‹ Résume ́de l'histoire de l'électricité et du magnétisme, et des applications de ces sciences à la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 4 sur 103 · CHAPITRE F · texte numérisé non relu

CHAPITRE F

Période de l'antiquité jusqu'à la découverte de Galvani

§ I. Connaissances des anciens.

Le pouvoir attractif de l'ambre ou succin (jjÀsxTpov) était connu des anciens; Thaïes, qui vivait six cents ans avant l'ère chrétienne, en parle déjà dans ses ouvrages. Les faits dont l'explication était au-dessus des connaissances de ces temps reculés, et celui-là était du nombre, devenaient autant de mythes dont la poésie s'emparait : c'est ainsi que les- Grecs, avides du merveilleux, crurent d"abord que cette substance avait une âme; mais cette croyance se perdit peu à peu quand on eut reconnu que plusieurs pierres précieuses

2 Dli LELECT1UGITE JET DU MAUJNETISMK.

après avoir été frottées, jouissaient, comme l'ambre, de la propriété d'attirer les corps légers qu'on leur présentait (1).

Suivant Pline, l'ambre était recherché de son temps pour ses propriétés médicinales, propriétés auxquelles certaines personnes attachent encore quelque valeur, tant il est difficile d'extirper les anciens préjugés de la mémoire des peuples.

De son temps, on connaissait d'autres phénomènes dont l'origine était la même que celle du pouvoir attractif de l'ambre. On trouve dans les Commentaires de César le passage suivant (2) :

«Vers ce temps-là parut dans l'armée de César un phénomène «extraordinaire : après le coucher des Pléiades, vers la seconde

« veille de la nuit les pointes des piques de la cinquième lé-

« gion parurent s'enflammer. » ^

Tite-Live (3) fait mention de deux faits semblables. Les pique de quelques soldats en Sicile, et une canne que portait à la main un cavalier en Sardaigne, parurent en feu. Les côtes aussi furent lumineuses, et brillaient de feux fréquents.

On trouve dans Pline (-'i) le passage dont nous rapportons la traduction :

« Les étoiles paraissent tant sur terre que sur mer. J'ai vu une « lumière, sous cette forme, •sur les piques des soldats qui étaient « en faction la nuit sur les remparts. On en a vu aussi sur les ver- « gués et autres parties des vaisseaux, qui rendaient un son intel- « ligible et changeaient souvent de place; deux de ces lumières « prédisaient un beau temps et un heureux voyage, et en clias- « saient une autre qui paraissait seule et qui avait un aspect nie- « naçant. Les marins appellent celle-ci Hélène ; mais ils nomment « les deux autres Castor et Pollux , elles invoquent comme des « dieux. Ces lumières se posent quelquefois sur la tête des hom- « mes, vers le soir, et sont d'un bon et favorable présage; mais « ces choses sont au nombre des mystères respectables de la na- « ture. »

Pline rapporte encore des faits qui prouvent que les Étrusques avaient connaissance du pouvoir des pointes pour soutirer des nuages la matière de la foudre. Faire descendre le tonnerre ou la Divinité, chez les anciens, était la même chose.

« Dans le moment où ïullus Hostilius évoquait la descente de « la foudre par le procédé de Numa, mais maladroitement, il fut «frappé de la foudre. Quod scilicet fuhninis evocationem imila- « tum parum rite, Tullum Huslilium ictum fulmine (5). »

CHAPITUB I. 3

On trouve encore dans Lucain ce passage remarquable, relatif au même sujet (6) :

Aruns dispersos fulminis ignés

Colligit, et terra mocslo cum murmure condit. (Li'can. Pharsal. 606.)

« Aruns», savant Étrurien, instruit dans les mouvements du tonnerre , « rassemble les feux de l'éclair dispersés dans l'air, et , au « milieu d'un bruit sinistre, les ensevelit dans la terre. »

Dans le sixième chapitre de la Pharsale, on trouve encore ce passage :

« Ërichtho, la plus savante des Hémonides, qui sait, comme « Aruns, recueillir les feux de la foudre, les éclairs nocturnes : »

.NoclurnafuUjura captât.

Les anciens connaissaient aussi la propriété que possède la torpille de produire un engourdissement quand on la touche avec la main. Galien en fait également mention.

Plutarque dit que ce poisson fait éprouver un engourdissement aux pêcheurs par l'intermédiaire de leurs filets, et que si l'on verse de l'eau sur le corps de la torpille, la sensation se propage jusqu'à la main au moyen de l'eau tombante.

On se servait de la commotion donnée par la torpille comme moyen curatif dans la goutte et la paralysie, de même que l'on emploie aujourd'hui l'électricité dans des cas semblables, peut-être sans plus de succès.

On ne trouve rien, pendant toute la durée de l'empire romain , qui soit digne d'attirer l'attention des physiciens sur l'électricité. Les attaques réitérées des barbares et la lutte entre le paganisme et le christianisme , qui devint si vive que l'on quitta les sciences positives, quoique encore dans leur enfance, pour se livrer à des sujets purement spéculatifs , arrêtèrent non-seulement pendant, longtemps les études scientifiques, mais finirent même par les anéantir presque entièrement pendant plusieurs siècles. Il faut aller jusqu'au dix-septième siècle pour commencer à trouver quelques recherches sur le pouvoir attractif de l'ambre et de plusieurs pierres précieuses.

A DE l'elECTBICITÉ ET DU MAGMÏTISS1E.

§ IL De l'électricité constituée en corps de science. — Travaux de Dufay, de Franklin, etc.

Gilbert, médecin anglais, publia, vers le milieu du dix-seplième siècle, un ouvrage remarquable pour l'époque, et ayant pour titre : deMaynete, dans lequel il fit connaître un grand nombre de corps jouissant de la même propriété que l'ambre ou succin ; il observa, en outre, que les effets étaient d'autant plus marqués quel'airdans lequel on opérait était moins humide ; il ne négligea enfin aucune des conditions qui pouvaient exercer une influence sur le dégagement de l'électricité.

Gilbert rassembla donc quelques faits qui, réunis, commencèrent à former un corps de doctrine qu'on appela électricité, dérivé du mot ?,Xa«pov , ambre. Lorsque nous parlerons du magnétisme nous reviendrons sur l'ouvrage de Gilbert ; on doit cependant remarquer que ce physicien est un des premiers dont les déductions théoriques aient été basées sur les résultats de l'expérience.

Vers 1670, Otto de Guerike, auquel on doit la machine pneumatique, construisit la première machine électrique, qui consistait en un globe^le soufre ou de résine traversé par un axe horizontal, auquel on imprimait d'une main un mouvement de rotation, tandis que l'autre, qui appuyait dessus, produisait par son frottement un dégagement d'électricité plus considérable qu'on n'en avait encore obtenu.

Le docteur Wall (Ci 1 décrivit la lumière électrique : cette lumière et le craquement qui l'accompagne, dit-il, paraissent en quelque sorte représenter le tonnerre et les éclairs. C'est la première fois que l'on a comparé les effets de l'électricité à ceux de la foudre.

En 1675, Newton [1) trouva que l'attraction électrique se transmettait à travers le verre; dans une des questions annexées à son Traité d'optique, il exprima l'opinion que la production de l'électricité pourrait bien être le résultat d'un principe éthéré mis en mouvement par les vibrations des molécules des corps (8). Ce grand homme a peut-être entrevu la véritable cause des phénomènes électriques. Hawkesbée, vers 1709 (9), s'occupa des attractions et répulsions électriques: il observa le premier l'écoulement de l'électricité dans le vide ; il fit aussi connaître la lumière émise en agitant du mercure dans un tube de verre vide d'air. On lui doit aussi la substitulion d'un cylindre en verre au manchon de résine ou de soufre dont se composait primitivement la machine électrique.

CIIAPITI'.F. I. i

Gray (10) , en 1727, aidé de Welher, établit la distinction entre les corps lions conducteurs, connue les métaux, et les corps mauvais conducteurs, tels que la résine, le verre, etc.

Six ans après, Dufay (1 1), prenant en considération la découverte de Gray," montra que tous les corps, même les métaux, peuvent devenir électriques, pourvu qu'ils soient placés préalablement sur un corps mauvais conducteur, qu'on appelle corps isolant ; mais la découverte qui rendit son nom célèbre (12) est celle des deux principes électriques dont la réunion, en quantités égales, forme le fluide neutre ou naturel. Il appela électricité vitiée celle qui est produite par le frottement des matières vitreuses, et électricité résineuse celle qui résulte du frottement des matières résineuses. 11 prouva en même temps que les propriétés de ces deux espèces d'électricité sont de s'attirer l'une l'autre, tandis que les molécules de chacune d'elles se repoussent.

Les dénominations (['électricité vitrée et d'électricité résineuse ont été abandonnées depuis que l'on a reconnu que l'une et l'autre peuvent être produites indistinctement par le même corps, suivant l'état de la surface; on leur a substitué celles d'électricité positive et d'électricité négative.

A cette même époque , Dufay tira la première étincelle du corps de l'homme placé sur un tabouret isolant; ce fait inattendu, qui causa une surprise générale, prouvait seulement que le corps de l'homme, en raison des liquides qui font partie de son organisation, était conducteur de l'électricité.

En 1741 , Boze (12'), professeur de physique à Wurtemberg, imagina de recueillir l'électricité dégagée par une machine sur des cylindres de fer-blanc suspendus à des cordons de soie ; ces cylindres furent les premiers conducteurs adaptés aux machines électriques.

Winkler (13), à peu près à la même époque, substitua un coussin à la main servant de frottoir, et, sauf quelques modifications secondaires, la machine électrique fut définitivement constituée.

En 1744 (14), on obtenait déjà des étincelles capables de tuer de petits oiseaux et d'enflammer l'éther et l'alcool.

En 1746, Cunéus de Leyde ou Muschenbroek (15) (on ignore lequel des deux) découvrit la bouteille de Leyde: électrisant un jour une bouteille de verre remplie d'eau distillée qu'il tenait à la main, et dans laquelle plongeait une tige de métal en communication avec une machine électrique, il voulut retirer cette tige avec l'autre

fi DE L'ÉLECTRICITÉ ET DU MAGNETISME.

main, et ressentit aussitôt une vive commotion clans le bras et a poitrine. Cette expérience, qui excita un étonnement aussi général que celui qu'avait fait naître la première étincelle tirée du corps de l'homme, devint bientôt populaire, et passa du cabinet du physicien sur la place publique dans les mains du bateleur.

Les docteurs Watson et Bévis (15') montrèrent qu'en entourant la surface extérieure de la bouteille d'une feuille de métal, la commotion était plus forte. L'abbé Nollet répéta le premier, en France, l'expérience de la bouteille de Leyde sur cent quatre-vingts gardes du corps qui se donnaient la main , dans la grande galerie de Versailles.

Si la découverte de Dufay avait jeté quelque lumière sur le dégagement de l'électricité en général, celle de la bouteille de Leyde fut le point de départ de nouveaux travaux, et notamment de recherches sur les phénomènes d'influence.

Le docteur Watson (lo 2 ) remarqua que la forme et la couleur de l'étincelle changeaient suivant la nature des substances d'où elles sortaient.

Plusieurs physiciens français et anglais (15 3 ), frappés de l'expérience de Nollet, essayèrent, mais en vain, de déterminer la vitesse de l'électricité en faisant passer la décharge de la bouteille d'abord dans un fd de fer de 4,092 mètres de longueur, et ensuite dans la Tamise, sur une longueur de cinq à six mille mètres; mais ils ne purent jamais observer aucun'intervalle de temps sensible entre le moment du départ de l'étincelle et celui de l'arrivée.

Électricité atmosphérique. Vers le milieu du dix-huitième siècle, alors que l'on découvrait les principales propriétés de l'électricité, on commençait déjà à être frappé de la ressemblance qu'il y avait entre les effets de la commotion de la bouteille de Leyde et ceux du tonnerre, pour désorganiser ou briser les corps , enflammer les matières combustibles, tuer les animaux. Cette analogie, dont Wall avait déjà parlé près d'un siècle auparavant, n'échappa point à Franklin, lorsqu'il eut imaginé la charge par cascade (16), au moyen de laquelle il fondit une feuille très-mince de métal, changea les pôles d'une aiguille aimantée, et imita un autre effet de la foudre, celui d'enlever toute la dorure d'un morceau de bois, sans l'endommager. Il compara le mouvement en zigzag de l'éclair à celui de l'étincelle électrique, et fit la remarque que la foudre frappait de préférence les objets les plus élevés et les plus pointus, comme les montagnes, les mâts de vaisseau, etc. Franklin avait tellement bien établi la

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