‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ROUVfiAU ROTAUMB D£ SUD-EST

879. Aux ides d'gctobre de l'an 879, les prélats de l'ancien royaume de Provence, savoir, les archevêques de Vienne et d'Arles (la province ecclésiastique de Vienne étant a* lors divisée entre ces deux ailles), ceux d'Aix, de Lyon, do Tarentaise et de Besançon , et leurs suiïragans évêques de Toulon , Marseille, Avignon, Vaison , Orange, Die, d'Apt, Riez, Gap , de Valence, Grenoble, Viviers, de Maurienne, de Lausanne, et celui d'Usez, de la métropole de iNarboDne, s'assemblèrent au château de Mantaille avec quelques laïques , qui étaient sans doute des comtes ou de puissans seigneurs du pays. La province ecclésiastique d'Ëmbrun ne se présenta point dans ce concile, soit qu'on voulût la joindre au royaume d'Italie , soit par quelque autre raison inconnue. Les pères, dans lardeur de leur affeclion sacerdotale pour leurs églises, qu'attaquaient à la fois selon eux Tennemi invisible et les ennemis visibles, déclarèrent devoir en confier le soin au très-illustre prince Boson, et le proclamèrent roi. Ce fut un protecteur et un général que le concile donna aux églises. D'ailleurs le royaume ne re-

çut aucun nom particulier dans Tacte d'élection, et con* tioua d'être entendu sous le nom de rQyaume de Pro*

vence.

Boson fut d'abord» à ce qu'il semble, pleinement re»

connu dans les diocèses des prélats de Manlaille, c'està-dire dans tout le pays limité par la mer, le hhône, le Léman et les Alpes ( moins la province ecclésiastique d'Embrun et le diocèse de Genève), et dans les districts d'Usez , de VfViers , de Lyon , de Màcon et de Chftions, sur la rive droite du Rhône. Le roi voulut ensuite étendre ses frontières. Une cherté donnée en faveur de l'église d'Autun, qui n'avait point comparu au concile de Hantailie , prouve ses vues d^agrandissemenl. Hais les descendans de Charlemage, indignés contre ce vassal audadeux, lui délarèrent la guerre. Les rois français, Louis et Carloman, fils de Louis-le-Bègue, et Charles-le Gros, roi de Suabe,lun des trois fils de Louis-le-Germanique, marchèrent contre lui , et ce prince, chassé d'abord de Uâcon, puis de Lyon ^t de Vienne, fut enûn refoulé sur la partie méridionale du royaume.

Cependant Charles-le~Gros, roi de Suabe, dernier iils 394, de Louis-le-Germanique , Tenait de joindre & la couronne impériale et à celle des Lombards , la couronne de France. Cétait presque la monarchie de Charlemagne ressuscitée. Tout puissant qu'était l'empereur, il ne put renverser Boson du trône , et quelques-uns ont pensé qu'au milieu de ces divers cbangemens de scènes, le roi de Provence recouvra une partie de ses premières pos-

RÉSUMÉ DE L*BISTOIRE

sessions , et qu'il fit même sanctionner son pouvoir ea reqonnais3aat la haute suzeraineté iai(»ériale. 887. Boson mourut en 887. environ après un règne â» huit. ans. Son épitaphe „ dans Téglise mélropolitaiae de Vienne , vante sa piété, sa munificence et son courage ; elle rappelle la couronne d'or et de pierreries que ce prince avait donnée à Saint-Maurice , le sceptre et le diadème dont 11 avait gratifié Saint-Etienne. Boson laissa de sa f(9mme Hermengarde un fils nommé Louis, et deux filles.

Quoiqu'il continuât de posséder le royaume de Provence sous la tutelle de sa mère, le jeune prince ne pjit 887. pas le titre de roi. La régente s'empressa de mener son

fils à son cousin Tempereur Charles-le-Gros , qui Tac-

cueillit avec bonté, et lui conféra Tancienne adoptioa des

empereurs romains. En même temps elle s'occupa d'agrandir le royaume du côté de la Bcesse actuelle. Mais bientôt la face des uvcnemens changea, et Tempire car. lovingien , qui venait de jeter une dernière lueur, s'éteignit sans retour. Les années 887 et 888 virent ce terrible démembrement. Arnould, bâtard de Carlomau, roi de la Germanie méridionale , et l'un des trois fils de Louis-le-Germanique, enleva la couronne de Germanie à son oncle Charles-Ie-Gros , qui l'avait reçue par les anciennes maximes de l'hérédité légitime. Eudes, fils de Robert-le-Fort et cœnme lui comte de Paris et duc de France , se fit élire roi de France. Guido , duc de Spolette , ayant chassé du trône dltalie Béranger , duc de

Frioul, l*ami et le complice de Boson, qui avait pris le tite de roi en 88i, continua Tosurpation italienne. Ra» nulphe, fils de Bernard, marquis de Gothie et duc d*Aquitaine , plus hardi xm plus heureux que son père , se porta pour roi d'Aquitaine. Enfin, et ce fut là un événement funeste dans l'intérêt de la maison de Provence, on seigneur , qui n'avait ni l'honneur d'une origine royale, ni l'importance d'un vaste gouvernement, mais qui pouvait disposer du comté de Genève, des deux rives du Léman, du Valais et de l'Ilelvétie méridionale, Bo- < ddphe de StHatlingen commença à poursuivre le rétablissement du royaume de Bourgogne par une frontière opposée à tselie où Boson avait paru ; et il fuf véritable^ ment couronné roi dans la ville de Saint-Maurice en Valais. Ce prince semble avoir fait quelque tentative sur la Bourgogne d'entre le Jura et le Bhône (Franche-

Comté) , si bien que rarcbevéque de Besançon fut son chancelier. C'est là le royaume que l'on a appelé royaume de Bourgone transjurane, des Allemands, etc.

La régente sentit qu'il fallait opposer à l'élection de Rodolphe celle de son fils. Richard , comte d'Autun et duc de la Bourgogne d'outre Saône, qui jusque-là avait soutenu la race de Charlemagne, parce que jusque-là il avait espéré pour elle ^ favorisait le jeune lonis , dont il était Tonde. Hermengarde alla visiter Arnoul, roi de Germanie , et s'assura de son agrément. Barndn , archevêque de Vienne , ayant quitté son église , se rendit auprès du pape Etienne YI, et lui exposa la situation

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pitoyable du grand district de sud-est , qui était pressé entre les Maures et les Normands ; et le pontife » touché jusqu'aux larmes, exhorta par ses lettres apostoliques les évéques de la Bourgogne à y chercher un remède. Les archevêques Barnoin de Vienne, Aurélien de Lyon, Rostang d'Arles et Arnaud d'Embrun, s'assemblèrent dans la yille de Valence avec d'autres évéques, et ils procla* mèrent roi le jeune Louis, âgé de quinze ans, sans don- ' ner non plus aucun nom à son royaume. Comme on le voit, Tarchevéque d'Embrun, qui avait besoin de ratta* cher sa province ecclésiastique à TEtat le plus voisin, parut dans le concile. Âu contraire Tarchevéque de Tarentaise n*y vint point, parce qu'il était entré, ce semble» dans les intérêts de la maison de Stratlingen.

La lutte nécessaire des Boson et des Rodolphe se fit principalement sentir sur le territoire bourguignon d'entre le Jihra et la Saône , et le comté de Scordingue , le plus méridional des quatre comtés ou districts de ce territoire, fut continuellement disputé entre les deux prin** ces.

Cependant une occasion favorable se présentait de

posséder celte Italie , qui non-seulement procurait un beau pays, mais qui encore donnait Rome et l'empire.

Le roi Arnoul de Germanie avait reçu la couronne impériale du pape Formose sans toucher à l'ancienne couronne de fer des rois lombards, et cf^llo-ci était toujours un sujet de dispute entre les chek des deux familles de Frioul et de Spoletle , savoir, Bérenger et Lambert, fils

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de Guido. Adalbert, marquis de Toscane, oilrït alors la

couronne du rojaume au jeune Louis. Louis résolut de passer en Italie ; mais cette première expédition fui mal* 899. heureuse , et le roi de Provence ayant été enveloppé au passage des Alpes par les troupes de Bérenger , ne recouvra sa liberté qu'après avoir juré de ne plus franchir les limites des Alpes.

Excédé par les reproches de sa mère , le roi résolut, Tannée suivante , de faire une seconde expédition en Italie. Cette fois il s'empara dePavie, capitale du royaume, mit Bérenger en fuite, reçut le titre de roi de l'assemblée des seigneurs, et étant entré dans Rome, il ob- t tint du pape la couronne impériale, vacante par la mort du roi Arnoul de Germanie. Ces succès ne furent pas de longue dufée. Bérenger surprit l'empereur dans Vérone, et ne lui donna cette fois la liberté qu'après lui avoir fait crever les jeux. Louis , surnommé l'Aveugle depuis cet événement , conserva pendant toute sa vie le titre d'empereur, et Vécut à Vienne jusqu'en 923 environ.

Louis étant mort, son fils Charles-Constantin, rélégué dans son comté patrimonial de Vienne, ne conserva pas même l'autorité de fait sur le royaume de Provence, comme cela était arrivé à son père après la mort du fondateur de la dynastie. Hugues . fils du comte d'Arles, qui pendant la vie de Tempereur Louis était devenu en quelque sorte son maire du palais, retint le souverain pouvoir, sans chercher encore cependant à se faire élire roi. Ce fut une véritable réaction de la maison comtaled'Ar-

RÉSUBtt D£ LmTOIRE

les contre la maison comtale de Vienne, el du midi cotitre le nord. Quoiqu'il ne prll pas le titre de roi de Pro*vence, Hugues eut tout le bénéfice de la dignité royale, non-seulement pour la Provence, mais encore pour 11lalie. Rodolphe II, fils de Rodolphe I", roi de la Bourgogne transjurane ou des Allemands, venait naguère de recevoir la couronne. Hugues, qui avait dans le royaume des alliances considérables, fut appelé contre Rodolphe II. Ayant eu la précaution d'aller par mer, il trouva à Pise les envoyés du pape Jean X, qui le saluèrent au nom du pontife , et se rendit ensuite à Patie, où il fut 926. proclamé roi en présence des seigneurs et des évéques .

932. Appelé peu de temps après dans la ville de Rome, ob se prenait la couronne impériale , par Mazovie , veuve

' de Guy,' marquis de Toscane, qui y commanidit souverainement, un affront que reçut de lui le jeune Albéric, fils de Maxovie » lui fit perdre la ville. Peu s'en ftillfit qu'il ne fût chassé de Tltalie ^tière. Sou frère utérin, LattibeH, marquis de Toscane, ayant excité ses soupçons par ses grandes richesses et ses airs de prince, Hugues, après lui avoir enlevé son fief^ ordonna de lui crever les yem , manière d'annuller les princes de celte époque. Cette eruauté souleva les italiens, et Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane, fut rappelé. Hugues désinté-

933. fessa son rival en hii cédant le royaume de Provence, c'est-à-dire les provinces ecclésiastiques d'Arles, d'Aix et d'Embroii, les diocèses de Vienne, de 6rend)le, de la province de Vienne , et le diocèse de Lyon , de la pro-

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vioce de ce nom. De là vint le royaume nommé dans les chartes, des Àilemands et des Provinces, que Ton appela aussi de Bourgogne , de Vienne , d'Arles. Par ce pacte, r^lé sar la marche la plus habituelle de lluYasion territoriale, le chef septentrional de la Bourgogne descendit en Provence, et le chef méridional alla en Italie.

Rodolphe II vécut encore cinq ou six ans après le traité qui unit Tun à l'autre les deux établissemens royaux de sud-est. Sa mort fut funeste à son Etat et h sa famille. La couronne royale de Germanie n'était plus dans la maison de Charlemagne depuis la mort du roi Louis, fils d'Arnoul. C'avait été d'abord un Conrad 1", duc de Franconie et de Hesse, et ensuite un Henri I^, duc de Saxe , qui s'étaient portés pour rois de Germanie. En ce moment rignait Othon-Ie-Grand, fils et successeur de Henri 1". Le roi germain lira le jeune Conrad , fil# et successeur de Rodolphe II , du palais de Bourgogne, et l'emmena à sa cour, où il le garda pendant environ cinq ans.

Quant à Hugues, roi d'Italie, il épousa Berlhe, veuve de Rodolphe II, et fit épouser Adelais, fille de ce prince, è son fils Lothaire. Il essuya diverses guerres avec le fils de Mazovie , Albéric , patrice de Rome , sans pouvoir rentrer dans cette ville , et , ayant une seconde fois révolté les Italiens par des excès de plusieurs genres , il repassa les monts, et ne tarda point à mourir, vers Tan 947, laissant pour héritière de ses trésors Berlhe sa Bièce, veuve de Poson, comte d'Arles. Lothaire , fi]s de

n RÉSUMÉ DE L'H1|T0IIIE

Hugues , mourut aussi le dernier roi italien de sa race,, comme son père en avait été le premier.

Recherchons ici les commencemens obseurs du grand iief connu sous les noms de comté d'Arles » comté de Proyence, marquisat de Proyence. Nous sommes réduits aux hypothèses » dont il faut bien se contenter, en histoire comme dans les autres sciences , lorsque Ton ne peut trouver mieux. Les uns ont écrit que Hugues de Provence , par suite d*un arrangement avec le duc de Bourgogne Raoul , élu roi de France , avait donné en 927 environ le gouvernement de tout le pays d'en*decà risère à Boson, frère de Raoul ; mais ce fait n'a aucune certitude historique. D'autres ont présenté Hugues comme le premier comtp d'Arles ou de Provence. On admettrait donc que ce prince , à la faveur de sa double alliance avec la maison de Stratlingen et de son ancienne puissanc e, aurait rétabli Tautorité de sa maison dans la Bourgogne méridionale, et qu'il aurait transmis ensuite cette autorité à quelqu'un de ses parens de Provence, Lothaire son fils étant occupé d'en- delà des monts. Une troisième opinion, qui ferait dépendre la formation du comté de Provence des conquêtes des premiers comtes d'Arles et de la nécessité où se trouvèrent les chefs civils des villes épiscopales d'entre la mer et l'Isère , de se rallier autour de la ville principale, pourrait fixer aussi notre attention.

Cependant voici ce qui nous parait Je plus probable à cet éçard. Depuis longtemps la Bourgogne méridio-

DE HiOVENCE. 7»

nale, du Rhône aux Alpes et de la mer à l'Isère, était divisée eo deux gouvernemeas généraux , l'un entre la Durance el les Alpes, nommé marquisat des Alpes- Mari- . times^et Taulre entre le Rhône et le marquisat des Alpes- Maritimes, nommé comtéd'Arles. C'était une conséquence de Tancienne division romaine, où Ton avait négligé les intérêts de la seconde Narbonnaise. I)u précédent sys* tème politique, dans lequel chaque cité avait son comte, il ne resta plus alors que le nom de comté donné aux cités. Uq Boson , le même que nos auteurs appellent Boson I*', et dont parlent non-seulement les chartes d'Arles , mais encore une charte d'Avignon de 916 et une charte d'Orange de 944, était comte d'Arles sous le règne même de Louis-l'Aveugle et le ministère de Hugues. Il appartenait comme Hugues à la famille comtalo d'Arles , qui possédait ces districts héréditairement par l'ancienne coutume et les capitulaires ; et l'on dirait en vain que l'historien Luitprand oppeRe Berthe veuve de ce Boson, nièce de Hugues, sans indiquer la parenté du comte lui-même avec le roi d'Italie, parce que cela pourrait s'expliquer de diverses manières.

Or après ce Boson I"^, mari de Berthe, vint médiatement ou immédiatement Boson II, mari de Constance, que nous mettrons, en suivant les anciens exemples , h la tête de notre dynastie nationale des Bosons. 11 est à présumer que Boson II tenait le comté de Boson l** par droit de parenté ; mais qu'importe du reste , puisque toujours il f(it $on isucççsseur dans le m^me corps de fief •

relevant du royaume des Allemands et des Provinces, o'est-à-diro dans la majeure partie de la province eoclésiastique d'Arles et de la province ecclésiastique d'Aix. ^

Lorsque le comté de Provence naissait , pour ainsi dire» la maison de Charlemagoe occupait encore le trône de France. Elle avait résisté plus longtemps dans cette ville de Paris, l'ancienne capitale des rois francs, et les coups que lui avaient portés Eudes, eomte de Paris et duc de France, et ensuite Raoul, couUe d'Autun et duc de Bourgogne, n'avaient pas suffi pour l'abattre. Louis d'Outre-mer venait de succéder à Raoul, comme Char* les-le-Simple avait succédé à Eudes ; mais cette race dégénérée voyait toujours devant elle les comtes de Paris, descendans du roi Eudes , qui , pleins de jeunesse et de vigueur, attendaient avec confiance le moment de joindre le titre de roi de France au duché héréditaire de Çrance.

Au contraire , en Germanie et m Italie , comme on

s'en souvient , la race de Charlemagne avait défailli. C'était toujours Otbon-le-Grand , fils de Henri P% qui portait la couronne d'argent des rois germains , et la couronne de fer des rois . lombards reposait sur la téte de 6érenger-le-Jeune, fils d'Albert marquis d'Tvrée, et petit-fils par sa mère de l'ancien Rérenger.

Si le pontife romain eût voulu, le roi d'Italie joignait naturellement à cette première dignité la dignité impériale. Toutefois^ des divers princes européens le roi d'I**

tdie était celui qui devait le moins convenir au pape,

et, dans la politique de TEglise romaine , il fallait non point le couronner empereur , mais , s'il était possiblet annuUer la royauté italienne. Ainsi plus tard ce fut le le roi OthoQ-le-Grand de Germanie que TEglise chargea de porter pour la forme le diadème impérial et la couronne des Lombards.

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