‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 10 sur 20 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LES BOSOMS

Boson II» réputé le premier seigneur de notre dynas*

lie nationale des Bosons, fut donc au milieu du x"* siècle , le comte d'Arles , établi dans la ville d'Arles , qui avait une autorité reconnue ou prétendue, du littoral de Marseille et de Fréjus. jusqu'à l'Isère, sur tous les comtés des deux provinces ecclésiastiques d'Arles et d'Aix. Sa femme s'appelait Constance ; il en eut deux fils , Guillaume et Rotbold, et mourut avant Tannée 968.

Guillaume» Tainé des deux, succéda à son père selon 968. Pancienne coutume et les capitulaires. Ce seigneur ne porta d'abord que le titre de comte d'Arles ; il se qua-

lifia de oetle sorte dans une assemblée tenue à Arles, environ la seconde année de son règne, où comparurent les vassaux tant Romains que Saliques, plusieurs juges, et autres personnages de nations diverses ; mais la destruction des Maures, opérée par sa vaillance, étendit son autorité et son titre. Ces étrangers, répandus sur la côte de la Méditerranée et la chaîne des Alpes-Provençales, avaient toujours leur quartier principal dans le chAteau de Fraxinet (La Garde -Frainet). Rolbold, frère de Guillaume I*', fit une première expédition contre eux , secondé par Aymon, un de leurs chefs qui les avait trahis ; et quand cette troupe se trouva en vue de ce Fraxinet si redoutable aux chrétiens de Provence, « Frères, s'écria le chef, nous voici dans les terres des infidèles ; il est temps de combattre pour le salut de nos âmes. » Les chrétiens et les Maures se livrèrent une sanglante bataille, qui n'eut cependant aucun résultat décisif. ^2. L'an 972, Guillaume marcha en personne contre les Maures ; il vint & bout de les réduire, rasa leur diAteau du Fraxinet, et mit les vaincus dans cet état de servif tude, où on les retrouve plusieurs siècles a(Nrès. Le roi

Conrad-le-Paciûque , fils et successeur de Rodolphe II dans le royaume des Allemands et des Provinces , lui ayant cédé les terres enlevées aux Maures, il s*occupa de rétablir le bourg de Saint-Tropez et les villes épisoopales de Toulon et de Fréjus détruites par les barbares ; et de partager la campagne entre les seigneurs selon les différences des cours d'eau , des vallées et des collines

Guillaume P', vioomlp. de Marseille , que l'on regarde comme TaMieur de la dynastie vicumUile de celle an* . cienne cilé, obliiil en récompense de ses services , pour lui ou. pour les siens « des terres considérables du . diQ«cèse de Toulon , et noiammeiil la ville épiscopale de ce mm et le bourg d'Uières; le comte d(mna aussi à Téyéque de Fn^jus, la moitié de sa villf^ épisc(»pa1e , et de tout le U'rriloire limité par la mer, le fleuve d*Argent, le mont llereori et la [)elile rivière deCiagne. La charte de concession nous représente le pontife à genoux devant le comte , el lui exposant que non->seulement son Eglise élûil ruinée , mais encore que les litres des possessions ecclésîasliquesavaîpnt disparu ; et le comte don* nanl k sainle Marie » à saint Léonce el à lui Riculphe évéque, de Tavis de plusieurs princes et juges, )a mntlié de la ville et du territoire ci-dessus désigné. On peut aussi placer h celte époque rétat>lissemenl d'un vicf^mte el d'une famille vicomiale dans le cnmlé de Fréjus. Ses victoires sur les oppresseurs du pays lui valurent justement le litre de grand , de prince Irès-cbrélif'n , et de père de la patrie; elles l'autorisèrent à se qualijQ^ marquis de la province d*Arlfîs, marquis de Provence, prinee de toute la Provence. Nous voyons , en 979, ce prince tenir un plaid dans le bourg de Manosque , au comté de Sisleron, el confirmer une doOiSlion de IVvéque de Cavaillon, qui Tappela son seigneur; et pareillement en 991 nous trouvons qu'il approuva l\»lablisspment des dou^ chanoines de l'église d'4pt i faite par l'évéque.

RÉSUMÉ DE L'UISTOUŒ

Guillaume-le-GraDd mourut sous l'habit de moine à

Avignon, en 992. Saint Ma} eul, natif de Valensole, abbé de Quny, aYec qui il était lié d'une étroite amitié, l'assista dans ses derniers momens. Son corps fut porté à Sarrian, en-dd& de la Durance. Son fils Guillaume II, né de sa femme Adelais, étant encore mineur, Rotbold, son frère, fui appelé à servir le fief suiyant les capitulaires, qui, dans la minorité de Tliéritier direct, investissaient l'onde paternel.

La mort du comte d'Arles fut suivie , à la distance d'une année, de celle de son suzerain Conrad-le-Padfique. Le royaume des Allemands, fondé par Rodolphe P dans son gouvernement du Jura, augmenté par Rodolphe II des possessions de Hugues de Provence , était parvenu, sous ce même Conrad-le-Pacifique, à son plus haut terme de prospérité. Ce prince recula la frontière septentrionale du royaume jusqu'à la Reuss , et maintint Ténergie de l'Etat par les fréquentes convocations des assemblées nationales. Il eût pour successeur soa fils Rodolphe III, surnommé le Lâche et le Fainéant. Rolbold , comte d'Arles comme son irère Guillaume- • le-Grand, confirma en 4 004 l'élection de TabbédeSaint* Pons de Aice, manière d'étendre son autorité au-delà du Var. Lorsque son neveu Guillaume II fut majeur, Ton* cie et le neveu résolurent la difficulté de leur droit respectif, en partageant le pouvoir suprême. Par le décès de son oncle, arrivé vers l'an 1008, Guillaume II entra dans la. pleine possession de la seigneurie, à l'exclusioii

. j i^ .d by GoogI

de son cooria Guillaume, fils de Rolbold, qui cependant

prit par honneur le titre de comte , et de sa cousine Emma, fille de Rotbold, mariée a?ec Guillaume-Taillefer, comte de Toulouse. Guillaume II, établit prince sur le comté d'Aniibes (sauf les droits que pou?ait a?oir

révéque], Rodoard, fondateur de la maison de Grasse, ainsi nommée sans doute parce qu'elle quitta Antibes et

alla se cantonner dans le bourg de Grasse ; pour n*étre point en contact perpétuel aTec le chef religieux du comté. Je croirais volontiers que ce fut là le premier empiétement notable , ou Tun des premiers et des plus notables empiélemens des comles d'Arles sur le marquisat des Àlpes-Harilimes; car, bien qu'originairement l'ancienne cité d'Anlibes appartint à la seconde Xarbonnaise et à la province ecclésiastique d'Âix, elle avait déjà passé dans le marquisat des Alpes-Maritimes el dans la province ecclésiastique d'Embrun. La domination des comles d'Arles tendait alors , ce semble, à abandonner la partie septentrionale, voisine de Temboucfaure de l'Isère , et à marcher vers le Var et vers les Alpes. Guillaume II mourut ensuite en 1018.

Comme Guillaume lîl, autrement nommé Guillaume- Bertrand , et son frère Geoffroi , l'un et l'autre fils de Guillaume II, étaient nfineurs , par un changement de maximes qui rapprochait le fief de la condition des biens ordinaires , leur aïeule Adelaïs et leur mère Gerberge, prirent en main la tutelle des jeunes princes et l'administration du comté. A la majorité des deux frères on

RÉSUMÉ DE LUlSTOiRE

alla plus loin. Le cadet fut aussi favorablement traité

que Taillé ; mais, par un reste de respect envers le corps de fief f on leur fit partager le pouvoir, sans leur faire diviser le lerriloire.

La faiblesse du roi négnant, Rodolphe III, dit le Lâche el le Fciin(^anl, favorisa l ambilion de ces princes s'ils en eurent. Ce fut pour le royaume des Allemands el de Provence une époque d'anarchie qui annonçait sa prompte ruine. La dispute, au sujet de la succession du roi qui n'avait point d'enfans , s'ouvrit de son vivant même. Eudes , comle de Champagne , son neveu par Tune de ses sœurs, vint les armes à la main lui deman^ dersa couronne, el Rodulphe indigné l'assura à Henri. II, roi de Germanie, puis empereur, fils de Gisèle, sa sœat puinée. Les gouverneurs d en-delà l'Isère se soulevèrent contre Rodolphe , parce que l'héritier de la couronne leur semblait trop redoutable; et quoiqu'ils fussent défaits dans une bataille, ils n'en jetèrent pas moins les fondemens solides de leur souveraineté. Alors, le pouvoir royal n'eut plus guère de vie que sur les deux rives du Léman , dans le Valais et dans la Suisse.^ La mort de l'empereur Henri II, prince héréditaire du royaume des Allemands et de Provence, et de l'adoption nouvelle que fit Rodûlphe-le- Lâche de son petil-ncveu Conradle-Salique, aussi empereur et roi de Germanie , ne ramenèrent point l'ordre dans l'Elat , nî la force dans le gouvernement. Les défiance et les révoltes des gouverneurs continuèrent. Cependant les gouverneurs devaient

se rassurer, par l'excès même de la puissance de Conrad, qui portail le poids immense des hautes suzerainetés de la Germanie et de l'Ilalie. Avant sa mort . le rui envoya à son peiil-neveu.en signe dlnvesliture, sa couronne el la lance de Saint SIaurice.

D'ailleurs » la suite des empereurs- rois de Germanie* jusqu'à ces mêmes princes Henri II et Conrad-le-Salique , est ainsi : Othon-le-Graud , iils de Henri V et troisième roi de Germanie depuis la ruine des descendans de Louis-ie-Germanique, avait obtenu, atmme je Taî dît, par In faveur des papes, ces couronnes impériale et Lombarde, que ceux-ci ne voulaient point aban* donner aux seigneurs italiens. Après lui, son fils et son petit- fils, Olhon II et Othon Ili, eurent une semblable fortune, de même que le duc de Bavière Henri II, suc* cesseur d'ûlbon UI. Vinl ensuite le duc de Franconie, Conrad-le-Snlique , qui hérita de Rodolpbe-le-l éehe, et sous l«H]uel, en conséquence, la couronne du royaume des Allemands el de Provence fut unie A la couronne germanique , comme la couronne italienne et le titre d'empereur y avaient été joints sous Olhnn-le Grand.

On ne voit pas ce que firent les deux comtes régnans d*Arles, Guillaume III et GeolTroi. Ils s'avancèrent dans le comté de Vai.son , si toutefois Tauloritë de Irurs ancêtres n*y avait éiéà^jh reconnue ; car en 10&5 ils donnèrent à révéque de Vaison la moitié de sa ville épiscopala.

GttiUaunie lil étant mort en 1053, et Geoùroi restant

seul comte , renlralaemeDt naturel des idées fit , à ce qu*il semble , résoudre le partage du comté entre le comte .Geoffroi et les deux fils de Guillaume III , Guilleaume et Geoffroi. Ce partage fut conçu dans les idées de ces princes, qui depuis la conquête de Tancienne cité d'Antibes tranchaient du suzerain» et dans toute Tétendue des provinces ecclésiastiques d'Arles et d'Aix , et dans toute Tétendue de la province ecclésiastique d'Embrun. Par son résullal, le territoire fut divisé à peu près comme il l'avait été sous les Bourguignons et les Goths. Gecjffroi conserva lesdruils ou les prélenlions des comtes d*Arles sur les comtés d'entre la mer, le Bas-Rhône, la Durance et les Alpes, et ses deux neveux reçurent les droits ou les prétentions de leur race sur les comtés d'entre la Durance, le Rhône et l'Isère.

Alors ceux-ci chassèrent d'Avignon Tancienne famille vicomtale , que Guillaume-le-Grand ou ses successeurs y avaient établie en sous*ordre, prirent le titre de mar* quis de Provence comtes d'Avignon , et placèrent dans cette ville le siège de leur puis^nce. Us furent reconnus dans la ville et le comté de Cavaillon , où dominaient les vicomtes de ce nom, fondateurs de l'une des grandes familles du Yenaissin perdue depuis quelques siècles ; dans le bourg et comté de Vénasque, soumis à la famille du nom de Vénasque, pareillement éteinte de nos jours ; dans la ville et le comté de Sisteron , régis par des vicomtes dont il reste à peine quelques souvenirs, et enfin dans la ville et le comté de Vaison qui pa*

. j i^ .d by GoogI

laissent avoir élé libres , sauf les droite de Tévéque sur

une portion de la ville. Mais ni la famille principale d'Apt , lige des maisons de Simiane et d'Agoult , ni la race des Adhemars, maîtresse des deux comtés de Saint- Paul et d'Orange » ni la branche de la maison de Poi-*^ tiers qui gouvernait le Valenlinois, ni les comtes de Gap, de Die et d'£mbrun , ne se courbèrent devant la suzeraineté des marquis de la Provence occidentale.

Bientôt dans la Provence orientale, Geoffroi mourut, 4063. et son fils Bertrand, né de sa femme Etiennette, lui suc* céda. Dans la Provence occidentale , Adelaïs , iille du comte d*Avignon Guillaume, et héritière tant de celui-ci que de son oncle Geoffroi (d'Avignon), porta son fief à son époux Ermangaud , comte d'Urgel , de la maison des comtes de Barcelone en Espagne. La lutte nouvelle du sacerdoce et de Tempire amena, pour les deux marquisats oriental et occidental, des temps d'anarchie, où l'on ne trouvait , suivant une charte de Montmajour, bonne justice nulle part. Jusqu'ici l'empereur et le pontife romain avaient fixé le lieu de leur résidence ; mais ils n'avaient point limité et circonscrit les prétentions de l'autel et du trône, et, pour s'être placés à distance l'un de l'autre , la paix n'était point faite. Tandis que les empereurs voulaient maintenir leur droit d'élire, ou au moins de confirmer les pontifes romains, le clergé s'efforçait de rendre l'élection papale indépendante des empereurs. C'était là, sans doute, le premier pas à essayer, si l'ou voulait ensuite , en invoquant l'impossibilité de

RÉSUflË DE LUISTOIRE

Ibire marcher de front deux puissances rivales, l'ecclésiastique et la civile , subordonner reuipiré à l'Eglise. Henri III dit le Noir , fils et successeur de Conrod-le- Salique, ritnpëratrice Agnès, teuve de Henia III et régenfe de l'empire pendant la miiiorilé de son fils Henri IV dit le Grand , eurent à oombaltre contre les souverains pontifes. Henri IV, excommunié, vil une diète germanique créer un nouvel empereur au gré du pape Grég! ire Vil , et une assemblée , tenue de Tordre de Tempereur, prononça la dégradation du pontife régnant, pour en élire un nouveau. Ajcard, de la maison vicomtale de iiarseille, arche--

* téque d'Arles, saisit celte occasion de délivrer du pouvoir des comtes sa ville primatiale. Il embrassa le parii de IVmperi»or piîur s'opposer à Bertrand, aélé parlisafi du pape, et appela contre lui les seigneurs de la maison viconttule de Marseille, Ises panons, et le eomie de Toulouse Raimond de Saint^Gilles , chef de œlte puissante famill<^, qui du cmnlé tie Toulouse arrivé à la su-«périorité médiate ou immédiate de Tancrenne Seplima-^ nie. I.é marquis de la Provence orientale, voyant un des seigneurs de Manseilie prendre le litre de vicomte dUrles , et le comte de Toulouse occuper militairement le territoire provenrnl, se serra davantage autour du pontife r^ain. D'ab<»rd , il s*engngpa à remnnaitre pour pape celui qui aurait été élu par la maj( rilé des cardinaux de la sainte église romaine; puis il fit hommage

^ de tout Sun £ief au Dieu toul-puissaul, aux saints apô*

DE PfidVENCE.

très Pierre et Paul et au seigneur Grfgoire VII pape. Les succès du primai d'Arles n'en furenl point ébranlés, et le marquis définitivement chassé de sa Tille capitale, opéra sa retraite sur le chàleau de Tarascon. Ce fut, en petit, l'exécution de la révolution sacerdotale de l'empire. Là , le pouvoir impérial congédié de Tllalie , fut renvoyé en Germanie ; ici les marquis de la Provence orientale expulsés d'Arles , furent réduils a chercher un asile dans un bourg voisin. La liberté populaire d*Arles eut son principe dans ces événemens. Au milieu des souvenirs et des restes de la municipalité romaine, en face d'une nombreuse populalion et d'une richesse considérable , l'évèjue n'étant point assez fort pour s'emparer du souverain pouvoir , put seulement s ap()roprier les droits fiscaux de la seigneurie , le haut patronage de la ville, etc.. et la commune d*Arles fut fondée.

Du reste , les mêmes événemens qui atteignirent la maison comtate d*Arles, changèrent la face du marquisat de la Provence occidentale. Je ne sais si l'évéque d'Avignon, à Texemple de Tarcbevéque d*Arles, appela aussi le amie de Tnnlnuse ; mais les choses se passèrent i peu près de la même manière, l^es comtés d'Avignon , de Cavaillon , de Vénasque et de Vaison furent occupés par les armes de Toulouse , et les marquis de Provence, comtes d'Avignon, chassés de leur ville capitale, se replièrent sur les montagnes qui bordent la rive droite de la Durance; et lA.ne pouvant avoir accès dans la viUe épiscopale de Sisteron, ils commencèrent à ba-*

90 RËSDMÉ DE L'HISTOIRE |

biter le chAteau de Forcalquier. Celte révolution eut en- ;

core ce trait de ressemblance avec la révolulion de la i Provence orientale, qu'elle enfanta pareill^ent une république municipale , la commune d'Avignon. Il faut placer ces événemens sous le règne d'Adélais , épouse d'Ermengaud, comte d'Urgel.

On pense bien que, dans ce désordre, les familles corntaies el vicomtales n'oubliaient pas le soin de leurs intérêts. Du Rhône aux Alpes et de la mer à Tlsère , sur le territoire de l'un et de l'autre marquisat , parmi les chefs des comtés, ceux qui portaient le joug de suzerain cherchaient à le secouer , et les autres le repoussaient avec constance , pour se maintenir dans la mouvance immédiate du royaume uni et du saint empire ; et partout ces évêques , qui à la chute de l'empire d'Occident avaient donné la Gaule aux Francs , qui à la chute de ^ la monarchie carlovingienne avaient créé , en vertu de Tautorité sacerdotale , le royaume de Provence , las de ne pouvoir plus rien pour la patrie , s'occupaient de prendre une place dans la nouvelle ordonnance fédérale de l'Etat. C'était vraiment une chose digne d'attention : • là révéque partageait la ville avec le seigneur , id Tévéque gardait pour lui la ville , laissant le territoire au seigneur; et à ces deux puissances se mêlait la puissance populaire , qui devait un jour écraser les deux autres. Telle fut, en Provence comme ailleurs, cette féodalité qui avait ses racines dans les villages , dans les anciennes villes romaines , et qui portait sa tète dans les hautes

régions de l'Etat « où les idées de clientèles romainet gauloise et germanique, et les maximes de la supériorité d'un corps politique sur un autre » marquée par le tribut, le senrioe d*armes, Thonneur révérentiel, etc., vin* rent se donner la main.

Revenons au marquisat de la Provence orientale et au comté d'Arles. Bertrand mourut en 1092, après un règne de vingt-cinq ans. Sa mère Etiennette sVmpara de la régence, qu'elle retint jusqu'à sa mort. On vit en- 1^ suite régner ensemble la sœur de Bertrand , Gerberge, et le mari de celle-ci , Gilbert, vicomte du Gévaudan et seigneur de Hilbaud et de Carlad. Tout nous annonce que Gilbert assista à la première croisade , et cette ab-* sence contribue à expliquer le manque presque absolu de monumens sur ce règne.

Gilbert et Gerberge,qui avaient deux filles, marièrent, après ravoir dotée, Etiennette, l'une d'elles et probablement rainée, au seigneur des Baux, bourg voisin de la ville d*Arles. Cette alliance augmenta la grandeur et l'autorité de cette maison , où elle porta le bourg de Trinquetaille, bâti au-delà du Rhône, sur la place qu'occupait le quartier de la ville d'Arles , détruit par les Maures ; la ville des Tours-d^Aix, construite après la retraite de ces barbares, à l'abri de la maison archiépiscopale d'Aix , et un grand nombre de châteaux , situés pour la plupart dans les comtés d'Âix et d'Ârles. Les sdgneurs des Baux durent dès lors se considérer comme les successeurs naturels de Gilbert et de Ger berge,

RÉSCniÉ DB L*HlSTOIiŒ

Mais le tnariage coniraclé entre Douce, seconde fille

de Gilbert, après la mort du même Gilbert, et Haimond Bérenger IV, comte de Barcelone, fil évanouir ces espé* rances. Déjà, comme nous ravons dit, une branche de la maison de Barcelone élait en possession du marqui-* sal de la Provence occidenlaIe,lorsqu'une autre branche fut désignée pour succéder au marquisat de la Provence orientale. Les Bérengers remontaicnl à un Geoffroi, surnommé le Velu, gouverneur de Barcelone sous Charles* le-Chauve. L'i^poux de Douce, illustre et puissant entre les seigneurs , et d'ailleurs maître d'un pays qui avait avec ta Provence de faciles relations marilimi»» semblait propre à consoler et à relever de ses défaites la patrie de 6uillaome-le-Grand. Gerberge investit du marquisat de la Provence orientale sa iille Douce, qui le céda imitiédiatement à son époux.

Raimond Bérenger, IV de Barcelone, I"de Provence, reçut, avec le cnmté d'Arles, toutes les difficultés et Ips chances de la gûerre que Ton soutenait contre le comte de Toulouse. Mais , soit que Raimond Bérenger triomphât, snii que la victoire resiàl au seigneur de Toulouse , le résultat était le même , et la Provence s'élc ignait de rilalîeel du saint-empire pour entrer dans les liaisons ^t les intérêts des feudalHires de la Gaule méridifuiale. H semble qu'il en eût été autrement si quelque seigneur de TeM, le o mie de Viniiniille je supp<.)se,eût été dans une position h franchir le Var et à «e pousser vers le Rhôn^i comme autrefois les Romains et les Golhs,

Les choses ne s*élanl point passées ainsi , le saint-empire perdit eu ce moment une de ses provinces ou à peu près.

Il ne faut point demander dans quel état se trouvait

le royaume uni des Allemands el de Provence. Ce royaume nVxistait alors que de nom ; il n'y avait plus, entre ses divers membres , d'aulre lien que le lien général de l'empire. Tout cela était au profit de la Gaule et au détrimenl du saial-empire romain.

94 RËSOMÉ DE LmTOIRE

CHAPITRË II

LES BÉRENGERS

Nous voyons figurer Raimond Bérenger I* de Pro- - Yence dans une ligue générale des communes de Pise et de Gènes , et de plusieurs seigneurs et villes d'en-decà et d'en-delà le Rhône , contre les Maures , possesseurs des iles de Majorque et de Minorque , oh le marquis ajouta à ses domaines cette première ile , et obtint ea 444g, même temps du pape Pascal II une sauve garde pour lui et pour sa famille. A la même époque» pressé qu'il était par les Maures en Catalogne et par le comte de Toulouse eu Provence » il réduisit en une simple suzeraineté sa souveraineté sur la ville épiscopale de Carcassone,en faveur de Bernard Âtton, vicomte de Béziers.

Environ vers ces temps , Pons, seigneur de Fos, issu de la maison vicomtale de Marseille, se présenta devant Raémond Bérenger I*', et lui fit hommage. La charte de l'hommage nous donne une idée de la société provençale de ces temps, où les droits du marquis hors de ses domaines se réduisaient presque généralement à l'honneur révérentiel , au service dans les combats et dans les plaids» les barons étant chez eux de vrais sou-

DE PROVENGE

yerains qui réglaient eu dernier ressort la justice et la police de leurs fiefs, de sorte que c'était une fédération de monarques sous un autre monarque plus honoré et plus puissant.

Quelques années plus tard la Provence vit s'élever deui édifices remarquables. L'ordre de Saint-Jean » que le vénérable Gérard lenque, du château de Saiat-Geniez (les Hartigues), avait fondé à Jérusalem pour soigner les croisés malades, et qui bientôt avait pris le bouclier et répée contre les Arabes , bâtit la commandèrie de Trinquelaille dans lo delta du Rhône ; et Tabbé de Le- 4447. hns, toujours exposé dans son lie aux brusques invasions des Maures» acheva la construction d'une tour immense, destinée à servir tout ensemble de couvent et de citadelle. Le pape Honorius II accorda les indulgences ordinaires des croisades à ceux qui feraient dans Tlle un service de trois mois pour la défendre.

Le comte de Barcelone tourna tous ses efforts vers rentière délivrance de son comté d'Arles, avec Taide de son allié, Guillaume, duc d'Aquitaine , comte de Poi- % tiers. Successeur des anciens gouverneurs d'Aquitaine, Guillaume soutenait sa supériorité féodale sur le comté de Toulouse, et c'était là un sujet perpétuel de querelle entre ces deux maisons , dont Tun aspirait à la suprématie et l'autre prétendait garder son indépendance. Le duc d'Aquitaine dut être d'un puissant secours au marquis de la Provence orientale. I^ous n'avons point de détail sur cette guerre. Nous trouvons qu'en 1480, Al-

phonse Jourdain, frère et successeur de Bertrand, Tun

et l'aulre coparlageans des domaines de Uainiond de Saint-Gilles leur père, était assiégé dans Orange par le comle de Barcelone. Enfin l'occupaiion militaire du ..a., comle de Toulouse se réduisit à un traité assez singu-

lier : les deux seigneurs se cédèrent réciproquement, Bérenger à Alphonse tout le territoire situé entre le Rhdne , T Isère et la Dura née , et Alphonse h Rérengi^ tout le territoire situé entre la mer, le Bas-Ubône , la Durance el les Alpes, la ville dMvignonel que lques chft* teaux restant indivis. C'était moins une cession de la pari des deux contraclans qu*une promesse mutuelle de ne rien entreprendre sur leurs champs de bataille respectifs. Le comte de Toulouse promettait de laisser les seigneurs de Barcelone traiter en suzerains les barons d*enlre la Durance et les Alpes , et Kaimond Bérenger s'obligeait de même à ne point soutenir le comte de For» calquier , ce légitime marquis de la Provence occidentale, contre le comle de Toulouse. Au moyen de cet accord, Alphonse Jourdain retira les garnisons qu'il avait entre la mer, le Bas-lihône el la Durance.

Raimond Bérenger, de Provence, qui avait habi- 4130. luellement résidé à Barcelone, y mourut dans la maison du Temple où il avait été reçu chevalier. On vante sa piété , sa munificence et son courage , vertus utiles de ces temps barbares, puisqu'elles le rendirent terrible aux ennemis de la société chrétiennCi et lui concilièrent Taf-

iectioo des peuples. L'aloé de ses fils, Raimond fiérea*

ger » eut le comté de Barcdone , auquel il unit ensuite

la principaulé d'Aragon , par son mariage avec Pélronille, héritièie de cet Elat. Au cadet, Bérenger-Uaimond, échurent le marquisat de Provence orienlale, autrement dit comlé de Provence , le vioomté de Gévaudan et les seigneuries de Milhaud et de Carlad ; à charge toutefois de marier convenablement ses sœurs» de Tavis des mgneurs el des évêques.

Une occasion nouvelle se présenta pour les Bérengers d'étendre leur influence dans cette seplimanie intermédiaire entre leurs Etats d'Espagne et leurs possessions des Gaules. Bernard, comte de la ville de Melgeuil, avait en mourant laissé sa fille unique, Béalrix, sous la tu* telle de Guillaume, comte de MonlpeUier, dont la puissance prenait de jour en jour de nouveaux accroissemens. Le cumle de Toulouse se choqua et s'alarma de cet événement. Pour avoir la paix, ces deux puissances convinrent de partager entre elles Tadminislralion du comté et la tutelle de la jeune héritière. Malgré les accords, le comte de Montpellier rechercha l'alliance de la maison de Barcelone , et offrit à Bérenger-Raimond la main de sa pupille, ce qui amena une nouvelle guerre. Enfin la paix fut faite^^t le mariage du comte de Provence avec la jeune dame Ab Melgeuil célébré. Bérenger- Baimond reskia habituellement, à ce qu'il parait, dans sa seigneurie de Melgeuil.

La tranquillité rendue au pays et à la maison comlale fut troublée par les seigneurs des Baux. Ces puis*

sans barons demandaient toujoursi du chef d*£tienneUe ^ fille de Gilbert et Gerberge, le marquisat de la Provence orientale» ou au moins une part de ce grand fief. Dans cette guerre, dont il ne reste aucun détail, les alliances domestiques et extérieures suivirent leur ocdre naturel. Le comté de Barcelone, frère de Bérenger-Raimond, et le comte de Montpellier, embrassèrent le parti du comte de Provence ; le comte de Toulouse et le comte de Forcalquier joignirent les enseignes des Baux.

Le comte régnant de Forcalquier était Bertrand d'Urgel, fils et héritier de Guillaume d*Urgel, fils et héritier d'Adélaïde et d*Ermengaud. Les intél'éts de celte maison et de la maison de Toulouse se trouvaient alors réglés. Les cheCs de Tune éL de l'autre portaient également le titre de marquis de Provence , les Toulousains par le droit de la conquête , les Forcalquiers par le droit an-cien de la succession. Les quatre comtés d'Avignon, de Carvaillon, de Vénasque et de Vaison formaient le district provençal du comte de Toulouse , sauf la liberté municipale d'Avignon , le droit des évéques , etc.; c'est ce qu'on appela proprement le marquisat de Provence. Le patrimoine des marquis de la Provence ocddentale» connus sous le nom de comtes de Forcalquier, se composait non-seulement du comté de Sisteron, mais encore de la portion du comté de Gap situé en-delà de la Du* rance, et d'une portion du comté d'Embrun, séparée de la Provence orientale par la vallée de l'Ubaye (de Barc^onette), où , par des événemens à nous inconnus , ib

DE PROVJLNCt.

s*élaient avancés » sauf toujours les droits des évèques

dans les villes épiscopales, elc.

Béreoger^Raimond périt dans le port de HelgeuU,ea combaltant coolre les Génois, qui, après l^avoir soutenu quelque temps, s'étaient ensuite déclarés pour les Baux. Il fut enseveli dans Téglise de la commanderie de Trinquetaille. 11 ne laissa qu'un fils, fort jeune encore, Raimond-Bércnger II.

11 arriva alors i Raimond*Bérenger II ce qui , pendant la première dynastie , était arrivé à Guillaume II. L'onde du jeune seigneur, Raimond Bérenger (le Vieux), comte de Barcelone, prince d'Aragon, vint en Provence, se fit inféoder Tadminislration du fief , et continua de son chef la guerre contre les seigneurs des Baux. Le w comte régnant tint trois assemblées de seigneurs pour recevoir les hommages , Tune h Tarascoii , devenue la capitale de TEtal depuis la perte de ville d'Arles, l'autre à Digne, qui était sous la juridiction de son évéque, et la troisième à Seyne, ville libre et consulaire sur la fron* tière septentrionale du pays. Un grand nombre de seigneurs de l'ancien gouvernement des Alpes-Maritimes, qui n'étaient point encore entrés dans la féodalité provençale, y entrèrent alors. Parmi les nouveaux feudataires se distinguait Boniface de Castellane, issu de l'un de ces chefs nationaux qui , ayant concouru à chasser les Maures de Provence, avait ensuite fondé, dans l'an* den comté de Salines, non loin des ruines de la ville de ce nom détruite par les barbares, le ch&teau et le bourg

Page 1