‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 12 sur 20 · CHAPITRË 111 PREMIÈRE MAISON D^ANJOU · texte numérisé non relu

CHAPITRË 111 PREMIÈRE MAISON D^ANJOU

Le Saint-Empire et la France offraient toujours au

^lilieu d'eux roppositioa du vasselage et de la suzeraineté. L'empereur ne pouvant ramener à lui le grand fief de Provence, tout le bénéfice de la révolution était pour le comte. Charles poursuivit avec yne rigueur inexorable le plan des Bérengers : il voulait surtout dépouiller les barons et les villes de leurs justices souveraines. Bientôt, selon le dire d'un troubadour, le pays fut plein de praticiens et de légistes qui, sans égard pour le droit» adjugeaient toutes choses au comte. Le parti populaire d'Arles s'émut. On révisa la constitution de la république. La peine de mort fut portée contre quiconque proposerait d'aliéner la ville. 1^ république signa une ligue of-

<847. fensive et défensive de cinquante ans avecles communes d'Avignon et de Marseille. Sur ces entrefaites Charles se

4248. rendit à la croisade avec ses trois frères, saint Louis, roi France» le comte de Poitiers, mari de Théritière de loulouse, et le comte d'Artois.

Pendant son absence la lutte continua. L'archevêque

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d'Arles, menacé par les patriotes réformateurs, ne cessa point de soutenir dans la ville le parti catholique et monarchique ; et les municipaux, qui se voyaient entourés de conspirateurs, s'exaltèrent davantage contre les clercs. Par un décret passé en parlement , les sujets arlésiens reçurent défense de parler à Tarchevéque, d'entrer dans son hôtel , de rien lui vendre ou prêter sans le consentement du podestat et des conseillers de semaine ; enfin l'archevêque fut contraint de quitter la ville. Les clerès furent dépouillés de leurs prérogatives. Le pontife ayant lancé contre la ville une nouvelle sentence d'excommunication et d'interdit, la commune s'allia avec son suzerain l'empereur Frédéric II, qui se trouvait derechef ex- ^ communié.

Le comte de Provence et son frère le comte de Poitiers

revinrent enfin des cotes de 1 Egypte sur celles de la Gaule méridionale. Le comte de Poitiers se trouvait alors comte de Toulouse par la mort de son beau-père Raimond VII, arrivée le 27 septembre 4249. Les deux seigneurs unirent leurs forcés contre les villes d'Arles et d'Avignon. Ces républiques , qui n^ pouvaient s'appuyer ni sur la maison de Toulouse ni sur le fils et successeur de Frédéric II, le jeune empereur Conrad chancelant sur son trône, ni sur les barons de Provence , qui recevaient à peine de Marseille quelques faibles secours , résolurent de se soumettre. Arles signa sa capitulation le 89 avril, ^^.^ et Avignon la sienne le 7 mai suivant.

Ces pactes, fondemens de l'état nouveau de ces villes,

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méritent quelque attention. Tant à Ârles qu'à Avignon» un viguier et deux juges» annueUement nommés par le seigneur, remplacèrent le consulat et la judicature consulaire. On leur adjoignit un consdl pris , à leur gré, moitié chez les nobles , moitié chez les bourgeois. Les citoyens furent déclarés francs d'impôt , mais soumis à une chevauchée annuelle de quarante jours , dans un rayon de vingt lieues de remparts sur le territoire de TEmpire. Le pacte avignonnais présente des clauses particulières. Il fut prohibé au seigneur d'emprisonner nul citoyen qui aurait offert caution , sauf les cas d'hérésie, d'homicide ou autre crime énorme. Si le viguier ou tout " autre de la cour faisait, sous clause pénale, à un citoyen une injonction par laquelle il pût se croire opprimé, la peine n'était exigée que devant le juge » la cause ayant été traitée selon le droit. Le juge seul pouvait soumettre à la question sur de légitimes indices, et nul n'était punissable pour un délit non prouvé. Le parlement, c'està-dire l'assemblée générale , conservait le droit d'infliger certains chàtimens; mais le viguier connaissait de de la plainte en oppression dan$ un conseil de juges et et de jurisconsultes. D'ailleurs la ville d'Avignon passait par indivis aux deux comtes , sur la base du traité de 41S5 , entre Raimond-Bérenger de Provence et Alfonse-Jourdain de Toulouse.

Après avoir réduit les communes d'Arles et d'Avignon, le comte tourna ses regards sur la ville inférieure de Marseille. Celle-ci avait plus de moyens de déjouer les

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intrigues ecclésiastiques qu'Avignon ni Arles , l'évéque étant noQ le chef de la république , mais seulement le seigneur d'une ville adjacente. La capitulation , signée -i25î après un siège de huit mois, lui laissa de grands avantages, et Ton fut quitte, vis-à-vis du conquérant, en associant son nom au nom de la commune dans les pro* damations, et en lui cédant quelques droits domaniaux et la connaissance des appels civils, à raison de quoi la Tille reçut un bailli et un juge comtal.

Le comte, non satisfait des agrandissemens intérieurs, commença à se montrer le rival de l'autorité impériale, en recevant sous sa protection la commune italienne de Coni. Charles fit ensuite un voyage auprès de Margue- 4253 rite , comtesse de Flandre , pour la secourir contre ses enfabs et demander en récompense la cession de quelque terriroire. Pendant son absence, la ville d'Hyères et ^1^54 le pays furent honorés de la présence de ce grand roi saint Louis , à son retour du Levant. Le roi voulut entendre Hugues de Digne, moine franciscain d'une grande réputation, qui faisait des missions dans les villes et dans les campagnes. L'orateur attaqua d'abord les religieux halntués à la cour, leur disant en son langage qullsne pouvaient pas plus vivre hors des couvens que les poissons hors de l'eau. Ensuite il parla avec liberté au roi, et lui prouva , par des textes de rEcrilure et des exemples de l'histoire , que la justice était le vrai fondement des Etats, que l'iniquité des princes amenait toujours les changemens de domination , et qu*ainsi , s'il voulait

maintenir la couronne en sa royale maison , il devait garder Téquité et le droit. Saint Louis quitta la Provenoé après avoir visité le célèbre ermitage fréquenté , à ce qu'on croit , dans les temps anciens par une pénitente nommée Magdeleine, et où Terreur populaire avait placée Magdeleine sœur de Lazare.

A son retour de Flandre , Charles se brouilla avec la 125.^ commune de Marseille, et la guerre recommença entre , la république et le suzerain. Boniface, seigneur de Castellane et de Riez, se bâta de joindre les enseignes mar* seillaises. Depuis ce seigneur a?aît donné une charte à une portion de ses sujets, qui, ayant perdu la pleine liberté romaine , était dans une sorte de demiservitude. Par cet acte d'émancipation , rendu toutefois sur la poursuite et du consentement des sujets, il assurait rinviolabilité de la propriété et du domicile; il restreignait le cas de rimpdt à Tacquisition d'une nouvelle terre et au rachat du seigneur prisonnier. Le jugement des meurtres, des adultères, des vols devaient être remis à Tarbitrage d'un brave homme. Si quelqu'un des vassaux servait en guerre contre lui, il ne pouvait être puni que sur la déclaration de quatre braves gens domiciliés à Castellane. Tout ensemble poète et guerrier, Boniface, qui jusque-là avait attaqué le comte par ses écrits, ne balança point à mener ses hommes contre lui. La com* mune de Marseille eut le dessous , et céda la seigneurie en retenant quelques prérogatives municipales. Le gouvernement fut confié à un viguier élu par le comte et à

un conseil choisi par le Tiguier. Les proclamations se firent au nom du comte. L'enseigne de la ville eut sur les vaisseaux le lieu le moins honorable, celle du comte ayant le plus honorable. Mais d'ailleurs le peuple conserva le droit de s'assembler, d'avoir des armes, d'élire . certains officiers » et de n'être taxé que de son consens tement. Boniface perdit ses fiefs et fut chassé de Provence. Ainsi la même guerre porta le dernier coup à la seconde république de Marseille et à la souveraineté des barons de Castellane.

Chaque jour voyait s'affaiblir les résistances intérieures des seigneurs et des communes , et s'étendre l'in* fluence extérieure du comte. L'évêque d'Avignon abandonna sa quaUté de chef de la ville. L'évéque de Marseille vendit la ville supérieure au comte pour quatorze châteaux. Le seigneur d'Orange» de la maison des Baux, lui céda le titre de roi d'Arles et de Vienne ou de Bourgogne. Le seigneur de Grignan, de la maison des Adhémards, lui prêta un hommage qui appartenait plus naturellement au comte de Toulouse. Il acquit de la commune d'Apt la juridiction consulaire. Il recouvra le château d'Hyères et les lies de ce nom sur une branche de la maison de Marseille qui dominait dans le comtémi diocèse de Toulon. Les dauphins de Viennois lui firent hommage en sa qualité de comte de Forcalquier pour le Gapençois d'outre Durance et pour l'Embrunois. Le comte de Vintimille lui remit ses droits sur le comté de YintimiUe et sur les territoires adjacens, sauf au comte

us RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE

à se régler avec la commune de Gênes , qui en avait la suzeraineté, lia grand nombre de communes italieanest telles que les villes d'Albe , de Savillan , de Fossau , de Mondevis, de Chérasch, de Uoos, de Cental» de Busqué, de Roque-Sparvière en Piémont, et celles d'Alexandrie, de Parme ei de Plaisance en Lombardie, suivirent Teiemple de la ville de Conî,et se rangèrent* sous la protection du comte. L*abbé du monastère de l'Ile Barbe mit dans 4SÔS. sa mouvance le territoire libre de Cornillon , vallée des confins ^eptentrionaux du Vénaissin, et les seigneurs de Toulon, de la maison de Marseille, lui cédèrent la souveraineté de cette ville épiscopale.

Plein d'ambition et d'activité, Charles sentait le besoin de quelque grande entreprise. Pour Teiécution, la France , qui croyait augmenter sa puissance en augmentant celle de ses princes, avait de nombreuses ressources. Les circonstances favorisèrent et la France et le comte, à qui elles présentèrent la riche perspective de l'Italie et du Saint-Empire romain. L'Eglise théocratique de Rome courait alors, de la part d'un ennemi voisin, des périls semblables à ceux que lui avaient offerts les Lombards *à la chute de Tempire d'Occident , et les grands feudataires d'Italie dans la ruine de la monarchie carlovingienne ; et de même qu'elle avait appelé en premier lieu les monarques de la seconde dynastie franque , en second lieu Rodolphe de Bourgogne , Louis et Hugues de Provence, elle cherchait encore dans cette dernière crise un appui étranger. Ici ce livre devient Tbistoire des deux

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maisons d'Anjou et de la France plutôt que celle du pays. C'est là une nécessité. Mais il est indispensable , pour obéir à cette nécessité même, de remonter un peu haut dans les temps anciens.

De simples chevaliers normands avaient, au xi^ siècle, fondé dans ce qui compose aujourd'hui le royaume de Naples, quelques petits Etats de diverses provinces cnlevées, soit aux empereurs grecs soit à des princes lombards. Ils avaient calmé les inquiétudes des papes en se reconnaissant vassaux de r£glise. Au commencement du XII* siècle , les établissemens des princes normands se réunirent sur la tête de iloger, roi des Deux-Siciles. Les cinq enfons de Roger étant morts sans postérité, tous les droits furent transportés à sa sœur Constance, épouse de l'empereur Henri VI. Les prétentions d'un prince du sang royal que le peuple avait proclamé roi , les intrigues de la cour romaine alarmée de cette union des Deux-Siciles avec l'empire , la cruauté et la dureté de Henri YI dans le gouvernement, firent naitre des difficultés que néanmoins le prince surmonta. A la mort de Henri VI , les Siciliens s'insurgèrent , et Philippe , son frère et son successeur , à qui le pape avait suscité un concurrent dans la personne d'Othon* s'estima heureux, après avoir détruit son rival , de recevoir la paix d'Innocent III, en lui laissant quelques terres impériales, et en s'abstenant de toutes tentatives sur les Deux-Siciles. Innocent III, réconcilié par cette conduite avec la maison deSojjabe, soigna lui-même Tenfonce de Frédéric II»

AU

fils de Henri VI, et le laissa couronner empereurjromain et roi des Deux-Siciies , étant toutefois convenu qu'il donnerait les Deux-Siciles au premier euiant de son mariage. Sans sinquiéter de cette promesse , Frédéric IL pendant un long r^ne, travailla de toutes ses forces à unir ensemble ces grands corps de la Germanie, de l'Italie propre et des Deux-Siciles, et mourut ensuite, Tau 4250, sous le poids de divers anathèmes pontificaux.

Conrad IV, son iils et son successeur, mourut au bout d'un règne de quatre ans, pendant lequel il avait été traversé par son compétiteur , Guillauj]ae de Hollande. Le jeune Conradin, fils de Conrad , se trouva écarté de la scène politique, et des empereurs étrangers à sa maison furent créés sous les auspices des papes. Dans cette conjoncture, Mainfcoi, bâtard de Frédéric II, à qui cet empereur avait laissé pour dix ans le gouvernement des Deux-Siciles, s'y fit proclamer roi. Le pape voulut mettre à exécution contre lui la bulle pontificale, qui avait déclaré Frédéric II et ses descendans déchus de toute dignité impériale et royale ; mais Hainfroi l'apaisa en lui prêtant hommage. Ensuite le roi des Deux-Siciles, appuyé , tant sur les gibelins dltalie , adversaires permanens de la puissance pontificale, que sur la noblesse et le peuple de Rome, indignés des prétentions du pontife à la souveraineté de la ville éternelle, traita la cour de Rome sans ménagement ; et celle-ci , lassée de ses censures qui ne menaient à rien , résolut de proclamer une croisade contre Mainfroi, et de proposer les Deux-

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Sidies pour prix de la guerre. Innocent IV et son successeur Alexandre IV lièrent diverses négociations avec les cours d'Angleterre et de France » où il fut question du duc de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre, d'un des fils de saint Louis, et de Charles, comte d'Anjou et de Provence, son frère. Urbain IV, successeur d'Alexandre, se décida an faveur du comte de Provence, et saint Louis qui jusque-là avait improuvé la conduite du pape, ne résista plus. Sur ces entrefaites, s'étant agi de Télection du sénateur ou chef de la ville libre de Rome , le pape parvint à faire nommer Charles , contre Mainfroi, que les gibelins soutenaient. Enfin Clément lY, successeur d'Urbain IV, consomma cette affaire , et Charles reçut la couronne des Deux-Siciles. La bulle pontificale 4265 mit à ce don diverses conditions remarquables , entre autres celles d : que les églises et les clercs du royaume seraient placés dans une indépendance absolue de l'autorité royale , que le roi et ses successeurs ne posséderaient aucun fief ni charge dans le domaine de l'Eglise, et ne pourraient cumuler la couronne des Deux-Siciles avec la couronne impériale, ni avec aucune souveraineté italienne.

Le 15 mai Charles s'embarqua dans le port de Marseille avec mille hommes de cavalerie et un bon nombre de noblesse provençale. Etant arrivé à Rome peu après, il y reçut un accueil magnifique , et Ton frappa une médaille portant au revers ces mots : Charlet^ sé-

nateur, et le peuple romain. En attendant l'armée

RÉSUMÉ DE L*HISTOmE

considérable qui lui venait de France , il forma des alliances avec le duc de Bourgogne» avec le comte de Savoie, le marquis de Montferrat et la commune de Milan. Ces puissances jugeaient alors qu'elles devaient favoriser Charles contré la maison de Souabe, sauf à changer de parti plus tard. Enfin Tarmée française arriva, et cinq cardinanx sacrèrent , de Tordre du pape , le comte de Provence et Béalrix son épouse, roi et reine des Deux-Sidles.

Soit qu'il fût sincère en cela, ou soit qu'il voulut gagner du temps , Mainfiroi envoya des ambassadeurs au comte pour traiter ; mais il en reçut celte réponse, qu'il ne pouvait y avoir entre Charles et le sultan de Lucère ni paix ni trêve , et que sous peu de jours le véritable roi deyait mettre Mainfroi eu enfer, ou Mainfroi le mettre en paradis. Le comte appelait Mainfroi sultan de Lucère , parce qu'il protégeait les Sarrasins , à qui ses ancêtres avaient donné la ville de Lucère, dans la Capitanate, pour s'en faire un appui contre les papes. On se prépara donc à la guerre. Le comte se rendit bientôt maître du pont de Cépérano sur le Gariglian, qui sépare le territoire de r£glise du royaume de Kaples; deux places importantes, La Roche-d'Arci et Saint-Germain tombèrent en son pouvoir. Mainfroi se retira à Capoue, où, couvert par le fleuve de Voltura, il attendait des troupes de r Allemagne, de la Grèce et de la Turquie. Mais Charles, qui avait été passer le fleuve près de sa source, parut à l'improviste sous les mur$ de la ville. Mainfroi,

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épouvanté /opéra alors sa retraite sur Bénéveni , où il ne tarda point à être suiîi par l'armée franco-provençale.

La bataille était inévitable. Le comte divisa son armée en trois corps : Tailedroite, formée des Romains et des Provençaux, sous le commandement du comte de Montfort et du maréchal de Mirepoii ; l'aile gauche, compo^ séedes Picards et des Bourguignons, que commandaient les connétables de Flandre et de France; et le centre, où étaient les Angevins , les Monceaux et quelques autres, ayant le compte à leur tête ; on se lit une réserve de quatre cents cavaliers italiens, qui avaient pour chef Guido-Guerra. Mainfroi rangea aussi son armée, opposant à Taile droite de Tcffinemi le comte d'Egmont avec les Toscans , les Lombards et les Allemands ; au centre un corps d'Allemands sous un chef particulier, et à l'aile gauche les Apuiiens et ses cbers Sarrasins , qu'il commandait en personne. Chaque prince harangua les siens. L'évôque d'Auxonne, muni des pouvoirs du pape, donna l'absolution aux croisés, leur enjoignant pour pénitence de frapper bien fort. L^action s'engagea sur les midi, 86 févriei^. On se battit d'abord division contre division, puis homme contre homme. Enfin la victoire se déclara pour le comte, et Mainfroi se fit tuer en se jetant dans la mêlée.

▲près cette bataille la population des Deux-Siciles , à la seule exoeptiôn des Sarrasins , reconnut l'autorité du vainqueur. Florence , Pise et la Marche d'Ancône trai-

tèrent avec lui. Presque toules les communes lombardes regureal son influence, el Milan prit de sa mai.n un podestat, Barrai des Baux. La révolution au profit du pape et du comte de Provence fut aussi complète qu'ils pouvaient Pespérer. C'était le moment, pour ce dernier, de gagner 4'ailection des peuples, lui fallût-il même abandonner quelque chose de sa suprématie générale en Italie. Mais Charles » qui n'avait rien de la grande âme et du cœur excellent de saint Louis , ne comprenait point un système habile et modéré de politique. Les fiefs confisqués sur la noblesse nationale devinrent la proie des . seigneurs croisés ; les droits réels ou prétendus du domaine furent recherchés avec la dernière rigueur, et Pon augmenta les impôts. £n celte extrémité les gibelins, attentife aux événemens , fixèrent l'attention des Deux- Siciles et de l'Italie entière sur le jeune Conradin, fils de Conrad lY, qui vivait auprès de son onde maternel Othon duc de Bavière. On agit ouvertement pour lui dans la Marche d'Ancône et dans les communes de Pise» de Sienne , de Vérone , de Pavie et de Rome. De leur côté le pape , le roi-comte et tout le parti guelfe cherchèrent à s'assurer contre cette insurrection. Les guelfes de Florence donnèrent la podestarie à Charles pour dix ans ; ceux de Lucques et de Pistoye lui livrèrent leurs villes , «et le souverain pontife lui conféra la dignité de paciaire , sorte de vicairerie impériale dont il croyait pouvoir disposer pendant la vacance de l'Empire. Cependant Conradin , ayant avec lui dix mille cava-

liers et une nombreuse infanterie , arriva à Vérone par la route de Trente ; et dès que celte nouvelle fut connue, les communes de Toscane se soulevèrent contre le padaire. Tandis que celui-ci portait la guerre dans la Toscane pour étouffer ces premiers mouvemens , les Sarrasins de Lucrèce prirent les armes ; et leur exemple entraîna toutes les places fortes de la terre de Labour, de TAbruzze et de la Calabre. Henri de Caslille, jusque là partisan du comte, si bien que celui-ci lui avait fait donner le sénatorial de Rome , ne pouvant le garder lui-même selon sa bulle d'investiture , conspira dans Rome pour la maison de Souabe ; et Conrad , prince d'Antioche, fils d'un bâtard de Tempereur Frédéric II, débarqua en Sicile de concert avec le roi de Tunis , qui cherchait une occasion de s'affranchir de son tribut envers les Deux-Siciles.

Conradin, qui venait de se faire couronner empereur 4268. à Rome , quitta cette ville le 10 août 1268 ; et , quelques jours après , il se trouva avec son armée près du lac Célano en présence de Tannée provençale. Le sang des chrétiens d'Europe allait donc encore couler pour ces intérêts anciens de la Germanie et de la France, do sacerdoce et de l'Empire. Une bataille gagnée par Charles, deux ans et six mois après la bataille de Bénévent, donna gain de cause à la France et au sacerdoce. Le vainqueur usa cruellement de sa victoire. Conradin, nonobstant son droit apparent au trône des Deux-Siciles, nonobstant sa qualité de suzerain légal du comté de

BËSUMÉ DE L'HISTOIRE

PrOT6Dce , fat traité ea rebelle , jugé à mort et exécuté

sur la place de Naples. Oa a écrit que Clément IV, con« sulté par le comte dans cette circonstancet avait répondu en ces termes : La mort de Conradin est le salut de Ckarlei; la vie de Conradin eit la perte de Charles. Frédéric d'Autriche , cousin de Conradin , mourut avec lui ; douze principaux seigneurs eurent le même sort ; la veuve et le fils de Mainfroi, jusque-là restés en prison y périrent faute d'alimens. Conrad, prince d'Antioche, fut également frappé d'une sentence de mort. Ainsi tomba, vaincue par les papes, cette maison de Souabe» qui avait possédé TEmpire pendant plus d'un siècle. Si, plus modestes ou plus avisés, les empereurs du sang de Conrad III se fussent contentés du royaume de Germanie et d'une suzeraineté nominale sur lltalie , ils au* raient fait ce qu'ont fait en France les capétiens, et peu à peu, par les conquêtes, les négociations et les alliances de famille, ils se seraient approprié le territoirè germanique des Alpes à la mer, et du Rhin aux limites de la Pologne et de la Hongrie. Peut-être aussi en serait-il résulté quelque chose dé singulier pour l'Italie, qui serait devenue tout entière ou sujette ou feudataire de !*£glise romaine.

Telle était l'ambition du comte , qu'après cette nou* ' velle vicloire il ne songea point à affermir son autorité sur les Deux-Siciles ni sa supériorité sur lltalie , mais qu'il forma le projet de conquérir le royaume de Tunis, tributaire des Deux-Siciles, en dirigeant contre le prince

tunisien la croisade proclamée dans ce temps, le seul avantage que Ton retira de cette expédition , où périt saint Louis , fut une augmentation du tribut. Deux ans plus tard , les £tats d'Albanie (ancienne £pire] donnèrent à Charles ce royaume, formé iavec quelq\ies autres, dans la lutte des Grecs et des Latins pour Tempire d'Orient. C'était là le début du roi^comte sur la ville impériale de Constantinople et sur Tempire grec. En \%SSk^ les Latins, après s'être emparés de Constantinople, y avalent proclamé empereur le comte de Flandre , Baudouin I""; et en 4864 , Baudouin II , de la maison de Courtenai , avait été chassé du trône , à la suite d'une réaction nationale. Charles ; s'étant fait céder les droits de Baudouin II, et embrassant aussi dans ses vues l'empire d'Orient, attendait l'occasion et les moyens d'agir. Cependant il résolut d'abattre la république de Gênes, pour se défoire d'un ennemi importun, et lier ensemble la Provence, dont il était le seigneur, et la Toscane, oii il dominait comme podestat de Florence. L'armée napolitaine entra dans la Ligurie par Alexandrie , l'armée provençale s'avança du côté de Vintimille. Cette guerre n*eut aucun résultat. Charles s'occupa ensuite de réclamer à rencontre de son neveu Philippe-le-Hardi , roi de France, la succession de son frère, le cointe de Poitiers , mari de l'héritière de Toulouse , qui renfermait, entre aiitres domaines, les comtés de Poitou et d'Âuvergne. Je ne sais s'il réclama pareillement le legs du mar« quisat de Provence , que lui avait fiait Jeanne, comtesse

de Toulouse, morte peu après son mari ; mais Philippe»

le-Hardi garda les comtés de Poitou et d'Auvergne , et le comté de Toulouse. Quant au marquisat de Proyenee» il fut enfin livré à Grégoire X, successeur de Clément IV, en oonforinite du traité de Paris » et c'est ainsi que les souverains pontifes obtinrent dans la gaule un asile contre les orages de lllalie.

Des trois papes qui succédèrent à Grégoire X, le premier. Innocent V, régna cinq mois ; le second, Adrien V, trente-buit jours, et le troisième, Jean XXI, huit mois et quatre jours. Jean XXI étant mort, le roi, qui avait recouvré la dignité de sénateur de Rome , s'efforça de faire élire un pape fiançais ; mais cette grande tentative, faite dans les intérêts français , ne réussit point , el les cardinaux nommèrent un romain , Nicolas III. Nonobstant cet échec , le comte résolut de commencer son entreprise sur Tempire d'Orient. Ayant eu occasion de 4276. traiter avec Théritière de Jérusalem, il acquit ce royaume moyennant une pension viagère de quatre mille livres tournois. Les vassaux de Provence reçurent du sénéchal 1^ l'ordre de se tenir prêts pour le départ. Cependant la puissance du roi des Deux-Siciles alarma la cour pontificale , et en un clin d'œil la scène changea. Cette révolution a été attribué à un violent dépit qu'aurait conçu |e pape envers le roi, qui lui avait refusé sa petite-fille pour soiï neveu ; mais les passions des souverains pontifes, ces passions violentes et terribles qui ébranlent le . monde, sont toutes religieuses; elles ont pour objet Tex-

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altation de la sainte Eglise et non la satisfaction d'un intérél privé » et la vraie cause de la rupture doit être prise dans la nécessité où fut le pape de sauver encore

une fois Tindépendance du siège apostolique. Nicolas III opposa au roi des Deux-Sidles Tempereur Rodolphe de Habsbourg, élu en 1268. On fit surgir la reine douairière de Fftinoe» Marguerite» veuve de saint Louis» et sa sœur Eléonore, reine d'Angleterre, Tune et l'autre filles du dernier Bérenger , qui » sous le prétexte de n^avoir pas été payées de leur dot , obtinrent Tinvesliture du comté de Provence. Pour avoir la paix avec le pape, Charles se vit contraint d'abandonner le sénatorial de Rome et la vicairerie de Toscane , et de faire hommage à l'empereur du comté uni de Provence et de Forçaiquier. . ,

Les choses ne s'arrêtèrent point là. Un simple gentilhomme de Sicile, Jean de Procida, qui nourrissait une haine implacable contre les Provençaux et les Français, conçut le projet de la plus terrible conspiration. Procida alla d'abord à Constantinople entretenir l'empereur grec Michel Paléologue , le même qui avait chassé du trône l'empereur latin Baudouin II , des dispositions du roicomte sur l'empire d'Orient, et lui déclara qu'avec un peu d'aide il ferait insurger toute la Sicile. Ayant obtenu de l'argent de l'empereur, il revint dans l'île communiquer ses vues à quelques barons zélés patriotes, et s'en fit donner des lettres pour le roi Pierre d'Aragon. Pierre, roi d'Aragon, de notre propre dynastie des Bé-

m RÉSUMÉ DE LVISTOIRB

rengers , avait épousé Constance , fille de Maîiifroi , et

Ton assure que Coaradiu , ayant jeté son gant de Téchafaud dans la place de Naples, comme un signe d'inyestiture et un gage de bataille, un chevalier Favait porté à ce prince. Toutefois, avant de se rendre en Aragon, Procida fit le voyage de Home, vit le pontife Nicolas III, et en obtint aussi des lettres pour le roi d'Aragon. Procida se rendit ensuite auprès de Pierre , lui exposa ses plans, et lui livra les lettres, tant des barons siciliens que du soverain pontife.

Nicolas III étant mort sur ces entrefaites, Charles obtint celle fuis l'cleclion d'un pape d'origine française, Martin IV, et il rentra par sa faveur dans la sénatorerié de Rome. L'étroite amilié et l'identité des vues entre le pontife^t le roi de Naples ralentit l'ardeur du roi d'Aragon ; mais bientôt la vive éloquence de Procida le fit revenir , et, sous prétexte d'armer contre les Maures, il prépara une expédition considérable. En attendant, Procida organisait l'insurrection sicilienne. Selon la morale des partis, le massacre général des étrangers parut juste, parce qu'il était utile. Au moment fixé , les meurtres commencèrent dans Païenne, et pendant trois jours l'ile entière fut soumise à ces exécutions. Il y périt huit mille provençaux ou français, sans compter les enfans d'origine provençale ou française , que les bourreaux égor-^ gèrent dans le sein des mères siciliennes. Un seul provençal fut excepté, Guillaume des Porcellets, gouverneur de Galafatimi, d'une ancienne et illustre maison, sou~

m PROVENCE.

Yeraia de Tun des faubourgs d'Arles , chez lequel les meurtriers voulurent récompenser , eu l'épargnant » la

plus hoacrâble vie.

Tandis que Charles se préparait à venger ces outra*

ges, les Siciliens , qui ne voyaient point arriver encore le roi d'Aragon, lui offrirent de rentrer sous son auio-< rité s'il accordait l'abolition des derniers excès. Le roi ayant rejeté ces conditions, on commença la guerre. Le roi d'Aragon arriva enfin , fut accueilli avec ivresse , et reçut la couronne de Sicile. Ce prince s'appuyait sur deux excellens ministres, Roger de Lauria pour la guerre maritime, et Jean Procida, l'auteur de la conspirati&n, pour le conseil. Les insurgés avaient en ce moment tout à craindre des forces imposantes réunies contre eux, et il semblait difficile de détourner ce coup par les moyens ordinaires. Les conseils de Sicile , qui jugeaient bien le roi de Naples, lui adrobscrent, de la i)art du roi d'Aragon, une proposition dedueh Charles accepta le cartel; mais s'élant rendu à Bordeaux , lieu convenu pour le combat, il n'y trouva point le roi d'Aragon , qui savait mieux employer le temps. Dans cet intervalle, Tardeur des troupes napolitaines se ralentit , et la confiance des Siciliens s'accrut. Cependant Martin IV excommunia le roi d'Aragon, donna son royaume à Charles-de-Valois^ second fils du roi de France Philippe-le-Hardi, et proclama une croisade contre lui. Ainsi un iils de France allait encore conquérir l'Aragon de la même manière qu'un autre iils de France avait conquis les J)eux- Siciles.

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