Voici le tableau des princes de cette dynastie
El Mélbk el Dàher Barqouq 784=1382
Hagy, ibn Schaabân 791=1388
Farag, iba Barqouq 801=1398
'Abd el'AzÎz, ibn Barqouq 808=1405
Imam el Mostaîn billah 815=1412
ScHErKH el Mahmoudy 815=1412
Ahmed, ibn el Mahmoudy 824=1421
Sep ed-dîn Tattar 824=1421
Mohammed, ibn Tattar 824=1421
El Mélek el Aschraf Barse-bây 825=1422
YoussouF, ibn Barse-bày 841=1437
El Mélek el Dâher Djaqmaq 842=1438
Othman, ibn Djaqmaq 857=1453
El Mélek el Aschraf Ynal 857=1453
Ahméd, ibn Ynal 865=1460
El Mélek el Dâher Khoschqadam 865=1461
El Mélek el Dâher Yel-bày 872=1467
El Mélek el Dàher Tamar-bogha 872=1467
El Mélek el Aschraf Qaît-bây 872=1467
Mohammed, ibn Qaît-bây 901=1495
Qansou Khams-mîeh 901=1495
Qansou abou Saïd 904=1498
Qansou Djân balad 905=1499
El Mélek el'Adel Touman-bây 906=1500
Qansou el Ghoury 906=1501 ^h Mélek el Aschraf Toumân-bây 922=1516
â84 L*ÉGYPTÉ
avec cette différence que les Grecs si détestés avaient fait place aux Turcs plus détestables encore, plus froidement cruels, moins policés et plus avides de toutes les jouissances que donnent Targent et la domination. Sans instruction ne prisant rien tant que la force brutale et se croyant les premiers des hommes parce qu'ils avaient la force en main, ils firent périr à petit feu ce qui restait de l'Egypte. Comme les empereurs de Constantinople, les Sultans ottomans déléguèrent leur autorité à un lieutenant qui se nomma pacha au lieu de s'appeler augustal, comte ou duc, mais le plus important pour le Grec ou pour le Turc était de garder l'Egypte sous sa main en la terrorisant chacun à sa façon. Le Turc se montra supérieur au Grec dans cette manière de gouverner. Afin de tenir le pacha d'Egypte sous sa main, on le nomma pour un an, avec faculté de lui renouveler son mandat s'il avait plu ; de là de continuelles intrigues à Constantinople pour supplanter le pacha en exercice, des concussions toujours renouvelées du pacha en Egypte afin d'acheter la faveur du Sultan et de faire sa propre fortune. Les malheureux habitants de l'Egypte devaient tout regarder et ne rien dire, ne rien faire que fournir à leurs oppresseurs toutes et quantes sommes qu'il leur plaisait d'exiger, et ce
peuple a eu l'inertie nécessaire pour supporter ce régime pendant plus de trois cents ans^ jusqu^au moment où l'expédition française vint le tirer de sa torpeur en lui montrant ce que valait son pays.
Selim donna à TEgypte une administration nouvelle, qui était réellement nouvelle pour les officiers supérieurs, mais qui, pour Timmense majorité des employés inférieurs, était identique à la vieille administration pharaonique laquelle avait traversé tous les siècles et toutes les révolutions, parce qu'elle était profondément adaptée au pays. Le pacha d'Egypte était chargé de la promulgation et de l'exécution des ordres impériaux qu'il recevait directement : son pouvoir était uniquement civil et n'avait rien de militaire. Le pouvoir militaire était réservé à un officier supérieur de l'armée ottomane, qui logeait à la citadelle et avait défense absolue d'en sortir : il commandait aux six corps de gens d'armes qui devaient maintenir l'Egypte dans la soumission et étaient chargés de percevoir le tribut. Ces six corps étaient appelés odjâks : c'étaient celui des Mouteferreqah, composé de l'élite de la garde du sultan ; celui des Tschaouschieh, composé des officiers en sous-ordre de l'armée de Selim et chargé de la perception des impôts ; celui des chameliers ; celui des fusiliers
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ou artilleurs ; celui des janissaires chargé de la police des villes, et enfin celui des Azâbs formé des anciens mamlouks échappés à la ruine et au massacre. Chaque corps était commandé par un aghây et ces aghâs composaient le divan ou conseil du gouvernement qu'ils étaient chargés de surveiller et dont ils pouvaient suspendre les ordres pour en référer à Constantinople. En plus de ce double pouvoir, il y en eut un troisième, celui des beys ou gouverneurs de province qui, au nombre de douze, devaient être choisis parmi les mamlouks qui avaient fait leur soumission : ils devaient servir de contre-poids aux deux autres pouvoirs constitués. Ce qui résulta de cette machine compliquée, ce fut une anarchie perpétuelle : les grands se disputaient et nécessairement les petits en pâtissaient.
Soliman I", le successeur de Sélim (i519), trouva moyen de compliquer encore ce mode de gouvernement : il créa deux divans, le grand et le petit, auxquels le pacha ne pouvait assister que derrière une fenêtre grillée. Le grgnd divan était chargé de délibérer sur les aflaires générales du pays, il était convoqué par le pacha ; le petit, au contraire, était permanent et s'assemblait tous les jours pour expédier les affaires courantes. Le pacha dut prendre son logement à la citadelle et
fut ainsi sous la main de Taghâ qui commandait. On ajouta un septième odjâq au corps d'armée qui, composé de circassiens, eut le cinquième rang dans cette hiérarchie militaire. Uodjâq des janissaires fut désigné pour aller partout où le sultan renverrait ; il devint un corps indépendant dans cette armée, et nécessairement il advint que les janissaires s'emparèrent peu à peu de tout le pouvoir et que leur chef fut en réalité le maître de TEgypte. Les chefs des odjâqs étaient inamovibles et pouvaient passer leurs charges à leurs descendants. Douze beys furent adjoints aux douze gouverneurs de province pour les t^ontrôler davantage, si bien que chacun des sujets de Soliman était appelé à surveiller son voisin pour le bien de la Porte Ottomane. Les villes de Suez, de Damiette et d'Alexandrie restèrent sous le contrôle immédiat du sultan. Le sultan fut déclaré propriétaire du sol entier de TEgypte : il en conférait une transmission inaliénable à des mouliezims, sorte d'usufruitiers qui pouvaient le céder à leurs enfants ; les moultezims cédaient partie de leur fief aux fellahs, par une cession irrévocable tant que la famille du concessionnaire durait ; si le fellah mourait sans enfant, la terre revenait au moultezim qui la donnait à un autre fellah. L'impôt était dû à la fois par le moultezim et le fellah ; le non-
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paiement entraînait la déchéance de Tun ou de Vautre. Enfin, pour obvier aux extorsions illégales des gouverneurs, faculté fut donnée aux tenanciers de léguer leurs biens à des mosquées ou pour des œuvres pies qui prélevaient une partie du revenu. C'est ce qu'on nomme otiaqfs^ ce qui se rapproche de nos fabriques avec leurs fondations : un bien ainsi consacré ne pouvait plus être retiré aux concessionnaires^ à leurs descendants ou aux mosquées. Cet usage qu'on a cru nouveau durait depuis les plus anciens temps.
Tel fut en résumé le système de gouvernement usité en Egypte pendant trois siècles : c'était l'anarchie organisée. Aussi l'histoire d'Egypte n'est-elle qu'une suite continuelle de discordes toujours les mêmes, parce qu'elles n'avaient qu'un seul objet : l'acquisition de la richesse, d'une richesse rapide, par tous les moyens possibles. On ne s'occupa point de restaurer les canaux et les digues, les pachas n'avaient pas le temps ; on ne pensait qu'à faire rendre au pays le plus d'impôts possible : pour parvenir à ramasser le tribut il fallait au moins extorquer trois fois le chiffre de ce tribut, parce qu'il en restait toujours une parcelle aux mains qui le touchaient.
Trois siècles se passèrent ainsi. Sous le règne de Louis XIV (1672), Leibnitz présenta au roi un
DOMINATION ARABE ET TpRQDE 289
projet pour Toccupation de TEgypte et Bossuet lui-même semble y avoir poussé ; mais le grand roi avait à s'occuper d'autres choses plus pressées. Un siècle plus tard, de 4766-1779, TEgypte recouvrit tout à coup sa vigueur ancienne sous 'Aly-bey, que Ton a surnommé le Grand, qui chassa le pacha turc, se rendit indépendant et battit les armées de la Porte Ottomane. Il fit la conquête de la Syrie et de l'Arabie, tint un moment La Mecque en sa possessioU; conclut des alliances avec la Russie et Venise contre Constantinople. Il rétablit l'ordre dans l'administration intérieure de l'Egypte qui redevint prospère ; mais tous ces beaux commencements s'évanouirent assez vite : la trahison se mit dans son armée ; il fut vaincu, blessé, fait prisonnier et mourut au Caire des suites de ses blessures. L'Egypte retomba alors dans l'anarchie : deux beys se partagèrent le pouvoir, Ibrahim et Mourâd, avec des alternatives de succès et de revers. Le sort des Européens fixés en Egypte était devenu intolérable au milieu de tous ces événements : le consul de France, Magellon, adressa en 4793 des rapports, accompagnés de pétitions collectives, sur la situation en Egypte ; il alla même les soutenir de sa présence et de sa parole en 4796 près du ministre des relations extérieures : ils furent connus de Bonaparte après Campo-Formio
290 l'égypte
(1797) et Texpédîtion d'Egypte fut résolue dans le plus grand secret*. Cette expédition a été diversement jugée, parce qu'elle a mal fini ; mais ce fut une idée de génie de la part du grand homme qui l'entreprit : elle n'eut qu'un défaut, celle 'd'être prématurée, et celui qui la conçut ne sut pas la vouloir jusqu'au bout et s'en laissa distraire. Les résultats qui en sortirent devaient être pour L'Egypte le commencement du renouvellement de sa puissance dans le monde, de son importance reconnue et jalousée dans les temps modernes, et surtout du grand mouvement scientifique dont elle a été l'occasion, de l'émulation qu'elle a inspirée
i. Voici les noms des sultans ottomans suzerains de TEgypte jusqu'À l'expédition française :
SblIm, ibn Bayâzid 929=1517
SoLiMAN, ibn Selim 926=1520
Selîm, ibn Soliman 974=1566
MouRAD, ibn Selim 982=1574
Mohammed, ibn Mourâd i 003=1594
Ahmed, ibn Mohammed, 1012=1603
MousTAFA, ibn Mohammed 1026=1617
Othman, ibn Ahmed 1027=1618
MouRAD, ibn Ahmed 1032=1623
Ibrahim^ ibn Ahmed 1 049=1640
MoHAMHSD, ibn Ibrahim 1058=1648
SoLlMàN, ibn Ibrahim 1099=:1687
Ahmed, ibn Ibrahim 1102=1691
MousTAFA, ibn Mohammed 1106=1695
Ahmed, ibn Mohammed 1114=1702
Mahmoud, ibn Moustàfa 1143=1730
Othman, ibn Moustàfa 1168=1754
MousTAFA, ibn Ahmed 1171=1757
Abd-el-Hamid, ibn Ahmed 1187=1774
SeUm, ibn Moustàfa 1203=1789
aux diverses nations occidentales et des résultats considérables obtenus dans Thistoire des idées humaines. A ce seul titre, Timportance historique de l'expédition française en Egypte est considérable.
Expédition Française
Le 2 juillet 1798, Tarmée française, commandée par le général Bonaparte, arrivait près d'Alexandrie, débarquait à TAnse du Marabout ou Tour des Arabes, attaquait et prenait la ville d'Alexandrie. Alexandrie n'était plus la ville populeuse des Ptolémées, c'était à peine Tombre de ce qu'elle avait été autrefois : elle ne comptait que 6000 habitants au lieu de 200 ou 300 mille, ou même plus qu'elle avait renfermés dans ses murs dans les meilleurs jours du temps passé. L'expédition qui signalait ainsi son arrivée sur la terre antique des Pharaons avait un double but, militaire et scientifique. Au point de vue militaire, elle comprenait, outre son général en chef, des noms qui étaient destinés'pour la plupart à l'immortalité de Thistoire : son chef d'état-major était Berthier ; le
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commandant du génie Caffarelli-Dufalga, celui ae Tartillerie, Dammartin ; parmi les généraux de division on remarquait Kléber, Desaix, Reynier, Baraguey-d'Hilliers ; parmi les généraux de brigade, Lannes, Dumas, Murât, Rampon, Davoust, Priant, Belliard, Andréossy, Marmont, et enfin pour chirurgiens elle avait Desgenettes et Larrey. La flotte qui Tavait transportée dans le plus grand secret était commandée par Tamiral Brueys qui devait trouver la mort dans la bataille navale d'Aboukir, les contre-amiraux Villeneuve, Ganteaume, Decrès, etc. Elle avait pris en chenain Malte où elle avait aboli Tordre des chevaliers, et depuis le 49 mai, date du départ, elle avait été dans l'ignorance la plus absolue de l'endroit où on la conduisait. Elle était forte de 32.000 soldats, plus 10.000 marins, admirablement disciplinés, prêts à s'employer à tout ce qu'on exigerait d'eux. Au point de vue scientilique elle comptait les hommes les plus distingués : Monge, Fourrier, BerthoUet, Costaz, Conté, Dolomieu, Geoffroy- Saint-Hilaire, Lepère, Jomard, du Bois- Aymé, Denon, Marcel qui devait diriger l'imprimerie qu'on établirait au Caire.
Le 7 juillet, l'expédition se mit en marche vers Le Caire. Il fallut traverser les terres arides qui environnent Damanhour, ce qui fut très pénible ;