CHAPITRE I
ressemblance qui existe entre ces deux mortes d'action, qu'il ne restait plus qu'à recueillir la matière même de la foudre ilO'), comme les anciens paraissent l'avoir fait par un procédé qui s'est perdu dans la nuit des temps.
A peine les idées du philosophe américain furent-elles connues en Europe, qu'elles attirèrent l'attention des savants, particulièrement de Dalibard, de Delor, de Mazeas, de Buffon et de Lemonnier, en France ; de Canton, de Watson, de Wilson et de Bévis, en Angleterre. C'est à cette époque que l'abbé Nollet (17) consignait le passage suivant dans son Traité de physique :
«Si quelqu'un entreprenait de prouver, par une conséquence ;< bien suivie des phénomènes, que le tonnerre est entre les mains « de la nature ce que l'électricité est entre les nôtres; que ces « merveilles, dont nous disposons à notre gré, sont de petites « imitations de ces grands effets qui nous effrayent, et que tout « dépend du même mécanisme ; si l'on faisait voir qu'une nuée « préparée par l'action des vents, par la chaleur, par le mélange « des exhalaisons, est vis-à-vis d'un objet terrestre ce qu'est le « corps électrisé en présence et à une certaine proximité de celui « qui ne l'est pas, j'avoue que cette idée, si elle était bien soutenue, « me plairait beaucoup; et pour la soutenir, combien de raisons « spécieuses ne se présentent pas à un homme qui est au fait de « l'électricité ! »
Il ne restait plus qu'à vérifier par l'expérience les prévisions de Franklin et de Nollet; ce dernier, en 1746, avait déjà remarqué que des corps pointus placés à quelque distance d'un corps électrisé produisaient de la lumière. Franklin, en observant ce phénomène, découvrit, en 1750, le pouvoir des pointes (18).
L'expérience pour soutirer l'électricité d'un nuage orageux fut faite pour la première fois en France, le 10 mai 1752, par Dalibard (1 9) , à l'aide de barres de métal isolées, terminées en pointe, et élevées dans un jardin de Marly (la ville) : l'une d'elles avait treize mètres de hauteur. Ces barres lui fournirent assez d'électricité pour charger des bouteilles de Leyde. A l'instant du passage du nuage, on entendit un coup de tonnerre, et dès lors l'identité de l'électricité et de la foudre fut complètement démontrée.
Franklin ignorait que cette expérience eût été faite en France : il attendait, pour la tenter, qu'un clocher qu'on élevait à Philadelphie fût terminé, afin d'y placer à une hauteur convenable la barre isolée qu'il se proposait d'employer; mais il lui vint dans l'idée qu'un cerf-volant qui dépasserait les édifices les plus élevés
8 de l'éi.ectbicité et du magxétisme.
remplirait bien mieux son but. L'expérience fut faite en juin 1752, avec le plus grand succès (20).
Dalibard et Franklin ne furent pas les seuls qui soutirèrent la foudre des nuages. Romas, le 2fi mars 1756 (21), obtint des résultats étonnants. Il avait fait construire un cerf-volant de 2 m ,33 de haut sur 1 mètre de large, qui fut élevé à la hauteur de 183 mètres, avec une corde isolée dans laquelle il avait entrelacé un fil de métal. 11 s'établit entre la corde et la terre un courant d'électricité qui parut avoir de m ,08 à O m ,IO de diamètre et 3"\33 de long.
Mais, si Franklin n'est pas le premier qui ait enlevé de l'électricité aux nuages, quoiqu'il ait préparé toutes les voies pour démon" trer l'identité entre les effets de la foudre et ceux de l'électricité, à lui seul appartient la gloire d'avoir conçu l'idée de soutirer des nuages l'électricité à l'aide de barres métalliques terminées en pointe, pour préserver de ses terribles effets les bâtiments sur lesquels elles sont placées.
Tous les esprits étaient préoccupés de l'identité entre la foudre et l'électricité ; on chercha à expliquer le bruit du tonnerre, l'éclair qui le précède, l'odeur qui accompagne sa chute vers la terre , ainsi que les divers météores lumineux de l'atmosphère. Beccaria parvint à expliquer le bruit du tonnerre en prouvant d'abord que le fluide électrique déplaçait subitement l'air, et que ce déplacement, se communiquant aux parties environnantes, devait produire les retentissements qu'on entendait (23). L'appareil connu sous le nom de thermomètre de Kinn'rsley mit en évidence le refoulement de l'air. Il restait à expliquer l'odeur de soufre et de phosphore qui accompagne la chute delà foudre. On reconnut seulement l'analogie de cette odeur avec celle qui se développe dans les décharges ordinaires; ce n'est que dans ces dernières années que l'on a pu résoudre cette question, sur laquelle nous reviendrons plus tard.
Les physiciens du dernier siècle ne se bornèrent pas à établir les rapports entre l'électricité et la matière même de la foudre; ils cherchèrent d'où pouvait provenir cette quantité si considérable d'électricité qui se trouve dans l'atmosphère au moment des orages. Lemonnier, Beccaria, Franklin, Canton, Cavallo,Volta, De Saussure essayèrent tour à tour, mais en vain, de. résoudre ce problème.
Cependant leurs recherches ne furent pas infructueuses pour la météorologie. Lemonnier observa le premier qu'il y avait presque toujours dans l'air de l'électricité, même lorsqu'il n'y avait aucune apparence d'orage (24). Pour étudier ce phénomène, il fit élever dans son jardin de Saint-Germain-en-Laye une longue tige de mé-