ADMINISTRATION
gant était donné aux fellahs et aux esclaves ; rien n'empêchait les heureux de se laisser voguer sur les eaux charmantes du Nil, au sens propre et au sens figuré.
Dès les plus anciennes^ époques, l'Egypte connaissait le fonctionnaire envoyé au loin pour les affaires, fonctionnaire de province ou de petite ville, qui avait de plus hautes aspirations, qui rêvait à la capitale, à ses plaisirs et qui envoyait à ses protecteurs les épîtres les mieux tournées afin d'être rappelé de ce qu'il considérait comme un exil. Les papyrus nous ont conservé de ces lettres où quelque fonctionnaire « voit son cœur voguant sur le Nil et emporté jusqu'à Memphis », oîi il dépeint les conditions de sa vie qu'il traîne nécessairement malheureuse. Ces lettres nous montrent que l'Ancienne Egypte n'était point si étrangère aux sentiments que nous sommes portés à croire le propre de notre temps.
La justice, on l'a vu plus haut, était organisée dans chaque nome. Dès qu'une plainte était adressée, on faisait faire une enquête ; si l'enquête faite d'abord ne semblait pas juste au plaignant, il déposait un mémoire écrit demandant une seconde enquête. Cette seconde enquête était ordonnée, faite, et servait de base à un jugement en dernier ressort. L'Egypte ne connaissait pas
les' appels à deux degrés. Pour les affaires criminelles, des tribunaux spéciaux étaient organisés^ et chaque nome en avait sans doute. On procédait de la même manière, le tribunal donnait son avis et Taffaire était soumise au Pharaon qui prononçait. Comme le Pharaon ne pouvait s'occuper que des causes célèbres, on comprend que le gouverneur du nome eût dans son département le même pouvoir, ou que les affaires au criminel n'étaient jugées dignes de ce nom que dans les cas graves. Le châtiment le plus ordinaire était la bastonnade ; mais on appliquait la peine de morty Il faut ajouter que la bastonnade^ que Ton donnait même aux femmes, tue aussi sûrement un hommeque si on le décapitait ou on l'étranglait.
Je terminerai cet aperçu par quelques mots sur Tesclavage. Les grandes expéditions guerrières des Egyptiens — ces expéditions ressemblaient parfois terriblement aux razzias des Arabes — ne se faisaient pourtant point sans qu'on ramenât des prisonniers. Le roi récompensait lui-même la valeur militaire par des présents en nature, au nombre desquels entraient les esclaves, sans compter les colliers d'or qu'il donnait à ses braves. Cette coutume avait peuplée l'Egypte d'esclaves, esclaves royaux ou esclaves particuliers. Les esclaves royaux étaient employés aux travaux d'utilité pu-