premières dynasties. Il y eut donc comme deux gouvernements, celui de la Basse-Egypte et celui de la Haute-Egypte. Leurs
territoires étaient divisés en nomes, comme dans l 'ancien temps : chaque nome avait son chef ou son stratège, soumis à un chef de principauté, nommé épistratège, lequel était soumis au gouverneur, et ces grands fonctionnaires relevaient de TEpistolographe^ le scribe en chef de Fadministration pharaonique, lequel était un ministre d'Etat et du culte. Non content de cette administration, les Ptolémées, suivant toujours l'exemple des Pharaons, envoyèrent dans les diverses provinces de l'Egypte des ch?*ématist€Sy juges ambulants qui rappellent les missi dominici de Charlemage ; ils avaient ordre de se rendre compte du bon ou du mauvais fonctionnement de la machine administrative : autrefois les fonctionnaires appelés les yeuœ et les oreilles du roi avaient une mission analogue.
Il n'est pas étonnant après cela que Tadministration ptolémaïque ait été pleine de succès et que l'Egypte soit devenue prospère. Les Ptolémées ont acquis un autre titre de gloire près de la postérité par les embellissements successifs dont ils gratifièrent la ville primitivement fondée par Alexandre. Les trois premiers Lagides firent d'Alexandrie une véritable merveille pour ce temps là. Ils construisirent en face d'Alexandrie, dans l'île de Pharos, le premier phare que mentionne
rhistoire et que commença d'édifier Tarcbitecte Sostrate de Cnide dans la première année du IIP siècle avant J.-C. (299) ; il en restait encore des traces au XIV° siècle de notre ère. L'île de Pharos elle-même fut reliée à la ville par une jetée qui porta le nom de Heptastadion^ parce qu'elle avait sept stades de longueur. La rade fut ainsi divisée en deux ports, \^ grand port qui s'est ensablé, à l'Est, et à rOuest le port du bon retour, Eunoste. qui communiquait avec celui de l'Est par deux brèches faites dans le Heptastade et munies de ponts levis. Le port d'Eunoste communiquait encore avec le lac Maréotis, et par suite avec le Nil, par le port de Kibotos, des lacs et des aqueducs . Il n'est pas surprenant dès lors que tout le commerce du monde alors connu, se soit concentré dans les entrepôts d'Alexandrie. Ce n'est pas seulem en t d'aill eurs le commerce qui fut favorisé par les nouveaux maîtres de l'Egypte, l'agriculture futspécialementencouragée, etles sciences, les arts, furent protégés tout comme ils l'avaient • été aux époques les plus florissantes des dynasties nationales.L'architcctiire reçut surtout des encouragements : on bâtit de superbes palais, sous Cléopâtreentreautres, et le vieuxstyle égyptien fut remis en honneur et atteignit à des effets vraiment magnifiques, comme au kiosque de Philée. Pto-
lémée Soter avait été le disciple d'Aristote et avait recueilli de sa fréquentation avec cet homme extraordinaire au moins un très grand amour de la science et des savants. Il attira à sa cour les savants, les lettrés et les artistes ; il leur donnait l'hospitalité dans son propre palais et finit par leur bâtir une demeure magnifique pour Tépoque, nommée le Muséum, où étaient mises à leur disposition toutes les facilités désirables pour vivre en paix et cultiver la science. Ce Muséum communiquait avec les palais royaux; à eux seuls ils couvraient le quart de la superficie de la ville nouvelle, dans la région aujourd'hui en partie envahie par les flots, en partie déserte, qui s'élève depuis P aiguille de Cléopâtre jusqu'à la Quarantaine et au fort Pharillon, sur les restes du cap Lochias, au témoignage de Strabon. On n'y était admis que par le choix des rois, et c'était un véritable conservatoire scientifique. Cette <;réation répondait si bien aux mœurs et aux besoins de l'époque qu'elle devint très florissante. Elle était uniquement réservée aux savants do naissance grecque, et par là elle était quelque peu étroite et bornée. Ce fut là que brillèrent. les poètes et les philosophes de second ordre, car il n'y en avait aucun de prééminent, dont la réunion est connue dans l'histoire sous le nom A' Ecole (T Alexandrie ou des Alexandrins, la première de ces appellations
«ayant été surtout réservée à uiie école spéciale de philosophes qui ne commence qu'au IP siècle de notre ère. Parmi les savants et les poètes compris -sous le nom d'x\lexandrins, on distingue surtout, pour les poètes : Théocrite, Fauteur des idylles, Apollonius de Rhodes, Callimaque, Lycophron, Philétas de Cos, etc. ; parmi les érudits : Zénodote, le fondateur de la critique des textes, Aristarque qiiî personnifie encore le suprême bon goût. Mais ce •qui contribua le plus à donner de la gloire à l'école d'Alexandrie, ce furent les gens de sciences : toutes les sciences furent en grand honneur au Muséum, mécanique, mathématiques, médecine, histoire naturelle. L'astronomie y était représentée par Hipparque, Apollonius de Perga et le célèbre Plolémée ; la géométrie par Euclide ; la mécanique par rimmortel Archimède, la médecine par Hérophile et Erosistrate ; l'histoire naturelle par Théophraste et Dioscoride. Ces grands hommes, .les pères de nos sciences modernes, méritaient sans doute la réputation que les Grecs leur ont faite ; mais un grand nombre de ce qu'on nomme leurs découvertes avaient déjà été connues des anciens Egyptiens. La sagesse des anciens Egyptiens avait déjà été accumulée dans le Muséum, grâce à la bibliothèque si connue qu' avait créée -Ptojéiuéc Soter avec les ouvrages d'Aristole et
ceux qu'il possédait : elle eut pour premier direcrecteur Démétrius de Phalère, Tancien gouverneur d'Athènes et Tun des plus habiles écrivains de Tépoque. Cette bibliothèque était surtout composée d'ouvrages grecs ; mais Ton y trouvait aussi des œuvres égyptiennes dont onavaitfaitdestraduc tions et des copies, et parfois la violence nedemeura pas . étrangère à l'approvisionnement de cette bibliothèque. Autour d'elle, il y avait des jardins zoologiques et botaniques, un observatoire pour les observations astronomiques, des laboratoires^ des salles pour la xlissection, des collections de tableaux et de statues : rien n'avait été épargné pour en faire le plus beau monument élevé par l'antiquité au génie de l'homme.
Le Sérapéum de Memphis eut aussi une bibliothèque ; car sous le règne d'E vergeté II, la bibliothèque du Muséum étant devenue trop petite, le trop plein en fut déversé dans la collection du Sérapéum qui compta environ 300.000 volumes.
La première s'appelait Bibliothèque mère et la seconde Bibliothèque fille.
On peut juger maintenant de ce que fut la ville d'Alexandrie pour les arts et les sciences. On a dit à ce propos que l'influence égyptienne fut presque nulle sur les savants grecs qui étaient à la tète du Muséum d'Alexandrie. Je crois que c'çgt une er-
reur complète : la civilisation égyptienne, par Tétonnement et le respect qu'elle inspirait à cause de son antiquité, exerça au contraire une très grande influence sur les nouveaux venus. Il ne pouvait pas manquer d'en être autrement. Le pouvoir politique avait conservé la plus grande partie de l'administration pharaonique, il avait adopté l'union du pouvoir civil et du pouvoir religieux sur une seule tète, il élevait aux dieux de l'Egypte des temples dans le pur style égyptien, toutes les coutumes du peuple continuèrent comme si de rien n'était, et l'on voudrait que des gens, vivant au milieu des Egyptiens, ayant des rapports journaliers avec leurs prêtres, n'eussent ressenti aucune influence de toutes ces circonstances particulières? C'est demander l'impossible. Aussi trouve-t-on chaque jour des faits qui ne peuvent s'expliquer que dans le sens de cette influence que j'essaie de déterminer. Qui se serait douté, par exemple, que Virgile en écrivant, au quatrième livre des Géorgiques, l'épisode du pasteur Aristée, ait pu empruntera l'Egypte l'idée du sacrifice par lequel Aristée fait ressusciter ses abeilles ? C'est cependant ce qu'affirmait le commentateur Servius, et l'on aurait pu trouver dans les poètes alexandrins certains passages qui l'eussent fortement donné à entendre ; c'est ce qui est
visible aujourd'hui, car ce sacrifice était l'un de ceux qui se célébraient dans la deuxième partie du service des funérailles en Egypte. C'est sur le conseil des prêtres égyptiens que les Ptolémées donnent des ordres pour la régularisation du calendrier, comme nous l'apprend le décret de Canope ; c'est en Egypte que Jules César prit la première idée de la réforme qui porte son nom.
L'Egypte sous la période romaine, jusqu'au partage de l'Empire romain en Empire d'Orient
et Empire d'Occident.
Devenue partie intégrante de Tempire romain, au même titre que les autres provinces de l'Empire, privée de toute autonomie, uniquement regardée comme une province riche où les gouverneurs pouvaient aller sans crainte faire ou refaire leur fortune, TEgypte est définitivement déchue et n'a plus d'histoire propre. De temps en temps ses gouverneurs se soulèvent contre l'autorité centrale, et l'Egypte porte naturellement la peine des révoltes où elle était toujours prête à se jeter à la suite de ses chefs :
Quidquid délirant reges, plectuntur Achivi,
selon le motd'Horace. Aussi n'a-t-elle plus aucune influence sur le monde et ne s'inquiète-t-elle guère du César qui gouverne. Cependant nous
188 l'égypte
verrons qu'à la fin de cette période TEgypte exer* cera encore une immense influence sur le monde civilisé ; mais cette influence ne sera plus politique, elle sera une influence purement religieuse.
Quand Octave, Tan 30 avant J.-C, réduisit TEgypte en province romaine, il ne changea rien à l'administration précédente ; mais il remplaça par des Romains les plus hauts fonctionnaires grecs. Cependant TEgypte put s'apercevoir de sa servitude, car sa langue qui, jusque là, avait marché sur un pied d'égalité avec la langue grecque, fut définitivement rejelée comme langue officielle : le grec seul survécut. Octave se hâta de faire mettre à mort le prince Césarion qui représentait seul la lignée des princes dépossédés, et qui était plus proche parent du grand €ésar qu'Octave luimême. Quand Octave changea son nom en celui d'Augusteetceignitla couronne impériale, l'Egypte devint propriété impériale, on lui envoya un gouverneur qui fut appelé Préfet d^ Egypte ou Augus-* tal ; et, afin que ce gouverneur n'eût pas des velléités d'indépendance, qu'il ne fût pas trop puissant, on eut soin de le prendre parmi les chevaliers, et non parmi les sénateurs, de le surveiller de très près, de le punir à la moindre faute et de ne le laisser que peu de temps dans son gouvernement. Sauf ces petites mesquineries qui étaient
SOUâ LA PÉRIODE ftOMAlNÉ 409
très importantes pour cette époque, car elles étaient la sauvegarde du nouvel état de choses qu*avait créé l'élévation d'Auguste à Tempire, Tadministration romaine se montra large, tolérante, très économe des deniers publics et des forces du peuple, très productive pour la contrée. Il fallait trouver des provinces capables de fournir au peuple romain le blé dont il avait besoin, et à Cî3 point de vue l'Egypte, par sa merveilleuse fécondité, était Tune des provinces nécessaires à la ville éternelle. Aussi s'occupa-t-on avec le plus grand soin de tout ce qui pouvait assurer la fertilité de TEgypte : les troupes furent occupées à curer les canaux, à en creuser de nouveaux. On n'oublia point les grands travaux entrepris sous la dynastie précédente pour assurer Tachèvement des édifices religieux : les Césars de Rome eurent leurs noms inscrits dans un cartouche, accompagnés quelquefois de leurs portraits dans le style égyptien, et tel temple, comme celui d'Esneh, est dû presque tout entier à Tadministration romaine. Ce fut sous le règne d'Auguste qu'on transporta à Rome quantité de petits obélisques qui décorent aujourd'hui, comme au temps passé, les places de la ville éternelle. Un commerce très actif s'établit entre Alexandrie et Naples, ou Pouzzoles ; puis entre Alexandrie et les Indes, grâce aux ports
190 l'égypté
qui étaient sur le littoral de la Mer Rouge. Sous Auguste, le nombre des navires qui faisaient le commerce avec rinde fut porté de 90 à 120; ils partaient de la ville d'Alexandrie et remontaient le Nil jusqu'à Coptos ; des caravanes transportaient alors les marchandises en six journées, jusqu'à Myos-Homos, et en douze jusqu'à Bérénice ; dans ces deux ports, les marchandises étaient chargées sur d'autres navires qui les transportaient dans l'Inde. Une circonstance heureuse vint apporter plus de facilité à ce commence : vers Tan 50 avant notre ère, le grec Hippalos découvrit, dit-on, le moyen de tirer parti des moussons qui soufflent sur rOcéan Indien : le voyage était ainsi beaucoup abrégé ; mais il est très probable que cette découverte avait été faite longtemps auparavant par les hardis navigateurs égyptiens.
En Fan 24, le voyageur grec Strabon parcourt l'Egypte, et deux ans plus tard, en 22, les Romains se hasardent en Ethiopie et repoussent une inva* sion de la candace d'Ethiopie. Les arts furent protégés ; mais le Muséum déclina rapidement. Tandis que l'intérieur de l'Egypte était tranquille, Alexandrie commence à faire des révolutions inquiétantes. Quoique les premiers qui voulurent visiter l'Egypte après la conquête éprouvassent certaines difficultés à réaliser leurs projets par
SOtlS LÀ PÉRIODE ROMAINE l9l
suite de la conduite soupçonneuse des autorités^ cependant la mode vint assez vite de visiter ce pays, de se rendre dans ses écoles, de se faire initier à ses mystères, d'aller demander la santé à son climat. Le goût pour les religions orientales envahit alors Rome, comme il avait envahi la Grèce : il y eut des temples dlsis à Rome, à Pompéi, dans un grand nombre de villes du littoral.
Tibère, le successeur d'Auguste, 14-37 après J.-C, continua les procédés de douceur et de justice employés par Auguste : il destitua, en Tan 1 9, un préfet qui avait récolté un tribut supérieur au chiffre fixé, disant qu'il voulait bien tondre ses troupeaux, mais non pas les écorcher. Il fit achever le temple de Deboud, en Nubie, et achever la salle hypostyle de Denderah, laquelle contenait les fameux zodiaques dont Tun est aujourd'hui la richesse de la Bibliothèque Nationale. En Tan 49, Germanicus visite TEgypte, les Pyramides, Memphis et son Sérapéum, le lac Mœris et le labyrinthe qui en constituait la porte, Thèbes et ses magnificences, se faisant expliquer les inscriptions hiéroglyphiques relatant les hauts faits de Sésostris.
Sous le règne de Caligula, en Tan 40, eut lieu la sédition d'Alexandrie qui rendit nécessaire l'ambassade à la tête de laquelle était le Juif Philon.
i 9â l'Egypte
Ce Philon a laissé une grande renommée et a exercé une assez forte influence sur les idées des siècles qui suivirent, car il est le premier qui tenta d'allier ensemble le Platonisme et ce qu'on a appelé le Mosaïsme : il a laissé de nombreux ouvrages où se montre la teinte mystique de son esprit. Il fut le précurseur des Pères Alexandrins de l'Eglise chrétienne et des philosophes néoplatoniciens.
Claude (41-S4) dut apaiser une nouvelle révolte des Juifs d'Alexandrie ; il essaya d'enrayer la décadence de l'ancienne école d'Alexandrie en fondant un nouveau Muséum^ mais sans y pouvoir réussir. Afin de subvenir aux constructions coûteuses de la Rome impériale, il fit exploiter à nouveau les carrières de porphyre de la côte égyptienne sur la mer Rouge, et ces carrières s'appelèrent Mons Claudianus, aujourd'hui le Gebel-Doukhân.
Néron (84-68) voulut aussi voir TEgypte, comme il avait vu la Grèce ; maïs sa volonté ne s'accomplit point, quoique les habitants de la vallée du Nil lui eussent préparé une réception magnifique. Il avait envoyé une expédition à la recherche des sources du Nil ; mais cette expédition ne put obtenir le but qu'elle poursuivait.
Vespasien, après les règnes de quelques empereurs éphémères, fut salué empereur en Egypte,
sons LA PÉRIODE ROMAINE 193
en 69, par le préfet d'Alexandrie. On commit beaucoup d'exactions sous son règne ; les Juifs se révoltèrent de nouveau dans la ville d'Alexandrie, et c'est alors que fut détruit le temple d'Onion qui avait été élevé Tan 179 avant J.-C.
En Tan 79, Titus visite TEgypte.
En Tan 416, sous Trajan, les Juifs organisent une violente sédition, assiègent Alexandrie et promènent la dévastation dans la Basse-Egypte. L'année suivante, le pays est pacifié et la ville d'Alexandrie reconstruite, sous le règne de Hadrien.
L!une des causes des révoltes fréquentes des. Juifs Alexandrins, comme ce fut aussi le cas pour un grand nombre de villes de l'Asie mineure, était la haine que les Juifs portaient à tous ceux qui ne croyaient pas en leur Dieu et qui adoptaient les doctrines nouvelles du Christianisme. La cause de la ruine définitive de Jérusalem par Titus, en 70, n'avait pas été autre, et en Egypte les mêmes causes opéraient les mêmes effets, quoique les Juifs y aient joui d'une liberté beaucoup plus grande que partout ailleurs. Lechristianisme s'était déjà implanté dans la ville d'Alexandrie. La légende de l'Eglise copte veut que ce soit saint Marc, disciple de saint Pierre, qui ait prêché le Christianisme dans la ville d'Alexandre : il avait bâti une petite église, dit-on, dans le quartier nommé La
\ 94 L*ÉGYPTÊ
maison aux vaches. Sa prédication ayant attiré l'attention, il fut obligé de s'enfuir dans la Pentapole ; il retourna bientôt, trouva un aide dans la personne d'un savetier, nommé Ananios, qui fut son successeur dans le gouvernement de la communauté chrétienne, et finalement fut martyrisé. La petite église vécut sans bruit, faisant le plus de prosélytes qu'elle pouvait, et en Tan 150 de notre ère nous trouvons qu'elle était fortement organisée, car c'est vers cette époque que Clément d\\.lexandrie monte dans la chaire du didascalée chrétien de cette ville, après d'autres docteurs moins célèbres. Cette église eut une vie à part dans l'Egypte ; l'Egypte, elle, était en dehors de ce mouvement religieux. A peine sortie des premiers jours de l'enfance, elle eut à lutter contre de puissants ennemis, surtout contre les Gnostiques. Les Gnostiques étaient une sorte de petite société fermée qui s'attribuait le privilège d'être élue par la seule possession de la science, la Gnose, D'autres pays eurent leurs docteurs gnostiques ; mais nulle part il n'y en eut de plus célèbres et de plus profonds que dans la ville d'Alexandrie. Le Gnosticisme eut pour but d'expliquer aux hommes l'introduction du mal dans le monde : comprenant que la cause première ne pouvait être l'origine du mal, ils imaginèrent une série de dégénères^
sous LÀ PÉRIODE ROMAINE i9S
cences successives qui arrivaient à produire le ma;I. Pour eux le monde était triple : le monde supérieur, le monde intermédiaire qui descendait jusqu'à la lune, et le monde que nous habitons. Le monde supérieur était habité par les premières émanations divines, où il y avait cependant eu une défaillance dans Tun des anneaux de la longue chaîne d'être supérieurs, ou œons, qui peuplaient Tempyrée ; cette dégénérescence alla toujours en augmentant à mesure que les anneaux de la chaîne devenaient plus nombreux, jusqu'à l'homme.
L'homme qui ne recevait pas le bienfait de la Gnose, quoique Jésus se fût incarné pour le sauver, ne pouvait aspirer en rien au bonheur de la félicité éternelle ; celui qui au contraire avait été initié à cette merveilleuse Gnose avait beau commettre tous les péchés, il ne pouvait pas ne pas être sauvé. Cette doctrine était commune à tous les Gnostiques ; les Gnostiques égyptiens surent l'agrémenter de toutes les imaginations possibles. Satornilus, Basilide, Carpocrate, Valentin, Héracléon, Ptolémée ajoutèrent quelque chose aux systèmes de leurs prédécesseurs ; mais dès Basilide et Valentin, il n'y avait plus guère à modifier. Le premier est célèbre pour avoir imaginé ses 365 cieux, ou mondes, qui s'abaissaient vers la terre, -par son Dieu-Néant, qui n'était autre que le Dieu
1 96 L^ÉGYPtÊ
en puissance, et par les Âbraxas que ses disciples adoptèrent ; le second Test par la poésie dont il entoura un système analogue dans ses principales parties à celui de Basilide, sauf que son Plérôme ne se composait que de trente mondes. Les Pères de TEglise ont conservé les principaux linéaments des divers systèmes Gnostiques, mais tellement défigurés par l'analyse et la réfutation qu'ils ne sont pas reconnaissables. Chaque secte (elles étaient fort nombreuses) s'appuyait sur des Evangiles et des Révélations apocryphes dont les Pères ne nous ont guère conservé que le nom. Fort heureusement on a retrouvé dans les papyrus et les parchemins de l'Egypte chrétienne des ouvrages entiers des docteurs Gnostiques, comme le livre de Pistis Sophia^ le livre du Logos en chaque mys^ tère^ et celui des Invisibles divins, L'Egypte ancienne avait fourni une grande partie des doctrines qui avaient fait le Gnosticisme égyptien, et il n'y a guère de différence entre la manière dont il fallait que Tâme élue se comportât dans chacun des mondes qu'elle avait traversés avant d'arriver au lieu du Dieu de vérité et celle dont les âmes devaient traverser chacun des douze domaines de la nuit dans le monde souterrain de l'antique Egypte. Et en outre l'Ogdoade Valentinienne, avec son Dieu primordial nommé Buthos, Tabîme, res-
sous LA PÉRIODE ROMAINE 197
semble à sY méprendre à TEnnéade égyptienne, composée d'un dieu solitaire et de huit autres dieux. Le Gnosiicisme vécut longtemps, et jusqu'au vn* siècle les moines de l'Egypte employaient des expressions qui avaient bien l'air gnostiques. Il finit par s'éteindre de lui-même et ne se répandit guère au-delà d'Alexandrie et de quelques-uns des nomes circon voisins.
Le Christianisme mit en effet assez de temps à pénétrer l'Egypte : hormis Alexandrie qui semble avoir été un terrain préparé tout exprès pour recevoir la semence nouvelle, il n'eut pas tout d'abord en Egypte une brillante destinée. Il remonta cependant peu à peu le fleuve, grâce aux stations commerciales établies sur le Nil, et nous avons la preuve qu'il en fut ainsi dans les Actes des Martyrs de l'Egypte qui tous ont pour théâtre une station maritime, quand ils sont anciens. Le Christianisme orthodoxe se garda bien d'avoir la morale relâchée des Gnostiques, et par là il devait finir par plaire à l'Egypte qui avait reçu des aïeux une doctrine morale très élevée. Nous verrons bientôt que, pour s'acclimater en Egypte, il devait faire de graves compromis avec les doctrines séculaires du peuple égyptien.
L'empereur Hadrien est un grand voyageur, et sa femme, l'impératrice Sabine, ne lui cédait
198 l'égypte
rien pour le goût des voyages. Ils visitèrent l'Egypte, et la ville d'Alexandrie fit frapper une magnifique médaille à cette occasion, avec Texergue xarr^p TCaxptSoç, Père de la patrie. Hadrien examina tout ce qui se présentait à ses yeux, frappé de ce qu'il voyait, mais ne voulant guère en con-» venir et écrivant la fameuse lettre que nous a conservée Tacite. Son nom et celui de sa femme Sabine furent gravés sur Tune des statues colossales d'Aménophis III qui dominent encore la plaine de Thèbes. Cette statue porte plus de 78 signatures de voyageurs grecs ou romains : c'était alors la mode de graver son nom sur le colosse renversé sur le sol par le tremblement de terre dé l'an 27 avant J.-C. Le voyage de l'empereur Ha^ drien devait être conservé au souvenir de la postérité par la fondation d'une ville en l'honneur de son favori Antinoiis (132). Antinous, qui était aussi du voyage, se noya dans le Nil près de la ville actuelle de Scheikh-Abadeh. L'empereur voulut perpétuer le souvenir de son favori par la fondation d'une ville: cette ville fut appelée à de grandes destinées^ car elle devint bientôt la capitale du Sa'id ou Haute-Egypte, nommée Thébaïde par les bisto* riens grecs. Ce fut une ville grecque plutôt qu'égyptienne : jusqu'au commencement de ce siècle on en pouvait encore admirer les édifices
sous LÀ PÉRIODE ROMAINE 199
ruinés, sur la rive droite du Nil, presqu'en face de la ville actuelle d'Eschmouneïn. Aujourd'hui il n'en reste plus rien, mais nul doute que des fouilles habilement conduites ne vinssent à mettre au jour quantité de monuments intéressants. Rentré en Italie, Hadrien importa avec lui le goût des choses d'Egypte : dans sa célèbre villa de Tibur, il imita quelques-uns des monuments égyptiens, sans compter qu'il eut de nombreux imitateurs qui essayaient de lui faire ainsi leur cour. C'est à cette époque qu'il faut attribuer la confection de la célèbre mosaïque de Palestrina.
Sous l'empereur Antonin le Pieux (138-161), une nouvelle sédition de la populace alexandrine, pendant laquelle le préfet fut assassiné, dut être réprimée. La politique des Antonins, quoique très paternelle et remplie de bon vouloir pour les habitants de l'Egypte, ne put venir à bout de la haine que les Egyptiens portaient aux étrangers. Antonin fit faire de nombreuses constructions où se voit son nom conservé par les inscriptions hiéroglyphiques. Ce détail nous montre combien est vraie la célèbre affirmation de Clément d'Alexandrie écrivant que de son temps, et le règne d'x^ntonin était précisément l'époque à laquelle il vécut> personne ne savait plus ce que signifiaient les hiéroglyphes, affirmation que l'on voit encore
200 L^ÉGYPTÊ
répétée de nos jours, malgré sa fausseté démontrée.
Marc-Aurèle et son fils Lucius Verus firent aussi un voyage en Egypte. Sous le règne de l'empereur stoïcien, il fallut purger TEgypte des bandes armées qui en étaient venues jusqu'au point d'attaquer la ville d'Alexandrie. Ces bandes à peine exterminées, eut lieu la révolte du préfet d'Egypte : cette révolte avorta, et Marc-Aurèle se montra aussi magnanime après la victoire qu'il s'était montré énergique avant.
En 182, sous Commode, le Sérapéum d'Alexandrie fut incendié.
En l'an 200, Septime Sévère dut soumettre la ville d'Alexandrie qui s'était opposée à son élection. Il parcourut toute l'Egypte en compagnie de Juliâ Domna, sa femme, et de celui qui devait être Caracalla, et visita même l'Ethiopie. Ce fut pendant ce voyage, en 202, qu'il fit relever le colosse de Memnon étendu à terre dans la plaine de Thèbes, et à peine le colosse fut-il relevé que cessèrent les bruits mystérieux qu'on avait attribués à des causes surnaturelles.
Le règne de Caracalla fut néfaste pour les Egyptiens. Irrité des bons mots que les habitants d'Alexandrie faisaient courir à son sujet, il résolut d'en tirer vengeance : il se rendit dans cette ville
sous LA PÉRIODE ROMAINE 201
et la livra à la soldatesque, pendant que lui-même, du haut du Sérapéum, contemplait ce barbare spectacle, comme autrefois Néron avait contemplé rincendie qui consumait Rome.
Le règne d'Alexandre Sévère (222-235) s'écoula tout entier dans la paix et la prospérité. Ce fut sous ce règne que florissait Origène, dont les auteurs ecclésiastiques ont vanté la science immense. Appelé à succéder à ses maîtres les docteurs de Técole chrétienne d'Alexandrie, plus platonicien que chrétien, et plus mystique encore que platonicien, il eut des démêlés avec le patriarche Démétrius qui le déposa d'abord, l'excommunia ensuite. Origène se retira en Syrie où il fut ordonné prêtre. L'Eglise d'Alexandrie était devenue de plus en plus florissante, et le Christianisme avait déjà fait de sérieuses conquêtes dans la vallée du Nil.
Le règne de Dèce le montra avec évidence, car à ce règne remonte la première persécution dont les Coptes, ou Egyptiens chrétiens, aient conservé le souvenir dans leur martyrologe qu'ils appellent Syjiaxare. Par suite de cette persécution, un jeune chrétien d'Alexandrie s'enfuit près de Qolzoum, le site de l'actuelle Suez, et s'arrangea une vie dans le désert près d'une source d'eau et de quelques palmiers : c'était Paul, le premier ermite chrétien.
202 L*ÉGyPTE
La persécution religieuse n'était pas feiRe pour ramener le calme dans les esprits et les prédisposer en faveur de Tadministration romaine qui était elle-même instable et très ébranlée par suite dès nombreuses compétitions dont le pouvoir impérial fut l'objet. Ayssi la haine contre les Romains grandissait de jour en jour, quoique Rome eût toujours respecté la religion égyptienne et que les divers cultes locaux n'eussent encore été en butte à aucune attaque.
Sous les empereurs Valérien et Gallien, -les troubles deviennent permanents dans la ville d'Alexandrie ; à la suite des troubles, la peste et la famine désolent la ville pendant que la révolte est toujours sur pied et que les gouverneurs de TEgypte marchent pendant douze années d'usurpation en usurpation. Le Sérapéum et le Muséum sont alors abandonnés successivement. En l'an 269, la reine de Palmyre, Zénobie, s'empare de l'Egypte. Quatre ans plus tard, Aurélien parvient à vaincre la reine, détruit Palmyre et fait servir Zénobie à son triomphe. L'Egypte suit nécessairement la destinée de la souveraine. En 274, un simple fabricant de papyrus, d'origine et de nom romains, Firmus, réussit à soulever le peuple dWlexandrie, prit le titre d'Auguste, s'attribua le droit de battre monnaie, jusqu'à ce qu'il eût été
sous LA PÉRIODE ROMAINE 203
vaincu et tnîs à mort par le général Probus qui fait ensuite la pacification de la vallée du Nil.
Proclamé empereur pendant cette pacitication, il continue son œuvre et soumet la haute Egypte, puis part pour Rome. Dès qu'il est parti, les révoltes recommencent ; c'est d'abord le général Saturninus, puis le préfet Achillée qui lèvent Tétendard de la sédition. Probus finit par vaincre le premier; mais le second ne devait être vaincu que par Dioclétien.
Dioclétien, élevé à Tempire en 284, ne vint à bout de réduire Achillée qu'en 296. Pendant huit Ifnois il assiégea Achillée dans Alexandrie, et livra au pillage la ville juive. Il fallut reconquérir l'Egypte tout entière et la réorganiser de concert itvec Maximien Hercule. Il le fit avec une telle sévérité qu'il s'attira la haine des Egyptiens, une haine intense et vivace, et jusqu'à ce jour il est resté pour eux le symbole de la tyrannie et de la cru- •auté. Son avènement fut pris parles Coptes comme le point de départ d'une ère nouvelle, qui est aussi connue sous le nom d'ère des martyrs : elle commence à l'an 284. Dioclétien avait cependant le coup d'œil juste : il jugea de prime abord les frontières de Tempire portées trop avant et les recula de sept jours de marche : il en posa la limite k rUe d'Eléphantine, en face de Syène. L'île de
204 L*ÉGVPTE
Philée avec ses monuments magnifiques est fortifiée pour parer aux incursions des Nubiens, des Blemmyes et des Bougas : cependant le sanctuaire de la déesse Isis resta commun aux deux parties. Philée fut reliée à Syène par une muraille de briques, épaisse de 4 mètres et longue de 6 kilomètres, dont les voyageurs retrouvent encore et suivent les vestiges. Il fit un traité de paix avec les tribus nomades, et ce traité subsista tant bien que mal jusque vers le milieu du sixième siècle. Sous la première partie de ce règne, Antoine, né h Qiman, au sud de Memphis, fait ses premiers essais de vie religieuse ; puis, voyant qu'il ne peut vivre tranquille, il s'éloigne de son village, fonde un monastère sur la rive droite du Nil, à Meimoun et finalement se retire dans la montagne de Qolzoum, sur les bords de la mer Rouge. A Taulre bout de l'Egypte, dans le nome d'Esneh, naît le petit Pakhôme qui devait être plus tard le fondateur du cénobitisme.
En Tan 301 paraît l'édit de la persécution connue sous le nom de Dioclétien. La persécution commence aussitôt en Egypte : elle y fut cruelle, mais pour d'autres causes que celles que Ton admet d'ordinaire. Les Egyptiens furent très contents de trouver cette occasion de faire de Topposition et ils se précipitèrent au martyre avec furie. Nul