‹ Résumé de l'histoire de l'Égypte depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, précedé d'une étude sur les mœurs, les idées, les sciences, les arts et l'admisistration dans l'ancienne ÉgypteChapitre 5 sur 17 · Voir le signe troisième, même page · texte numérisé non relu

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Langues 31

5"e morceau

L*an sept ; le quatrième mois de la saison de Schat, le jour huitième : ce jour de placer la fille royale,

La grande femme royale Ahmès Set-Ka-mes, vivante.

La ligne de démotique signifie, d'après Wf. Revillout : An 25, Pachons, du roi Ptolémée, fils de Ptolémée et d'Arsinoé les Dieux frères.

Cette triplicité d'écriture ne suffit pas aux Egyptiens ; à Tépoque chrétienne, ils adoptèrent Talphabet grec, soit qu'ils le reconnussent d'un usage beaucoup plus commode, soit que les nouvelles croyances aient éloigné tout ce qui avait une apparence idolatrique. Mais^ comme le nouvel alphabet ne contenait pas toutes les lettres nécessaires pour représenter les sons de la langue égyptienne, ils y ajoutèrent sept signes nouveaux, dont un syllabique, à savoir : tg = sch ; q = f ; * == kh ; g^ = h forte, aspiration qui sert à rem' placer Tesprit rude des Grecs ; ^ = dj ; ^ = g, et enfin '^ = ti. Toutes ces lettres viennent des formes hiératiques ; ainsi, cg vient du signe quatrième du tableau de la page 28, ^ du huitième, q de '^-=w , fait en démotique ainsi qu'il est fait au signe neuvième. Cette écriture devint l'écriture

â2 bAGÊà DE L^ÉGYPTÊ

officielle copte : elle affecta plusieurs formes, dont la plus connue est la fornie onciale, la seule qui, au fond, ait été en usage en Egypte, plus ou moins abâtardie ; mais il faut en excepter les papyrus à écriture presque cursive où les ligatures sont tellement nombreuses qu'elles sont parfois presque impossibles à déchiffrer.

Quand l'invasion arabe eut conquis TEgypte, les guerriers de 'Amr d'abord, puis les khalifes ou leurs lieutenants employèrent la seule écriture qu'ils connussent, c'est-à-dire l'écriture arabe. Mais l'écriture arabe elle-même est passée par trois ou quatre états différents : je citerai spéciament l'écriture coufique et l'écriture neskhi, toujours en usage dans les écoles. L'écriture coufique ne nous a laissé que de rares monuments, entre autres un Coran qu'on fait remonter à Tépoque qui suivit immédiatement l'invasion, mais qui est postérieure : ce Coran est conservé à la bibliothèque du Caire, située au Darb el Gamamiz ; cette bibliothèque conserve aussi des chefs-d'œuvre calligraphiques en écriture neskhi^ entre autres de magnifiques Corans de toutes les tailles qui montrent jusqu'à quel degré de perfection était parvenu en Orient, et surtout en Egypte, le bel art du scribe .

L'alphabet arabe est fort connu, et il me

semble tout à fait inutile d'en donner ici un spécimen. Le lecteur qui voudrait en avoir un spécimen le trouvera dans les grammaires arabes ou dans les guides qu'il se procurera pour son voyage.

ATheure actuelle, il n'y a presque pas d'école dans les grandes villes où l'on n'apprenne les langues européennes et où, par conséquent, les jeunes élèves n'apprennent à se servir de l'alphabet romain.

Je ne terminerai pas ce qui regarde l'écriture en Egypte sans dire quelques mots de la grande habileté des écrivains égyptiens. Dès les plus anciens temps, savoir écrire menait à tout ; aujourd'hui encore, le bel art de la calligraphie est cultivé avec amour, quoique l'invention de l'imprimerie lui ait fait perdre beaucoup. A l'époque copte, le scribe qui savait parfaitement arrondir son onciale était regardé comme un maître essciences et ès-arts. Il y avait, notamment au Fayoum, des écoles fondées et réputées uniquement pour Tart avec lequel on y écrivait. De tous les côtés de l'Egypte on y courait acheter les beaux manuscrits dont on faisait ensuite don à quelque église particulière dont on voulait honorer le patron ou à quelque couvent dont on craignait le fondateur. Mais quelqu'ait été jamais l'amour du scribe pour son encre et son caiame, plus on

RACES DE l'Egypte

remonte vers les temps anciens, plus on trouve cet amour ardent, et à aucune époque moderne on n'écrivit mieux que sous Tempire pharaonique. Les papyrus connus sous le nom de grand papyrus Harris et de papyrus d'Orbiney sont des chefs-d'œuvre à ce point de vue ; mais presque toujours le scribe égyptien laissait échapper quelques fautes, parce qu'il n'était pas assez attentif à ce qu'il faisait et se laissait distraire par les incidents qui lui passaient sous les yeux.

Religions et cultes en Egypte

Le grand public en est aujourd'hui sur la questfon de la religion en Egypte au même point que les auteurs grecs ou latins ; sur la foi d'Homère, on ne doute point que le peuple égyptien n'ait été le plus religieux des peuples ; mais sur la foi de Juvénal, on croit que les Egyptiens adoraient les carottes, les poireaux et les légumes. On a raison j usqu'à un certain point ; mais on se trompe aussi. La religion égyptienne est surtout célèbre aujourd'hui parle culte du bœuf Apis ou du taureau Mnévis. La cause de cette indécision pour ou contre la vérité provient de ce que l'observation des anciens auteurs n'a été que superficielle et de ce que, les Egyptiens ayant, comme tous les peuples, commencé par le fétichisme, les diverses couches de religion se sont superposées les unes aux

36 BEUGIONS ET CULTES

autres sans jamais disparaître complètement et que, même aujourd'hui, le peuple en est toujours aux croyaaoes de l'époque des Pyramides. Il y a

beaucoup d'autres nations où cette persistance des idées les j)1us anciennes pourrait s'observer, même chez les peuples les plus avancés dans les voies de la civilisation. Ce que je vais faire passer sous tes yeux du lecteur lui montrera le

développement successif des idées religieuses en Egypte.

Quand s'ouvre l'histoire égyptienne, on ne trouve pas mentionné un grand nombre de divi- DÎlés, et ces divinités sont presque toutes^ d'ordre

funéraire ; mais on trouve des coutumes établies qui nous montrent avec clarté de quel état barbare le peuple égyptien était parti. Le sacrifice humain a été acclimaté en Egypte comme partout

ailleurs : si le roi allait en guerre, il devait vider une coupe remplie de vin rouge, qui rappelait celle où le dieu Horus avait bu le sang de ses ennemis ; si Ton bâtissait un temple, le dieu et la félicité de sa maison exigeaient une victime humaine ; si le Nil montait, on jetait en ses eaux une jeune fille soigneusement parée qu'on appelait sa fiancée, et cet usage persista jusqu'à la conquête arabe, puisque ce fut *Amr qui l'abolit et fit remplacer la victime par une petite pyramide de terre que l'on construit toujours au Caire ; si l'on terminait une guerre heureuse, le roi offrait à son père Amon, ou Râ, ou n'importe quel autre dieu local, les prisonniers qu'il avait faits et leur fracassait la tête à grands coups de. matraque, comme on le voit représenté sur les murs des temples des centaines de fois. Si l'on bâtissait une maison, on suspendait aux murs les têtes des victimes immolées pour la prospérité de cette maison, des victimes humaines d^abord, des crânes de bœuf ensuite et enfin de simples représentations de ces crânes ; on y laissait, et on y laisse encore, pousser un arbre afin de la garder des influences mauvaises. Le peuple égyptien a passé avec quelque raison pour le plus superstitieux des peuples ; mais il n'a point différé en cela des autres nations. Si je voulais donner ici

une idée même approximative de la superstition égyptienne, ce serait un volume entier que je devrais consacrer à ce sujet. D'ailleurs le voyageur n'aura qu'à regarder autour de lui au Caire et dans les rues des grandes villes, il verra des gens assis ou accroupis devant un petit tas de sable, ou de coquillages, ou ayant un livre, et s'il demande ce que font ces bonnes gens, son guide lui répondra qu'ils prédisent l'avenir.

Il est très compréhensible qu'il en ait été ainsi primitivement et qu'il en soit toujours ainsi. Les preimièrs hommes se croyaient le jouet de puissances supérieures, dont les unes leur étaient favorables et dont les autres leur étaient contraires. Ils s'efforcèrent de se rendre les unes toujours propices et de faire que les autres fussent impuissantes, ou tout au moins de faire que la puissance des secondes fut contrebalancée par la vertu des premières. On établit un intermédiaire entre l'homme et ces puissances, intermédiaire qui devait être au-dessus des simples hommes, afin de servir de trait d'union entre eux et la divinité : cet intermédiaire fut naturellement le chef de tribu ou le roi, ou plus anciennement encore le fondateur de la famille, c'est pourquoi chez tous les peuples on rencontre d'abord unis sur la même tête le pouvoir religieux et le pouvoir

civil OU militaire : encore aujourd'hui le tzar de toutes les Russies est le chef religieux de son empire et le pape de Rome réclame toujours la royauté terrestre que les Italiens lui ont enlevée. C'est une loi qui se trouve au fond de toute société primitive. Quand le chef de la famille ne suffit plus à remplir les divers offices de sa charge, il délégua son autorité à certains personnages qui devaient s'entourer de toutes les précautions nécessaires pour se rendre agréables à la divinité, et le sacerdoce fut créé.

Les puissances supérieures qu'on cultivait ainsi étaient les forces physiques de la nature ; tout ce qui paraissait extraordinaire à l'homme fut adoré, d'abord sans la moindre personnification, puis graduellement tout se personnifia et la mythologie commença. La mythologie égyptienne, pour n'être pas aussi connue que la mythologie grecque ou romaine, n'en existe pas moins. Il y a dans cette mythologie plusieurs cycles régionaux : le cycle de Râ ne ressemble pas au cycle d'Amon, ni celui-ci au cycle de Pelah. On n'en connaît guère que les incidents les plus fameux, et quelque papyrus encore enfoui dans quelque tombe nous en fera connaître le reste. Les dieux infernaux avaient leurs légendes tout comme les dieux célestes, et il y en avait presque autant que d§

bELIGIONS Et CULTES

provinces ou de grandes villes ayant un culte local célèbre.

C'est qu'en effet, à mesure que la religion s'établissait et sortait du fétichisme primitif, chaque

ville, chaque village faisait choix de sa divinité protectrice qui devait la défendre contre les autre» divinités : le rempart d'une ville, ce sont ses dieux, dit une ancienne maxime de la morale égyptienne,

Dans les luttes intestines qui marquèrent les temps qui aboutirent à l'unité du pouvoir sous le premier Phara(?n, il arriva cependant que ces dieux locaux furent vaincus et défendirent mal ceux qu'ils avaient mission de protéger : les villes vaincues s'empressaient alors de donner place en leur panthéon aux divinités victorieuses, pendant que les villes qui avaient remporté la victoire en faisaient autant pour les dieux soumis, par crainte de quelque retour offensif. Il arriva ainsi que le Panthéon de chaque ville devint sans cesse peuplé, trop peuplé même au gré des prêtres qui composaient le collège sacerdotal et théologique d 'Héliopolis. Ils imaginèrent de limiter le nombre des grands dieux, à neuf, ce qui s'appelle Ennéade. Chacune des villes emportantes de l'Egypte adopta cette ennéade en changeant seulement le Dieu qui se trouvait à la tête sans avoir d'épouse, tandis que les Dieux qui formaient l'ogdoade et avaient des épouses restaient les mêmes. Dès la XI® dynastie l'Ennéade était reçue et adoptée par tous les centres religieux de l'Egypte : elle fournit encore une longue carrière, puisque nous la retrouvons dans les systèmes gnostiques élevés au n® siècle de notre ère. C'était un progrès qui n'empêcha point le peuple de demeurer fidèle à ses vieilles coutumes fétichistes.

Mais ce progrès ne devait pas être le dernier ; les philosophes thébains devaient encore simplifier ce nombre de neuf Dieux et le réduire à trois, ce qu'on nomme la Triade égyptienne, le premier type de la Trinité chrétienne. Il furent en effet frappés de ce fait que le nombre neuf n'a aucune raison d'être, et, comme ils ne pouvaient rien savoir de la vie divine, sinon en la calquant sur la vie humaine, ils réfléchirent que la population humaine repose sur la famille, que la la famille comprend trois personnes : le père, la mère et l'enfant, et que ces trois personnes suffisaient pour fonder au moins une famille ; alors ils appliquèrent leurs réflexions à la divinité, ou plutôt à la famille divine, et ils formèrent la triade par comparaison et par abstraction. Il y eut un Dieu père, ou principe actif, une déesse mère, ou principe passif, et un enfant, fruit commun des deux principes. Cette Triade fut adoptée d'abord par les philosophes de Thèbes, ensuite par toutes les villes égyptiennes, avec des variantes autant que pouvait en comporter la conception primitive, comme il y avait eu des Ennéades composées de vingt-sept Dieux ou personnes divines. On comprendra facilement que le peuple grossier ne put suivre les sages de l'Egypte dans leurs spéculations, et qu'il continua toujours de garder ses

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croyances premières, comme les partisans de l'Ennéade restaient attachés à leur chiffre de neuf Dieux.

Triade thébaioe composée de Ammon-Rà, Maout, Khons

Ce ne devait point être là le dernier progrès de l'esprit égyptien. Sous la xviii" dynastie, le roi Aménophis IV tenta une révolution dans le sens du monothéisme en faveur du Disque solaire; mais sa tentative échoua assez vite. Le monothéisme ne

ftÉLlGlÔNS ET CULTES 48

pouvant point être imposé par la force, il devait être le fruit des réflexions de Tesprit humain. Comme toutes les grandes découvertes de Tesprit humain^ celui qui sut le premier dégager l'idée de Dieu de toute idée inférieure n'a pas laissé son nom à la postérité ; mais son enseignement lui a survécu et a fait son chemin dans le monde, depuis le jour où fut composé l'hymne célèbre connu sous le nom d'hymne de Boulaq, parce qu'il est conservé dans un papyrus appartenant au musée de Boulaq. A partir de l'époque à laquelle fut composé cet hymne, les Egyptiens découvrirent presque toutes les qualités ou attributs dont nous entourons la divinité: aséité, unité, spiritualité, éternité, intelligence divine formant la vie de Dieu, providence, justice. Ces philosophes inconnus poussèrent si loin leurs méditations philosophiques qu'ils ont analysé le rôle de la vérité et de la justice en Dieu d'une manière vraiment étonnante, qui nous semble puérile peut-être^ parce que nous sommes les héritiers de la longue suite des efforts de l'humanité en ce sens, mais qui primitivement a dû être tout simplement merveilleuse. Les Grecs n'ont pas eu beaucoup de peine à faire leurs théories transcendantes et, si Ton veut réfléchir aux traditions unanimes qui font allerles plus grands des. philosophes grecs voyageant en Egypte,

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comme Solon, Thaïes, Platon, etc., on demeurera convaincu que la Grèce emprunta beaucoup à TEgypte. Il ne pouvait y avoir d'ailleurs que les esprits supérieurs à pouvoir suivre les philosophes égyptiens sur un terrain qui demandait autant d'élévation dans les idées. Ces idées n'eurent pas un grand nombre de partisans en Egypte, il est vrai ; mais il n'en est pas moins certain qu'elles virent le jour dans la vallée du Nil et que depuis elles ont fait leur chemin de par le monde.

Je n'ai pas besoin, je suppose, de citer ici tous les noms des divinités qui ont fait partie du Panthéon égyptien, comme Râ, Seb, Nout, Toum, Petah, Amon, Thot, Sokar, Osiris, Isis, Nephthys, Set, Maout, Khonsou, Montou, et mille autres peutêtre ; ce n'étaient guère que des personnages qui jouaient un rôle quelconque dans la religion; mais le véritable fond de la religion égyptienne et son développement furent tels que je Tai exposé. Cependant un certain nombre de ces personnages avaient déjà pris depuis longtemps, au commencement de rhistoire égyptienne, une vie extraordinaire dans les légendes du peuple égyptien, et autour s'étaient formés tout un cycle de légendes. Le Dieu Osiris était à la tête de ces légendes. Il représentait l'élément pacifique de la civilisation naissante, celui qui veut opérer par la persuasion,

ce

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les lois, ïes arts : on le représentait faisant la conquête du monde et le civilisant par renseignement de l'agriculture et de la musique. Il avait pour ennemi, Set, le même que le Satan moderne, représentant les peuples qui avaient travaillé durement pour conquérir les métaux, peuples violents qui à un certain moment devaient avoir envahi l'Egypte à une époque indéterminée. Ce fut Set qui étouffa Osiris dans une boîte où il l'enferma. Il avait deux sœurs, Isis, femme d'Osiris, et Nephthys femme de Set ; elles eurent toutes deux horreurs du crime de Set, et Isis, ayant eu commerce avec Osiris, même après sa mort, ce qui est un peu trop demander à la crédulité, conçut un fils qu'elle mît au monde et qui s'appela Horus. Celui-ci vengea la mort de son père, vainquit son oncle, le reléguadansledésert, pendant quela vallée appartenait aux successeurs légitimes d'Osiris. Le peuple lui avait donné pour exprimer son rôle un surnom significatif que nous traduisons j^blyT Être-bon. Cet Etre-bon, outre son rôle terrestre, ne tarda pas à avoir un rôle après sa mort : comme il avait établi les lois qui pacifiaient la terre, il fut naturellement appelé par les peuples de la Basse-Egypte à être juge de l'observation de ces lois, et ce fut le commencement de son rôle après la mort. Les Egyptiens croyaient en effet que l'homme ne meurt pas

hELlGIOtlS ET CULTES W

tout entier, qu'une certaine partie de lui-même, plus ténue, mais matérielle, morte après la mort, peut cependant être rappelée à la vie comme Osiris avait été rappelé à la vie par le maître

des cérémonies magiques auxquelles avait présidé Horus, son flls, celui-là même qui l'avait vengé. Cette partie de l'homme s'appela successivement double, lumineux et âme. Le double naissait avec le corps, avait la forme du corps, et ressemblait

80 AELIGIONS Bt CULTES

si bien au corps, que, pour le représenter avec le corps, les Egyptiens faisait des représentations identiques. Il vivait conjointement avec le corps, mourait avec lui, et c'est lui qu'on faisait revivre par les cérémonies des funérailles. Primitivement il vivait attaché près du cadavre sans vie ; on devait le nourrir par les offrandes qui étaient déposées dans le tombeau. Il finit par avoir liberté d'en sortir et d'aller se promener où bon lui semblait ; mais il devait être rentré avant la nuit, de peur de tomber entre les mains des puissances ténébreuses qui rôdaient à travers l'Egypte. S'il ne recevait pas de nourriture, il allait chercher dans les détritus, les immondices de toutes sortes ce qu'il lui fallait pour soutenir sa vie : s'il ne trouvait rien, il mourait et rentrait dans le néant. Son existence était de même attachée à la conservation du cadavre ; pour conserver ce cadavre, on employait les procédés de la momification, qui ont si bien rempli le but que Ton se proposait, que les momies ont pris place aujourd'hui dans tous les musées du monde.

La lueur phosphorescente qui; dans toutes les apparitions des récits populaires, environne celui qui apparaît donna occasion de créer un nouvel être, le lumineux^ le Khou^ comme disaient les Egyptiens. On ne sait pas encore quel fut

tiÉLIGIONS ET CULTES 81

primitivement le rôle de ce Khou^ qui était appelé au glorieux avenir de l'esprit bienheureux ^ dont je vais avoir bientôt l'occasion de parler. Ce Khou^ ou cette. ^m^^ car les deux appellations se confondirent, eut d'abord deux destinées différentes selon qu'elles appartenaient à la Basse-Egypte ou à la Haute-Egypte. Dans la Basse-Egypte Tâme qni avait été dévote à Osiris s'en allait au bord d\in lac au milieu duquel se trouvaient des îles, elle y passait sur l'aile d'un ibis ou dans une barque enchantée conduite par un nocher qui fut le prototype de Charon ; cette traversée faite, elle était conduite devant Osiris, reçue au nombre de ses féaux, avait une part des terres de son domaine, y cultivait des champs où le blé poussait à une hauteur de plus de trois mètres et devait être nourrie aux frais du Dieu, par les offrandes qu'on faisait pour elle sur la terre . Si au contraire elle appartenait à la Haute-Egypte, elle s'en allait, un bâton à la main, vers la fente de la montagne par où disparaissait le soleil^ et elle devait traverser successivement tous les domaines des heures de la nuit avec leurs enchantements, leurs gardiens, en montant sur la barque du soleil au moment où elle s'engageait dans les longs couloirs qui formaient ce domaine, au milieu des plaintes et des hurlements des âmes qui n'avaient pas encore pu

ftELlGIONS ET COLtÊâ

monter avec le Dieu Râ. Celles qui avaient achevé ce voyage souterrain faisaient alors partie des hâleurs de la barque céleste qui la traînaient à la cordelle sur les canaux du ciel, tout comme les

Déesse de rAmenti ou région infernale

mariniers égyptiens le faisaient surla terre. Quand la pensée humaine eut progressé et quand l'Egypte fut devenue une, on allia ensemble ces deux légendes, Osiris devint le seul Dieu des morts et on le fit le juge suprême devant le tribunal duquel Tâmé

RELIGIONS l!T CULTES 1)3

devait se présenter et justifier qu'elle avait mené sur terre une vie recommandable. Encore ici, le progrès des idées n'empêcha point que les idées précédentes ne demeurassent profondément ancrées dans la pensée du peuple, et les livres sacrés de l'Egyte nous témoignent de cet amal-

game d'idées qui s'étaient superposées les unes aux autres, notamment le Livre des Mores, pour lui donner le nom qu'on lui donne communément au lieu du Livre de sortir pendant le jour, comme les Egyptiens le nommèrent. Osiris sur son tribunal

31 BËLIQIONS ET CULTES

était entouré de quarante-deux assesseurs; Anubis le chacal qui avait présidé aux opérations de l'eaibaumeiuent, ou Ilorus, amenaient l'àme devant Osirïs, après avoir subi les épreuves terribles du chemin, épreuves qui épouvantaient encore l'âme des moines chrétiens, notamment d'Antoine et de Scbenoudi ; elle faisait en face de la redouta-

Déeaae Vérité Grande dévorante

ble assemblée ce qu'on appelle la confession négative, c'est-à-dire qu'elle énumérait les péchés les plus horribles en ajoutant qu'elle ne les avait point

RELIGIONS ET COLTES 5S

commis et en terminant par cette affirmation : Je suis pure» je suis pure, je suis pure. Pour juger de l'exactitude de ces paroles, Thot, le rouleau de papyrus à la main, veillait au pèsement qui se faisait de son cœur dans la grande balance divine; le contre poids mis dans le second plateau n'était autre que la F^W/^ elle-même. Un monstre à mamelles pendantes et à figure d'hippopotame, ou de quelque autre animal cruel, nommé la Grande dévorante^ assistait à l'opération nommée psychostasie ou pèsement de Tâme, prête à justifier son nom si le cœur ne faisait pas contrepoids à la statuette de la Vérité. Si au contraire, le défunt avait dit vrai et était pur de tout crime, il était admis dans les Champs-Elysées de l'Egypte ; sinon^ il était condamné d'abord à certains supplices, retournait sur la terre pour vivre une seconde vie, après laquelle il comparaissait de nouveau devant le tribunal d'Osiris, était pesé une seconde fois et, si le résultat était identique dans les deux pesées, il était condamné à la seconde mort, c'est-à-dire à l'anéantissement. Cependant on voit dans certains tombeaux des Rois, à Thèbes, et notamment dans celui de Séti P' des supplices que nous sommes habitués à placer dans l'Amenti ou les Enfers : les damnés étaient plongés dans des lacs de feu, torturés, avaient la tête coupée et vivaient encore parce

56 RELIGIONS ET COLtÉâ

que la justice divine voulait qu'ils vécussent. En un mot, les croyances de TEgypte à cette époque, au moins pour certains particuliers, ressemblaient fort aux croyances chrétiennes, sauf sur un point d'une importance capitale : les Egyptiens ne croyaient pas qu'une faute temporelle, si grande fût-elle, pût mériter un supplice éternel. Même les moines chrétiens n'admirent jamais une telle doctrine ; pour eux, il y avait relâche des supplices infernaux le samedi et le dimanche, à toutes les fêtes de l'année, et même l'on pouvait parfaitement passer de l'enfer au ciel. Le plus grand danger que courait l'âme égyptienne était de devenir la proie de quelque monstre sur la route qui menait au tribunal d'Osiris ; aussi avait-on pris toutes les précautions pour s'assurer un voyage heureux, tout au moins sans incident extraordinaire .

Pour cela, on munissait la partie du composé humain qui comparaissait devant Osiris de toutes sortes de formules et de recommandations magiques, contenues dans les écrits sacrés que l'on faisait remonter à Thot lui-même, et que les Grecs ensuite ont attribués à Hermès ïrismégiste. Ces livres étaient nombreux ; il y avait d'abord le Livre des M or ts^ puis \eli\re de l'hémisphère inférieur, le livre de l'enfer, le livre des Pylônes, etc.,

RELIGlOiNS ET CULTES S7

sans compter les textes que l'on utilisait dès l'époque des Pyramides pour les graver et orner ceux de ces monuments qui en sont couverts. Puis on rer traçait sur les parois des tombeaux quelques-uns de ces textes, ou simplement la formule si connue : Royale offrande à Osiris (ou à tel autre Dieu qui plaisait), afin qu'il donne millier de pains, millier de vases de vin, millier de vases de bière, millier de viande de bœuf, millier de chair de volatiles, millier de vêtements, millier d'étoffes, millier de vases d'huile, millier de toutes les choses bonnes et pures dont les dieux vivent, à l'âme du défunt, lequel était identifié avec Osiris. Afin qu'il n'y eut pas possibilité de famine et de dénument, on multipliait la dose de l'offrande, et il n'en coûtait rien, afin que le Dieu, les recevant dans l'autre monde, en pûtdonner tout aumoinsune partie au défunt, après l'avoir mise dans ses greniers d'approvisionnements. On avait surtout pour parvenir au même but les cérémonies des funérailles complexes que l'on célébrait en l'honneur et pour la béatitude du défunt.

Ces cérémonies commençaient d'abord par l'embaumement du cadavre. Il y avait diverses sortes d'embaumement, selon la classe à laquelle on appartenait et le prix que l'on pouvait y mettre. On remettait d'abord le cadavre à des prêtres de

RELlGIOiNS ET CULTES

bas étage que Ton nommait taricheutes et paraschistes : l'un d'eux faisait un trou au ventre pour retirer les entrailles, ou à Tanus pour injecter le liquide qui devait dessécher les entrail-

Amset

les. Si Ton enlevait les entrailles, on avait soin de les remettre dans Fintérieur du cadavre avant de lui faire l'opération de Tembandelettement ou on les plaçait dans les vases nommés canopes, dont

chacun était consacré à Tun des quatre génies funéraires : iiteiset, Hâpi, Tiaoumaoutef et Qebehsennouf. On lui enlevait également la cervelle, au moyen d'un crochet que Ton introduisait par le

Tiaoumaoutef

Qebehsennouf

nez et qui perforait Fos ethmoïde. ou par une cavité faite au dessus de Tarcade sourcilière. Puis on mettait le corps tout entier dans un bain de natron chauffé qui desséchait les chairs et les salait en quelque

sorte. Quand on le retirait, on le revêtait alors de bandelettes de coton, ou quelquefois de lin, en ayant soin de faire ressortir les rotondités du corps et de lui donner le même aspect qu'il avait eu pendant la vie. Quelquefois, surtout aux basses époques, on recouvrait la figure d'un masque d^or qui moulait en quelque sorte le visage. Puis, quand on avait fini d'embandeletter le cadavre en le couvrant d'amulettes et de papyrus chargés de le rendre vainqueur de ses ennemis et de le débarrasser de leurs ruses, en lui apprenant les mots de passe, on le renfermait dans sa boite, s'il était riche, et alors on le déposait soit dansusa maison, soit dans un tombeau, si la faveur du roi lui en avait octroyé un. Primitivement un très petit nombre d'Egyptiens jouissaient de la grande faveur de posséder un tombeau, car le Pharaon seul pouvait accorder cette récompense signalée à ceux qui s'en étaient rendus dignes par leurs services ; mais vers la xvni* dynastie, le tombeau de privé qu'il était, devînt commun à toute la famille à laquelle appartenait le membre qui Tavait mérité. Mais, à toutes les époques, de beaucoup le plus grand nombre des Egyptiens reposait dans leur maison, dans la cour qui s'étendait en avant ou dans une niche ménagée dans un mur, comme les grandes familles romaines fai-t

saient pour les cendres de leurs morts, et cet usage avait persisté jusqu'au iv« siècle de notre ère : ce qui permettait de donner en gage à ses créanciers la momie de son père, ainsi que le dit Diodore de Sicile. Mais cet enterrement, soit dans le tombeau, soit dans la maison, ne pouvait avoir lieu que pour ceux qui avait été assez riches pour payer les frais de Tembaumement ; les humbles de la société égyptienne, et c'étaient au moins les neuf dixièmes de cette société, étaient jetés dans le sable, comme c'est encore la coutume aujourd'hui, et les chacals venaient les dévorer pendant la nuit lorsqu'ils n'avaient pas été recouverts assez profondément. Le cuite des morts, dans la société égyptienne, comme chez les Grecs et les Romains, consistait à offrir à certains jours fixes, ce dont lé mort était censé avoir besoin pour continuer sa vie dans les enfers ; habituellement le fils aîné était chargé du soin de ce culte, mais quelquefois le mort de son vivant avait pris la précaution de fixer lui-même le culte qu'on devait lui rendre et d'en régler les particularités. De très hauts personnages pouvaient seuls se permettre cette précaution.

Il n'en était point du culte des dieux comme du culte des morts ; celui-ci, né plus anciennement, se contenait dans la famille et ne demandait qu'un très petit nombre de personnages extérieurs;

celui-là au contraire, à mesure qu^il s'était développé, avait demandé un nombre considérable de prêtres. Ces prêtres devinrent si riches et si puissants par suite des donations qu'on leur faisait et des empiétements dont ils étaient coutumiers, qu'ils contrebalancèrent le pouvoir des Pharaons et finirent parles supplanter. Ils avaient des familles nombreuses et pratiquaient admirablement le népotisme. Quel était Tordre de ce sacerdoce ? c'est ce qu'on ne sait pas encore d'une manière suffisante ; ce que Ton sait, c'est que la famille des prêtres d'Amon, à Thèbes, détrôna les Pharaons à la xxu* dynastie, et j'ai moi-même pu suivre la filiation des prêtres de Montou dans la même ville pendant près de six ou sept siècles. Le sacerdoce égyptien subsista longtemps après que l'empire des Pharaons se fut évanoui et nous en trouvons encore des représentants jusqu'au sixième siècle denotre ère, alors que les Blemmyes venaient chaque année au temple de l'Isis de Philée célébrer la grande panégyrie de la déesse qu'ils adoraient.

Cependant à un moment donné les anciennes croyances de TEgypte durent céder le pas aux nouvelles croyances que tout le monde adoptait, et, après la persécution de Dioctétien, ainsi que je l'ai indiqué au cours de ce résumé historique,

l'Egypte devenait officiellement chrétienne, sans cependant abandonner les dogmes auxquels elle avait toujours cru, sans renier une seule des idées fondamentales de son ancienne religion et ayant converti le christianisme à ses idées, au lieu de convertir ses idées au christianisme. Je n'y insisterai pas. plus longuement ici, puisqu'on trouvera la substance des principaux événements de cette conversion au cours du résumé historique.

Les Arabes importèrent avec eux une nouvelle forme de religion. Au fond, l'Islamisme repose sur un dogme fondamental, la croyance en un seul Dieu de nature spirituelle, tout-puissant, qu'ils ont pris dans les livres hébreux, et dans la ferme persuasion que Mahomet, ou mieux Mohammed, fut son prophète, en témoignage de quoi il a fait les prodiges que raconte le Coran. Ces prodiges nous semblent bien sujets à caution ; mais les Arabes sont persuadés de leur réalité, et de même que nous rions des miracles du Coran, les musulmans rient des miracles de TEvangile. Sa morale consiste en certaines pratiques de propreté et d'hygiène morale, accompagnées de prières : la prière est une grande chose pour un bon musulman, et rien ne saurait faire comprendre l'importance qu'il y attache. A cela se borne presque l'Islamisme, quoique le Coran répète, comme tous

6i RELIGIONS ET CULTES

les autres livres sacrés, les grands mots dejustice, de charité, sans compter FEnfer et le Paradis. Comme le Prophète s'adressait à des hommes grossiers, à peine initiés à la civilisation, ayant des coutumes nomades, il vit bien que leur intelligence ne pourrait s'élever à la compréhension des dogmes compliqués, et il saisit avec un génie très pratique ce qu'il leur fallait : Dieu est Dieu, et Mohammed est son prophète. Chez lui la foi avant tout; le musulman, c'est-à-dire le fidèle, prime tous les autres peuples, il est assuré de son salut par la seule foi. Cependant, comme il faut en toute société un minimum de lois qui doivent être observées sous peine de voir cette société verser dans l'anarchie la plus barbare et disparaître bien- vite, le Coran contient quelques préceptes de facile observation touchant les devoirs premiers de toute société, et tout le reste est licite au musulman. Sans doute, les autres hommes, les infidèles, comme on les appelle, pourraient se prévaloir de cette permission accordée aux fidèles ; mais, par le fait seul qu'ils sont infidèles, ils ne peuvent prétendre aux biens des vrais croyants, et il estlicite, même recommandé, de les exterminer jusqu'au dernier. Avec de tels enseignements, il n'est pas surprenant que Thistoire d'Egypte, à partir de la conquête arabe, soit ce que le lecteur

hËLtGiONS ET CULTEè 65

la verra. L'Islamisme fut certainement un progrès pour les races auquelles il fut prêché ; mais il est certainement une honte pour Thumanité, et actuellement les chasseurs d'esclaves dans le centre de l'Afrique se chargent de le démontrer. Il est réfractaire à toutes nos idées de progrès et se complaît dans la stagnation la plus complète, Quand on parle d'assimiler les musulmans aux Européens, c'est peut-être l'effet d'une noble illusion ; mais assurément on ne sait pas ce que l'on dit. Pour assimiler le musulman aux Européens, il faudrait lui faire comprendre que sa condition est inférieure ; or, il se croit bien supérieur à toutes les nations infidèles qui peuplent l'Europe. Ceux qui entreprennent de le convertir n'en viendront jamais à bout, puisqu'il est défendu en pays musulman de faire quelque tentative que ce soit pour une conversion, sous peine de mort pour le converti et pour le convertisseur. Si la civilisation arabe, comme on l'appelle, a un moment jeté quelque éclat, elle le doit aux conversions qu^elle opéra parmi les chrétiens : ce sont les Syriens, les Coptes et autres chrétiens qui furent les promoteurs de l'époque brillante à laquelle l'Européen pense toujours dès qu'on parle de l'Islamisme. Il se fait une idée de l'Islamisme exactement semblable à celle qu'on

66 REUGlOiNS Et CULTES

emporte de TOpéra-Comique, quand on y joue quelque pièce se passant en pays musulman.

Malgré sa rigidité, Tlslamisme a cependant eu ses hérésies, comme la secte de 'Aly ; il est de plus divisé en plusieurs sectes, comme les Schaféites, les Hanéfites, les Malékites et les Hanba^ lites. Chacune de ces sectes s'anathémalise réciproquement, et leurs membres se considèrent comme les seuls orthodoxes. Outre ces quatre grandes divisions des sectateurs de Tlslamisme, il y a aujourd'hui quantité de sociétés secrètes dont les adeptes ont la religion comme prétexte et l'indépendance politique comme but. Je n'insisterai pas davantage sur ce sujet qui est brûlant. L'Egypte, par ses anciennes doctrines toujours vivantes, y a pu échapper, et je ne dois m'occuper que de l'Egypte. Cette position particulière de rÉgypte est digne d'attention : si le fanatisme musulman n'a pas prévalu autant dans la vallée du Nil que dans les autres pays, je crois fermement que cela provient de ce fait que l'Egypte a traversé toutes les périodes et toutes les religions sans jamais perdre la foi à ses anciens dogmes : cette foi peut n'être pas visible aux yeux du vulgaire, mais elle existe au fond du cœur des Égyptiens.

Ce que j'ai dit des croyances religieuses de

Religions et cOlTés 6i

]'Egypte à l'époi^uc ancienne a dû montrer au lecteur, quelle influence ce pays a exercée sur nos idées actuelles: nous ne devons pas trop nous enorgueillir de nos découvertes philosophiques, puisque ces découvertes avaient été faites en Egypte au moins dix-huit siècles avant Jésus-Christ.

H orus- embryon, sur les crocodiles

Arts, sciences et littérature

L'Egypte fut amenée tout naturellement à' pratiquer les arts en l'honneur des dieux qu'elle s'était formés. Quand l'idée de Dieu se fut un peu tirée de la bassesse primitive et commença de prendre l'essor que Ton a vu, le peuple Egyptien se dit qu'il devait loger magnifiquement rimage de ce Dieu et ce Dieu lui-même, non pas dans les maisons de boue qui lui suffisaient, mais en des temples magnifiques. Il exécuta son dessin, et ses maisons de Dieu sont encore debout pour nous montrer quelles furent sa foi et son habileté. Les premiers exemplaires des temples égyptiens ne nous sont^point parvenus; ils devaient être bâtis en briques, et les monuments en briques ont été détruits. Mais dès la xu*^ dynastie, et surtout à' la xvni® et à la xix"* dynastie,

nous trouvons des spécimens de l'arl égyptien, sous toutes ses faces, et même dès le plus ancien empire nous pouvons l'admirer dans les tombeaux.

Tbot, dieu des Lettres

Les plus anciens monuments qui nous soient parvenus de l'architecture égyptienne sont les pyramides. Enormes, elles ont toujours stupéfié ceux qui les ont vues, et c'est vraiment un spectacle digne de l'enthousiasme qu'il a suscité. Ce

qu'il fallut d'habileté aux architectes égyptiens pour bâtir ces pyramides, avec leurs corridors ascendants et descendants, leurs chambres^ ce qu'il fallut d'ingéniosité pour parer aux inconvénients qui résultaient de la masse extraordinaire et du poids des matériaux employés, seuls les gens du métier pourront s'en rendre un compte exact. L'effet qui en ressort tout d'abord, c'est l'écrasement du spectateur en face de ces gigantesques monuments qui semblent l'œuvre d'une race supérieure, autrement forte et habile que les races modernes, et cependant ce fut Tœuvre d'hommes doués de beaucoup moins de moyens mécaniques et livrés à leurs propres forces. Dès ce moment^ environ quatre mille cinq cents ou cinq mille ans avant Jésus-Christ, le génie égyptien montre son goût pour le grandiose. Il conservera ce goût jusqu'à sa dernière heure, tout en se livrant à d'autres manifestations.

L'architecture égyptienne, si nous en jugeons parce qui en reste aujourd'hui, se manifesta plus par des œuvres funéraires que par d'autres monuments. Les Pyramides sont des tombeaux, et de même aussi ce qu'on appelle les mastabas de l'Ancien Empire. Ces mastabas, ou bancs, sont ainsi nommés de la surface plane que présentait leur partie extérieure et sur laquelle on pouvait s'as-

seoir. Sa partie intérieure se composait d'une ou de deux salles, dont le plafond est quelquefois soutenu d'un pilier avec un puits menant à la salle où Ton déposait la momie, et d'un couloir nommé serdâb, suivi d'un petit réduit qui était soigneusement caché dans l'intérieur de la maçonnerieet qui était destiné à contenir les statues du défunt. Dans ces sortes de tombeaux on trouve déjà employée la voûte en briques pour former audessus du cercueil comme une défense qui empêchait le pillage du défunt. Sous la vi* d'ynastie, les piliers massifs deviennent des colonnes de diverses sortes avec abaques et chapiteaux.

A la xu® dynastie, on trouve à Béni-Hassan des colonnes cannelées à seize pans qui sont le prototype de la colonne dorique. Vers la même époque, les tombeaux d'Abydos nous montrent comment on abandonna peu à peu la forme pyramidale pour une forme plus commode, parce qu'elle était moins gigantesque. Ces mêmes tombeaux nous font voir, trois mille ans au moins avant Jésus-Christ, l'emploi courant du plein cintre et de l'ogive dans l'architecture égyptienne. Le tombeau tendait de plus en plus à devenir une maison de mort qui fît le pendant de la maison où s'était écoulée sa vie ; aussi son nom le plus fréquent était celui de maison d'éternité. Mais il

il ne prit guère son complet développement que sous le nouvel Empire thébain, de la xvu* à laxxi" dynastie. Ce fut alors que les architectes égyptiens, creusèrent dans la montagne ces monuments étonnants que Ton admire encore dans la nécropole thébaine, surtout les tombeaux des Pharaons dans la vallée de Biban-el-Molouk. Mais soit qu'ils aient regardé la colonne cannelée et à chapiteau lotiforme comme peu sévère pour leurs maisons d'éternité, soit pour toute autre cause que nous ne connaissons pas, ils ne l'employèrent plus dans les constructions funéraires et la réservèrent uniquement pour la construction des grands temples élevés en Thonneur de leurs dieux.

En effet, à partir de la xvu® dynastie jusqu'à la conquête romaine, l'architecture égyptienne se donne libre carrière dans la contruction des grands temples de Karnak, de Louqsor, du Ramesséum, du Memnonium, de Médinet-Habou, de Gournah, de Deir-el-bahary et de Deir-el-medinet à Thèbes, d'Abydos, de Dendérah, d'Edfou, de Philée, sans compter ceux qui sont complètement détruits et le Sérapéum de Memphis, en entier creusé dans le roc, sans compter aussi ceux que l'art égyptien sema dans les déserts de la Nubie, comme Abousimbel, Dendour, Ouady- Halfa, et surtout Méroë et Napata. La plupart de

ces temples sont encore debout pour témoigner de rhabileté des architectes égyptiens. Le voyageur qui se trouve au milieu de la forêtde colonnes de ce qu'on nomme la salle hypostyle de Karnak, se sent écrasé par la majesté simple de cette admirable et imposante partie du temple. De même, lorsqu'on entre dans l'édifice par le pylône qui le précédait, après avoir parcouru l'avenue des Cricsphinx qui conduisait à la demeure d'Amon.

Partout où existe un temple égyptien, on se sent confondu devant la grandeur énorme des matériaux employés et le but poursuivi. L'Egyte n'avait point perdu le goût du gigantesque et du grandiose, elle s'était seulement assagie. On peut surtout juger d'un temple égyptien à Dendérah^ à Edfou et à Philée où les édifices n'on t point été ruinés, et on se fera une idée complète, de ce qu'était le temple de la divinité en Egypte, bien que ces trois temples datent de l'époque ptolémaïque.Le temple égyptien se compose en général de quatre parties : d'abord le pylône par lequel on entrait ; secondement d'une cour entourée de portiques, qu'on appelle salle hypéthre, parce que le peuple s'y pouvait réunir sous le ciel en tous temps ; troisièmement d'une ou plusieurs salles à colonnes dans lesquelles les prêtres et fidèles s'assemblaient à certains jours fixes et en certaines occasions

particulières, c'est ce qn'on appelle salles hypostyles ; quatrièmement, enfin du sanctuaire autour duquel étaient rangées les chambres des accessoires. En avant du pylône se trouvaient les obélisques qui se dressaient de toute leur hauteur, précédés eux-mêmes de la large avenue de sphinx ou de béliers, où les longues théories du culte égyptien pouvaient se déployer à Taise aux jours de fête. Non loin du temple se trouvait habituellement le lac sacré dans lequel ou autour duquel avaient aussi lieu certaines cérémonies.

Cette architecture est sans contredit majestueuse, colossale ; mais on trouvait aussi autrefois des petits temples qui rappelaient assez bien le temple périptère des Grecs, et les architectes grecs avaient pu sans aucun doute y prendre le modèle du plan de leurs édifices en Taméliorant, puisque les monuments égyptiens dont je parle datent de la xvni® dynastie, c'est-à-dire de dix-huit siècles environ avant notre ère. En résumé, si Ton veut examiner pièce par pièce les composants du temple grec, on verra facilemeiit que toutes elles avaient été trouvées avant leur emploi par les Grecs, que ceux-ci n'ont rien inventé, mais seulement perfectionné ce qu'ils avaient vu en Egypte ; il est juste d'ajouter qu'ils l'ont perfectionné avec un art tel qu'on peut à juste titre dire qu'ils l'ont

renouvelé. Mais il n'en est pas moins vrai que, jusqu'à présent, les Egyptiens en peuvent être regardés comme les inventeurs.

Les autres arts étaient mis à contribution pour Fornementation des monuments construits par Tarchitecture. Je ne m'appesantirai pas sur ce sujet et je me contenterai de dire que la sculpture surtout a produit en Egypte des chefs-d'oBuvre vraiment extraordinaires, si Ton fait attention à Tépoque oii ils ont été faits. La sculpture égyptienne se divise en efifet en trois grandes périodes, la sculpture antique, la sulpture du nouvel Empire thébain et la sculpture de la renaissance saïte. L'ancien Empire cultiva la sculpture sur bois et sur pierre : la première a produit l'immortel chefd'œuvre de la statue de Ramké, plus connu sous le nom de Scheikh-el-beled que lui donnèrent les ouvriers qui le trouvèrent, |)arce qu'il ressemblait au Scheikh de leur village ; la seconde a produit celles de Khafrâau musée de Gizeh, le scribe accroupi du Louvre et une foule d'autres monuments que le voyageur pourra admirer au musée de Gizeh^ ou que le simple lecteur peut voir au musée du Louvre. La caractéristique de l'art à cette époque, c'est le réalisme, mais un réalisme qui devait être de très bon ton dans la société contemporaine. Certaines de ces statues sont taillées dans les ms^-.

tières les plus dures, comme la statue de Khafrâ qui est en diorite, et, malgré la dureté extraordinaire de la matière, la figure est d'une expression extraordinaire dans sa calme attitude, et les détails anatomiques de certaines parties du corps sont très finement étudiés.

Sous le nouvel Empire thébain, la statuaire devient en quelque sorte plus abordable pour le commun des sculpteurs, qui acquièrent une habileté vraiment étonnante. C'est l'époque de la statue en albâtre de Ramsès II, laquelle se trouve au Louvre en haut du grand escalier ; c'est surtout Fépoque des énormes colosses, comme la statue colossale du même Ramsès II qui se trouvait couchée jadis dans un fossé de Mît-Rahineh, sur le sol de Tancienne Memphis^ et que des Anglais ont relevée ; des statues qui décorent encore aujourd'hui la plaine de Thèbes, et dont Tune était la célèbre statue vocale de Memnon, dont ont tant parlé les voyageurs grecs, et dont Letronne a parfaitement expliqué Tétonnant phénomène qu'elle présentait aux gens peu clairvoyants ; Fépoque encore des énormes'colosses taillés dans les rochers dlpsamboul, en Nubie. C'est aussi celle des grands bas-reliefs qui décorent les parois des temples, comme ceux qui chantent les victoires de Séti I" à Karnak, de Ramsès II à

78 AHTS

Louqsor et au Ramesséum, de Ramsès III à Médinet-Habou, ou qui représentent des scènes d'un autre genre, comme la naissance d'Aménophis III à Louqsor^ ou Ramsès III dans son harem à Médinet-Habou. Le dessin de ces bas-reliefs peut être primitif, peu exact, et offrir des monstruosités, il n'en donne pas moins une idée vivante de ce que Ton voulait représenter : aujourd'hui certes le dessin est bien plus pur, bien plus juste ; mais il a encore certaines conventions qui, pour être dififérentes des conventions égyptiennes, n'en sont pas moins des conventions, et il n'est pas plus expressif dans la vie de ses personnages.

Sous la xxvi** dynastie, la sculpture tente une sorte de renaissance : ses œuvres sont plus jolies, plus gracieuses, on a abandonné les grands colosses pour se consacrer à des œuvres plu^ humaines. Cette époque a produit quelques statues remarquables, comme la statué en albâtre de la reine Ameniritis, au musée de Gizeh. Mais l'art devient beaucoup moins profond, s'il s'étend en surface et s'adresse à un plus grand nombre de gens. Cependant, sous les Ptolémées, on faisait encore des bas-reliefs admirables, notamment le célèbre portrait de la reine Cléopâtre sur les murs extérieurs du grand temple de Dendérah. C'est à cette époque de renaissance que la sculpture sur

métal prit un imiQense essor, dont bénéficient aujourd'hui les musées et les collectionneurs de toutes les parties du monde. Mais, somme toute, à cette époque la sculpture égyptienne n'est plus que l'ombre d'elle-même : le peuple égyptien est tini et mûr pour l'asservissement.

La peinture ne fut pas portée en Egypte à une aussi grande perfection que la sculpture ; les défauts du dessin et le manque de perspective ont toujours empêché que les Egyptiens sussent grouper leurs personnages et ordonner un tableau ; mais ils ont su en revanche avoir des couleurs qui ont bravé le temps et qui sont parvenues jusqu'à nous presque aussi vives que le jour où elles furent appliquées à l'ornementation des temples et des tombeaux. Les Egyptiens avaient parfaitement trouvé le secret de fabriquer des couleurs en se servant de l'oxydation des métaux : le fait est bien démontré aujourd'hui. Ils n'ont guère employé leurs couleurs éclatantes et durar blés que pour le plaisir des yeux, et certains des tableaux que l'on trouve dans les hypogées, surtout quand le peintre a représenté des animaux, ont amplement atteint le but cherché. Dans une sorte de peinture ils ont été de plus sans rivaux, à savoir dans le. dessin d'ornementation revêtu de couleurs ; leur pinceau était

souple et délié autant que leur imagination créatrice et riante, et certains des plafonds qu'ils nous ont laissés peuvent toujours être regardés comme des chefs-d'œuvre.

Les arts du dessin ne sont pas les seuls qui aient été cultivés par les Egyptiens, ils ont aussi parfaitement su travailler l'or et l'argent ; ce sont eux qui ont inventé certaines formes de bijoux restées identiques jusqu'à notre époque, et en regardant les vitrines du Palais-Royal on ne soupçonne guère d'habitude que nous devons le charme de nos bijoux à l'Egypte. Le voyageur peut admirer au Louvre comment les Egyptiens savaient sertir les pierres précieuses dans l'or, et les bijoux de la reine Aahhôtep, conservés au musée de Gizeh dont ils sont l'ornement, lui fourniront une preuve péremptoire de la très grande habileté des orfèvres égyptiens.

Dans un autre ordre d'idées, les Egyptiens cultivaient avec amour la musique, le chant et la danse. Dès lea. plus anciens temps, on voit dans les représentations des tombeaux des chœurs de musiciens et de danseuses qui étaient employés à charmer les loisirs du maître. Presque tous les mstruments aujourd'hui usités en Egypte étaient connus de TEgypte ancienne : les instruments les plus simples d'abord, comme la daraboukah, le

SCIENCES ÎST LITTÉRATURE 81

sistre^ le tambour, les cymbales, les crotales, le tambour de basque ; puis des instruments qui sont le fruit du progrès de la civilisation et qui demandent une véritable habileté pour que Ton puisse en tirer parti, comme le rebâb (sorte de violon monocorde], la guitare, la harpe^ la flûte simple^ la double flûte, la lyre, le kanoun^ que Ton trouve représenté dans certains monuments, tenu sur lc3 genoux comme les musiciens de FEgypte le tiennent encore actuellement. Le chant était aussi cultivé avec passion, et, si l'on en juge par certains airs encore usités de nos jours, il ne ressemblait point toujours à ce que nous nommons aujourd'hui musique arabe. Les danses, nous le savons pertinemment, étaient voluptueuses et lascives autant que les danses modernes que nous avons pu voir pendant l'Exposition universelle de 1889, notamment la fameuse danse du ventre :

les Egyptiens, habitués dès leur plus jeune âge à se voir servi par des esclaves qui n'avaient d'autre habillement qu'une ceinture de cuir large de trois ou quatre doigts, aimaient à voir la forme des chairs sous la transparence des fines étoffes, quand les danseuses portaient des habits. La musique, le chant et la danse étaient l'accompagnement obligé des grands festins, et de nos jours encore, si l'on veut honorer un hôte de distinction^

on ne sait rien faire de naieux que de lui donner le spectacle de la danse accompagnée de chant et de musique. Les récits des voyageurs sont pleins de la description des danses des aimées.

Les arts ne vont pas d'habitude sans la science, et les Egyptiens ont une grande part dans les premiers progrès humains vers les sciences exactes ou naturelles. Ils furent amenés tout naturellement, après avoir inventé le calcul, à inventer aussi la géométrie ; il faut bien qu'ils y eussent fait certains progrès puisque leurs architectes employaient le demi-cercle et Togive; De même, pour bâtir les pyramides, il fallait avoir plus que des éléments de statique et de mécanique. Sans doute, ces connaissances des anciens Egyptiens n'étaient pas strictement réduites en science ; mais elles étaient extraordinairement précieuses et devaient donner lieu à la création de la science. De même, ils avaient des connaissances en histoire naturelle, ils avaient eu les premiers l'idée d'acclimater dans leur pays certaines essences rares qui étaient originaires d'autres contrées et d'en tirer profit pour leur industrie. De même encore en médecine, ils avaient certaines connaissances qui n'étaient point empiriques ; l'habitude d'embaumer les cadavres les avait conduits à en connaître jusqu'à

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un certain point l'anatomie et l'on a cru remarquer dans certaines momies la preuve que les médecins de TEgypte savaient lier les membres fracturés et les remettre en leur premier étal. En un mot, ils ont eu des notions plus précises que tout autre peuple de TAncien Monde sur quantité de choses qui les intéressaient. Je ne veux point oublier ici l'astronomie et le comput des années : les astronomes égyptiens étaient eélèbres dans l'antiquité, et la manière de compter les années était trouvée dès la xii* dynastie, je veux dire que les Egyptiens connaissaient parfaitement Tannée solaire vague ; même ils en étaient arrivés au temps des Ptolémées à Tannée solaire fixe de 365 jours 1/4, et c'est en Egypte que Jules César prit Tidée de la réforme qui porte son nom. Par conséquent sur ce point encore les Egyptiens ont été nos éducateurs et nos maîtres.

La littérature proprement dite était cultivée avec amour par les scribes égyptiens, qui nous ont laissé des documents de leur goût littéraire, dans presque tous les genres que nous aimons aujourd'hui. La poésie lyrique nous offre des modèles dans les grands hymnes religieux, tels que Thymne de Boulaq et le curieux hymne que le Pharaon Aménophis IV avait fait graver dans les tombeaux ; la poésie épique peut revendiquer le poème dans le-

quel le scribe Pentaourchante les exploits de Ramsès II contre les Khétas sur le champ de bataille où, surpris par les ennemis et abandonné de ses guerriers, il arrête à lui seul la multitude de ses adversaires ; le style épistolaire nous a laissé quantité de lettres de tout genre ; la satire est représentée par ce qu'on appelle avec raison la satire des métiers^ où le poète peint et exagère les inconvénients de tous les métiers pour faire ressortir la beauté de la profession de scribe qui mène à tout; l'éthique peut revendiquer tout un groupe d'écrits, tels que les Préceptes de Petahhôtep, ceux du roi Amenemhat, ceux de Khonsou hôtep qui marquent autant d'étapes diverses dans le progrès moral de la nation égyptienne; enfin, le récit romanesque, est représenté par les contes que les Egyptiens aimaient par dessus tout, par simple amour du romanesque, ou par suite du plaisir qu'ils éprouvaient à adresser des critiques aux puissants ou de tourner certaines classes en ridicule. Ces contes qui ont été publiés par M. Maspero sont relativementnombreux, ils devaient l'être bien plus autrefois. Même encore aujourd'hui ils sont amusants à lire ; le roman des deux frères, le conte du prince prédestiné, celui de Satni, le conte du paysan, et d'autres encore, nous en apprennent plus sur les mœurs de l'Egypte el par

Sciences et littérâîurê 88

conséquent sur sa véritable histoire que les monuments dits historiques.

Ce goût des anciens Egyptiens pour le romanesque est passé chezleurs descendants, les Coptes, qui nous ont aussi laissé une moisson autrement ample de semblables récits ; ils ont inventé des personnages qui ont su forcer l'entrée du calendrier romain et des martyrologes, qui ont pris dans les croyances populaires une place importante et qui, comme S*-Georges, n*ont jamais eu d'autre réalité que dans l'esprit des conteurs coptes. Non content des innombrables légendes que pouvaient leur fournir les actes de leurs martyrs et qu'ils ont en effet traitées de toutes les façons, ils ont encore voulu traiter à leur manière les légendes des autres peuples, par exemple celles d'Œdipe, de Salomon et de la reine de Saba, et un grand nombre d'autres. Pour eux le récit n'a de mérite que s'il est noyé dans les événements les plus extraordinaires, les plus impossibles^ et ils ne se gênent pas le moins du monde pour faire intervenir Jésus le Messie, comme ils disent, et ses Anges qui agissent comme de simples humains.

La littérature copte nous offre en outre deux sortes d'œuvres dont ne nous a point donné d'exemples l'ancienne littérature égyptienne, les biographies et ]es discours. Les biographies sont des récits

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simples, mais déjà faits avec un certain art pour laisser de côté ceux des événements qui gênent Fauteur et s'attacher à ceux qui feront ressortir davantage ce qu'il veut inculquer à ses lecteurs. Les sermons, car nous n'avons pas d'exemple d e discours qui ne soient pas religieux, sont des œuvres qui n'offrent pas un grand intérêt, sauf ceux du moine Schenoudi qui sont vibrants de passion. Les biographies les plus célèbres sont les Vies de Pakhôme, de Macaire, de Schenoudi, de Jean de Lycopolis, d'Antoine, de Paul le premier ermite, etc. J'ai moi-même publié à la librairie qui édite cet opuscule un recueil de légendes et de romans de l'Egypte chrétienne, sous ce titre : Contes et Romans de l'Egypte Chrétienne^ en deux volumes.

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Portrait de Scbeooudi (ffsfrtt un moniMCrtt dt la BiHiothi^tu natianata)

Industrie

Il serait bien surprenant qu'un peuple qui a connu et pratiqué les arts, les sciences et a eu le goût de la littérature sous presque toutes ses formes, ait pu vivre sans une industrie perfectionnée en rapport avec ses arts, ses sciences et sa littérature. Le fait est même complètement impossible : aussi les Egyptiens ont-ils connu rindustrie dans son sens le plus étendu comme le plus spécial. Ils avaient dès la plus haute antiquité presque tous les métiers que nous connaissons aujourd'hui. C'est ici surtout que je dois me contenter de décrire en gros l'état de TEgypte au point de vue industriel, sans m'arrêter à des détails qui ne seraient pas de mise dans ce simple résumé.

L'agriculture était florissante en Egypte, pour

la simple raison que, Feau étant abondante et le soleil chaud, Thomme était bien payé de ses Iravaux, et non parce que le Nil charriait un limon qui engraissait le sol, comme on le croit d'ordinaire. Mais les Egyptiens surent de très bonne heure aider la nature, d'abord en multipliant Jes canaux d'irrigation qui permettaient d'ensemencer une plus grande surface de terrain et en inventant les instruments nécessaires au labour, en apprivoisant les animaux qui faisaient le travail qu'ils n'auraient pu faire qu'avec de grandes peines. C'est ainsi que, se servant d'abord du simple boyau pour préparer les terres qu'ils devaient ensemencer, ils s'imaginèrent d'allonger le manche de ce boyau et d'y atteler d'abord des hommes, puis des animaux apprivoisés, et lui donnèrent les perfectionnements qu'exigeaient cette transformation. Le^ Egyptiens n'èussenl-ils fait qu'inventer la charrue qu'ils mériteraient la reconnaissance de l'humanité tout entière ; mais cette reconnaissance, on l'accorde d'ordinaire à la Grèce et au légendaire Triptolème, alors que les Grecs n'étaient pas encore en Europe à l'époque à laquelle les Egyptiens inventèrent ce précieux moyen de creuser les flancs nourriciers de la terre. Les principales opérations de notre agriculture étaient déjà connues en Egypte, comme le voyageur pourra s'en convaincre, s'il

veut se donner la peine d'examiner les peintures des tombeaux ; par conséquent les instruments que nécessitent ces diverses opérations étaient possédés par les Egyptiens, notamment la faucille qui avait à peu près la forme des faux modernes usitées dans nos campagnes françaises. Il n'est point étonnant après cela que l'Egypte, favorisée par son fleuve et par son climat, assidue aux travaux de l'agriculture, soit devenue le grenier du monde entier.

Les métiers qui travaillent le bois, ceux qui travaillent la pierre, d'après ce que j'ai dit en parlant de l'architecture et de la sculpture, étaient connus et pratiqués en Egypte avec une rare perfection. De même le travail des mines et des métaux : non seulement les Egyptiens connais* saient les principaux métaux dont on se sert dans la vie ordinaire, savaient les extraire, mais aussi ils savaient parfaitement les transformer en leur faisant subir les opérations préliminaires. Ils avaient inventé le soufflet du forgeron, et peut-être déjà la soupape, quoique ce dernier fait ne soit pas certain. Ils savaient aussi fabriquer les briques et les estampiller. Les métiers du cordonnier, du charron, du tourneur, du tapissier, du teinturier, du tissseur d'étoff'es étaient portés à une perfection qui fait encore l'admiration de

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ceux qui peuvent juger les objets de fabrique égyptienne. Les toiles, notamment, étaient tissées avec une perfection extraordinaire ; la tapisserie naissait et avait déjà franchi les premiers échelons de l'échelle industrielle. Les Egyptiens connaissaient Tart de travailler le verre et nous ont laissé de leur habileté sur ce point des spécimens charmants. Ils savaient graver les pierres les plus dures avec une habileté surprenante et que nous n'avons que très peu dépassée. Dans un autre ordre d'idées ils savaient confectionner avec les produits de l'agriculture toutes sortes de bonnes choses dont ils se délectaient ; la cuisine était portée par eux à une perfection qui étonnait beaucoup le roi de Sparte Agésilas, accoutumé à son brouet noir. Ils savaient l'art de fabriquer le miel, l'huile, les parfums les plus compliqués. En un mot, tout ce que Thomme pouvait inventer pour se rendre la vie agréable, ils l'avaient inventé. Les femmes surtout connaissaient tous les secrets de venir en aide à leur beauté naturelle. Il ne faudrait pas cependant conclure de ce qui précède que les Egyptiens étaient plus avancés que nous, comme le font quelquefois certains esprits chagrins ; il faut au contraire croire que nous avons progressé et que nos progrès se sont exercés à la fois en compréhension et en

extension, c'est-à-dire que nous sommes plus avancés et surtout que les effets de nos progrès matériels s'appliquent à un nombre d'individus infiniment plus grand. C'est du reste la loi qui régit l'histoire du développement hutnain : un peuple qui n'avance plus est fatalement condamné à disparaître ; c'est ce qui est arrivé pour l'Egypte. L'industrie qui demeure hermétiquement close dans un pays ne tarde pas à disparaître ; pour qu'elle puisse vivre il faut que le commerce lui donne la liberté de faire des échanges et lui procure les matières premières qui lui sont nécessaires. L'Egypte n'ajamais été le pays fermé qu'on l'accuse d'avoir été, elle ne prohibait son approche qu'à certains peuples qui lui venaient des îles du Nord, c'est-à-dire des îles de la Méditerranée et de la Grèce, et encore cène fut guère que dansune pensée de défense. Dès lavi® dynastie, un explorateur égyptien s'enfonçait dans l'intérieur de l'Afrique ; dès la iv* dynastie, les Pharaons avaient fait connaissance avec les tribus qui occupaient alors le plateau du Sinaï et s'emparaient des mines qu'il renfermait. A la xu® dynastie, on soumettait la Syrie et les tribus voisines qui étaient toujours prêtes à saisir l'occasion propice pour la ravager ; les tribus négroïdes de l'Ethiopée d'alors, ou du Soudan d'aujourd'hui, partageaient le même sort.

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A la grande époque des conquêtes égyptiennes, non seulement la Syrie tout entière fut conquise jusqu'à TEuphrate, mais explorée à fond, organisée ; les villes du littoral, qui faisaient le commerce avec les colonies qu'elles avaient pu fonder déjà, n'eurent garde de manquer Toccasion qui faisait d'elles le trait d'union de TEgypte et de l'Occident ; les îles de la Méditerranée étaient visitées par un grand officier du roi Thoutmès III et il remplissait sa mission à la satisfaction de son maître qui lui témoignait sa reconnaissance en lui donnant un bassin d'or sur lequel était relatée son expédition et qui se trouve actuellement au musée du Louvre. D'un autre côté, suc les côtes de la mer Rouge, un champ nouveau s'offrait aux navigations des égyptiens : Is^ reine Hatschopset, sœur de Thoutmès III, entreprenait sa célèbre navigation au pays de Pounet, selon les uns dans l'Arabie heureuse, ou plus sûrement suif les côte du pays des Gallas, au sud de TAbySsinie actuelle et du détroit de Bab-el-Mandeb ; elle en rapportait des trésors vraiment extraordinaires, s'efforçait de les conserver en les acclimatant en Egypte et édifiait le temple de Deir-el-bahary pour perpétuer le souvenir de cette fructueuse et heureuse expédition. On ne resta pas inactif dans rinlérieur de l'Afrique et la puissance égyp-

tienne s'y solidifiait. Le résultat de ces conquêtes et de ces expéditions nous est attesté par les tom-^ beaux où nous voyons représentés les tributs qu'apportaient les indigènes des pays soumis à TEgypte conquérante. Ce n'était pas là du commerce, mais les préliminaires du commerce, et sans le moindre doute le commerce s'exerçait àla faveur de ces conquêtes. Quand l'Egypte eut perdu sa force militaire et fut devenue conquise, de conquérante qu'elle était auparavant, elle conserva la supériorité de sa civilisation, de son industrie^ et les peuples continuèrent à venir s'approvisionner chez elle de ce qu'ils désiraient.: les grands agents de ce commerce d'exportation sont les Phéniciens., qui transportèrent surtout le littoral de la Méditerranée les produits de l'Egypte, d'où ils se répandirent dans l'intérieur des terres, et qui lui empruntèrent leur alphabet. Avec la fondation d'Alexandrie, une plus grande activité est donnée aux opérations commerciales, on fait le tour de l'Afrique par deux fois, en partant de la mer Rouge, en doublant le cap de Bonne-Espérance, en remontant vers les colonnes d'Hercule pour entrer dans la Méditerranée et regagner l'Egypte : l'œuvre de Vasco de Gama était ainsi accomplie à rebours. Pour faire parvenir les marchandises de l'Extrême-Orient h Alexs^ndrie, les

Egyptiens avaient les routes des caravanes, depuis les côtes où Ton débarquait jusqu'aux villes situées sur les rives du Nil d'où elles parvenaient à la ville d'Alexandrie. Nul pays n'était mieux situé que TEgypte pour servir d'entrepôt au commerce de TEurope avec l'Extrême-Orient et TAfrique. Aussi en avait-elle le monopole. Ce monopole, elle le conserva jusqu'après l'arrivée des Arabes, qui le laissèrent cependant diminuer jusqu'au jour où la conquête turque vint presque Tanéantir, si bien que la population d'Alexandrie qu'on peut, sans crainte d^exagération, porter à 300000 habitants sous la domination grecque, était tombée à 6000 âmes à la fin du siècle dernier.

On peut voir ainsi que l'Egypte avait su, dès l'époque la plus ancienne, sortir des étroites limites dans lesquelles la nature l'a enserrée, se répandre au Sud vers le continent africain, comme à l'Est et à l'Ouest, et aussi au nord, dans la Méditerranée. Je n'ai nul doute sur la question de ses rapports avec l'Inde : l'Egypte était en relations directes avec Tlnde, du moins sous les Ptolémées, la chose est certaine ; elle l'était longtemps avant sans doute ; mais nous ne pouvons pas le démontrer par un texte précis. Elle avait dû remarquer do très bonne heure le phénomène de la mousson. En outre, au nord dans la Méditerra-

née, elle avait un moment tenu la domination de la mer, et cela ne saurait étonner quand on connaît la marine égyptienne. Les Egyptiens avaient en effet des navires de guerre de toutes les formes : ils n'avaient donc pas cette horreur de la mer qu'on leur a si généreusement prêtée.

Khôper

Gouvernement et administration.

Je vais, en terminant ce court aperçu de la civilisation égyptienne, dire quelques mots de sa constitution et de son administration politiques. L'Egypte, qui nous a déjà montré les voies qu'avait suivies lacivilisation, va nous montrer encore celle que pratiquèrent généralement les associations politiques qu'on nomme peuples ou états. Les idées générales doivent seules trouver ici leur place ; les particularités seront données au cours du résumé historique.

Dès 6000 ans avant Jésus-Christ jusqu'à la conquête persane, qui fut bientôt suivie de la conquête grecque, l'Egypte a été gouvernée par des rois qui ont tous porté le titre de Pharaon, mais elle passa par trois états bien différents. Sous l'Ancien Empire, elle fut organisée comme l'était la Gaule

SOUS les rois de race mérovingienne ; le royaume se formait lentement au milieu des troubles et des révolutions qui renversèrent, les unes sur les autres, les neuf premières dynasties : les deux parties de TEgypte luttaient Tune contre l'autre, à peu près comme la Neus trie contre TAustrasie. A partir de la x* dynastie jusqu'à Tinvasion des Hiqsos, la féodalité régne en Egypte comme elle régna chez nous ; les princes furent assurément de grands princes, mais ils avaient souvent des feudataircs qui étaient presque aussi puissants qu^eux. La dix-septième dynastie qiii vit Texpulsion des Pasteurs vit aussi Tintroduction de la royauté personnelle et TEgypte s'incarner comme pour ainsi dire dans la personne du Pharaon. Le Pharaon, quelqu'il fut, se croyait issu de la famille du Soleil, il réunissait même en sa personne tous les titres qui avaient été autrefois autant de totems^ des tribus primitives, comme aujourd'hui encore chez les tribus indiennes de l'Amérique ; il était à la fois l'Epervier, le Taureau, le Vautour, le Serpent, etc. ; même, afin de se donner le droit de porter la couronne des deux Egyptes, celle du Nord et celle du Sud, il avait soin, quand une dynastie nouvelle se fondait, d'épouser une princesse desang royal appartenant à la dynastie déchue, résumant ainsi en sa personne tous les droits appa*

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rents à la couronne. En effet, en Egypte, la femme pouvait régner au même titre queThomme et les listes des Pharaons nous ont conservé le nom de reines qui ont gouverné TEgypte et qui n'ont pas eu des règnes moins brillants que les hommes. D'ailleurs la descendance solaire de la famille Pharaonique, non plus que le soin que prenaient ses membres de la décorer de tous les noms royaux d'autrefois, n'empêchait pas les révolutions politiques ; il y avait toujours quelque ambitieux prêt à s'emparer de la couronne et à faire disparaître le roi qui le gênait : les plus grands princes, comme Ramsès III^ n'échappèrent pas aux complots. On était quitte pour reprendre soi-même la tradition que l'on avait interrompue et peut-être l'on finissait par se croire issu de la famille du Dieu Râ, ou du Soleil.

L'administration gouvernementale de l'Egypte, on le comprend facilement, ne fut pas toujours égale. Je n'en veux point faire ici l'histoire, la prendre à son début pour la mener jusqu'au terme de sa carrière ; je veux simplement en dire assez pour en montrer en gros le mécanisme qui ressemblait aux rouages gouvernementaux en usage dans notre pays.

Le Pharaon avait sous lui un certain nombre d'olBoiers chargés des diverses parties de la haute.

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administration ; ces officiers ressemblaient assez à nos ministres actuels. L'un était spécialement chargé du trésor, un autre des travaux publics qui ont toujours été en grand honneur en Egypte, un troisième veillait à l'armée qui jouait un si grand rôle; Sous ces ministres, il y avait une chancellerie formidable dont la nôtre ne peut donner qu'une faible idée, et c'est certainement de l'Egypte qu'est venue cette administration phénoménale qui a survécu à toutes les révolutions : d'Egypte elle pénétra à Rome, et c'est dé là qu'elle nous est venue. A côté des ministres, le Pharaon avait son conseil particulier que l'on voit fonctionner plusieurs fois dans les occasions importantes et dont il attendait quelque bon avis pour le suivre ou ne le pas suivre, quand il n'avait pas le talent de faire connaître d'abord son dessein auquel tout le conseil se rangeait, s'il n^y avait pas parmi les membres de ce conseil quelque noble personnage qui préférait la vérité à la faveur du roi.

Il va sans dire que la cour pharaonique comptait des milliers d'individus, tous occupés à gagner faveur près du maître, aux mille intrigues d'une cour, surtout en ces^ temps primitifs. Certains signes distinctifs accompagnaient l'entrée des grands personnages dans les palais des Pharaons, et la plus grande faveur que pouvait obtenir un grand

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60US l'Ancien Empire, c'était de garder ses sandales en présence de Sa Majesté.

' L'Egypte était divisée en deux grandes parties confiées à des gouverneurs, le Midi et le Nord. Chacune de ces deux parties était partagée en un certain nombre de divisions administratives qu'on appelle nomes, et qui ressemblent assez à nos départements français, sauf l'étendue. A la tête de chaque nome, il y avait un chef de nome, le nomarque. Ce nomarque, comme nos préfets, avait sa chancellerie particulière où pullulaient les scribes de tout rang. Il rendait la justice dans sou département en dernier ressort. Chaque ville qui faisait partie de ce département avait un grand officier chargé de la diriger, et chaque village un simple Scheikh-el-beled, sortede maire. heScheikhel-beled était chargé de faire rentrer les impôts de son village et en était responsable ; chaque officier chargé d'un district était également chargé de réunir les impôts de tous les villages de son district et en était responsable ; à la tête du nome, le gouverneur devait faire rentrer les impôts de son nome et en était responsable près du Pharaon ou du ministre compétent. C'était simple, mais assez bien imaginé pour pressurer le fellah qui avait à payer tous les intermédiaires entre le Pharaon au sommet de Téchelle sociale et lui-même

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au plus bas degré. Il ne pouvait guère se plaindre ; s'il se plaignait au maire de son village, il était trop pauvre pour acheter la justice ; il est vrai qu'il avait la ressource d'en appeler au gouverneur du nome, qui faisait une enquête ; mais cette en* quête n'aboutissait souvent qu'à la confusion du plaignant, parce que ceux qui étaient chargés de la faire n'étaient point insensibles aux présents donnés pour montrer l'affaire sous un certain jour : il en a toujours été ainsi en Egypte, et c'est encore la plaie de l'Egypte moderne que le Bagschisch. Les impôts étaient payés en nature. Lé chef du nome et ses subordonnés étaient aussi chargés de veiller à ce que le nome, les districts et les villages reçussent bien la quantité d'eau qui leur était assignée et qui était réglée par des écritures qui faisaient foi. De temps en temps, Tadministration centrale envoyait des inspecteurs « qui étaient les yeux du roi dans la Haute -Egypte et ses oreilles dans la Basse-Egypte » pour voir comment l'administration était pratiquée et recevoir les plaintes qui pouvaient être faites. Ces sortes de missi dominici remplissaient généralement leurs fonctions avec assez de conscience, et quand elle ne se trouvait pas à une époque trop troublée, l'Egypte parait avoir été assez heureuse de cette administration. La vie y était facile et le travail b plus fati-

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